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Un blues galicien

Son premier roman choral traduit en France avait reçu le prix Violeta Negra à Toulouse. Anibal Malvar revient avec un roman d’une structure beaucoup plus classique : Comme un blues.

MalvarCarlos Ovelar est patron d’une petite agence de photographes à Madrid. Il vivote, de mariage en événement de seconde zone. Il est en train de s’imbiber au whisky, comme tous les soirs, quand il reçoit un coup de fil du mari de son ex. Ce riche avocat galicien fait appel à lui pour retrouver sa fille de dix-huit ans disparue de La Corogne depuis quelques jours.

Pourquoi appeler Carlos ? Parce qu’il est originaire de cette Galice qu’il a quitté depuis une vingtaine d’années, et qu’avant, dans une autre vie, il a travaillé pour les services secrets, à l’époque de la transition démocratique. Parce qu’il s’ennuie, pour faire quelque chose de sa vie, pour renouer avec le passé ou pour bien d’autres raisons, Oscar accepte.

Le titre français (qui n’a rien à voir avec le titre espagnol), est particulièrement bien trouvé, tant ce roman a des points communs avec le blues.

Comme cette musique géniale dans sa simplicité, il part d’une trame extrêmement simple et classique : retrouver une personne disparue. On sait bien, depuis les premiers polars mettant en scène des privés (installés ou improvisés) combien ce point de départ permet tous les développements.

Ensuite, comme le musicien de blues tourne autour de ses 3 accords et de ses 12 petites mesures, le roman tourne autour d’un passé, remontant sans cesse à la surface, et d’un lieu, la Galice, sa pluie, ses conditions de vie rudes, ses kilomètres de côte propices à tous les trafics.

Et comme dans le blues, à partir d’une trame simple, utilisée, usée même par bon nombre d’autres auteurs, Anibal Malvar crée sa propre musique. Dans un paysage noyé sous une pluie qui correspond parfaitement à l’état d’âme d’un narrateur qui lui se noie dans l’alcool, il nous ramène aux premières années de la transition démocratique en Espagne. Ses espoirs, ses trahisons, ses inévitables saloperies. En parallèle il dresse le portrait désabusé d’une région et d’une jeunesse qui semblent ne pas espérer grand-chose de l’avenir.

L’intrigue avance lentement, au rythme des cuites et des gueules de bois du narrateur, jusqu’à une conclusion à la fois prévisible, et parfois surprenante dans ses rebondissements … comme un blues.

Anibal Malvar / Comme un blues (Ala de mosca, 2009), Asphalte (2017), traduit de l’espagnol par Hélène Serrano.

Le retour de Pagan

Après Jean-Hugues Oppel, voici un autre revenant, chez Rivages cette fois : Hugues Pagan sort Profil Perdu.

Pagan31 décembre 1979, quelque part dans le nord-est de la France. Il fait froid, il neige, les flics de l’Usine se préparent à une dure soirée. Meunier, flic trop honnête pour être bien vu par le groupe des stupéfiants bien ripoux interroge un dealer connu. Il n’en tire rien, sinon que celui qui sait ce que veut Meunier c’est Schneider, le chef du groupe criminel.

Schneider est inclassable : Ancien d’Algérie, très respecté (à défaut d’être aimé) par ses hommes, craint par tous, flics et voyous, froid et distant, se foutant complètement de sa carrière et de sa hiérarchie. Cette nuit-là Schneider va, un peu contre son gré, à une fête organisée par un notable de la ville, un ami, ancien d’Algérie lui aussi, avec lequel il a des rapports chaotiques.

Cette nuit-là il rencontre Cheroquee, jeune femme qui va le bouleverser. Cette nuit-là va changer les vies de presque tous les flics de la ville. Mais ils ne le savent pas encore.

Un peu comme dans le dernier Hervé Le Corre, mais dans un tout autre style, on a là un très beau travail d’amoureux du roman noir. Parce qu’ici aussi on a l’utilisation de tous les clichés et passages obligés, et leur transformation en or par la grâce de l’écriture.

Flics ripoux, femme fatale, flic solitaire blessé et intraitable. Immédiatement j’ai « vu » la silhouette de Delon jeune dans un film de Melville. Accumulation donc d’images déjà vues et de personnages classiques. On pourrait s’ennuyer ferme, au contraire on se passionne pour cette histoire à la fois intemporelle et totalement ancrée dans son époque.

L’écriture d’Hugues Pagan nous plonge, pour commencer, dans un tourbillon de sensations. On sent le froid, l’humidité, on voit les rues envahies de neige fondue brunâtre, on entend claquer le zippo de Schneider, on sent l’odeur permanente des cigarettes (ce qui ramène les moins jeunes d’entre nous à des voyages en wagons fumeurs, ou à des salles de réunions et des bars enfumés) …

Un auteur qui a le chic pour nous révéler juste ce qu’il faut des personnages, de leur passé, de leurs relations. Juste ce qu’il faut pour que l’on comprenne, un peu, et qu’on s’attache, beaucoup. Mais rien de trop, pour laisser une grande part de mystère, pour qu’ils restent en partie dans le flou. Un flou résumé par cette phrase du seul personnage qui semble connaître un peu Schneider : « Vous ne savez pas qui est Schneider. Personne ne sait qui est Schneider. Ce que je sais, c’est ce qu’il a fait. »

Et finalement, plus que la résolution de l’affaire (ou des affaires), c’est l’attachement aux différents personnages, qu’ils soient de premier plan ou juste esquissés, qui fait qu’on ne peut pas se décrocher du bouquin, qu’on le lit d’une traite. Rien de tel que des clichés bien maîtrisés pour vous prendre aux tripes et ne plus vous lâcher. Et Hugues Pagan les maîtrise à merveille.

Hugues Pagan / Profil Perdu, Rivages/Thriller (2017).

Quelques comics

Il y a quelques semaines je vous ai causé, comics. Je continue à m’y intéresser, de loin, et j’ai relu deux monuments que tous ici ne connaissent peut-être pas. Petit tour d’horizon de ce qui me plait dans ces BD américaines.

On commence par les deux chefs-d’œuvre indispensables, absolument indispensables, que j’ai relus avec un enthousiasme intact. Les deux sont signés Alan Moore au scénario, et si vous ne connaissez pas, c’est à avoir absolument dans sa bibliothèque, même (et surtout), si les adaptations cinéma n’ont pas été à la hauteur, mais pouvaient-elles l’être ?

MooreVendetta-01J’ai longtemps tourné autour du premier, parce que le dessin ne m’emballait pas, il me rebutait même. Mais un copain m’a tellement fait l’article que j’ai craqué. Vous connaissez tous le masque du personnage principal tant il est devenu l’étendard de ceux qui luttent contre le système : c’est V pour Vendetta, dessiné par David Lloyd.

A la fin du XX° siècle, à la suite d’une guerre et de catastrophes l’Angleterre c’est isolée et est devenue fasciste. Un monde à la 1984, où des pans entiers de la population ont été exterminés, et où ce qui reste est complètement contrôlé par le Commandeur (le chef), Le Nez (police scientifique), l’Oreille (qui écoute tout le monde), l’œil (qui voit tout le monde) et la Main (qui matraque tout le monde).

Mais un grain de sable se manifeste, une haute silhouette, masquée, insaisissable, qui cite Shakespeare et tue, fait exploser, nargue le pouvoir et soulève la population. V. V qui recueille une jeune fille perdue et l’amène dans son palais caché, pour partager avec elle ses trésors.

MooreVendetta-02

Le scénario est absolument génial, scotchant, véritable plaidoyer pour l’anarchie, véritable plaidoyer contre la tyrannie, totalement visionnaire (car la BD date des années 80), et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si les contestataires du monde entier ont pris le masque pour symbole.

Le monde décrit est totalement étouffant, et le dessin, insupportable au premier abord, est en fait juste cohérent avec le propos. Pour moi, une œuvre littéraire aussi indispensable que Maus. Qui prouve qu’Alan Moore est un génie, ce que confirme l’autre monstre que j’ai relu : Watchmen, dessiné par Dave Gibbons.

MooreWatchmen-01Encore une BD que j’ai refermée à peine ouverte : Des super héros en costume moule-burnes ! Non merci. Pourquoi ai-je eu la curiosité de rouvrir le machin ? Peut-être la signature du traducteur en français : Jean-Patrick Manchette …

Un jour, alors que le monde est divisé en deux blocs. Les US ont gagné la guerre du Vietnam grâce à Docteur Manhattan, un être tout puissant. Mais ce jour là, Le Comédien, super héros masqué qui se révélera être de tous les sales coups de la CIA passe par sa fenêtre et meurt.

Les super-héros des années 60, désavoués par le peuple, rejetés par la police pourraient être la cible d’un mystérieux tueur. Rorschach qui n’a jamais renoncé à combattre le crime va chercher qui veut décimer ses anciens compagnons d’arme. Le reste de la population vit dans une ambiance de paranoïa depuis que les soviétiques ont la bombe.

Impossible de résumer la richesse inouïe de ce scénario qui met le nez des super-héros dans leur merde. Fascistes, soutien de toutes les saloperies d’état, cyniques, violents … Dans un monde en pleine déliquescence qui tremble dans l’attente de la troisième guerre qui va détruire l’humanité.MooreWatchmen-02

C’est glauque, d’une intelligence incroyable, impossible à lâcher quand on le commence, les dessins et le découpage sont à la hauteur, un véritable chef-d’œuvre. Je ne connais pas assez l’histoire des comics pour dire si celui-là est le père de tout ce qui a été fait pour adultes par la suite, mais je suis raisonnablement certain qu’il en a inspiré plus d’un, et qu’il a ouvert bien des portes.

Passons maintenant à des publications plus récentes.

preacher5-01Je vous ai déjà parlé de Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon. Jesse Custer, devenu Preacher contraint et forcé par une grand-mère qui est une vraie saloperie a donc été investi par une Entité, fils d’un ange et d’une démone. Il possède la Voix de Dieu et recherche le dit Dieu pour lui casser la gueule (plus ou moins). Ses potes : Cassidy, un vampire irlandais, fan de bière (et de sang) et véritable fils de pute et Tulip, sa douce (pas toujours douce).

Je vous avais laissé à la fin du premier volume de l’édition complète. On en est au 5°. Jesse a rencontré le descendant de Jésus, un Pape pas piqué des hannetons, quelques néo-nazis, a explosé des ploucs adeptes du KKK, niqué leur race et leur mère, Cassidy a bu du sang, ils ont baisé, blasphémé, picolé …

Nom de Dieu que c’est jouissif, inventif, tordu, géant. Que c’est bon, avec cette BD d’emmerder les abrutis de toutes les chapelles, les connards adeptes de toutes les races, comme on profite de la vie et comme on balance des grands coups de pieds dans les couilles de tous les empêcheurs de vivre tranquille ! Un autocollant un poil marketing clame sur la couverture : « Pour public averti » . Faut pas non plus exagérer. C’est pas de la BD pour les amateurs de Spirou ou Titeuf, certes, les curetons risquent de s’étrangler de rage, et mon grand qui a 15 ans s’éclate avec. Il faut dire que je l’ai averti que c’était cru et bon. Pour public averti donc. Et c’est peu dire que c’est une œuvre de salubrité publique.

Pour finir, deux polars bien au raz du bitume, le pendant en Comics de la vague redneck que l’on connaît en littérature. Dans les deux cas, un scénariste américain Jason Aaron.

scalped-01Le premier Scalped, dessiné par R. M. Guéra, est déjà paru en France et est actuellement réédité en 5 volumes pour son intégrale.

Il y a quelques années Dashiell Bad horse a quitté la réserve Sioux de Prairie Rose dans le Dakota du sud en se promettant bien de ne jamais y retourner. Sa mère, militante des droits des indiens depuis les années 70 est devenue la principale opposante de Red Crow, un ancien camarade qui a retourné sa veste et est devenu le parrain de la réserve, grand promoteur d’un futur casino.

Mais Dashiell est de retour, décidé à devenir flic sous les ordres de Red Crow, en opposition frontale avec sa mère. Mais attention, dans le jeu de dupes qu’est devenu la réserve, chacun cache son jeu.scalped-02

Une série qui déménage ! Violence, misère, crasse, prostitution, alcoolisme, drogue. Des gamins sacrifiés tentant de survivre, des vies brisées … Et pourtant, aussi, des gens qui restent dignes, certains qui luttent, à leur façon, en se raccrochant, ou non, à de vieilles traditions. Aucune condescendance, pas de naïveté, mais une grande empathie et le temps d’installer la complexité des personnages.

Si on ajoute un découpage impressionnant de maîtrise dans ses allers retours entre le présent, le passé de lutte des années 70 et un passé plus récent, on a une narration passionnante.

Avec un dessin à la hauteur, souvent dans les tons très sombres, rouges et noirs, parfois lumineux, un découpage qui donne une grande fluidité aux scènes d’action et des gens cabossés superbement croqués. Un réussite totale, vivement les volumes 3, 4 et 5 à paraître bientôt qui complèteront cette réédition de l’intégrale.

On termine ce petit tour avec une série en cours dont le titre dit tout : Southern Bastards, avec toujours Jason Aaron au scénario, et Jason Latour au dessin.

southernbastards_1Craw County dans l’Alabama. Son shérif, son équipe de football (américain le football, là où on se rentre dedans), son coach, ses bas de front. Earl Tubb ne pensait jamais revenir dans cette ville qu’il a fuit en s’engageant pour le Vietnam, fuyant son pourri de père, alors shérif tout puissant. Mais la maladie d’un oncle le ramène, juste le temps de vider sa maison. C’est du moins ce qu’il croit. Il ne sait pas encore qu’il va devoir affronter le légendaire Coach Boss qui règne sur la ville et ses trafics par la terreur.

Comme on peut le deviner au vu des couvertures des trois premiers volumes de cette version française, on va être ici dans les tonalités rouge sombre. Corruption, violence, en particulier envers les plus faibles, racisme, misère économique et culturelle, mépris de classe … Et bastonsouthernbastards_2 et défoulement autour des matchs de foot. Le grand classique des romans de rednecks, ici parfaitement raconté et dessiné, avec un premier volume qui s’avère n’être qu’une introduction, et une situation qui se tend et, petit à petit, s’enracine sur un passé que l’on découvre au fil des épisodes.

C’est poisseux, ça castagne, c’est superbement construit et dessiné. Vivement la suite.

Finalement, j’adore certains comics, d’hier et d’aujourd’hui.

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Alan Moore (scénario), David Lloyd (dessin) / V pour vendetta, Delcourt (1999), traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Alan Moore (scénario), Dave Gibbons (dessin) / Watchmen, DC Comics (2005), traduit de l’anglais par Jean-Patrick Manchette.

Garth Ennis (scénario), Steve Dillon (dessin) / Preacher, Urban Comics (2015-2017), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2016-2017), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Jason Aaron (scénario), Jason Latour (dessin) / Southern Bastards, Urban Comics (2015-2016), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ingrid Astier sur les toits de Paris

Ingrid Astier se lance dans la Haute Voltige.

astierRanko est le roi de la cambriole. Il escalade en solo toutes les façades de Paris, vole de toit en toit, et pénètre dans les intérieurs les plus riches et les plus haut perchés. Pour le commandant Suarez il est devenu une véritable obsession, le Gecko.

Un jour, pour obéir à son oncle Astrakan, truand de haut vol, Ranko organise, avec d’autres, l’attaque du convoi d’un riche saoudien en route vers l’aéroport. Butin énorme en bijoux, liquide et montres. Mais aussi, Ylana, perdue, sublime, prête à toutes les aventures.

Après un tel coup d’éclat, toutes les polices de Paris sont sur les dents. La partie devient plus dure pour Ranko et Astrakan.

Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression qu’avec ce gros roman, romanesque et romantique, Ingrid Astier a vraiment trouvé sa voie/voix. Et son monde. Un monde « bigger than life » où tous les hommes sont beaux, forts et audacieux, toutes les femmes sublimes, où l’on vole de toit en toit, en apesanteur, loin des contingences, où l’on vit dans un luxe inouï (quitte à ce que cela soit celui des autres), où les personnages sont des mythes, dignes d’entrer dans une BD d’Enki Bilal, une des références permanentes du roman.

Pas de médiocres ici (ou si peu), que du flamboyant, avec du panache, des amours fous, des rêves sans limite, les toits et le ciel de Paris. Ingrid Astier en digne héritière de Dumas magnifie Paris et ses personnages qui brûlent d’une flamme d’autant plus vive que la combustion sera courte.

Si vous voulez du souffle, de l’héroïsme, du beau et du rêve, c’est pour vous. Si vous voulez du terre à terre, du réaliste, du sang dans le boue, attendez ma prochaine chronique polar.

Ingrid Astier / Haute Voltige, Série Noire (2017).

Le plateau version Laurence Biberfeld

Dernièrement, les auteurs de polar français nous parlent de la campagne et de ses habitants. La dernière en date est Laurence Biberfeld avec Sous la neige, nos pas.

BiberfeldDans les années 80, un hameau, sur un plateau à plus de 1000 mètres d’altitude en Lozère. Une jeune institutrice venue de région parisienne débarque avec sa fille qu’elle élève seule. Elle s’aperçoit vite que tous dans le village la surveillent, mais sans la juger. Une façon de la protéger dans un pays rude qui peut s’avérer fatal pour ceux qui ne le connaissent pas.

Mais le danger pourrait venir d’ailleurs, de son ancienne vie, de vieilles relations avec des dealers, ou de Vanessa qu’elle avait recueillie chez elle, avant, et qui a replongé dans la drogue et revient la voir. Des dangers que ses voisins ne connaissent pas, eux qui savent composer avec l’isolement, le froid, la tempête et la neige.

Les hauteurs perdues du centre de la France inspirent les auteurs français. Après Franck Bouysse et Colin Niel, Laurence Biberfeld à son tour nous offre un très beau roman.

Ses descriptions de la nature et des habitants de ce village sont justes et belles. On sent la dureté de la vie l’hiver, le froid, le vent, mais on sent également l’incroyable beauté de l’arrivée du printemps.

Elle décrit très bien la solidarité obligée de ces coins perdus, sans tomber dans l’angélisme ou une peinture naïve. On n’est pas ici chez le « bon paysan », et elle ne passe pas sous silence la rudesse et l’exploitation dégueulasse de certains plus faibles ou plus vulnérables, ici comme à la ville.

Et pour couronner le tout, l’intrigue bien menée réserve quelques surprises … A lire donc.

Laurence Biberfeld / Sous la neige, nos pas, La Manufacture des livres/ Territori (2017).

Soneri de Parme

On a découvert le commissaire Soneri de l’italien Valerio Varesi l’année dernière grâce à la toute jeune maison d’édition Agullo. Il revient dans La pension de la via Saffi, pour notre plus grand plaisir.

VaresiEn cette veille de Noël la Questure tourne au ralenti, à Parme comme ailleurs. Quand on lui dit qu’une vieille dame le demande pour signaler que sa voisine ne donne plus signe de vie, le commissaire Soneri se défausse sur son adjoint. Mais en entendant ce dont elle parle, il change d’avis. Trop tard elle est partie. Il tente de la suivre, mais elle disparaît dans le brouillard. Il ne reste plus à Soneri qu’à aller taper à la porte de la voisine. Une porte qu’il connaît bien : dans cette pension vivait celle qui allait devenir sa femme, morte ensuite en accouchant quelques temps après leur mariage.

Quand il rentre dans l’appartement, il découvre la vieille Ghitta Tagliavini assassinée. L’enquête qui va suivre, dans une ville envahie par le froid et le brouillard, va faire remonter les souvenirs des années passées. Des années de lutte, de convictions, les années d’une Parme populaire, ouvrière et révoltée. Une ville dissoute aujourd’hui dans le brouillard, la corruption et l’affairisme. Une enquête qui ne va pas améliorer l’humeur généralement mélancolique de Soneri.

Avec ce nouveau roman (nouveau chez nous, Valerio Varesi et le commissaire Soneri étant des stars en Italie), l’auteur confirme son talent. On peut désormais les classer, lui et son personnage, parmi ces enquêteurs dont les aventures rythment notre année polar. Et ils confirment l’excellente santé du polar italien, aux côtés des Camilleri, Gangemmi, Manzini pour les créateurs de personnages récurrents, en plus de De cataldo, Carlotto ou Lucarelli, pour ne citer qu’eux.

Avec cette aventure lente et mélancolique dans une ville noyée dans le brouillard, Valerio Varesi se rapproche, pour moi, d’un auteur méditerranéen mythique : Francisco Gonzalez Ledesma. Si Soneri n’est pas Mendez – il est plus reconnu comme enquêteur et prend moins de libertés avec la loi – comme lui il est ici la mémoire d’une ville et d’une population en train de disparaître.

Soneri se rappelle de la ville des pensions d’étudiants, des luttes politiques, des quartiers populaires, des échoppes de barbiers. Et il déplore la perte de la mémoire, et la perte d’intérêt pour cette mémoire. Il déplore la place croissante de l’argent, la rentabilité à tout prix, l’abandon des idéaux, des valeurs et des convictions face à la toute-puissance du profit.

Comme Mendez, Soneri ne recherche pas la gloire et laisse d’autres tirer du feu les marrons qu’il y a mis. Comme Mendez, et pour d’autres raisons, il vit en partie dans un passé parfois idéalisé, et embelli, et déambule seul dans les rues, la nuit, dans la brume.

Un beau personnage, des belles descriptions, une mélancolie communicative pour un roman sans baston (ça change de mes précédentes lectures), sans effets spéciaux, sans chocs, mais qui laisse une impression durable de saudade.

Valerio Varesi / La pension de la via Saffi (L’affittacamere, 2004), Agullo (2017), traduit de l’italien par Florence Rigollet.

 

Les brillants : Fin

Voilà la conclusion de la trilogie Les brillants de l’américain Marcus Sakey : En lettres de feu.

SakeyIl y a un an (dans notre petite vie à nous), à la fin du deuxième volume, nous avions laissé les US à feu et à sang : La Maison Blanche détruite, l’armée qui avait attaqué l’enclave refuge des Brillants dans le Wyoming entièrement décimée, John Smith, brillantissime stratège, plus que jamais décidé à imposer la guerre en « normaux » et « brillants », et Nick Cooper, au milieu de tout ça, qui continue à essayer d’éviter le pire.

Ajoutez qu’un professeur un poil mégalo a découvert, enfin, ce qui était à l’origine de l’apparition des Brillants dans les années 80, et que sa découverte intéresse beaucoup de monde, pas toujours pour des raisons altruistes. C’est parti pour le bouquet final.

Je ne vois pas très bien à quoi peut servir cette chronique, à part vous signaler la sortie du bouquin. Si vous avez lu les deux premiers, vous allez vous précipiter dans une librairie pour lire la suite. Sinon, il vaut mieux aller lire les chroniques concernant les deux premiers volumes.

Sachez seulement que :

On ne peut pas lire les volumes séparément, ils forment une seule et même histoire.

C’est toujours aussi addictif : Une fois le bouquin ouvert, impossible de la lâcher.

Sous couvert d’un thriller / SF impressionnant d’efficacité, il y a quelques réflexions qui, sans être d’une originalité époustouflante ne sont pas inutiles, sur la pouvoir, la captation du pouvoir par la peur, la responsabilité individuelle et collective.

A lire donc, pour conclure la série en beauté.

Marcus Sakey  / En lettres de feu (Les brillants III) (Written in fire, 2016), Série Noire (2017), traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Raizer.