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Tuomainen agréable, mais ne remplace pas Paasilinna

Au vu du résumé, Derniers mètres jusqu’au cimetière du finlandais Antti Tuomainen fait penser aux romans gentiment ou complètement déjantés de feu son compatriote Arto Paasilinna. Après lecture, impression confirmée, il fait penser au grand Arto, mais en moins bien quand même.

TuomainenJaako est un homme heureux. Il file le parfait amour avec son épouse Taina. Avec elle il est allé s’installer à la campagne, et a monté une entreprise qui marche très bien. Ils exportent vers le Japon des champignons qui n’existent que dans les forêts finlandaises, et maîtrisent le procédé de la cueillette aux recettes finales, en passant par le nettoyage, le séchage etc …

Mais, aujourd’hui, tout s’écroule pour Jaako. Comme il se sent vaseux depuis quelques temps, il a fait faire des analyses, et le médecin lui annonce qu’il a été empoisonné, petit à petit, qu’il n’y a pas d’antidote possible, et qu’il n’a plus longtemps à vivre. A 37 ans, c’est rude. Quand il rentre chez lui, plus tôt que prévu, pour en parler à Taina, il la trouve en pleine activité sur leur plus jeune employé. Et pour compléter le tableau, trois associés viennent de s’installer sur la commune, ont pris contact avec leurs clients et leurs meilleurs employés, et semblent vouloir prendre leur place.

Durant les quelques jours qu’il lui reste à vivre, Jaako a bien l’intention de se venger de la femme infidèle, de découvrir qui l’a empoisonné et de sécuriser son entreprise.

C’est peut-être parce que j’ai immédiatement pensé à Paasilinna que j’ai été déçu par ce roman, mais qu’y puis-je ? Je ne sais pas ouvrir un nouveau roman en faisant abstraction de tout ce que j’ai lu avant, comme si c’était mon premier livre. Donc pour ceux qui n’ont jamais lu Le fils du Dieu de l’orage, La forêt des renards pendus, ou Petit suicides entre amis (ou bien d’autres), peut-être ce roman vous paraitra meilleur qu’à moi.

Parce qu’il n’est pas raté, et se lit avec plaisir. Il y a quelques scènes cocasses, on sourit à cet humour très particulier des finlandais (on peut penser à Kaurismaki cité en 4°), il y a quelques personnages truculents, l’écriture est alerte. Bref ça se lit avec plaisir. Côté polar on peut reprocher quand même une résolution de l’énigme un peu tombée du ciel. Mais rien de grave.

Par contre, malgré un point de départ original, il manque la folie des personnages de Paasilinna, les pétages de plomb complets qui les caractérisent, les grandes virées dans la nature, les beuveries homériques, bref cette ce côté complètement déjanté, capable de tout, que cet auteur arrivait à faire passer dans ses romans sans jamais tomber dans le ridicule. Du coup, les aventures de Jaako paraissent un peu fades.

Antti Tuomainen / Derniers mètres jusqu’au cimetière (Mies joka kwli, 2016), Fleuve (2019), traduit du finnois par Alexandre André.

Lucy Chan et JH Oppel sont de retour

Besoin d’un rayon de soleil pour illuminer votre hiver ? Facile ! Total labrador de Jean-Hugues Oppel.

OppelQuel est le lien entre : Une opération foireuse de la CIA au Laos, des pilotes de drones tueurs dans le Nevada, un animateur de radio excité en banlieue parisienne, et le massacre de personnel de la CIA à Berlin ? Cela seul Jean-Hugues Oppel le sait. Et peut-être Lucy Chan, analyste à la CIA pourra-elle le découvrir. Si on lui en laisse le temps.

« Ils n’ont pas inventé la machine à dénoyauter les pois chiches. » © JHO.

Pour vous donner une idée du style, et avertir Jean-Hugues (s’il passe par ici), que je compte bien m’approprier cette expression sienne qui viendra compléter « il n’a pas la lumière à tous les étages », « ils n’ont pas tout leur bois à l’abris » et « ce n’est pas la lame la plus aiguisée du tiroir », entre autres.

Blague à part, c’est du pur JHO. Dans la lignée et la suite de 19500 dollars la tonne. Ça fuse, ça claque, on sourit beaucoup, on apprend quelques petits trucs sur la magouilles des plus riches d’entre eux (je ne dis pas d’entre nous parce qu’il est peu probable qu’ils passent par ici), et on y parle de labradors.

C’est particulièrement jouissif, et sous des dehors de joyeux foutoir survolté, c’est réglé comme une horloge suisse, avec un suspense qui va crescendo. On lit les presque 300 pages dans un état de surexcitation permanent, et ça passe si vite qu’on a l’impression d’avoir tout juste lu une novella.

Presque 300 pages de pure jubilation, et on finit moins con.

Si vous n’êtes pas convaincu, je ne sais plus quoi dire.

Jean-Hugues Oppel / Total labrador, La manufacture des livres (2019).

Le génie de Gosciny

Je ne sais plus ce qui nous a pris avec mon fils, mais nous avons entamé, et bouclé, la relecture de tous les Astérix de Gosciny.

Et comme je viens de publier deux notes ronchonnes, pour sourire un peu avant de nouvelles lectures, j’ai fait la liste des jeux de mots un peu cachés des volumes historiques (ceux de Uderzo ET Gosciny donc), sans relever les noms des personnages (ce serait trop long), ni les jeux de mots qui sont fait ouvertement, quand un des personnages se moque d’un autre.

J’ai trouvé tout ça, je suis prêt à expliquer ceux qui ne disent plus rien aux plus jeunes, et à compléter bien entendu si jamais j’en ai oublié, ce qui n’est pas impossible. Sachez qu’avec cette relecture attentive, j’en ai trouvé de nouveaux, alors que j’ai bien dû les lire tous pas loin d’une dizaine de fois.

Vive Gosciny ! J’espère que ça vous donnera envie de les relire.

Astérix le Gaulois :

Mise en place de la série, et peu de jeux de mots si ce n’est les noms, mais déjà la première version d’une grande série de citations de César détournées :

Les Gaulois sont venus, ils ont vu et ils ont emporté Caligula Minus

Astérix chez les Goths :

Astérix, Obélix et Panoramix ont dans ce numéro leur dessin définitif (pas les autres). Téléféric, ancien chef des Goths, vient d’être détrôné par Cloridric gavé de potion qui lui dit :

Ta vie ne tient qu’à un fil Téléféric

Le troisième à recevoir la potion : Electric. Qui part enthousiaste en s’exclamant :

Je vais être général ! Le Général Electric !

Astérix gladiateur :

Astérix et Obélix vont à Rome récupérer Assurancetourix, ils sont invités chez un Gaulois qui leur montre son appartement. A la question de savoir comment s’appelle ce logis :

HLM … Habitations Latines Mélangées

A noter la première apparition des pirates.

Le tour de Gaule d’Astérix :

Les dessins d’Assurancetourix et Abraracoucix sont définitifs, et pour la première fois Obélix se vexe qu’on dise qu’il est gros. Un peu fort peut-être, mais pas gros. Et Idéfix apparaît, il suit nos amis depuis Lutèce mais n’a pas encore de nom.

Premier d’une longue série de jeux de mots, lors de la première bataille avec les Romains, on entend :

Par Jupiter ! Par Toutatis ! Par Pitié !

Obélix et Astérix montent sur un bateau qui vogue sur la Seine. A bord un couple de Romains. Lui veut les débarquer, son épouse accepte de les garder, ce qui vaut cette phrase d’Astérix :

Allons quoi Romain ! Sois bon comme la romaine !

Pour aller à Lugdunum nos amis volent le char de la Poste Romaine. Ce qui nous vaut cette réflexion du conducteur qui finit attaché et bâillonné :

Je vous promets qu’on n’a pas fini d’en parler de l’affaire du courrier de Lugdunum !

 

Astérix et Cléopatre:

Idéfix est adopté, et d’emblée ce chef-d’œuvre quand Numérobis (d’Alexandrie) arrive au village et rencontre Panoramix qu’il est venu chercher

– Je suis, mon cher ami, très heureux de te voir

– c’est un Alexandrin

Explique Panoramix en le montrant aux autres villageois.

Devant les pyramides, Panoramix fait la leçon à Obélix :

Du haut de ces pyramides, Obélix, vingt siècles nous contemplent !

Astérix à Obélix qui veut emporter un obélisque :

– Non, non et non Obélix ! Cet objet au milieu de la place du village ? Mais ce serait ridicule voyons !

– Nos opinions ne concordent jamais !

Une nouvelle bataille entre nos amis et les légions romaines :

Les légionnaires ont adopté, pour attaquer, la redoutable tactique dite de la « Tortue »

Pour battre en retraite, les légionnaires adoptent l’efficace tactique dite du « Lièvre »

Et quand Cléopâtre demande à Astérix ce qu’il veut en remerciement :

Si un jour vous avez envie de construire autre chose en Egypte, un canal entre la Mer Rouge et la Méditerranée par exemple …

Le combat des chefs:

L’aide de camp explique le principe du combat des chefs :

Si les deux chefs sont de force égale, ils ont le droit de se jeter des ballots à la tête, on dit alors qu’ils sont en ballotage

Une qui vient de loin … Des légionnaires doivent capturer le druide, s’ils réussissent ils seront récompensés, s’ils échouent ils seront consignés. Ce qui donne le dialogue suivant :

– J’aimerais autant être consigné tout de suite …

– MISERABLE VER DE TERRE ! VA, ET JE TE CONSEILLE DE REVENIR VICTORIEUX

– Ca n’a pas marché !

– Eh non ! Le ver n’est pas consigné !

Le rêve d’Aplusbegalix, le chef gallo-romain

Je vais construire des thermes ! Des thermes à péage ! Tous les trois mois les Gaulois paieront les thermes !

Les romains en patrouille reçoivent sur la tête une marmite qui sent le poisson. Exclamation du centurion :

Ils se souviendront de la marmite de poisson.

Astérix chez les Bretons :

Un des monuments de la série. Il serait fastidieux de relever toutes les traductions mot à mot de l’anglais vers le français, cet album est génial d’un bout à l’autre. Reste Jolitorax qui file en barque vers la Gaule :

Jolitorax a été élevé dans la tribu des Cambridges qui sont, avant tout, d’excellents rameurs.

Et on pourra retenir ces explications limpides d’Obélix à propos du Breton Jolitorax cousin germain d’Astérix :

C’est un Germain breton, mais il ne faut pas le secouer trop fort même s’il le demande.

Astérix et les Normands :

Revoilà les injonctions aux Dieux :

Par Thor ! Par Odin ! Par exemple !

Les Normands installent leur campement :

Commencez à creuser les trous pour planter les piquets. De beaux trous normands !

Et le jeune Goudurix essaie d’alerter le village du danger :

Les normands sont à nos portes ! Ils vont tout mettre à feu et à sang ! Ils sont une foule ! Une masse ! C’est un débarquement de la Normandie !

Nous revoilà avec un détournement du grand Jules :

Je ne sais pas ce que Jules César a dit, mais ne pas y aller et ne pas voir, c’est le meilleur moyen de ne pas être vaincus !

Et un autre :

Par Thor ! Par Odin ! Partons !

Astérix qui refuse un banquet proposé par les Normands et leur demande de partir :

Partir c’est nourrir un peu

Astérix légionnaire:

Étonnamment peu de jeux de mots dans ce volume pourtant exceptionnel.

Quand même une image, les pirates qui ont rencontré la galère romaine à ord de laquelle se trouvent Astérix et Obélix, finissent sur un radeau, dans une attitude très « classique », le capitaine a ce dernier commentaire :

Je suis médusé.

Obélix à Astérix qui lui demande s’il se souvient du mot de passe pour rentrer chez Scipion :

oh, tu sais, moi les langues étrangères … et puis, toi tu penses, moi je suis,

Le mot de passe étant bien entendu Cogito, ergo sum.

Le bouclier arverne:

Avec cette excellente, qui risque de ne pas évoquer grand chose aux moins de … quelques années. Dans les thermes où ils ont accompagné leur chef, Astérix et Obélix veulent se baigner. Obélix plonge, vidant une des piscines. Quand le responsable vient voir où ils sont, Abraracourcix, dans la piscine vide, répond à la question « où sont tes Gaulois » en montrant celle d’à côté où sont allé nager les deux compères :

Mes Gaulois sont dans la pleine.

Pour une fois, un nom. Le Tribun envoyé par César s’appelle Tullius Fanfrelus, ce qui ne veut rien dire, sauf dans la bouche des Arvernes (rappelons que ce sont les auvergnats) où il devient Fanfreluche.

Sauf erreur de ma part, dans les trésors ramenés de ses campagnes par César, il y a dans un coin le Faucon Maltais.

Et cet échange entre le tribun qui ne trouve pas le bouclier de Vercingétorix et César :

– Nous n’avons pas de souvenirs de la Guerre des Gaules.

– Sans commentaires.

Revoilà César et son sens de la formule :

Bon. Veni, Vidi, et j’ai compris.

Astérix aux jeux olympiques :

A un nouveau légionnaire qui demande qui est Cornedurus, le champion de la garnison :

On voit bien que tu es un bleu Deprus.

Le dit Cornedurus à son centurion, Mordicus, qui lui demande de ne pas le laisser tomber :

Ne crains rien, je te soutiens Mordicus

A propos d’Assurantourix qui vient de prendre une beigne parce qu’il voulait chanter :

– Qu’est-ce qu’il a ?

– Je pense qu’il a dû rater une marche

Un athlète grec qui se plaint de l’ordinaire, avec les romains qui bâfrent à côté :

Si vous voulez des jeux, donnez-nous du pain

Pour le défilé des athlètes grecs Gosciny c’est surpassé :

Cela commence par le défilé des Thermopyles, ils sont suivis par ceux de Samothrace, sûrs de la victoire ; ceux de Milo sont venus aussi … ceux de Cythères viennent de débarquer ; ceux de Marathon arrivent en courant ; ceux de Macédoine sont mélangés, Spartiates sont pieds nus … Rhodes n’a envoyé qu’un seul représentant, un colosse.

Et ça continue avec le départ de la course :

Pour donner le départ, un officiel invoque le nom du fils du Dieu Hermés … PAN !

Et pour finir, alors que les athlètes romains ont bu de la potion truquée et ont la langue bleue :

Je souhaite que notre langue reste une langue vivante.

Astérix et le chaudron:

Pas le meilleur de la série, et peu de chose si ce n’est à propos du collecteur d’impôts qui après une première visite dans le village bien connu n’est jamais revenu :

– Et il n’est jamais revenu ?

– Jamais ! Donc pas de revenu, pas d’impôts !

Astérix en Hispanie:

Cette fois le village est au complet avec Agecanonix, Ordralfabetix le poissonnier et Cétautomatix le forgeron.

Et il y a de sacrées perles, dont une des plus belle. Lors du triomphe de César à Rome, un barbare rouquin prisonnier applaudit émerveillé. D’un geste auguste César le libère ce qui fait dire à deux spectateurs :

– Que fait César ?

– Il affranchit le rubicond.

En arrivant en Hispanie, pour ramener Pepe, le fils du chef qui résiste, nos amis tombe sur des files de chariots de vacanciers qui vont en Espagne pour le soleil et parce que le cours de la sesterce est avantageux, quoique, dit l’un, les prix ont monté depuis l’année précédente. Ce qui lui fait dire :

Tous les étés les ibères deviennent plus rudes.

Pour passer la frontière sans passer devant les légionnaires, il leur faut un guide. C’est un vaccéen qui les fera passer, ce qui fait dire à Obélix :

Je ne savais pas qu’il fallait un vaccéen pour entrer en Hispanie.

La zizanie :

D’entrée de jeu :

A Rome, dans le sénat, le vieux sénateur Stradivarius, de sa voix bien modulée habituée à faire vibrer les foules

Et cette tactique militaire limpide :

L’arrière-garde n’a pas fait son travail, ce qui a transformé l’avant garde et arrière-garde. Retourne en arrière et en avant !

Le domaine des Dieux :

Une des plus connues vient de cet album. Astérix vient de donner la potion aux esclaves qui construisent le domaine. Un gardien vient crier sur le chef des esclaves qui est un numide et prend une énorme baffe. Commentaire :

Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide.

Et juste après, quand les légionnaires tentent de mater la révolte des esclaves :

Sonnez l’alerte !! C’est une guerre servile !

Échange entre le maître et l’esclave :

– Est-ce clair esclave ?

– C’est dur à admettre, maître.

Et ça continue vite après avec un Gosciny décidément très en forme : Les gaulois font repousser, le jour, les arbres que les esclaves déterrent la nuit. Le problème est que les esclaves ne seront libres qu’une fois le Domaine construit, ils viennent donc plaider leur cause auprès des gaulois. Qui voient un problème :

– En arrachant les arbres vous faites de la peine à Idéfix, aux sangliers

– Aux corneilles

– Oui, c’est un problème cornélien, entre autres.

Les lauriers de César

Entendu au marché des esclaves pour vanter la marchandise

Suivez mes Thraces, Suivez mes Thraces

Une un peu tirée par les cheveux. Chez un romain dont le fils tient une belle cuite. Le père l’appelle pour venir manger. Dialogue

– Je serais mieux allongé sur ma cubile, mais …

– Le fait d’avoir décubilé ne te donne pas le droit d’être mal élevé.

Astérix en Corse

Alors que tous les clans corses se rassemblent pour l’attaque d’Aleria, et en se souvenant que les cris de ralliement des chefs corses ressemblent à s’y méprendre à celui du cochon sauvage (au moins pour Obélix), cette tirade de Ocatarinetalabellatchixtchix :

Oui, c’est une grande armée. Ils sont tous là, mes grognards … Regardez là-bas, la colonne qui arrive en retard … Ah, Osterlix son chef a du mal à se lever tôt …

C’est qu’il est célèbre chez nous le sommeil d’Osterlix.

Et ce commentaire des papis qui regardent la bataille :

Ca se termine d’ailleurs. La garde se rend mais ne meurt pas.

Le cadeau de César

Pas le plus inspiré, mais quelques vannes quand même. Un légionnaire part à la retraite avec en cadeau un lopin de terre du côté de Nice :

J’ai un lot près de Nicae je vais y faire pousser des salades.

Cette réplique d’Astérix qui, pour une fois, se bat à l’épée avec un romain qui lui dit qu’il a un gros nez :

Ce n’est pas très drôle Romain ! Tu aurais pu dire c’est un Menhir ! Que dis-je, un menhir ? C’est un dolmain !

Après deux volumes ratés (à mon humble avis), la grande Traversée et Obélix et compagnie, Gosciny retrouve son humour dans son dernier Astérix :

Astérix chez les belges :

Échange entre nos amis et les belges :

– Ce n’est pas très accidenté chez vous !

– Oué, dans ce plat pays qui est le mien, nous n’avons que des oppidums pour uniques montagnes.

Quand deux chefs belges se disputent la langue de sanglier, une épouse commente

Il y a toujours un problème de langue entre ces deux castars là !

Au sénat, un sénateur tente d’attirer l’attention de César sur des cultivateurs près de Pise :

Les planteurs de Brassica de la région de Pisae sont dans une situation angoissante dur à la sécheresse persistante. Nous devons nous pencher sur Pisae.

Et quand le repas servi avant la bataille contre les légions de César est composé d’un simple Waterzzooie :

Waterzoobie ! Waterzoobie ! Waterzoobie ! Morne plat !

Voilà, et après malheureusement, plus de Gosciny.

 

Avec Dortmunder, une année de bonheur.

Le premier John Dortmunder avait un goût de pas assez. Donc j’ai attaqué le second Comment voler une banque, que j’avais lu avec beaucoup de retard, bien après sa parution, et que j’avais même déjà chroniqué sur mon premier blog et repris ici (quelque part dans les profondeurs des archives). Je reprends ma chronique, un poil changée. L’auteur ? Je ne vous ferai pas l’injure de la rappeler.

Dortmunder-02Cambrioler une banque, c’est à la portée du premier crétin venu (ou presque), mais voler la banque ? Toute la banque ? En profitant du fait que, pendant les travaux, elle s’est installée dans un mobile home. Ca, il n’y a que l’équipe de John Dortmunder pour le réussir. Et finir, bien entendu, par tout faire foirer, ou presque.

Dès ce deuxième volume on voit, déjà, se mettre en place une complicité avec le lecteur, et un comique de répétition. Répétition quand les complices auxquels John pense sont occupés ou pris pour des raisons plus incongrues les unes que les autres. Répétition des explications de Stan Murch sur les trajets qu’il emprunte pour arriver au rendez-vous.

Un nouveau personnage entre en scène, May, la copine de John, et on a droit aux premières discussions surréalistes entre les arsouilles du O. J. Bar.

Sinon, une nouvelle fois le plan de John est génial. Une nouvelle fois malgré le génie de John, c’est au moment où tout semble bien marcher que tout se met à foirer. Et une nouvelle fois les dialogues sont d’une précision qu’envieraient beaucoup d’horlogers suisses.

Et on s’aperçoit à la lecture que, mine de rien, on peut suivre une partie de l’actualité politique de l’époque en lisant les aventures de John. Dans le premier Donald Westlake faisait allusion aux flics en train de taper sur les étudiants manifestant contre la guerre au Vietnam. Là il est fait, très vite, allusion aux mouvements pour les droits civiques. Et on a un ancien agent du FBI pas très malin qui cherche à connaître les opinions politiques de tout le monde.

Juste pour le plaisir, ces quelques lignes qui définissent si bien l’attitude de John face à la vie :

« Dortmunder avait payé son apprentissage de la patience au prix fort. Des tâtonnements de la vie parmi d’autres être vivants il avait retenu que, lorsqu’un petit groupe se met à s’agiter dans tous les sens et à crier sur fond de quiproquo, la seule chose sensée à faire est de rester en retrait et de les laisser se débrouiller entre eux. L’alternative consistait à attirer leur attention, soit en explicitant le malentendu, soit en les ramenant au sujet de conversation initial mais, dans les deux cas, vous vous retrouviez vous aussi à vous agiter dans tous les sens et à crier sur fond de quiproquo. Patience, patience ; au pire, ils finiraient par se fatiguer. »

J’en profite pour vous souhaiter une excellente année 2019, si vous la passez avec John, vous aurez une année souriante.

Donald Westlake / Comment voler une banque (Bank shot, 1972), Rivages/Noir (2011), traduit de l’anglais (USA) par M. Sinet.

Disque-Monde 5

Je continue dans les relectures avec Les annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Cinquième volume, Sourcellerie, avec le retour de Rincevent.

TP5Le Disque-Monde est au bord du chaos total. Pourquoi ? Parce que rejetant toute tradition, un mage (donc à l’origine le 8° fils d’un 8° fils) a décidé de se marier. Et catastrophe, il a eu … 8 fils. Le huitième, nommé Thune est donc une super mage, un mage au carré, un Sourcellier, capable de créer de la magie, et pas seulement utiliser celle qui existe. Pire, au moment de mourir, pour échapper à MORT, le père s’est incarné dans le bourdon qu’il lègue à Thune, comme ça il va pouvoir le « conseiller » …

Un peu plus de dix ans plus tard, un minot arrive à l’Université de l’Invisible, revendiquer la place d’Archichancelier. Ce qui fait marrer tous les mages réunis en banquet. Jusqu’à ce que le gamin en fasse disparaître un. Et là plus personne ne rigole. D’autant que le petit jeune pense que ce sont les mages qui doivent gouverner le monde. Avec les meilleures intentions bien entendu. Les guerres magiques se profilent à l’horizon, avec leur lot de malheurs et de cadavres.

Restent Rincevent et le Bagage. Deux compagnons d’aventure, Conina, la fille de Cohen le Barbare et Nijel le Destructeur, qui est presque un héros, puisqu’il a lu les premiers chapitres du livre « Comment devenir un héros », vont l’aider à sauver le monde.

« Mon père disait toujours qu’il était inutile de lancer une attaque frontale sur une ennemi puissamment équipé d’armes de jet meurtrières », répondit-elle.

Rincevent, qui connaissait le vocabulaire usuel de Cohen, lui adressa un regard incrédule.

« Enfin, ce qu’il disait réellement, ajouta-t-elle, c’était : évite toujours les concours de bottage de cul avec un porc-épic ».

Voilà pourquoi j’adore Pratchett, c’est pour ce genre de dialogues …

A noter que l’on croise les quatre cavaliers de l’Apocalypse, qu’il mettra en scène avec son complice Neil Gaiman dans le génialissime De bons présages. Des cavaliers qui finissent fin bourrés dans une auberge …

Et pour ce cinquième volume, derrière le nez rouge, commence à pointer une réflexion sur notre monde. Pas une réflexion lourde ni appuyée, une réflexion drôle et pleine de fantaisie. Sur le pouvoir absolu, sur la volonté de construire un monde parfait, enfin, parfait selon les critères de celui qui a le pouvoir absolu.

Terry Pratchett / Sourcellerie (Sourcery, 1988), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1995), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

John Dortmunder – 01

J’avais dit que la réédition de trois aventures de John Dortmunder du génial Donald Westalke m’avait donné envie de tout relire. J’ai profité de ces jours calmes pour commencer avec Pierre qui roule.

Westlake-02Voilà donc la mise en place de la série. John Dortmunder sort de prison. C’est son second séjour, et donc ce doit être le dernier, au troisième c’est la prison à vie. Il est récupéré à la sortie par son ami et complice Kelp, qui, à son habitude, a volé la voiture d’un médecin. Comme il faut bien survivre, Kelp a une proposition.

Deux pays d’Afrique (imaginaires), se disputent une émeraude. Le pays qui l’a (l’émeraude), va l’exposer avec moult mesures de sécurité, en plein cœur de Manhattan. Un représentant du pays qui ne l’a pas (l’émeraude), la veut. Il embauche donc Kelp et John pour la voler. Ils contactent un chauffeur, Stan Murch qui vit avec sa maman chauffeur de taxi, un spécialiste des serrures Roger Chefwick, qui est aussi fanatique de trains miniatures (on verra que cela a son importance), et un homme de main Alan Greenwood.

Pour la première fois sous la plume de Donald Westlake, le plan parfait de John Dortmunder va presque réussir, mais un grain de sable va le faire presque échouer. Ce qui veut dire qu’il devra réaliser pas moins de cinq cambriolages pour finalement mettre la main sur l’émeraude. Pour le plus grand plaisir du lecteur.

La saga John Dortmunder se met en place. Deux des autres personnages récurrents sont déjà là (Kelp et Stan Murch), les autres viendront. L’O. J. Bar de Rollo est là. Dès le départ, le personnage de John Dortmunder est planté : génial, malchanceux, maussade, peu causant … Mais attention, celui qui voudrait arnaquer cet homme mince et d’apparence triste et inoffensive pourrait avoir de grosses, très grosses surprises. S’il y a une chose que John ne supporte pas, c’est qu’on se moque de lui, quelques personnages de ce premier roman vont l’apprendre à leurs dépends.

C’est vif, drôle, inventif, pétillant, c’est un vrai bonheur de reprendre les aventures de Dortmunder. Si vous connaissez déjà, sachez qu’on prend autant de plaisir à relire, si vous ne connaissez pas encore … Vous avez beaucoup de chance.

Donald Westlake / Pierre qui roule (The hot rock, 1970), Rivages (2007), traduit de l’anglais (USA) par Alexis G. Nolent.

Excellente pension complète.

De Jacky Schwartzmann, j’avais adoré Demain c’est loin. Alors malgré la difficulté qu’il y a à écrire son nom sans faute (il peut pas s’appeler Laherrère comme tout le monde ?) je me suis précipité sur Pension complète.

SchwartzmannDino Scala, gamin d’une cité lyonnaise, est à 45 ans l’ami (le gigolo ?) d’une richissime femme d’affaire luxembourgeoise de 30 ans plus vieille que lui. Comment il est arrivé là ? Un concours de circonstances mêlant bizness foireux de papier peint, hasard et éclipse solaire. Mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel c’est que cet été-là il se retrouve seul, coincé dans un camping du côté de La Ciotat, et que son voisin de bungalow est un écrivain célèbre, ex prix Goncourt, qui est venu pour quelques jours pour étudier « les gens ». Il n’y aurait pas de quoi raconter une histoire si dans le camping les cadavres ne commençaient pas à s’accumuler, et Dino à se poser des questions …

« Personne n’est épargné, tout le monde en prend pour son grade, sans qu’il n’y ait, au fond, de véritable méchanceté, juste un regard acéré et très lucide sur les défauts et les préjugés des uns et des autres. » Disais-je à propos de son précédent roman. Et bien ça continue, jugez plutôt sur ce bref extrait :

« J’imaginais très bien quel genre de filles cela pouvait être. Des bonnes intentions et de l’altruisme. Elles trouvent que l’Inde est un pays extra et le Pérou l’avenir de l’humanité. Plus tard, elles rouleront dans une voiture hybride à quarante mille euros et elles dormiront dans des draps de chanvre. Elles mangent des graines et boivent du jus de pomme artisanal diarrhéique, font des Nouvel An tofu-tisane et partent à l’autre bout du monde pour enseigner l’anglais à des animaux malades. »

Donc pas méchant mais acide, un verbe qui pique, démange, gratte et surtout fait rire. Parce que cet auteur a un sacré sens de la formule, il a la tchatche. Au point qu’on aurait envie, en permanence, de lire à haute voix, ce qui peut s’avérer embarrassant à si l’on se trouve à côté de sa moitié qui dort ou de son gamin qui révise les maths, ou pire s’il l’on est dans le métro ou la salle d’attente d’un médecin.

Alors certes, il ne faut pas aller chercher les poux sur la tête de l’intrigue. Mais on s’en fiche, on est emporté par le rythme, et mine de rien, on a quelques belles surprises. Et puis, comme à un moment ou un autre, on se retrouve forcément dans le collimateur de Dino / Jacki, on est un peu obligé de regarder nos propres petits travers.

Réjouissant et salutaire. Et oui, lui aussi est à Toulouse, tout le weekend pour Toulouse Polars du Sud.

Jacky Schwartzmann / Pension complète, Seuil/cadre noir (2018).