Archives du mot-clé Humour

L’apparence du vivant

Une curiosité nous arrive de Belgique, L’apparence du vivant de Charlotte Bourlard.

La narratrice, jeune photographe, débarque chez les Martin, un couple qui tient un funérarium dans un quartier périphérique, en bord de canal à Liège. Elle vient pour photographier madame. Elle va sympathiser, se faire adopter et apprendre de sa bienfaitrice l’art de la taxidermie. Et tant pis si, pour s’entraîner, il faut bien que quelques chiens, chats et paumés disparaissent dans le quartier …

Attention, ce roman ne plaira pas à tout le monde. Il faut accepter le macabre, il faut accepter que l’humour et l’amour viennent se mêler intimement à la mort. Il faut accepter de prendre une certaine distance avec ce qui est raconté pour le prendre comme un de ces contes horrifiques que l’on lit quand on est gamin. Mais en plus explicite et plus actuel.

Si cela vous va, vous apprécierez une écriture d’une belle noirceur et l’humour très grinçant du récit, vous ressentirez l’amour de la narratrice pour la vieille dame qui l’a recueillie et qui lui a tout appris, vous apprécierez la beauté d’une vengeance. Je ne sais pas si cela vous servira tous les jours, mais vous y apprendrez aussi beaucoup de chose sur l’empaillage des êtres vivants.

Si vous décidez de vous en servir, comme la narratrice et madame, merci de me tenir au courant, je prendrai bien soin de ne jamais trop m’approcher de chez vous, comme j’éviterai soigneusement de croiser Charlotte Bourlard … Au cas où …

Charlotte Bourlard / L’apparence du vivant, Inculte (2022).

En attendant Dogo

Un maître pour ouvrir l’année à La Noire : Jean-Bernard Pouy dans En attendant Dogo.

Etienne, la trentaine, dilettante parisien, écrivain spécialisé dans les débuts de romans jamais terminés disparait du jour au lendemain. Ses parents sont anéantis, sa sœur Simone ne s’en remet pas et décide de le chercher puisque les flics ont abandonné. Dans une France en pleine explosion, où les régions et les villages se déclarent autonomes, où Guignol fout le bordel, où l’armée s’en prend à de prétendus terroristes anarchistes et où des élections sont organisées dans l’indifférence générale, Simone va fouiller dans ses souvenirs et dans les débuts de romans de son frère pour tenter de savoir ce qu’il lui est arrivé.

Commencer une année sinistre, une année l’élection qui plus est avec du Jean-Bernard Pouy, c’est plutôt une bonne idée. On verra si son anticipation d’une participation autour de 10% est si éloignée de la réalité que cela …

Comme toujours quand on lit ses romans, on se sent parfois très intelligent de comprendre ses références, et souvent très inculte face au puits de science littéraire et artistique du monsieur. Mais comme tout est dit avec légèreté et humour, on ne le prend pas mal. On se sent juste un peu con. Et on s’amuse beaucoup, comme on sent que s’est amusé l’auteur.

Tient une vanne à deux balles qui m’a bien fait rire :

« – Mon premier est une salade. Mon deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième, huitième également. Et mon tout est un écrivain anglais très important.

J’avais autre chose à penser.

– Je ne sais pas.

– Les huit scaroles. »

Bien entendu, sous ses dehors de blagueurs, tout cela est bien plus profond qu’il n’y parait, ça cause de responsabilité, de pouvoir, d’organisations politiques, de révoltes, de littérature, le tout en s’amusant, et mine de rien, l’intrigue qui parait au premier abord menée de façon dilettante se révèle solide et parfaitement cohérente. Que du bonheur.

Jean-Bernard Pouy / En attendant Dogo, La Noire (2022).

Pour ceux qui ont accès à Netflix

Pour se dérider en cette fin d’année sinistre, et pour ceux qui ont accès à Netflix, un petit conseil pour une comédie grinçante très réussie qui n’hésite pas à faire dans l’énorme : Don’t Look Up d’Adam McKay.

Par hasard, en surveillant le ciel, une thésarde au fin fond du Michigan découvre une nouvelle comète. Ce serait une excellente nouvelle si les calculs confirmés par son directeur de thèse ne concluaient pas qu’elle se dirige droit vers la Terre, et que sa masse en faisait une tueuse de planète. Calculs confirmés de nouveau par les spécialistes de la NASA. Il ne reste plus qu’un peu plus de six mois pour convaincre la Présidente que, si rien n’est fait, les élections de mi-mandat risquent de devenir un souci obsolète.

Mais que pèse la parole de scientifiques face aux ennuis pour faire valider une candidature à la cours suprême, la sortie du dernier Smartphone, ou la séparation de deux vedettes de la chanson ?

Non ce n’est pas un film catastrophe de plus où l’Amérique sauve le monde. C’est une satire, qui certes ne fait pas dans la subtilité, mais qui n’hésite pas à appuyer là où ça fait mal. Et bien entendu, toute ressemblance avec un monde connu est absolument le fait du plus pur hasard.

Une distribution d’enfer, souvent dans un contre emploi absolument réjouissant, des acteurs dont on sent qu’ils s’amusent au moins autant que les spectateurs, avec une mention spéciale à une Meryl Streep absolument extraordinaire en Trump au féminin et Mark Rylance génial en synthèse Jobs/Musk/Zuckerberg.

Et ils sont tous au diapason. On rit beaucoup, même si on rit un peu jaune. A voir donc.

Sur la route d’Aldébaran

Attraper un livre dans la collection Une heure lumière du Bélial, c’est l’assurance d’avoir un très bel objet dans les mains, et de passer un bon moment de lecture. Cela ne se dément pas avec Sur la route d’Aldébaran du très british Adrian Tchaikovski.

Depuis des lustres (durée à peu près équivalente au « certain temps » de Fernand Raynaud),  Gary Rendell, astronaute et pilote erre seul dans les Cryptes. Bien des années auparavant, un objet massif a été découvert au-delà de l’orbite de Pluton. Des sondes envoyées sur place ont révélé qu’il s’agissait d’un objet artificiel. C’est pour prendre contact et l’explorer que le Don Quichotte avait été envoyé avec à son bord la fine fleur de la science internationale.

Reste à savoir comment Gary s’est retrouvé seul, perdu dans les couloir d’un artefact que personne ne comprend.

Ce qui m’a tout de suite emballé dans cette novella, c’est l’humour, très british donc :

« J’étais aussi un des pilotes, bien que le pilotage spatial représente une de ces disciplines où l’on devrait sérieusement être accompagné d’un chien ; votre boulot consisterait à le nourrir, le sien serait de vous mordre si jamais vous touchez à n’importe quel équipement couteux. »

« Notre vaisseau s’appelait le Don Quichotte. Son nom avait fait l’objet d’un débat […] Cervantès l’avait emporté parce que personne ne détestait son héros et qu’aucun participant n’avait lu son livre. Franchement, nous avons eu de la chance de ne pas voyager à bord du Kermit. »

Un humour qui tourne parfois à l’humour plus noir, voire très noir, tant l’auteur s’amuse à plonger dans la SF horrifique. Il faut « entendre » Gary, qui est devenu complètement timbré, expliquer comment il dépèce tel monstre, ou se nourrit de tel cadavre. C’est archi référencé, dès les premières pages vous avez droit à Donjons et Dragons, le magicien d’Oz, la légende du hollandais volant et Docteur Folamour, et ce n’est qu’un début.

Ajoutons que le rythme ne faiblit jamais et que l’auteur maîtrise sa construction et son suspense à la perfection, avec aller-retours classiques et efficaces entre présent et passé pour finir par comprendre comment on en est arrivés là, et où on va.

Une perle, un bijou d’humour grinçant. Et puisque c’est la période, je ne saurais trop recommander cette superbe collection pour des cadeaux à des lecteurs exigeants mais n’ayant pas le temps de se plonger dans de gros pavés.

Adrian Tchaikovski / Sur la route d’Aldébaran, (Walking to Aldebaran, 2019), Le Bélial / Une heure lumière (2021) traduit de l’anglais par Henry-Luc Planchat.

Deux films pour se mettre de bonne humeur

Deux films très différents pour vous donner la pêche en cette rentrée bien morne.

Le premier est français, il passe partout, et il fait du bien, il s’agit de Un triomphe d’Emmanuel Courcol avec, entre autres, Kad Merad. Vous avez sans doute vu la bande annonce, ou entendu parler du film. Un acteur qui ne joue plus depuis un moment accepte, pour l’argent, de donner des cours de théâtre en prison. Ce qui commence avec quelques détenus peu motivés par les fables de la Fontaine, va se transformer rapidement en une aventure d’une tout autre ambition : monter En attendant Godot et faire le pari d’aller présenter la pièce dehors.

Comme Kad Merad, le réalisateur fait le choix de ne pas chercher à savoir pourquoi ces hommes sont en prison, on en saura peu, très peu, sur leur vie avant. Tout est concentré sur leur vie maintenant, les contraintes de la prison, et l’évasion que constitue le travail sur la pièce. On s’attend bien entendu au schéma classique : apprentissage, difficultés, obstacles, puis triomphe. Sauf que le triomphe survient plus tôt que prévu et que quelques surprises vous attendent.

C’est drôle, très drôle, parfois émouvant, les acteurs sont tous absolument géniaux, et ça vous file une patate du tonnerre, vous ressortez de là avec un grand sourire. Que demander de plus ?

Pour le plus, vous pouvez vous précipiter voir un film argentin : Le braquage du siècle. Inspiré par le vrai casse du Banco Rio en 2006, lui même inspiré, en partie, par le fameux casse de Spaggiari. Je ne vous cite pas le réalisateur ou les acteurs, ils sont inconnus ici. Classique dans sa construction, avec conception du casse, recrutement des complices, réalisation, puis …

Le braquage du siècle, affiche

Je suis curieux de savoir, si vous y allez, ce que peut en penser un français qui ne parle pas le porteño, à savoir l’argentin de Buenos Aires. Parce qu’au-delà d’un excellent scénario, la tchatche des acteurs est absolument géniale. Et c’est tellement, mais tellement argentin ! Une comédie hilarante quand on comprend la VO, forcément édulcorée en VF vu l’inventivité en termes d’insultes en VO. Ceci dit, rythme, performance d’acteurs, humour, inventivité du casse et, cerise sur le gâteau, une musique absolument enthousiasmante qui joue avec les références à différents genres de musiques de cinéma populaire (du big band, style panthère rose, au rock en passant par le western).

Un vrai plaisir, de quoi vous mettre en joie pour quelques jours.

De rage et de vent

J’avais beaucoup aimé le premier roman traduit du milanais Alessandro Robecchi, Ceci n’est pas une chanson d’amour. J’ai adoré le suivant qui vient de sortir : De rage et de vent.

Où l’on retrouve Carlo Monterossi, tête pensante d’une belle émission pourrie, Crazy Love, dans la « Grande Usine à Merde », à savoir la télé italienne. Après un diner pénible avec la tête de nœud qui dirige la chaine, Carlo va prendre un verre, flirte avec Anna, se laisse inviter chez elle, boit, discute, puis s’en va en refermant doucement la porte, sans profiter de ses services d’escort de luxe.

Quand le lendemain elle est découverte morte, torturée et tuée de façon atroce, Carlo ne peut s’enlever le petit clac de la porte de la tête et culpabilise d’avoir facilité la tâche de l’assassin. Et avec la culpabilité lui vient la rage, et la nécessité d’arrêter le salaud. Avec l’aide du journaliste indépendant Oscar, et celle de Ghezzi, flic têtu en congé maladie forcé, il va mener une enquête parallèle à celle des policiers.

Quel plaisir de retrouver cette bande milanaise, et comme il me tarde déjà de lire le suivant.

C’est vraiment la touche italienne, la richesse de ce polar qui m’emballe tellement avec des Camilleri, De Giovanni, Manzini, Varesi … Le mélange enthousiasmant d’une belle écriture, d’humanité, de tendresse et d’humour qui font contrepoids à la description sans censure de la dureté d’un monde où les puissants écrasent sans la moindre vergogne tous ceux qui sont plus faibles qu’eux.

Alessandro Robecchi, avec son propre style, et dans la ville de Milan fait vraiment partie de cette école. Sa description d’une ville congelée, assaillie par un vent glacial est superbe, j’aime ses personnages, que ce soient les trois récurrents où certains personnages secondaires que l’on ne verra sans doute plus mais qu’il décrit avec les mêmes passion et empathie que les autres. J’adore les échanges burlesques entre Carlo et Katrina, son ange gardien moldave qui ne sont pas sans évoquer les relations entre Montalbano et sa cuisinière. Les dialogues entre un Ghezzi convalescent et son épouse valent eux aussi leur pesant d’or.

Et au passage quelques politiciens démagos, la télé, les vieilles familles milanaises prennent quelques balles perdues alors que l’on s’émeut du sort de deux ou trois « perdants », ou désignés comme tels par notre société de merde.

Bref, un vrai bonheur, qui fait sourire, rire et pleurer. Vivement le prochain.

Alessandro Robecchi / De rage et de vent, (Di rabbia e di vento, 2016), L’aube noire (2021) traduit de l’italien par Paolo Bellomo avec le concours d’Agathe Lauriot dit Prévost.

Disque monde n°14

Une dernière revisite et j’attaque la rentrée et la préparation du festival TPS qui approche à grands pas. Encore de l’humour avec Nobliaux et sorcières de Terry Pratchett.

Mémé, Nounou Ogg et Magrat reviennent de leur précédent périple (voir Mécomptes de fées). Au royaume de Lancre, le mariage de Magrat et du roi Vérence est programmé (à la grande surprise de ladite Magrat). Mais en parallèle, Esmé se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond. Une menace depuis longtemps oubliée se rapproche. Ils veulent revenir. Ils sont charmants, beaux, ensorceleurs, enchanteurs … Ce sont de véritables saloperies qui n’aiment rien tant que voir souffrir leurs proies. Ce sont les elfes, et une porte vers Lancre pourrait bien leur être ouverte.

Dans la bataille à venir, les sorcières pourront compter sur l’aide parfois douteuse de quelques mages venus pour le mariage, et l’on aura des révélations étonnantes sur la jeunesse de Mémé (et oui, Mémé a été jeune).

C’est toujours un régal de retrouver les sorcières. Et quand en plus elles sont accompagnées de la crème des mages, bibliothécaire inclus, c’est doublement bon. Pour un épisode assez sombre et rude, émouvant, même si on rit beaucoup.

Un volume dans l’ombre du poids des croyances, de l’emprise qu’exercent les elfes, des figures particulièrement sinistres dans le paysage du Disque-Monde. Une réflexion sur l’assujettissement, sur la croyance dans l’illusion, sur la peur. Mais également sur les regrets des occasions manquées, sur les tournants de la vie qui ont tout changé.

Sans oublier les répliques qui tuent de la paire Mémé / Nounou Ogg, quelques scènes d’anthologie à la sauce Disque-Monde, dont une scène de beuverie puis de gueule de bois très réussie. Et côté magie et fantazy, un volume où les sorcières vont devoir faire appel à toute leur puissance, non sans donner quelques bonnes leçons à des jeunettes un peu présomptueuses.

Bref, comme chaque fois que les sorcières sont dans le coup, un excellent cru.

Terry Pratchett / Nobliaux et sorcières, (Lords and ladies, 1992), L’Atalante/La dentelle du cygne (1999) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Jimmy the kid

Je continue la revisite des monuments avec le troisième volume des aventures de John Dortmunder du regretté Donald Westlake : Jimmy the kid.

John Dortmunder se méfie beaucoup des idées de Kelp. Une question d’expérience. Alors quand celui-ci se pointe avec un bouquin, que tout le plan est expliqué dedans et que c’est imparable, ce n’est plus de la méfiance, c’est la fuite.

Malheureusement, les affaires sont chiches, les gens paient de plus en plus par carte et le liquide se fait rare. Alors la mort dans l’âme il accepte d’écouter ce que son ami a à dire de cette histoire d’enlèvement, écrite par un certain Richard Stark avec un personnage de truand dur et efficace : Parker. On se doute bien que le version Dortmunder va dévier de la version Parker.

Autant le dire tout de suite, à mon avis ce n’est pas un des meilleurs Dortmunder mais il est quand même très drôle, et unique dans sa construction.

Pour ceux qui ne seraient pas des fans et/ou connaisseurs de l’œuvre du grand Donald, il faut savoir qu’il a commencé, sous le pseudo de Richard Stark, une série consacrée à une cambrioleur froid, intraitable, d’une efficacité redoutable et capable de tuer si besoin : Parker. Un jour il eut l’idée d’un casse qui foirerait à chaque fois, et s’aperçut qu’il y avait là un ressort comique. Mais on ne peut pas rire de Parker. Ainsi naquit John Dortmunder. Dont les aventures sont signées Donald Westlake.

Voilà pour l’idée géniale du bouquin, reprendre une réalisation de Parker, réussie avec, ou malgré, ses péripéties, et faire foirer tout ce qui peut foirer en la confiant à l’équipe de Dortmunder. C’est un exercice de style, il est brillamment réalisé, Westlake est un as du comique de répétition et son écriture très cinématographique, fait une fois de plus merveille.

Etant basé une aventure de Parker, le roman à le tout petit défaut de sa qualité, il lui manque l’étincelle de folie furieuse qui caractérise les meilleurs Dortmunder, mais ce serait quand même dommage de se priver de ce plaisir.

Donald Westlake / Jimmy the kid, (Jimmy the kid, 1974), Rivages/Noir (2005) traduit de l’anglais (USA) par Patrick Floersheim.

Disque monde n°13

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :

« Psst ! »

Ainsi commence (ou presque) le 13° volume des Annales du Disque-Monde du génialissime Sir Terry Pratchett : Les petits dieux.

Dans la Citadelle de l’Eglise du grand dieu Om règne la terreur. Du plus jeune novice au plus haut archevêque. La terreur de la Quisition, et de son non chef officiel, le Diacre Vorbis qui n’a pas son pareil pour détecter toute trace de blasphème ou d’hérésie et d’envoyer le coupable (à peu près tout le monde) entre les mains des inquisiteurs.

C’est là que vit le novice Frangin, grand costaud, pas idiot mais disons … lent dans la structuration de sa pensée. Et d’une foi et d’une innocence totales. Autre petite caractéristique, il n’oublie jamais rien. Et c’est à lui que va s’adresser une tortue borgne, dernière incarnation en date du grand dieu Om qui ne vit pas ses heures les plus glorieuses. Il reviendra, d’ici la fin du volume, à Frangin de sauver quelques milliers de vies humaines, car vous imaginez bien que Omnia avec son intransigeance et sa manie de torturer et brûler ceux qui ne croient pas comme elle ne s’est pas fait que des amis parmi ses voisins.

« Beaucoup se sentent appelés par la prêtrise, mais ce qu’ils entendent en réalité, c’est une voix dans leur tête qui leur explique : « C’est du travail en intérieur, sans grosses charges à soulever, est-ce que tu veux rester laboureur comme ton père ? » »

Et puisqu’on parle religion, un petit exemple de latin pratchettien :

« Cujus testiculos habes, habeas cardia et cerebellum : Quand on retient solidement l’attention des gens, les cœurs et les esprits suivent. »

Que dire ? c’est génial, c’est fin, c’est un poil critique sur les religions, surtout très très critique sur les appareils religieux, rudement secoués, et gentiment critique sur les besoins des gens de croire en des dieux, qui ici n’existent qu’en fonction du nombre de vrais croyants.

C’est très politique, les travers de ceux qui sont prêts à tout brûler pour « sauver le peuple » de la tyrannie de l’inquisition au risque de quelques dommages collatéraux ne sont pas épargnés. Les logiques guerrières non plus, et la cité concurrente qui ressemblerait fort à Athènes et à ses querelles de philosophes est tout aussi gentiment moquée.

On éclate de rire souvent, ce n’est jamais manichéen, c’est humain, très humain, et c’est bien nous que l’auteur décrit ici, sur ce monde porté par quatre éléphants qui voguent sur le dos d’une tortue.

C’est génial.

Terry Pratchett / Les petits dieux, (Small gods, 1992), L’Atalante/La dentelle du cygne (1999) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Fatal baby

Voilà un livre qui était resté coincé sur ma pile toute cette fin d’année. Le calme et la chaleur du mois d’août m’ont permis de l’en extraire. Et lui m’a sorti de ma torpeur : Fatal baby de Nicolas Jaillet.

Un bébé, c’est toujours une épreuve. Par où ça s’attrape, qu’est-ce qu’on fait quand il pleure, quand il ne s’endort pas, quand il souffre … Mais si en plus le bébé en question (une jolie petite fille) a des pouvoirs assez destructeurs, et qu’une bande d’affreux poursuit mère et fille pour récupérer le super poupon et se débarrasser de la mère ça commence à devenir horriblement compliqué.

C’est pourtant l’épreuve que doit subir Julie, en cavale quelque part dans les immensités américaines. Et ce n’est que le début des galères.

Que voilà un bon polar, mâtiné de SF qui déménage. C’est drôle, agité voire survolté par moment et complètement déjanté. Une chose est particulièrement réussie, le récit des péripétie de l’apprentissage de la maternité, quand en plus d’apprendre à faire un rot ou faire ses premiers pas, on doit aussi enseigner à son bébé à ne pas arracher les tétons de maman, ou faire exploser la tête de tous les gens du voisinage quand on est en colère.

Une excellente lecture plaisir, drôle, sensible et pas bête.

Nicolas Jaillet / Fatal baby, La manufacture des livres (2021).