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Le fleuve céleste

Après Les chevaux célestes de Guy Gavriel Kay j’ai donc enchaîné sans reprendre mon souffle avec Le fleuve céleste. Un vrai bonheur bis.

Nous sommes 300 ans après le précédent roman. L’empire Kitai s’est rétréci et paie un tribut aux peuples de cavaliers des steppes qu’il considère pourtant comme des barbares. Alors que l’empereur s’intéresse plus à la peinture qu’à l’administration de royaume, les clans de cavaliers vont bientôt être unis, par la force, et déferler sur l’empire.

Un homme, Ren Daiyan, fils d’un petit fonctionnaire, est persuadé qu’il peut, qu’il doit, rendre sa gloire à son peuple. Plus près de la cour, Lin Shan, une femme se rebelle contre son statut qui lui interdit à peu près tout. Contre toutes les règles, elle lit, écrit des poèmes et finira par influencer l’empereur.

Dans le tourbillon de la guerre et des intrigues de cour, des destins qui sont appelés à se croiser.

Plus besoins de présenter l’œuvre de Guy Gavriel Kay, voir article ci-dessous.

Dans Le fleuve céleste on retrouve toutes les qualités du roman précédent. Richesse et véracité des personnages, complexité et finesse des intrigues politiques. Là où Les chevaux célestes décrivait un empire tout puissant, on est ici au contraire dans un royaume qui se replie sur lui-même, se méfie de son armée, ne nomme que des incapables à la tête des troupes. Et l’accent est mis sur l’art, poésie, calligraphie et peinture, ainsi que sur l’impossible émancipation des femmes. Sans oublier un soupçon de magie et quelques belles batailles.

Un roman qui allie la finesse dans la description à l’ambition et au souffle du propos. Plus de 700 pages de bonheur de lecture.

Guy Gavriel Kay / Le fleuve céleste, (River of stars, 2013), L’atalante / La dentelle du cygne (2014) traduit de l’anglais (Canada) par Mikael Cabon.

Les chevaux célestes

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu de roman de Guy Gavriel Kay, depuis Les lions d’Al-Rassan. J’ai donc attaqué les pavés de l’été avec Les chevaux célestes. Un vrai bonheur.

Shan Tai est le fils cadet d’un général de l’empire Kitai. A la mort de son père, qui a toujours regretté les milliers de morts laissés sans sépulture dans les montagnes autour du lac de Kukuar Nor il est parti passer les deux ans de deuil seul, dans une cabane à enterrer aussi bien les soldats Kitai que les soldats Tagur, ces cavaliers contre qui ils se sont battus. Toutes les nuits il a entendu les hurlements des défunts.

En signe de reconnaissance, l’impératrice consort du Tagur lui offre 250 chevaux célestes, ces purs sangs venus de l’ouest, chevaux célestes qui n’ont pas leur pareil. Or comme il le sait très bien : « On donne à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donne quatre ou cinq pour l’élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l’élite – et lui valoir la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montent les chevaux des steppes. » Alors 250 …

Après deux ans de solitude et de méditation, Shan Tai va devoir retourner à la cour, où son frère ainé est très bien placé, où l’empereur vit sous le charme de la Précieuse Concubine. Un environnement bien plus dangereux que celui des fantômes.

Pour ceux qui ne connaitraient pas cet auteur, il est ici dans sa grande spécialité : choisir un lieu et une époque historiques et rebâtir à partir de ce matériau une historie parallèle, avec juste un soupçon de fantazy, inspirée des contes et croyances du lieu et de l’époque en question. Il parait qu’on est là au milieu du VII° siècle des Tangs. C’est sans doute vrai, mon ignorance totale de l’histoire chinoise avant le XX° siècle ne me permet pas de le mettre en doute.

Première constatation, on peut tout ignorer du contexte historique et prendre un immense plaisir à la lecture. Ouf. Deuxième constatation, ce roman n’est pas fait pour les lecteurs de fantazy qui veulent des combats de mages, des hordes de créatures, le Bien contre le Mal.

Par contre, même si vous êtes réfractaire à tout ce qui touche au fantastique, fantazy ou SF, vous pouvez vous précipiter parce qu’il y a tout ce qu’on peut adorer dans un grand et gros roman.

Des personnages fantastiques, complexes, attachants, un contexte magnifiquement décrit dans toutes ses composantes : la politique, les lieux, les populations. Le contraste entre les montagnes perdues où commence le roman, et les fastes incroyables de la cour est frappant. La richesse insolente, l’absurdité de la toute-puissance d’un monarque qui règne par la terreur aussi bien physique que mystique, la complexité des intrigues de cour … Et quels personnages féminins ! des courtisanes beaucoup plus complexes qu’il peut sembler au début, une combattante intraitable, une jeune femme exilée loin de chez elle.

Toutes, tous sont incroyables et embarquent le lecteur dans un périple plein d’émotion et de souffle sur plus de 600 pages d’aventure et de bonheur.

Guy Gavriel Kay / Les chevaux célestes, (Under Heaven, 2010), L’atalante / La dentelle du cygne (2014) traduit de l’anglais (Canada) par Mikael Cabon.