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Bagdad sans dessus-dessous

Le titre et le lieu sont originaux : Bagdad, la grande évasion ! de Saad Z. Hossain, et j’en avais lu le plus grand bien ici et . J’ai donc plongé, avec délices.

HossainBagdad sous emprise américaine. Kinza, un truand très dangereux, et son pote Dagr, ancien prof d’économie fan de mathématiques, viennent de récupérer, de façon assez inattendue, Hamid, tortionnaire de l’ancien régime. Ils se demandent bien à qui ils vont pouvoir le vendre quand celui-ci leur dit connaître l’emplacement d’un trésor à Mossoul.

Comme Hoffman, le Marine avec qui ils font des affaires diverses et variées, a l’air d’avoir disparu, ils décident de partir avec Hamid. Sauf qu’ils ne vont pas aller loin, et se trouver pris dans une guerre millénaire. Pas franchement la joie, mais tant qu’ils ont des munitions, ils sont bien décidés à dézinguer tout ce qui se met sur leur chemin. Ils vont être servis.

Avant d’ouvrir ce bouquin, je n’imaginais pas qu’on puisse écrire un bouquin drôle, déjanté, émouvant et érudit sur le merdier intégral qu’est devenue la situation à Bagdad. J’avais tort, on peut, Saad Z. Hossain l’a fait.

On commence par se dire que c’est drôle et déjanté. Avec des personnages à la morale fluctuante, un américain beaucoup moins couillon qu’il n’y parait, et une hiérarchie militaire très … Comment dire … Très raide, physiquement et intellectuellement. Donc on prend immédiatement beaucoup de plaisir à suivre les tribulations de ces pieds-nickelés.

Puis peu à peu, on plonge dans l’horreur, mais aussi dans le mythe, le roman change de direction, sans rien perdre de sa fantaisie, bien au contraire. Et on va crescendo vers un finish incroyable, impensable, en forme d’exploit pyrotechnique (bien du plaisir à ceux qui voudraient adapter au ciné !).

En chemin on a croisé des êtres de légende increvables, d’abominables pourritures et quelques beaux êtres humains. On a appris beaucoup de choses sans jamais avoir l’impression que l’auteur nous fait la leçon, on a souri, même parfois aux situations les plus atroces et surtout, on a pris un immense plaisir à lire ce roman puissamment jubilatoire.

A ne rater sous aucun prétexte.

Saad Z. Hossain / Bagdad, la grande évasion ! (Escape from Bagdad !, 2013), Agullo (2017), traduit de l’anglais (Bangladesh) par Jean-François Le Ruyet.

Une bonne série B.

Avant qu’il ne soit publié à la série noire, je ne connaissais Eoin Colfer que comme auteur jeunesse (très apprécié en son temps par mes affreux). Je n’avais pas lu son premier roman traduit à la SN, je me suis rattrapé avec Mauvaise prise.

ColferDaniel McEvoy est un ancien militaire irlandais. Il a vécu le Liban et quelques joyeusetés de ce genre, et espère bien finit ses jours tranquillement à gérer un club pas loin de New-York. Malheureusement pour lui, il a fâché, à un moment ou un autre, le truand irlandais du coin aussi bête que violent, et va être obligé de lui rendre un service douteux.

Comment à partir de là, va-t-il se trouver en string rose, torturé par deux flics ripoux, ça seul Eoin Colfer pourra vous l’expliquer. Et ce ne sera que le début des emmerdes.

Pour être très clair, vous n’avez pas là le roman qui va vous marquer à jamais, mais vous ne vous ennuierez pas une seconde. Toute prétention à la vraisemblance est violemment écartée dès le démarrage au profit d’une bonne série B, truffée de références, de castagne et de bons mots. Tout le talent de l’auteur consistant à ne pas vous donner la sensation que le tout est un poil too much, et de vous éviter l’indigestion.

Et il y arrive fort bien.

Cerise sur le gâteau, un auteur qui, dès la première ligne, cite Elmore Leonard (qui est vénéré ici, vous le savez sans doute si vous êtes un habitué) pour expliquer pourquoi il va s’affranchir d’une de ses règles d’écriture : « Le grand Elmore Leonard a dit un jour qu’il ne fallait jamais commencer une histoire en parlant de la météo. » ne peut pas être entièrement mauvais et sera toujours bien vu sur actu-du-noir. A lire donc pour le plaisir.

Eoin Colfer / Mauvaise prise (Screwed, 2013), Série Noire (2017), traduit de l’anglais (Irlande) par Sébastien Raizer.

Notre rendez-vous annuel avec Alberto Lenzi

Alberto Lenzi, juge en Calabre revient pour la troisième fois sous la plume de Mimmo Gangemi : La vérité du petit juge.

GangemiIl ne va pas y avoir grand monde pour regretter Marco Marello. Fils d’un parrain de la ‘Ndrangheta, un vrai porc d’après sa femme (bien qu’elle ne le dise pas trop fort), il a été retrouvé, ficelé comme un saucisson et enterré vivant, la tête la première dans un trou naturel en plein maquis. Les suppositions vont bon train : œuvre d’un fou ? Guerre entre deux familles ?

Comme l’affaire, au début, n’intéresse pas grand monde, elle est confiée à Alberto Lenzi, juge plus connu pour ses conquêtes féminines que pour son acharnement au travail. Mais quand un second cadavre est retrouvé, pendu par les pieds et saigné comme un cochon, l’histoire commence à faire du bruit. Et comme l’assassin décide de narguer Alberto, lui décide de se mettre au travail. Avec toute l’intelligence, la mauvaise humeur et la mauvaise foi qu’on lui connaît.

Avec ce troisième volume consacré à son juge Alberto Lenzi, Mimmo Gangemi s’installe comme l’un de ces rendez-vous annuel dont les lecteurs de polars sont friands. Tous les ans on retrouve Salvo Montalbano, Walt Longmire, le commissaire Ricciardi … et Alberto Lenzi, entre autres. Et c’est un vrai bonheur.

On retrouve la Calabre, superbement décrite, l’humeur de dogue de notre petit juge, sa langue acérée, des dialogues savoureux avec le vieux parrain qu’il va parfois consulter, avec un mélange de respect, de crainte et de dégout, les incontournable et inénarrables séances du club qui rassemblent tout ce que le ville compte de vieilles peaux dont la vanité n’a n’égale que la stupidité …

Comme dans les deux premiers romans, l’intrigue est bien menée, l’humour toujours présent, la langue un vrai régal. Le pied une fois de plus.

Mimmo Gangemi  / La vérité du petit juge (La verità del giudice, 2007), seuil/Cadre Noir (2017), traduit de l’italien par Christophe Maleschi.

Boo et Junior sont de retour

On avait découvert Boo et Junior de l’américain Todd Robinson avec Cassandra. Ils reviennent dans Une affaire d’hommes.

RobinsonVous vous souvenez peut-être de Boo et Junior. Amis depuis l’orphelinat, baraqués, pas forcément très malins, ils sont videurs dans un bar un poil chaud. Et ils aiment ça. Quand la serveuse du bar en question leur demande d’aller intimider un homme qui les harcèle, elle et sa coturne, ils y vont avec enthousiasme. Avec plus d’enthousiasme que de discrétion.

Du coup quand le bonhomme est retrouvé mort, le crâne enfoncé, ils font des suspects parfaits. Boo va devoir enquêter, mettre les pieds dans un nid de vipères et remettre en cause quelques idées bien reçues pour les tirer d’affaire. Sans oublier de belles parties de castagne.

Entièrement d’accord avec ce qu’a écrit Yan il y a peu : C’est pas le prochain Nobel, mais on s’amuse bien.

Ce deuxième volume est bien dans la continuité du premier, et confirme que Todd Robinson continuera à plaire aux fans de Hap et Leonard de Joe Lansdale : Une intrigue prétexte, du rythme, des vannes pas forcément très fines mais drôles (du moins, elles me font rire), des durs à cuire, des bastons homériques, et, quand même, une certaine peinture de la société américaine, avec ici un focus sur l’homophobie ordinaire.

Et donc, pour en revenir au début, si on ne tient pas là un futur prix Nobel, je me suis bien amusé, et je lirai le prochain avec le même plaisir que j’ai éprouvé à lire les deux premiers. Longue vie à Boo et Junior.

Todd Robinson / Une affaire d’hommes (Rough trade, 2016), Gallmeister/Néo Noire (2017), traduit de l’anglais (USA) par Laurent Bury.

Aux raclures qui passent ici.

Ca fait un moment que je n’ai pas eu d’accès de rogne. Et là, une bande de raclures essaient de poster sur mon blog des pubs ordurières pour voter Macron. Déjà appeler à voter Macron, ici, c’est une insulte. Mais en plus, croyez-moi sur parole, le post est immonde.

Donc les raclures, sachez que mon joli WordPress, en général, vous classe en indésirables. Merci WordPress. Et comme les commentaires sont modérés, ceux qui passent le barrage sont impitoyablement mis à la poubelle par ma pomme.

Mais du coup, vous m’avez énervé. Donc je vais faire de la pub à votre candidat que, soit dit en passant, je vomis autant que ses deux amis, Fion et Pen. J’ai découvert grâce au journal Le Monde, ce gentil youtubeur. J’avoue que les chaînes vidéo sur Youtube, c’est pas mon truc, question de génération sans doute. Mais là, même si le ton est un poil accéléré pour moi, j’aime bien, j’aime beaucoup même.

Et donc voilà ce qu’il nous raconte sur la pourriture que vous soutenez.

Ceci dit, il y en a aussi pour Fion.

Et puis il y a aussi pas mal de vidéos sur des sujets de fond, comme celui-ci sur le rôle des tribunaux d’arbitrage.

Après, sur la forme, je préfère Guillaume Meurice, même s’il creuse moins les sujets, et là, encore sur la corruption, allez voir ça, le passage où il interroge Patoche comme il dit, est tout simplement, comment dire … Surréaliste.

Mais les deux valent la peine. Mon seul regret, c’est que je ne pense pas qu’il passe ici, à par les raclures qui postent des commentaires de merde, des gens susceptibles de voter Fion, Pen ou Macron …

Révolution !

On ne peut pas dire que je ne varie pas mes lectures en ce moment. Après la mélancolie de Jérôme Leroy, le flic borderline très hardboiled de Stuart Neville, je fais la Révolution avec Sébastien Gendron.

gendronGeorges Berchanko et Pandora Guaperal ont un point commun : ils bossent tous les deux dans l’agence Vadim intérim, une boite bien pourrie qui les exploitent jusqu’au trognon. Et cela pourrait continuer. Jusqu’à ce que, sur une erreur toute bête, Georges se retrouve avec une voiture, une liasse de billets et un flingue (après, accessoirement, avoir flingué le client). Et que Pandora soit à deux doigts de se faire lyncher suite à un boulot dégueulasse de plus.

Quand ils se croisent dans un bar, ça fait tilt, et ils décident que ça suffit. Et que leur cas n’est pas unique. Qu’il est temps d’inciter les gens, qui acceptent tout sans jamais ruer dans les brancards. Que le temps de la révolution est venu.

« J’en ai rien à foutre d’être traitée d’extrémistes par des gens qui manipulent l’information pour effrayer tout le monde. Moi, ce que je veux, c’est que les gens se révoltent. Dans ce pays, c’est tout à fait légitime. Des révolutions ici, il y en a eu et elles ont changé le monde. Vous vous souvenez de cette ministre de l’Intérieur qui proposait au Parlement d’envoyer nos experts de la police nationale pour aider Ben Ali à mater la révolution tunisienne ? Une ministre de la V° République, héritière directe d’une démocratie qui s’est construite grâce à un soulèvement populaire plus de deux cent ans auparavant ! Notre classe dirigeante ressemble de plus en plus à celle qu’on a envoyé à la guillotine en 1789. Des gens qui n’ont plus aucun rapport avec le peuple et un peuple qui les traite de pourris et s’éloigne de plus en plus des urnes. Vous trouvez ça normal ? Pas moi. Je trouve ça à vomir. »

Voilà, c’est dit. C’est un peu en vrac, mais c’est dit. C’est dommage que Pandora, au lieu de causer à une journaliste opportuniste ne soit pas tombée sur Spider Jérusalem …

Je ne vous dirai pas que c’est le roman pour vous si vous aimez les romans à l’intrigue millimétrée, où l’on découvre à la toute dernière page que c’est le majordome qui a tué avec le tisonnier dans le salon. Ni si vous voulez découvrir une nouvelle époque ou un nouveau pays avec force détails tous plus exacts les uns que les autres.

Mais si vous en avez votre claque des débats à la con, si vous avez déjà la nausée à l’idée de ce qui nous attend cette année, si la coupe est pleine, si vous avez encore la force de râler, de gueuler de vous indigner. Et si vous voulez le faire sans pleurnicher mais avec une énergie jouissive et communicative, alors oui, ce roman est pour vous.

Ajoutez à cette rage, la description sans pitié mais extrêmement lucide du monde du travail, de l’humour (noir l’humour), une fantaisie débridée et des scènes de bravoure beaucoup plus maîtrisées qu’il n’y paraît et je n’ai plus qu’une chose à dire : Merci monsieur Gendron, ce roman fait un bien fou.

Sébastien Gendron / Révolution Albin Michel (2017).

Un drôle de footing dans Barcelone

Parmi les détectives privés, il en est un vraiment singulier. Il est barcelonais, on ne connait pas son nom ; sa vision des choses est pour le moins décalée … On le doit à Eduardo Mendoza et il revient dans Les égarements de mademoiselle Baxter.

mendozaAlors qu’il livre, avec la célérité qu’on lui connaît, deux repas chinois à des clients, notre détective est mordu par un chien. Il ne lui en faut pas plus pour se reporter bien des années en arrière, quand son persécuteur, le commissaire Flores l’avait, une fois de plus, sorti de l’asile pour lui confier une enquête difficile.

Une enquête qui avait bien entendu tourné en eau de boudin. Et là, tout d’un coup, notre héros est pris d’envie irrépressible de revisiter l’affaire du meurtre de Mademoiselle Baxter, au risque de livrer des repas passablement refroidis … au mieux.

Si vous n’avez pas lu Le mystère de la crypte ensorcelée, ou Le labyrinthe aux olives, les deux premiers romans où apparait notre héros, je ne peux que vous les conseiller chaudement. C’est vraiment mieux pour faire connaissance avec lui, son regard original et ses tenues approximatives. A l’époque, ce personnage complétait bien, et de façon assez iconoclaste, le trio d’enquêteurs barcelonais, auprès du privé, Pepe Carvalho, et du flic, Mendez. Il ne reste plus que lui.

Le revoilà donc qui promène son regard sur la Barcelone d’avant les jeux (dans le flashback), et sur celle d’aujourd’hui. On va le suivre dans sa découverte du footing, dans ses déambulations dans une ville qui s’apprête au bouleversement des JO, puis dans une ville complètement changée, où finalement il n’est guère plus perdu qu’hier.

coccinelle-02C’est toujours hilarant, Eduardo Mendoza s’amuse et nous amuse. On rit de la façon très directe qu’a notre héros de nous décrire des événements ou des comportements que nous ne remarquons plus mais que son regard complètement neuf et dépourvu de (notre) sens commun renvoie à leur étrangeté (il faut voir comment il décrit un adepte du footing !). On rit du comique de répétition et d’un comique très physique (à la manière des grands du cinéma muet). On rit des monologues des différents personnages rencontrés, qui se livrent totalement.

Et ce rire nous amène, mine de rien, à nous poser des questions sur ce qui habituellement nous semble totalement normal et quotidien. Une remise en cause salutaire dans la bonne humeur. Dans la très bonne humeur.

Eduardo Mendoza / Les égarements de mademoiselle Baxter (El secreto de la modelo extraviada, 2015), Seuil (2016), traduit de l’espagnol par Delphine Valentin.