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La valse des tulipes

Un nouveau venu avec un polar qui se déroule en Pays Basque, du côté de Gernika, ça se tente. Mais La valse des tulipes d’Ibon Martín est décevant.

Natalia Etxano, proche de la soixantaine, est assassinée de façon spectaculaire, attachée sur les voies du train que conduit son mari du côté de Gernika. Son meurtre a été transmis en direct sur Facebook. Elle a une tulipe rouge collée dans la main. La police basque, qui n’a pas l’habitude telles mises en scène constitue une équipe mixte avec des flics de la province de Saint-Sébastien, et d’autres de Bilbao.

C’est Ane qui sera à sa tête, avec son collègue Aitor, elle sera rejointe par Julia et Txema. Rapidement la pression monte avec le meurtre d’une autre femme du même âge, ou presque, trouvée elle aussi avec une tulipe rouge.

Là encore il y a du bon. Essentiellement la description du pays, avec ses rias, l’influence de l’océan, la pluie et le vent, les vallées vertes …

Après c’est beaucoup trop sage et scolaire. L’auteur explique bien tout ce que pensent les personnages et pourquoi ils font ceci ou cela, il détaille tout. Les scènes censées être violentes sont beaucoup trop gentilles, on ne tremble jamais quand l’une des héroïnes est en danger tant il est évident que tout va bien se terminer. Du coup ça traine.

La thématique est intéressante à défaut d’être originale, et attention petite révélation, les sœurs du couvent sont de véritables salopes, sans doute d’ailleurs les personnages les plus réussis à mon goût. Le reste est assez plat et manque d’émotion. Et ce n’est pas la faute du traducteur, il nous arrache les larmes quand il traduit Victor del Arbol.

Alors oui c’est plein de bons sentiments, de bonnes intentions, cela condamne ces saloperies de sœurs, les violences faites aux femmes, le machisme, les inégalités, la corruption, on y croise une flic qui fait du surf (jolies pages d’ailleurs sur le rapport à l’océan), une autre tatouée qui joue de la batterie avec des copines dans un groupe féministe et basquisant et dont on sent bien que l’auteur aurait voulu faire une hard-boiled borderline …

Mais non, ça manque de souffle, de folie, de rage. Et les bons sentiments ne font pas forcément les bons romans. Dommage.

Un détail pour la quatrième qui nous parle des « ténèbres franquistes ». Les faits les plus anciens relatés par le roman se déroulent en 79. Franco était déjà mort depuis 4 ans. L’opus Dei et la saloperie bien réelle d’une partie archi réac de l’église espagnole ne doivent rien à Franco. Ils l’ont accompagné bien volontiers, l’ont inspiré, mais existaient avant lui et ont continué à exister après. Donc non, il n’y a pas de ténèbres franquistes dans le roman, mais de vraies saloperies catholiques.

Ibon Martín / La valse des tulipes, (La danza de los tulipanes, 2019), Actes Sud / Actes Noirs (2020) traduit de l’espagnol par Claude Bleton.