Archives du mot-clé Haruki Murakami

L’oiseau à ressort d’Haruki Murakami

Il y a presque un an, des copains à qui je faisais part de mon enthousiasme pour Haruki Murakami en général, et Kafka sur le rivage en particulier m’ont offert Chroniques de l’oiseau à ressort. Il était sur ma table de nuit, mais avait été recouvert par des piles de polars. Et j’hésitais à me lancer dans ce pavé de 850 pages. Grâce aux vacances, plus calmes en termes de sorties, j’ai enfin pu le lire. Si vous passez par ici, Hervé et Isa, merci.

Toru Okada était secrétaire dans un cabinet juridique, jusqu’à sa démission, donnée sans raison bien précise. Depuis il est homme au foyer, s’occupe de la maison et prépare le repas en attendant sa femme Kumiko. Jusqu’au jour où leur chat, disparaît. A partir de là sa vie déraille. Il reçoit des coups de fils érotiques d’une inconnue, rencontre une voyante coiffée d’un chapeau rouge, fait la connaissance d’une adolescente spécialiste de perruques … et Kumiko disparaît à son tour, sans laisser de traces. Et ce n’est que le début d’une étrange aventure qui le verra affronter ses cauchemars, et ceux des autres, au fond d’un puits.

Ceux qui connaissent déjà Haruki Murakami savent bien qu’il est absolument impossible de résumer ses romans. Celui-ci ne fait pas exception à la règle. Ils savent également qu’ils sont tellement riches, complexes, peu explicites et qu’on passe forcément à côté de beaucoup de choses, chacun y piochant ce qu’il peut, ou ce qu’il veut. Une fois de plus, celui-ci ne fait pas exception. Parmi les multiple thématiques abordées dans cet ouvrage, on peut citer, en vrac, une réflexion sur le monde du travail et la vie quotidienne au Japon, le traumatisme de la guerre en Chine, et de la débâcle de 1945, la culpabilité, la manipulation politique et individuelle, l’importance du rêve, la difficulté d’assumer ce que l’on est …

Autant de thèmes, et bien d’autres, qui passent, comme un rêve éveillé dans ce roman envoûtant de plus de 800 pages qui réussit l’exploit, malgré ses digressions et ses récits en apparence sans liens les uns avec les autres, de repêcher le lecteur juste quand il a l’impression d’être complètement perdu.

L’auteur nous perd, nous hypnotise, nous présente l’un après l’autre une multitude de personnages pas toujours liés les uns aux autres, avant de nous récupérer, in extremis, et de donner, dans une final extrêmement prenant, une cohérence à l’ensemble.

Chroniques de l’oiseau à ressort est un roman qui peut passer en quelques pages de la violence la plus noire à la poésie la plus lumineuse, de l’horreur à l’humour, de tragique au comique, toujours en finesse, sans la moindre lourdeur. Un roman à la fois poétique, réaliste, fantastique, historique, onirique … Un roman que l’on referme comme on sort d’un rêve, enchanté au sens premier du terme, encore un peu paumé, avec l’impression d’avoir saisi quelque chose d’important, même si on ne comprend pas tous les détails.

Vraiment du grand art, qui demande juste un peu de temps et de persévérance. Mais j’ai quand même une légère préférence pour Kafka sur le rivage

Haruki Murakami / Chroniques de l’oiseau à ressort  (Nejimaki-dori kuronikuru, 1994), Points Seuil (2001). Traduction du japonais par Corinne Atlan avec Karine (ou Catherine ?) Chesneau.