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Mc Cash de retour

Caryl Férey retrouve la Bretagne et son personnage déglingué de Mc Cash dans Plus jamais seul. Pour notre plus grand bonheur.

FéreyRevoilà donc Mc Cash, toujours à la limite, toujours en colère, mais en plus avec charge d’âme depuis qu’il a récupéré sa fille Alice de 13 ans. Quand il apprend que son ami Marco Kerouan, avocat issu d’une grande famille bretonne, aussi allumé que lui, a disparu en mer, sans doute percuté par un cargo dans son voilier, il a des doutes.

Parce que Marco, bien que complètement déjanté, était un excellent marin. Et parce qu’entre le moment où il est censé avoir pris son bateau à Athènes, et l’accident du côté de Gibraltar, il y a un trou étonnant de quelques jours. Quand il apprend en plus, de la bouche de Zoé qu’Angélique, sa sœur, et ancien et seul amour de Mc Cash était à bord avec son pote, il est certain qu’il y a quelque chose de louche dans cette affaire. Assez louche pour le décider d’aller faire un tour ne Grèce.

Ca fait plaisir de retrouver Mc Cash. Toujours aussi mal luné, toujours rugueux, impitoyable avec les cons, sans pitié pour les convenances, les modes ou ceux qui lui cherchent des noises ; toujours aussi increvable, sans la moindre considération pour sa santé ; et toujours cœur d’artichaut pour les quelques personnes qui comptent – dont sa fille – mais à une seule condition : que personne ne lui fasse remarquer qu’il a bon cœur !

L’enquête est menée tambour battant, de Bretagne en Grèce. Ca castagne, les méchants en prennent plein les dents, McCash ne s’économise pas, le lecteur se régale et se nourrit de cette énergie communicative.

Au passage, sans jamais tomber dans l’angélisme, la pathos et sans donner de leçons, Caryl Férey vous balance en pleine poire l’enfer vécu par les migrants (et surtout les migrantes), et partage ce qu’il pense de l’accueil qu’on leur réserve dans la très riche Europe. Ainsi que ce qu’il pense des gouvernants grecs qui ont laissé les pourris piller les ressources du pays, et des banques et institutions européennes qui, au lieu d’attraper les ripoux par la peau des couilles pour leur faire rendre gorge, en a profité pour asphyxier définitivement le peuple grec.

Bref du très bon Caryl Férey, et vive Mc Cash !

Caryl Férey / Plus jamais seul, Série Noire (2018).

Embellie dans la Grèce de Charitos. Vraiment ?

La situation de la Grèce, imaginaire mais pas tant que ça, de Petros Markaris ne cesse d’évoluer. Pour le meilleur ou pour le pire ? réponse dans Offshore.

MarkarisMiracle. Aux élections un parti sorti de nulle part, avec des candidats jeunes et inconnus, ne se revendiquant d’aucune idéologie gagne à la surprise générale. Du jour au lendemain, les armateurs reviennent installer leurs sièges sociaux à Athènes, de nouvelles banques ouvrent, l’Europe applaudit, la croissance repart.

Mis à part Adriana, l’irascible (mais excellente cuisinière) femme du commissaire Charitos, qui se demande d’où vient l’argent, tout le monde se réjouit.

Même le travail de notre commissaire athénien préféré est simplifié : Quand un armateur est assassiné chez lui, les coupables sont tellement bêtes qu’ils s’accusent en public et se font arrêter. Même chose avec l’assassinat d’un responsable du port.

Charitos commence à se dire qu’il y a peut-être anguille sous roche, mais sa nouvelle hiérarchie lui fait bien comprendre qu’il doit s’estimer heureux d’avoir ses coupables, et arrêter d’embêter le monde. C’est mauvais pour les affaires. Se taire, obéir et fermer les yeux, le commissaire en est-il vraiment capable ?

Ce n’est pas le meilleur Markaris à mon humble avis. Parfois les remarques sur les embouteillages, ou les fausses disputes entre Charitos et son épouse semblent un peu systématiques. Le lecteur, sur certains détails de l’enquête, a l’impression d’être plus perspicace que les flics dont c’est pourtant le métier. Bref, tout n’est pas parfait mais …

Mais, mine de rien, avant une élection récente en France, Markaris a décrit, en Grèce, l’arrivée au pouvoir d’une bande de pseudo inconnus, venus des affaires, et tout à fait décidés à gérer le pays comme une entreprise. Mine de rien, il a anticipé combien cette politique en apparence jeune et moderne s’accompagne d’une chape de plomb, d’autant plus pernicieuse qu’elle est non déclarée, et qu’elle tient plus de l’autocensure que de la censure : Enfin le pays redémarre, il ne faudrait rien faire qui mette en danger l’économie non ? Et mine de rien, le final est certainement le plus effrayant, glaçant et pessimiste que nous ait jamais proposé le créateur de ce râleur de Charitos.

Lisez pour comprendre. Et posez-vous ensuite les deux questions suivantes : Une telle situation existe-t-elle déjà ? Je ne sais pas. Est-ce plausible dans un avenir envisageable ? malheureusement oui.

Petros Markaris / Offshore (Offshore, 2016), Seuil/Cadre noir (2018), traduit du grec par Michel Volkovitch.

la crise grecque vue par Petros Markaris : conclusion.

Conclusion de la trilogie de la crise, Epilogue meurtrier est le « quatrième mousquetaire » de la série du grec Petros Markaris.

MarkarisC’est toujours la crise en Grèce, une crise qui n’épargne pas la famille du commissaire Charitos. Sa fille qui vient en aide aux migrants est tabassée à la sortie du tribunal par des gros bras d’Aube Dorée. Et il s’avère rapidement qu’ils ont de l’aide au sein même de la police.

Côté boulot, des cadavres apparaissent. Les meurtres sont revendiqués par un mystérieux groupe : « les Grecs des années cinquante ». Les victimes sont indistinctement de droite ou de gauche, mais Charitos découvre rapidement que tous, d’une façon ou d’une autre, ont quelque chose à voir avec la corruption qui gangrène l’administration grecque. Encore une enquête difficile …

Difficile de rajouter quelque chose à ce que j’ai déjà écrit sur les trois premiers volets de la trilogie. Les fans vont aimer cette conclusion, ceux qui trouvent les livres de Petros Markaris trop classiques et trop sages … seront confortés dans leur opinion. Sans crier au génie, j’aime.

Dans la droite ligne des trois précédents, après avoir réglé leurs comptes aux financiers, aux fraudeurs et à la génération qui, après avoir combattu les militaires s’est retrouvée aux affaires, c’est à la corruption que l’auteur s’attaque ici. Avec les mêmes armes : une famille Charitos qui traverse la tourmente tant bien que mal, avec de l’humour, de l’émotion et de la colère. Avec les petits plats de madame, la mauvaise humeur de monsieur, la peur parfois, mais jamais le désespoir.

De passage à Toulouse en octobre, Petros Markaris nous confiait que, au démarrage de sa trilogie, certains lui disait qu’il était fou, que la crise serait terminée bien avant que ses romans soient publiés. Lui était bien persuadé qu’il aurait largement le temps avant que son pays ne s’en sorte. Il avait malheureusement raison. Espérons (pour les grecs) qu’il ne puisse écrire une œuvre aussi fournie que celle d’Ed McBain !

Petros Markaris / Epilogue meurtrier (Titli telous – O epilogos, 2014), Seuil/Policiers (2015), traduit du grec par Michel Volkovitch.

Trilogie de la crise, fin ?

Pain, éducation, liberté conclue la trilogie de la crise du grec Petros Markaris. On ne peut que constater que la situation en France ressemble beaucoup à celle de la Grèce …

MarkarisJanvier 2014, la Grèce vient de sortir de l’euro et revient à la drachme. Par la même occasion le gouvernement annonce que les salaires des policiers ne seront pas payés pendant trois mois. Dans les rues les manifestations se succèdent et les gros bras de l’extrême droite s’en prennent aux immigrés. C’est dans cet ambiance détendue qu’un premier cadavre est retrouvé : un entrepreneur, qui pendant sa jeunesse avait été emprisonné par la dictature des colonels, mais qui, une fois la démocratie revenue, avait très bien su profiter de la légitimité politique acquise pour faire des affaires, de très bonnes affaires, quitte à renier ses idées de jeunesse. Le commissaire Charitos se retrouve avec une nouvelle affaire bras, une affaire qui a toutes les chances de dégénérer …

Après les banquiers et les gros fraudeurs du fisc, voici donc dans le collimateur de Petros Markaris la génération de ceux qui, s’appuyant sur leurs luttes et souffrances de jeunesse, ont fait main basse sur le pays et n’entendent pas lâcher le morceau.

Pour en revenir sur ce que j’écrivais en introduction, ce n’est surement pas en France que l’on trouvera des anciens « révolutionnaires », disons qui avaient 20 ans à la fin des années 60, qui ont mis les mains dans le pot de miel et se sont gavés tout en continuant à donner des leçons à tout le monde parce que EUX ils y étaient. Non, cela n’existe qu’en Grèce.

Autre exemple qui ne s’applique qu’à la Grèce, et surtout pas à la France, et encore moins en ces jours électoraux : Une jeune qui s’intéresse à la politique analyse ainsi les mouvements d’extrême droite d’Aube Dorée : Ils n’ont pas intérêt à ce que les immigrés disparaissent, car leur seul programme consiste à demander … leur disparition, et les partis « traditionnels » n’ont aucun intérêt à ce que l’extrême droite disparaisse, car c’est un bon sujet de peur et d’entente (sans parler d’articles à n’en plus finir).

Mais ça c’est en Grèce, pas ici. Ce n’est pas ici que la presse nous rabattrait les oreilles tous les jours avec un parti d’extrême droite qui gagne moins de 20 communes sur plus de 36000 …

Toute politique mise à part, ce troisième volume de la trilogue confirme ce que j’ai pu dire sur les trois premiers. Sans rien apporter de très nouveau en termes d’écriture, Petros Markaris utilise, et utilise très bien, les codes du polar pour éclairer un autre aspect de la crise grecque. L’humour fait passer les moments les plus sombres, la colère et la rage sont là, ainsi que la tendresse pour ceux qui souffrent et l’admiration pour ceux qui luttent.

C’est bien fait, c’est utile, très utile même et on passe un bon moment de pure lecture. Aucune raison de passer à côté donc.

Petros Markaris / Pain, éducation, liberté (Psomi, Paidia, Eleftheria, 2012), Seuil/Policiers (2014), traduit du grec par Michel Volkovitch.

Suite de la trilogie de la crise de Petros Markaris

La sortie de l’excellent Liquidations à la grecque était accompagnée d’une non moins excellente nouvelle : c’était le premier d’une trilogie consacrée à la crise en Grèce. Dont voici le deuxième volume, Le justicier d’Athènes, signé du toujours jeune Petros Markaris.

MarkarisLa crise bat son plein à Athènes. Les manifestations se suivent et se ressemblent, le peuple meurt de faim, et le commissaire Charitos est le seul policier à ne rien faire : alors que tous sont pris par les manifs, même les assassins ont arrêté de bosser, pas la moindre affaire en cours. Jusqu’à ce qu’un corps soit retrouvé dans un site archéologique, empoisonné à la cigüe. Il s’avère qu’il s’agit d’un riche chirurgien, spécialiste de l’évasion fiscale, qui avait reçu, cinq jours auparavant l’ordre de payer à l’état ce qu’il lui devait sous peine d’être abattu.

Très rapidement le « Percepteur National » exécute un autre fraudeur, puis se félicite d’avoir réussi à faire rentrer 800 000 euros dans les caisses de l’état. Il n’en faut pas plus pour en faire un héros national, faire paniquer les politiques, et mettre le pauvre Charitos dans une sacré mouise, obligé d’arrêter un assassin que beaucoup voudraient comme ministre !

Je vais sans doute me répéter … Avec ce second volume de la crise Petros Markaris confirme : l’écriture et la construction ne sont pas d’une originalité folle, c’est du solide classique, c’est tout à fait dans la lignée des enquêteurs méditerranéens, comme Carvalho ou Montalbano, et c’est bon !

C’est bon parce qu’il arrive à s’attaquer à la situation grecque en en faisant ressentir la violence et la douleur, avec en particulier une ouverture qui fait vraiment mal aux tripes. Et c’est bon parce qu’il le fait en gardant un humour (grinçant mais un humour), et une énergie qui empêchent de désespérer complètement et de tomber dans la neurasthénie.

C’est bon aussi, ce justicier qui dézingue tous ces pourris. Je sais, je sais, on ne peut pas se réjouir d’un meurtre. Du moins pas en vrai. Je sais c’est mal. Mais là, c’est juste un exutoire, c’est pour de faux, et c’est bon ! Disons que ça met de meilleure humeur (même si c’est peut-être moins crédible) que de lire des récits de lynchages de roms …

Mention spéciale aussi aux apparitions télé des ministres interviewés. Ca sent le vécu, ils sont bien infects, lâches, menteurs comme on les connaît, et comme on les imagine en Grèce. Et c’est très drôle. Comme les roumégages (cherchez un peu, vous comprendrez) de Charitos et les proverbes de sa femme.

Et puis il y a les odeurs, les saveurs, les embouteillages d’Athènes, les démêlées avec sa famille, et le rappel, pas si inutile, de ce que certains ont sacrifié il n’y a pas si longtemps pour virer les militaires …

Alors voilà, faites-vous du bien le temps d’un roman, lisez Petros Markaris.

Deux petites infos pour finir : sur une thématique un peu semblable, il y a une vieille série noire qui fait du bien, ça s’appelait Tuez un salaud, et c’était signé Colonnel Durruti (tout un programme), je ne sais pas si on le trouve facilement.

Petros Markaris / Le justicier d’Athènes (Pereosi, 2012), Seuil/Policiers (2013), traduit du grec par Michel Volkovitch.

La crise grecque vue par Petros Markaris

On le sait, ce sont les auteurs de polars qui se coltinent la crise actuelle. Et pas pour nous bassiner sur la nécessité de nous serrer la ceinture alors que d’autres se remplissent les poches. Non, juste en montrant les effets sur les gens, les vrais, pas les peignes-culs des agences de notation et les lèches-bottes de journalistes qui relaient servilement leur avis … Cette fois, direction la Grèce avec Liquidation à la grecque du vétéran Petros Markaris.

MarkarisTout devrait aller bien pour le commissaire Charitos. Il marrie sa fille, il apprécie son gendre, il a une nouvelle voiture, et son chef ne l’emmerde pas trop. Mais rien ne peut aller bien pour un grec en ce moment. La crise et les régressions sociales imposées par l’Union Européenne, le FMI et toute la bande de vautours qui va avec, frappent la société de plein fouet. Les manifestations sont quotidiennes, circuler dans Athènes est impossible, et voilà qu’un individu commence à séparer proprement la tête du corps d’un certain nombre de banquiers, dirigeants d’agences de notation et autres prêteurs et usuriers. Dans le même temps une campagne d’affichage sauvage incite les gens à ne plus rembourser leurs crédits. Dure enquête pour Charitos : le « Robin des Banques » est malin, la pression des ministères énorme, et le public serait plutôt du côté du coupeur de têtes que de celui des victimes …

Une fois de plus, Petros Markaris délivre un polar solide, bien écrit et bien construit, classique dans sa construction et son écriture. On ne crie pas au génie, mais on se fait très plaisir.

Très plaisir entre autre grâce à ce sacré Charitos, son humanité, sa mauvaise humeur (assez proche de celle d’un Montalbano), son goût pour les bonnes choses (encore Montalbano ou Carvalho), ses engueulades avec sa femme … Voilà qui rajoute du piment et donne à la série sa chair et son cachet.

L’autre intérêt ici est de prendre la crise à bras le corps. Et de façon fort intelligente.

Première idée maline, Charitos s’y entendant à peu près autant que le lecteur moyen, les explications en économie qu’il subit sont aussi du bon niveau pour nous. Et pas trop nombreuses. Ensuite on ne peut être que séduit par l’idée de couper quelques têtes. Et même si ce n’est que par procuration, il faut avouer que ça fait du bien et qu’on rêve un peu de voir l’histoire devenir réalité …

Fort intelligente aussi car Markaris ne ménage personne.

Il rend très bien le fort ressentiment de la population envers ce nord de l’Europe qui lui fait la leçon, rend très bien l’arrogance des donneurs de leçon et des profiteurs du système, rend très bien l’exaspération au bord de l’explosion de gens qui, parfois, ont lutté au péril de leur vie contre une dictature militaire et se retrouve traités comme des gamins par des encravatés suffisants …

Mais ne cache pas non plus les responsabilités locales de gens qui ont cru, tout d’un coup, que l’argent tombait du ciel et qui ont tout sacrifié à l’enrichissement immédiat et sans effort, et de ceux qui en ont profité pour les plumer.

Bref, en Grèce comme ailleurs, ce sont bien les auteurs de polar qui se coltinent la réalité. Et de bien belle manière.

Petros Markaris / Liquidation à la grecque (Lixiprothesma dania, 2010), Seuil/Policiers (2012), traduit du grec par Michel Volkovitch.

Le commissaire Charitos à Istanbul.

Je continue avec ma série d’enquêteurs méditerranéens. Après Petra et Fermín à Barcelone, voici le commissaire Charitos de Petros Markaris qui quitte Athènes pour Istanbul dans … L’empoisonneuse d’Istanbul.

Rien ne va plus dans la famille du commissaire Charitos. Sa fille, sa fille bien aimée se marie. Tout devrait donc aller pour le mieux. Mais elle refuse de se marier à l’église ! Elle réussit donc à se fâcher avec son père, sa mère et ses beaux parents. Pour faire passer la pilule, Charitos propose à sa moitié de faire un voyage à Istanbul, voyage dont elle rêve depuis longtemps. Mais là non plus il ne trouvera pas la paix. Il se retrouve obligé d’assister la police turque dans sa recherche d’une vieille femme, grecque originaire d’Istanbul, qui vient d’empoisonner son frère dans le nord de la Grèce et semble être maintenant en train de régler d’anciennes dettes dans sa ville natale à coups de tyropitas à l’insecticide. Les relations entre grecs et turcs étant ce qu’elles sont, voilà une mission qui va mettre à mal la patience, déjà très limitée, de notre commissaire.

Un très bon polar procédural. Si la forme et l’intrigue n’ont rien de révolutionnaire, les deux sont également soignées. Et c’est le reste qui fait l’intérêt de ce polar.

A commencer par les personnages, et l’humour de Charitos/Markaris. Un personnage d’enquêteur dans la grande tradition méditerranéenne (de la famille des Montalbano ou Carvalho) râleur, têtu et gastronome. Les relations toutes en piquants entre Charitos et se femme sont criantes de vérités. Elles recoupent les multiples discussions de Petra et Fermín sur le mariage, voilà une autre lien. Un sens de l’humour commun, méditerranéen ? Toujours est-il qu’on sourit beaucoup, et qu’on rit même parfois.

La description des compagnons du voyage organisé, de leurs réactions et commentaires est impitoyable et très drôle (et prouve que le consommateur de voyages organisés est universel dans sa manie de voir, là où il voyage, tout ce qui est moins bien que chez lui, et dans sa façon fort distinguée de le faire savoir à haute, voire très haute voix).

Et pour finir, il y a tout le fond historique, géographique et sociologique : histoire des grecs d’Istanbul, sociologie des minorités en Turquie, mais aussi des turcs quand ils émigrent, rivalité (quand ce n’est pas plus) entre grecs et turcs, description d’une ville complexe, contrastée, aussi injuste que fascinante … Une histoire que l’auteur, dont la famille est originaire d’Istanbul connaît bien.

Tout cela sans jamais sacrifier au récit. Autant d’excellentes raisons pour se précipiter sur ce polar.

Pétros Markaris / L’empoisonneuse d’Istanbul (Palia, poly Palia, 2008), Seuil/Policiers (2010), traduit du grec par Caroline Nicolas.