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Les rues de Laredo

Je ne m’y attendais absolument pas. Imaginez ma joie quand j’ai vu que Larry McMurtry avait écrit une suite et fin à son fantastique western Lonesome Dove. Une fin qui tient toutes ses promesses, Les rues de Laredo.

Petit à petit l’ouest est pacifié. En partie grâce ou à cause du capitaine des rangers du Texas Woodrow Call, légende de la frontière et des guerres contre les Comanches. Le train arrive, les Comanches et apaches sont parqués dans des réserves, et Call, vieillissant, loue ses services comme une sorte de chasseur de primes.

C’est à ce titre que le Colonel Terry, patron d’une des lignes de chemin de fer qui sillonne l’ouest le contacte pour mettre fin aux agissements de Joey Garza, jeune pillard mexicain qui lui a déjà dévalisé plusieurs convois, tuant des passagers au hasard. Et il lui envoie son comptable de Brooklyn pour vérifier les comptes au jour le jour. Le colonel Terry est un peu tatillon, et despotique.

La capitaine Call voudra récupérer son ancien caporal Pea Eye, marié, fermier et père de cinq enfants, ils croiseront la route de tueurs, du traqueur Famous Shoes, souffriront du froid, du vent, de la chaleur, erreront entre Texas et Mexique, et tous ne reviendront pas chez eux.

Pour commencer, oui Les rues de Laredo peut se lire indépendamment des autres romans de la saga, mais ce serait vraiment dommage tant cette série est cohérente et magnifique. Donc si j’ai un conseil, en ces temps d’enfermement obligatoire, commandez chez votre libraire préféré La marche du mort, Lune comanche, Lonesome Dove et Les rues de Laredo, et partez pour plus de 2000 pages d’aventure, de tempête, de bruit et de fureur … Mais aussi d’humour et d’émotion.

Cet ultime volume est à la hauteur des trois premiers volumes. Dur, violent, puissant, dépaysant, émouvant, intelligent et drôle.

Commençons par l’humour qui est peut-être inattendu. Il découle du choix stylistique de l’auteur de présenter les réflexions des différents personnages complètement à plat, sans aucun filtre de jugement, et sans donner son point de vue. C’est ainsi que l’on assiste à des heurts frontaux entre les façons de voir d’un capitaine de rangers, d’un éclaireur indien, d’un comptable de New York, d’une paysanne mexicaine ou d’un tueur sans pitié. C’est drôle mais c’est aussi très instructif et amène le lecteur à se poser beaucoup de questions sur ses propres filtres quand il reçoit la réalité.

Exemple : On parle d’un vieil homme, nommé Marshall qui « était arrivé chez les Apaches un jour que Famous Shoes était venu essayer de convaincre un vieil homme-médecine nommé Turtle de relâcher une petite fille blanche qu’ils avaient capturée lors d’une attaque. Turtle ne voulait rien entendre. Sa femme était flétrie et ne voulait plus de lui, aussi avait-il besoin d’une fille jeune. La somme d’argent que Famous Shoes lui proposait – de l’argent fourni par la famille de la fillette – avait moins d’importance pour Turtle que la fillette elle-même. Turtle avait patiemment expliqué cela à Famous shoes, qui l’avait assez bien compris. […]

Famous Shoes avait accepté les raisons de Turtle et renoncé à ramener la fillette, bien qu’elle manquât à ses proches et qu’ils l’eussent payé grassement pour qu’il la retrouve.

Mais M. Marshall, l’homme blanc aux bibles, lui, n’avait pas admis les explications de Turtle. Malgré la réponse claire de Turtle disant qu’il ne voulait pas vendre la fille blanche, Marchall avait insisté pour la lui racheter.

Lorsqu’il comprit qu’il ne pourrait pas, Marshall se mit en colère et proféra de mauvais mots, suscitant le mécontentement des Apaches. Un jeune guerrier […] prit une baïonnette récupérée sur le lieu d’une bataille et transperça Marshall de part en part, causant sa mort rapide. Tout le monde convint que Long Thorn avait agi de façon appropriée. »

Cette bascule de points de vue déstabilise et dépayse complètement le lecteur, crée un effet comique très réussi et donne au roman un ton à nul autre pareil.

Mais si on prend un immense pied de lecture c’est également grâce à une multitude d’autres aspects.

Le plaisir direct de lire un excellent roman d’aventure. La qualité de la reconstitution historique, la violence des descriptions d’une vie rude, terrible pour beaucoup, atroce, comme souvent, pour les femmes, et ce sans aucun pathos. Les magnifiques personnages, flamboyants, pathétiques, lâches, courageux, perdus, pourris jusqu’à la moelle, admirables … Avec une mention particulière pour quelques portraits de femmes absolument fantastiques.

Cette conclusion apporte un élément supplémentaire, la description du crépuscule d’un monde, de ses légendes, de son côté mythique. L’auteur parvient à nous présenter la grandeur de ces légendes tout en les démythifiant et en nous décrivant des hommes, des humains de chair et de sang, et non des statues.

J’ai été un peu long, mais j’espère avoir été convaincant. Vous pouvez éteindre votre ordinateur, annoncer qu’il ne faut pas compter sur vous pour les heures et les jours à venir, et partir rejoindre Woodrow Call, Maria, Joey Garza, Lorena, Famous Shoes et les autres …

Larry McMurtry / Les rues de Laredo, (Streets of Laredo, 1993), Gallmeister (2020) traduit de l’anglais (USA) par Christophe Cuq.

Tu me manqueras demain

Je suis souvent agacé par les quatrièmes de couverture emphatiques, et ensuite souvent déçu par ce qu’il y a à l’intérieur. Ca a été le cas, une fois de plus, avec Te me manqueras demain du norvégien Heine Bakkeid.

Thorkild Aske était flic. Suite à une affaire que l’on découvre au fil du roman, il a été blessé, arrêté et vient de sortir de prison. Son psychiatre lui conseille d’accepter d’aider une de ses patientes qui veut retrouver son fils disparu sur une île dans le nord du pays.

Dans un paysage secoué par les premières tempêtes d’automne, Thorkild va devoir affronter les éléments, des fantômes et des ennemis bien en chair qui pourraient vouloir sa peau.

On nous parle donc d’un nouveau Nesbo, d’un auteur d’exception, de dénouement fascinant … C’est un peu exagéré. Il y a du bon, et du moins bon dans ce premier roman, qui est effectivement prometteur, mais présente, à mon goût, deux gros défauts.

Ce qui est vraiment bien c’est l’évocation de ce pays du nord, du phare isolé sur l’île perdue au milieu du fjord, sur les conditions de vie, liées à une mer souvent déchaînée dans ces régions. On entend le vent, on sent le froid, l’humidité, la puissance de la mer. Et le final est vraiment réussi. Donc tout n’est pas raté.

Mais il y a pour moi deux éléments qui gâchent le roman.

Le premier tient au personnage central. Je ne suis absolument pas convaincu par le traumatisme de départ, révélé petit à petit, qui a entrainé sa mise en prison et son état suicidaire, ou pour le moins dépressif actuel. Je n’y crois pas, il est très forcé, et du coup difficile de croire vraiment au personnage.

Le second vient de l’utilisation du fantastique, ou sur surnaturel. Quand De Giovanni, ou Connolly mêlent du fantastique, ils n’essaient pas de nous le faire avaler comme les charlatans qui vendent leur soupe de voyants ou de guérisseurs. Là on dirait que l’auteur y croit, qu’il veut nous convaincre que, dans la vraie vie, un medium est habité par la voix d’une morte. Et le pire est que cela offre un des éléments qui met l’enquêteur sur la piste de la vérité, et là c’est tricher.

Donc du bon, et du moins bon, mais comme c’est effectivement prometteur, j’essaierai sans doute le prochain.

Heine Bakkeid / Te me manqueras demain, (Jeg skal savne deg i morgen, 2016), Les arènes/Equinox (2020) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Entre fauves

Après un roman guyanais, Colin Niel nous balade entre Pyrénées et désert namibien dans Entre fauves.

Charles est un vieux mâle. Chassé par deux jeunes du groupe dont il était le dominant, il survit dans le désert namibien. Pour son malheur il a attiré l’attention des hommes en dévorant leurs chèvres et leurs vaches. Le gouvernement va donc autoriser, exceptionnellement qu’il soit « prélevé ». L’occasion de faire venir des touristes prêts à payer un prix d’or pour la carcasse d’un lion.

Kondjima, jeune homme Himba, fils d’un pasteur pauvre et méprisé, amoureux fou d’une belle promise à quelqu’un de bien plus riche que lui. Kondjima rêve de tuer le lion qui a tué les chèvres de sa famille, pour conquérir la belle.

C’est Apolline Laffourcade, 20 ans, étudiante en droit à Pau, fille à papa fortuné, chasseuse à l’arc qui se fera offrir ce cadeau royal par son papa gâteau si fier de sa fille qui chasse mieux que les hommes.

Quand Martin, garde du parc des Pyrénées en vallée d’Aspe découvre sur internet la photo d’une jeune femme fière du lion qu’elle a abattu, il voit rouge. De plus en plus dégoutté par l’inaction des politiques et de ses chefs face à la destruction programmée de la nature, avec un petit groupe, ils ont décidé de passer à des actions plus violente contre les chasseurs et autres destructeurs. Cette conne sera sa prochaine victime.

Pour la première fois avec Colin Niel j’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. Sans doute la faute de deux personnages qui m’ont repoussé. Martin, aigri, dont on aimerait partager les convictions (dont d’ailleurs on partage pas mal d’analyses), mais tellement agressif et misanthrope, tellement aigri, qu’il arrive à créer autant de rejet chez le lecteur que chez ses collègues. Et Apolline, complètement inexistante dans le début de roman, comme une gentille fille qui fait ce qui fera plaisir à son cher papounet qui est un gros con jovial typique du sud-ouest, avec une bonhommie, une tchatche et une bonne humeur qui cachent pas mal de vide, voire de connerie.

Heureusement il y a Charles et Kondjima. Puis le roman avançant, la tension monte, Martin plonge dans la folie, devenant plus intéressant, Apolline gagne en épaisseur, et on termine sur une très belle construction qui vous fait lire les derniers chapitres en apnée.

Une belle réussite au final, qui rend tout un peu plus complexe que les schémas manichéens habituels, et ça c’est très bien.

Colin Niel / Entre fauves, Rouergue Noir (2020).

Ce lien entre nous

Ce lien entre nous n’est que le troisième roman de David Joy traduit chez nous, et il est déjà devenu un auteur incontournable pour les amateurs de polars.

« Darl Moody n’avait strictement rien à foutre de ce que l’état considérait comme du braconnage. » Il est donc ce soir-là dans la propriété de Coon Coward qui a dû s’absenter pour quelques jours, sur sa plateforme d’affut, pour essayer d’avoir ce cerf qu’il piste depuis plus de deux ans. La bête ne se présente pas, mais, alors que la nuit tombe dans les fourrés, un sanglier fouille le sol.

Darl tire. Ce n’était pas un sanglier, c’était Carol Brewer, dit Sissy, un homme gentil, venu profiter lui aussi de l’absence de Coon Coward pour lui voler des racines de ginseng. La vie de Darl vient de basculer. D’autant plus que Dwayne, le grand frère de Carol, un colosse, est connu pour sa violence et sa cruauté.

Eloge de la simplicité. Une intrigue d’une simplicité biblique : un accident, un mort, un fou furieux qui va se venger. En deux chapitres le décor et les personnages sont plantés. David Joy peut dérouler son récit. Nous sommes, comme toujours avec lui, dans les montagnes de Caroline du Nord, un pays en osmose avec ses habitants.

« Ici, le sang était lié à l’endroit, de la même manière que certains noms étaient liés aux montagnes et aux rivières, aux combes et aux vallons, aux arbres et aux fleurs et à tout ce qui valait qu’on lui donne un nom. Les gens et les endroits étaient inséparables, liés depuis si longtemps que personne ne savait comment les séparer. »

Limpidité de l’écriture et de l’intrigue, mais que l’on ne s’y trompe pas, c’est très compliqué de faire simple, de donner cette impression de facilité. Et David Joy y arrive dès son troisième roman. Impressionnant. D’autant plus que simplicité ne veut pas dire pauvreté.

Les personnages n’ont pas fini de vous surprendre, et vont s’épaissir, révéler leur profondeur page après page jusqu’à un final époustouflant. On est saisi par la description des lieux, des sentiments, secoués par l’amour, la rage, la peur, le courage des protagonistes de ce drame dont la trame a pourtant été mille fois vue et revue depuis les débuts de la littérature.

Avec Ce lien entre nous, David Joy confirme qu’il est un grand auteur, de la trempe des Ron Rash, Larry Brown ou Daniel Woodrell.

David Joy / Ce lien entre nous, (The line that held us, 2018), Sonatine (2020) traduit de l’anglais (USA) par Fabrice Pointeau.

La Vénus de Botticelli creek

Besoin d’un bol d’air pour cet été ? Ça tombe bien, voici le troisième roman de Keith McCafferty, La vénus de Botticelli Creek.

McCaffertyNous revoilà dans le Montana, du côté du parc de Yellowstone, avec Martha Ettinger, shérif, et Sean Stranahan, guide de pêche, peintre et privé, que Martha sollicite parfois pour l’aider dans ses enquêtes les plus difficiles. Et il semble que ce soit le cas avec la disparition de Nanika Martinelli, jeune femme flamboyante qui vient de disparaitre alors qu’elle est employée comme guide dans un des ranchs de la région.

Lors des recherches, un jeune cow-boy trouve la mort et l’enquête de Sean et Martha est dans une impasse, alors qu’autour du parc rangers et écologistes s’affrontent autour de la présence des loups. Loups et grizzlis … Mais comme le dit un des personnages, dans le coin, le prédateur le plus dangereux n’est pas forcément celui qui a les plus grandes dents et les plus grandes griffes.

Du bon boulot, solide pour un grand bol d’air, des paysages grandioses, la pêche dans les rivières du Montana (à laquelle l’auteur arrive à m’intéresser alors que je n’ai jamais pêché de ma vie). Deux personnages principaux auxquels on s’attache de plus en plus, une belle galerie de personnages secondaires, et une histoire qui offre ce qu’il faut de rebondissements et de scènes d’action pour que les pages tournent toutes seules.

Ajoutez que l’auteur décrit aussi bien les habitants du coin que la nature, sait éclairer des conflits particuliers à cette région, ici avec la lutte entre locaux, bergers et écologistes et naturalistes autour de la présence du loup (et oui, là-bas comme ici), et que l’écriture passe de façon très fluide du lyrisme à la colère, avec en prime l’humour de dialogues ciselés, et vous avez un vrai bon polar, très addictif, dans la veine des grands espaces.

Plus que recommandable donc, et vivement le prochain !

Keith McCafferty / La vénus de Botticelli Creek, (Dead man’s fancy, 2015), Gallmeister (2020) traduit de l’anglais (USA) par Janique Join-de Laurens.

Le sourire du scorpion

Le sourire du scorpion de Patrice Gain attendait sur ma pile depuis le début de l’année. Je m’y suis plongé, je n’ai pas été convaincu.

GainTom et Luna, jumeaux de 15 ans se préparent à vivre une belle aventure avec leurs parents et leur guide Goran : La descente d’un canyon sauvage en rafting, dans le Monténégro. Mais la virée tourne au drame quand, après avoir été coincés par un orage, dans un rapide, leur embarcation se retourne et leur père disparaît.

De retour sur les Causses où ils vivent dans un camion, la famille va avoir beaucoup de mal à surmonter le drame, d’autant que le doute sur ce qui s’est vraiment passé dans ce canyon commence à envahir Tom et Luna.

Je reconnais qu’il y a de belles pages dans ce roman, mais pour moi tout a mal commencé, et je n’ai jamais accroché.

Tout d’abord, même en faisant confiance à un guide, il faut être vraiment con pour s’engager dans un canyon dont on ne sait rien, sans même avoir une idée de la météo. A partir de là, je me dis qu’ils ont bien cherché ce qui leur arrive.

Ensuite le narrateur Tom ne parle absolument pas, et ne pense pas, comme un ado de 15 ans. C’est censé être sa voix qu’on entend, pas celle d’un écrivain confirmé qui fait des phrases. Du coup je n’ai pas cru une seconde au narrateur, et par ricochet aux autres personnages.

A partir de là, plus grand-chose ne m’a touché, et il ne restait plus que la curiosité du final de l’intrigue, qui n’est pas non plus une grosse surprise. Donc raté pour moi, pas du tout fasciné comme certains de mes collègues.

Patrice Gain / Le sourire du scorpion, Le mot et le reste (2020).

Tempêtes

L’année s’ouvre chez Rivages avec un nouveau roman d’Andrée Michaud, Tempêtes, qui m’a laissé perplexe.

MichaudQuelque part sous le Massif Bleu, montagne oppressante qui fait peser son ombre sur toute la région, Marie Saintonge s’installe dans la maison isolée léguée par son oncle. Pourquoi est-elle venue là ? On ne sait pas trop, peut-être pour comprendre ce qui a poussé son oncle au suicide. Elle vient d’arriver quand une tempête de neige s’abat sur le massif, la coupant de tout. Pourtant un homme semble roder, et Marie s’enfonce peu à peu dans l’horreur et la folie.

L’été suivant, toujours à l’ombre du massif, Ric Dubois qui servait de nègre à un écrivain connu vient s’isoler au camping des Chutes pour écrire enfin son livre. Ce sont les orages d’été qui vont révéler la malédiction du Massif, et quand les cadavres s’accumulent il fait un coupable parfait et se demande, à son tour, s’il n’est pas en train de devenir fou.

J’ai vraiment beaucoup aimé les trois premiers romans que j’ai lus d’Andrée Michaud, mais là j’avoue qu’elle m’a perdu.

Et pourtant il y a de sacrés bons moments dans ce roman. Des montées d’angoisse, des ambiances oppressantes où l’on sent la folie, la terreur prendre le dessus sur les personnages. Des pages superbes sur une nature effrayante, imposante, déchainée, qui nous fait nous sentir si petits, si impuissants.

Ma première réserve est que je trouve le texte parfois un peu … Lourd n’est pas le terme exact, mais manquant de respiration. Trop introspectif pour moi, trop de de paragraphes denses qui tournent en rond sur les monologues de la peur et de la folie de Marie, ou les délires de Ric. Parfois ça marche et je me suis laissé hypnotiser, à d’autres moment ça m’a sorti de la lecture.

Le problème principal, pour moi du moins, c’est qu’elle fait le choix très difficile de ne rien expliquer, de ne pas relier les fils des différents cauchemars, de laisser le lecteur, qui la suit avec de plus en plus d’attente, sans aucune résolution. De deux choses l’une, ou je suis complètement, mais vraiment complètement passé à côté de quelque chose, ou l’auteur a décidé de ne rien expliquer des peurs, des origines de la folie, des liens entre les personnages, et, même si ça parait puéril dit comme ça, mais c’est quoi ce bordel ? C’est du fantastique ? Il y a un meurtrier ? J’ai rien compris moi !

Au final, malgré l’ultime pirouette, j’étais assez frustré. Donc je reste perplexe, ne voyant absolument pas où elle voulait en venir. Et je suis très curieux de lire d’autres avis.

Andrée Michaud / Tempêtes, Rivages/Noir (2020).

Les mangeurs d’argile

C’est avec un certain retard, et même un retard certain, que je lis Les mangeurs d’argile de Peter Farris.

FarrisRichie Pelham vit en Georgie, sur un vaste domaine très boisé, avec son fils Jesse 14 ans, sa seconde épouse, Grace et leur fille Abbie Lee. Armurier reconnu, il vit simplement, profitant des marches dans les bois, de la chasse, et des couchers de soleil … tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais Richie tombe accidentellement d’un arbre et se tue.

Etrangement, Grace ne semble pas traumatisée, son frère prédicateur qui a des ambitions pour son église est de plus en plus présent dans la maison, où Jesse commence à se sentir en danger. Heureusement son père lui avait appris à survivre dans les bois, où il fait une drôle de rencontre avec Billy, recherché depuis une dizaine d’année par le FBI, qui s’est perdu depuis dans la nature. Ils ne seront pas trop de deux pour se sortir des manigances des tordus qui en veulent à la terre de Richie.

J’avais bien aimé les deux précédents romans de Peter Farris, mais là … Bof.

A son crédit, je ne me suis pas vraiment ennuyé, le roman est plutôt plaisant, et puis ça change un roman sur les blancs pauvres du sud sans labo et producteurs de meth. Mais il y a quand même pas mal de choses qui coincent.

Tout d’abord il veut traiter trop de thèmes. La religion et les prêcheurs intéressés par l’argent, les traumatismes de la guerre (ici l’Irak), l’alcoolisme, le terrorisme, le rapport à la nature et l’opposition entre ceux qui veulent protéger la terre et ceux qui veulent l’exploiter … Ca fait trop.

Ensuite au niveau de l’intrigue, tout est prévisible, et surtout, les méchants sont ratés. Ratés parce qu’ils ne sont pas vraiment creusés. On a le prêcheur, loin, très loin d’être aussi terrifiant que celui de La nuit du chasseur auquel j’ai pensé, puis il y a le shérif, puis les affreux mafieux … Les uns remplacent les autres, et finalement aucun ne fonctionne complètement. Et comme disait tonton Alfred, pour qu’un polar soit réussi il faut que le méchant soit réussi.

Bref, pas franchement ennuyeux, mais pas enthousiasmant non plus. Juste une série B qui peut distraire un lecteur qui n’a pas trop de références auxquelles la comparer.

Peter Farris / Les mangeurs d’argile (The clay eaters, 2019), Gallmeister (2019), traduit de l’anglais (USA) par Anatole Pons.

Mon territoire

Une quatrième de couverture intrigante, et une femme auteur dans la catégorie « petits blancs pourris dans les montagnes américaines ». De quoi attiser ma curiosité pour Mon territoire de Tess Sharpe.

SharpeA huit ans Harley McKenna a vu flamber la maison dans laquelle se trouvait sa mère, puis a vu son père tuer un homme. Duke l’a ensuite élevée seul, dressée serait un terme plus exact, tant il en a fait une femme redoutable, habile à tuer, de ses mains ou avec toute sorte d’armes. Il faut dire que Duke McKenna est le boss de ce comté dans les montagnes proches de la Californie, trafics en tous genres.

Aujourd’hui Harley a 23 ans, elle est proche de reprendre les commandes, mais elle sait que ce ne sera pas simple, et surtout elle veut le faire à sa manière, pas à celle de Duke.

Un avis élogieux de David Joy, et une quatrième de couverture qui compare le roman au magnifique Un hiver de glace de Daniel Woodrell, ça donne envie, mais ça place aussi la barre très haut. Très très haut. Du coup j’ai été déçu.

C’est la comparaison avec Woodrell qui est terrible. Car s’il n’est pas exempt de défauts, ce premier roman n’est pas non plus inintéressant.

Côté négatif, la construction systématique, un chapitre aujourd’hui, un chapitre de flashback, qui marche plutôt bien au début, finit par être mécanique et ralentit le rythme au moment où, approchant de la fin, il faudrait pouvoir resserrer l’action.

Ensuite si le personnage de Harley est bien construit, au centre de tout, les autres autour restent schématiques, et c’est bien dommage tant certains d’entre eux sont prometteurs et auraient mérité de gagner en épaisseur, en particulier certains autres personnages de femmes. Et pour finir avec ce qui pourrait être amélioré, Harley s’en tire vraiment trop bien. Dans un roman qui semble vouloir être très noir, au final tout est rose … Bon pas rose, mais tout finit trop bien.

C’est d’autant plus dommage que le roman ne manque pas d’intérêt et que finalement il se lit bien. Parce qu’on apprécie Harley, parce que le propos est intéressant, que son éclairage sur une façon de répondre aux violences faites aux femme est original et loin de tout misérabilisme, très loin (vous comprendrez si vous lisez). Parce que ce coin de montagnes est bien décrit, et parce que ça change un roman sur les petits blancs avec des personnages de femmes fortes.

Donc pas mal, une auteur à suivre, même s’il lui reste beaucoup de chemin avant de pouvoir être comparée à Daniel Woodrell.

Tess Sharpe / Mon territoire (Barbed wire heart, 2018), Sonatine (2019), traduit de l’anglais (USA) par Héloïse Esquié.

Dry bones

On a attendu, il ne venait pas, mais il est enfin là. Dry Bones, le nouveau Craig Johnson.

JohnsonQui aurait pu imaginer que la découverte d’un magnifique spécimen de T-Rex, fossile bien entendu, dans les terres de Danny Lone Elk, comté d’Absaroka allait déchainer de telles passions ? FBI, procureur adjoint, média locaux et nationaux, réseaux sociaux, musées, paléontologues, Cheyennes plus ou moins traditionalistes … Tout ce beau monde va déferler sur le dos, heureusement solide, de Walt Longmire.

Qui va bien avoir besoin de l’aide de toute sa tribu alors qu’il doit, dans le même temps, aller chercher sa fille et sa toute nouvelle petite fille à l’aéroport.

On a attendu plus que d’habitude, et c’est un bon cru, avec tout ce qui fait que l’on aime les romans de la série. La nature très présente, parfois magnifique, parfois effrayante, la bande réunie, avec des dialogues toujours ciselés et l’humour de Craig Johnson. Plus une intrigue solide.

Ça c’est la base maintenant connue, et recherchée, par les fans de Walt Longmire. Sur cette base chaque épisode apporte quelques épices nouvelles. Ici cette histoire de paléontologie qui nous montre que même dans le monde de la recherche et des dinosaures, tout finit par être une question de gros sous. Faut-il y voir un hommage discret à son défunt ami Tony Hillerman, qui a lui aussi plusieurs fois mis en scène des fouilles et les rivalités parfois meurtrières qu’elles occasionnent ? Il faudra lui poser la question la prochaine fois qu’il viendra en France.

Ajoutez également un ombre bien sombre qui pourrait s’étendre sur Walt et sa bande, qui apporte une tension supplémentaire, et va entretenir l’inquiétude dans les épisodes à venir. Mais je n’en dis pas plus, à vous de découvrir de quoi il s’agit. A lire bien évidemment.

Craig Johnson / Dry Bones (Dry Bones, 2015), Gallmeister (2019), traduit du l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.