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Antonin Varenne suite

Comme promis la semaine dernière, après Trois mille chevaux vapeur d’Antonin Varenne, voici Equateur. L’occasion de rappeler que l’auteur sera à la librairie de la Renaissance le vendredi 19 mai à 19h00.

Varenne bisEquateur commence quelques années après la fin du roman précédent. Pete Ferguson qui avait été recueilli avec son frère dans le ranch de Bowman au moment de la guerre de sécession, est parti quelques années plus tard, accusé d’avoir tué un homme dans la ville voisine.

Il fait équipe pendant un temps avec un groupe de chasseurs de bisons, avant de devoir tuer l’un d’eux qui essayait de le poignarder. Sa fuite continue, en passant par le Mexique puis le Guatemala où il se retrouve pris dans une autre forme de guerre, jusqu’à l’équateur, l’endroit où tout change. Du moins l’espère-t-il.

Trois mille chevaux vapeur suivait la trame d’une enquête aux quatre coins du monde, en passant par les plus grandes villes du moment. Equateur est une quête initiatique solitaire dans les endroits les plus paumés de l’Amérique.

Les deux mettent en scène des hommes traumatisés, qui auraient pu, ou dû être brisés, et qui arrivent quand même à aller au bout de leurs voyages, quitte à arriver à bout de force. Les deux mettent aussi en scène des hommes violents sauvés, au final, par des femmes libres et aussi, sinon plus, fortes qu’eux.

Dans les deux romans Antonin Varenne fait souffler le vent de l’aventure, avec la puissance des destins hors normes, et dans des paysages incroyables où l’homme se sent vraiment petit. Dans les deux il nous fait voyager, découvrir des mondes et des époques mal connus ou oubliés, les bagnards en Guyane, ou cette communauté de femmes libres dans la forêt guyanaise. Il nous rend témoin de la fin de plusieurs histoires : les derniers chasseurs de bisons, les derniers comancheros, la disparition de peuples indiens du Guatemala, dans un monde où ne restent déjà que les ruines des anciens maîtres Maya. Des histoires de fin de monde donc, ainsi que celle du démarrage d’une nouvelle époque. Et toujours avec le même sens du récit qui plonge le lecteur au cœur de l’aventure.

En suivant le voyage de Pete, je croyais qu’après l’équateur Antonin Varenne trouverait le moyen de nous amener jusqu’en Patagonie. La fin du roman n’en prend pas le chemin, mais qui sait, il suffira peut-être de lui demander gentiment. Ces deux premiers romans sont tellement passionnants qu’il serait dommage d’en rester là.

Antonin Varenne / Equateur, Albin Michel (2017).

L’enfer vert

C’est déjà le quatrième roman du brésilien Edyr Augusto traduit en France chez Asphalte. Avec Pssica, on reste dans un Brésil amazonien extrêmement violent.

augustoNous sommes du côté de Belém. Suite à une vidéo où on la voit faire une fellation à son copain, Janalice, quatorze ans est envoyée par ses parents chez sa tante. Quelques jours plus tard elle est enlevée dans la rue et disparaît. Un ancien flic, ami du père, part à sa recherche sur le fleuve. Il se retrouve dans une zone hors de toute loi, livrée à la contrebande, à la prostitution et à tous les trafics possibles, de et vers la Guyane française proche. Un lieu où les bandes et les politiciens pourris jusqu’à la moelle font régner leur loi.

Attention, c’est violent, sans concession et les rudes aspérités du roman ne sont adoucies par rien. Pas de personnage auquel se raccrocher, ou si peu, pas de scènes de repos. C’est court, sec et ça secoue.

Comme dans les autres romans de l’auteur, les protagonistes sont bourreaux ou victimes, parfois les deux. Les pires (et il y en a beaucoup), ne semblent avoir aucune valeur morale, aucun frein, ils ne suivent que leurs désirs. S’ils veulent quelque chose, ils le prennent, sauf si c’est quelqu’un de plus fort qu’eux qui l’a. La corruption est générale, la loi du plus fort la seule règle. Et surtout, n’attendez pas le happy end.

Pour les amateurs de noir très noir, après, prévoyez un truc un peu plus riant.

Edyr Augusto / Pssica (Pssica, 2015), Asphalte (2017), traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos.

  1. Edyr Augusto sera à la Librairie de la Renaissance jeudi prochain (le 2 mars).

Découvrir la Guyane avec Colin Niel

J’avais été intrigué par le précédent roman de Colin Niel, parce qu’il se déroule en Guyane (et que j’y ai fait deux courts séjours professionnels). Et puis bêtement je l’avais laissé passer. Je me rattrape avec Obia. Je ne l’ai pas regretté, superbe.

NielSaint-Laurent du Maroni, à la frontière du Surinam. Le jeune Clifton Vakansie fuit les gendarmes qui sont à sa recherche. Quelques heures plus tôt le corps de Willy Nicolas a été retrouvé chez lui, et il a été vu, peu avant sa mort, en compagnie de Clifton. Le lendemain un deuxième corps est retrouvé, un autre jeune homme assassiné. Les deux avaient avalé des sachets de cocaïnes, des mules, « préparées » au Surinam, s’apprêtant à prendre l’avion à Cayenne pour Paris.

Le major Marcy, gendarme de Saint-Laurent, figure connue à l’efficacité redoutable est sur l’affaire, mais on lui adjoint, un peu forcé, le capitaine André Anato, le seul local ayant atteint ce grade en Guyane. Alors que Marcy fonce derrière Clifton, André Anato trouve qu’il y a des failles dans l’affaire et diversifie l’enquête qui va alors revenir plus de vingt ans en arrière, quand une guerre civile au Surinam créait un afflux de réfugiés à Saint-Laurent …

Emballé. Voilà. C’est simple, quand le soir il vous tarde de boucler les rangements, mails, préparatifs pour le lendemain … pour vous enfoncer dans votre canapé votre bouquin à la main, quand vous laissez passer l’heure d’aller dormir, quand vous sortez le bouquin du sac au moindre petit bouchon sur la route c’est qu’il se passe quelque chose. Et ce fut le cas avec cet Obia.

Je ne vais pas vous dire pour autant que c’est un chef-d’œuvre, un roman qui vous fait vous exclamer devant l’audace, ou l’écriture, mais c’est de la très belle ouvrage, du polar haute couture, de ceux dans lesquels vous plongez sans restriction. 500 pages, et pas une de trop, pas un seul moment où on aurait aimé couper.

Pourquoi ? Cela tient bien entendu à beaucoup de choses.

Des personnages pour commencer. Tous les personnages, pas seulement les enquêteurs. On a l’impression qu’ils sont tous importants pour l’auteur, qu’il leur a accordé son attention, à tous, ce qui leur donne une réalité, une chair, des plaisirs, des souffrances, des faiblesses, des espoirs … le lecteur se passionne pour tous les parcours.

L’histoire, qui démarre assez tranquillement et semble si classique au début vous réserve quelques très jolis coups de théâtre, tous très bien amenés, jamais forcés. Elle est surprenante et cohérente de bout en bout.

La Guyane, ce territoire si mal connu est très bien décrit. On entend ses sons, on sent la présence de la forêt et de l’eau, on ressent ce que vivent ses habitants, suivant qu’ils soient implantés depuis longtemps et attachés à cette terre, arrivés récemment de métropole et complètement perdus ou immigrés des pays voisins. L’auteur arrive à faire entendre les mots locaux, et cela donne un peu de couleur, de goût, comme une épice supplémentaire.

Pour finir, Colin Niel a trouvé la bonne façon de raconter les événements tragiques du Surinam. Il en dit assez pour que le lecteur comprenne le contexte, mais pas trop pour ne pas donner l’impression d’écrire un article. C’est passionnant et très émouvant, c’est ce qui fait qu’en plus d’être une bonne histoire bien racontée, Obia est un livre qui touche profondément et durablement.

De la très belle ouvrage.

Colin Niel /Obia, Rouergue Noir (2015).