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Garde le silence

Je découvre l’univers de Susie Steiner avec son troisième roman traduit et publié en France : Garde le silence.

Le corps d’un jeune travailleur lituanien est retrouvé pendu non loin du commissariat. Une note laissée accrochée à son pantalon amène l’inspectrice Manon Bradshaw à ouvrir une enquête pour meurtre.

Dans cette petite ville où les tensions entre une classe modeste anglaise au chômage et des travailleurs d’Europe de l’Est traités comme des esclaves par des gangs négriers sont à leur comble, alors que le leader d’extrême droite local monte les populations contre les étrangers, l’enquête sera tout sauf sereine.

Si l’on ajoute à cela des soucis de couple, certains collègues qui ne font rien, et une supérieure qui ne connait rien au métier mais ne jure que par les réseaux sociaux, les médias et le management « moderne », la vie de Manon ne va pas être simple.

Nos amis anglais sont décidément les rois, et reines, du roman procédural. Sans crier au génie, on peut dire sans grand risque de se tromper que Susie Steiner s’inscrit dans la lignée des John Harvey, Graham Hurley et plus récemment Eva Dolan. Garde le silence fait d’ailleurs penser, par son traitement et ses thématiques, au très bon Les chemins de la haine.

Pas de révolution thématique ou stylistique donc, mais une enquête solide et des personnages réellement incarnés dont on partage les doutes, les joies, les peines et les colères, autant concernant leur vie privée que publique. Comme pour le titre précédemment cité, on ne peut qu’être effaré en lisant les descriptions des conditions de vie des travailleurs clandestins dans un pays qui est, quand même, l’un des plus riches du monde, et une des plus vieilles démocraties.

Susie Steiner évite l’angélisme et le manichéisme, et on referme le bouquin en se disant, comme sa Manon Bradshaw décidément très attachante, qu’il n’y a pas beaucoup de solutions et que le système finit par punir des pauvres gens qui sont déjà victimes autant, sinon plus, que bourreaux. Pas de blanc et noir, que du gris, bien sombre.

Susie Steiner / Garde le silence, (Remain silent, 2020), Les arènes / Equinox (2021) traduit de l’anglais par Yoko Lacour.

Haine

Cela faisait une éternité que je n’avais rien lu de José Manuel Fajardo. Il revient avec un très court roman, aussi concis que son titre : Haine.

Toute fin du XIX°, dans le quartier de Soho, à Londres, Jack Wildwood hait autant la racaille qui peuple son quartier que les bourgeois et les nobles qu’il côtoie quand il sort pour aller au pub. Même quand il arrive à s’en faire des clients pour les magnifiques cannes qu’il fabrique, il sent qu’il ne fait pas partie de leur monde.

De nos jours, en banlieue parisienne, Harcha ne supporte plus sa vie, ni celle que lui promet son père, Rachid, le roi du pneu. Il déteste sa banlieue, mais déteste encore plus ces parisiens qui, même s’il a plus d’argent qu’eux, lui font bien sentir qu’il ne fera jamais partie de leur monde.

Laissez mijoter haines, rancœurs et frustrations jusqu’à ébullition.

A peine 100 pages, pas de construction artificielle pour tenter de rassembler les deux histories, juste un clin d’œil, et les effets de la haine à deux époques. Les descriptions de Londres et Paris sont saisissantes, la montée de la rage et de la haine est superbement décrite, les fins sont inéluctables. En prime une bien belle utilisation de nos références littéraires collectives.

Tout cela en 100 pages, du grand art.

José Manuel Fajardo / Haine, (Odio, 2020), Métailié (2021) traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

Le retour du hiérophante

Vous vous souvenez peut-être de mon enthousiasme à la lecture du roman de Robert Jackson Bennett Les maîtres enlumineurs. Je faisais part de mon impatience à lire la suite. La voici, la voilà : Le retour du hiérophante.

Attention, si vous avez encore l’intention de lire le premier, arrêtez-vous là, il y a des révélations sur le 1 dans le résumé du 2 ci-dessous …

Si vous n’avez plus en mémoire le précédent roman, souvenez-vous que Sancia, la petite voleuse, ex esclave a fait tomber une des grandes maisons de la très riche Tevanne. En trois ans, elle et ses amis ont commencé à démocratiser la création, la production et l’utilisation de cette magie particulière, l’enluminure. Les choses devraient donc aller en s’améliorant.

Mais une nouvelle menace plane sur la ville. La maison détruite, ou du moins ce qu’il en reste, serait en train de faire revenir à la vie l’être le plus puissant du monde connu, un hiérophante, un des êtres mythiques à l’origine de toute la magie. Ce n’est plus seulement pour leur vie que Sancia et ses amis vont devoir lutter, mais pour la survie de l’humanité.

Comme j’ai une petite restriction par rapport au premier volume, je vais m’en débarrasser tout de suite. Dans le premier, les luttes se déroulaient au ras du sol, dans les rues, dans la boue, entre humains plus ou moins riches, plus ou moins puissants. Là on fait intervenir ce qu’on peut considérer comme des Dieux. Faillibles, pas totalement invulnérables, mais quand même sacrément balaises. Du coup part parfois un poil loin et c’est parfois un peu trop grand spectacle. Mais c’est une toute petite restriction.

Parce que les problématiques soulevées par ces êtres abominables sont très humaines et très actuelles. Elles tournent autour du pouvoir, de l’asservissement, et de l’envie de tous ces grands hommes auto-proclamés de faire le bonheur de l’humanité, envers et contre tout, y compris contre les hommes eux-mêmes.

Et puis ce bon Robert n’a rien perdu de son talent de conteur. Les péripéties s’enchainent, les personnages de Sancia et de ses potes sont extrêmement attachants, et si ouvrez le bouquin, prévoyez quelques jours où on vous laisse en paix pour avaler les 600 pages.

Et puis, comme pour le premier volume, l’auteur continue avec une vraie intelligence à faire le parallèle entre magie et informatique. Cette fois vous aurez droit à des virus, des chevaux de Troie, au réseau et à une apologie du logiciel libre.

Vivement le troisième.

Robert Jackson Bennett / Le retour du hiérophante, (Shorefall, 2020), Albin Michel / Imaginaire (2021) traduit de l’anglais (USA) par Laurent Philibert-Caillat.

Le cercueil de Job

Je suis passé à côté des deux premiers romans traduits de l’américain Lance Weller. A la lecture du dernier, Le cercueil de Job, je me dis que j’ai bien eu tort.

Nous sommes au Tennessee en pleine guerre de Sécession. Bell Hood, jeune esclave en fuite tente de gagner une terre sure. Mais la route est plus que périlleuse, entre les chasseurs d’esclaves et les deux armées. Quelque part, pas très loin, Jeremiah Hoke est soldat confédéré par hasard et loin d’être convaincu par les valeurs défendues par ses compagnons d’arme. Quand il se réveille mutilé après une bataille particulièrement sanglante, il décide de quitter l’armée sudiste. Commence alors pour lui une longue errance sur une terre qui ressemble de plus en plus à l’enfer intérieur qu’il vit, hanté par ce qu’il a vu et fait.

Préparez-vous à une lecture parfois éprouvante. Le pays est sombre, les batailles sont d’abominables boucheries vécues au plus près des personnages qui tuent et qui souffrent, bien loin des manœuvres des grands stratèges, l’esclavage est décrit dans toute son horreur. Et pourtant.

Et pourtant on s’attache à Jeremiah Hoke, on comprend son parcours on souffre avec lui, on est témoins de ses doutes. On suit avec un des compagnons de Bell les premiers contacts avec la liberté et avec l’art. Et il y a surtout Bell Hood, lumineuse, qui change ceux qui l’approchent et qui illumine le roman de son éclat.

C’est dense, puissant, tour à tour lyrique, poétique, intime. Un magnifique roman qui raconte un moment fondateur de l’Amérique.

Lance Weller / Le cercueil de Job, (Job’s coffin, 2021), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par François Happe.

Poussière dans le vent

Leonardo Padura alterne : un avec Conde, un sans Conde. Pour la magnifique saga Poussière dans le vent, ce sera sans.

Janvier 1990. Le clan est réuni pour fêter dignement les 30 ans de Clara dans le jardin de sa maison, à La Havane. Ils sentent bien qu’ils sont à un tournant de leur vie, et de celle du pays, alors que la chute du mur a fait disparaitre les principaux alliés face à l’embargo américain. Clara, Dario, Bernardo, Elisa, Irving, Horacio, Walter et les autres. Ils ont été étudiants ensemble, ils sont brillants, ils travaillent et ils savent que la vie va être de plus en plus dure. Mais quoi qu’il arrive, leur amitié, les amours qui se sont forgés sont plus forts que tout. C’est leur force, leur salut, et cela le restera après l’explosion du groupe quelques jours après l’anniversaire.

Plus de 20 ans plus tard, Marcos jeune cubain récemment arrivé à Miami tombe amoureux d’Adela, new-yorkaise venue faire des études à l’université en Floride. Adela, son père argentin, sa mère cubaine « difficile à aimer » comme le dit sa fille. Adela qui a choisi d’étudier la culture cubaine, peut-être pour faire enrager sa mère qui renie totalement son passé sur l’île.

Quand Clara, la mère de Marcos qui vit toujours à La Havane publie sur facebook une photo de cette soirée de 1990, elle ne se doute pas que tout un passé va resurgir. Plus de 20 ans de vie du clan, à l’étranger et à Cuba.

Il n’y a pas d’équivalent français pour dire que ce n’est pas un livre, c’est un « librazo », un monument, un putain de bouquin. Il n’y en a pas beaucoup qui m’ont donné cette impression d’être totalement immergé pendant un temps qui parait à la fois infini et beaucoup trop court dans la vie d’un groupe de personnes qui me semblent bien plus réels que tous les pantins que l’on peut voir ou entendre ici et là.

Poussière dans le vent vous prend aux tripes et ne vous lâche plus, pendant plus de 600 pages, et vous le refermez en pleurant parce que c’est fini. Vous ne saurez pas ce qu’il adviendra de Clara, d’Irving d’Adela, d’Horacio … Leonardo Padura vous a offert un groupe d’amis intimes, dont vous n’aurez plus de nouvelles. Mais quel pied pendant les heures de lecture.

C’est tout un monde qui est décrit. Celui des cubains, ceux qui restent, ceux qui partent, ceux qui ne veulent plus entendre parler de leur île, ceux qui la regrettent tous les jours. L’analyse est fine, intelligente, jamais manichéenne. C’est presque faire injure à l’auteur de dire qu’il ne tombe dans aucun des deux travers si fréquents quand on parle de Cuba, en particulier en France : penser que c’est soit un paradis soit un enfer.

Vous allez sourire, pleurer, enrager, vous allez être gais, tristes, émus, très émus. Vous allez voyager de la Havane à Madrid en passant par Barcelone, New York, Puerto Rico, Miami et Toulouse. Mieux, vous allez connaître ces endroits à travers le regard émerveillé, critique, humain des membres du clan. L’amitié, l’amour, le rhum, les moments de partage, l’exil, les doutes, les peurs, Cuba, les émotions seront au cœur d’une lecture complexe et riche, mais jamais compliquée, toujours limpide.

Cerises sur le gâteau, il y a un mystère – Leonardo Padura n’oublie pas qu’il est aussi un auteur qui sait construire une intrigue – et un hommage à Elmore Leonard.

Franchement, s’il y a un roman à ne pas manquer en ce début d’automne, c’est bien celui-là. Et si vous n’avez pas la gorge serrée en le refermant, je ne peux plus rien pour vous.

Leonardo Padura / Poussière dans le vent, (Como polvo en el viento, 2020), Métailié (2021) traduit de l’espagnol par René Solis.

Viper’s dream

Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas de nouvelles de Jake Lamar. Il revient avec Viper’s dream.

Dans les années 30, le jeune Clyde Morton quitte l’Alabama pour New-York, sa trompette sous le bras. Il est persuadé qu’il a du talent et que c’est là qu’il doit aller pour le faire reconnaître. La désillusion est rapide et cruelle, il est nul.

Trente ans plus tard, Clyde Viper Morton qui a tué pour la troisième fois passe ce qui pourrait bien être sa dernière soirée chez la baronne Pannonica, légendaire mécène des jazzmen. Il est richissime, craint de Harlem à los Angeles, fournisseur d’herbe de tous les musiciens et bien au-delà. Il se souvient de ces trente années, de l’évolution du jazz, de New-York et de Harlem, de la déferlante de l’héroïne …

Un roman court, concis, qui dresse le portrait de Viper, certes, mais surtout de Harlem et du jazz entre les années 30 et le tout début des années 60. Je ne vous le vendrai pas comme le roman de l’année, l’auteur fait le choix de prendre une certaine distance et de nous faire tout revivre au gré des souvenirs de son personnage. Mais pour qui s’intéresse au jazz, c’est passionnant de voir l’évolution de cette musique, mais également celle de son public, de voir les plus grands clubs quitter Harlem pour se rapprocher de la clientèle blanche, d’assister aux ravages de l’héroïne, à l’arrivée du bebop, de passer une soirée chez la mythique Panonica en compagnie de Monk, Miles et les autres …

Une belle histoire, racontée par un personnage haut en couleur et dominée par une figure de femme fatale. Que demander de plus quand on aime le polar et le jazz ?

Jake Lamar / Viper’s dream, (Viper’s dream, 2021), Rivages (2021) traduit de l’anglais (USA) par Catherine Richard-Mas.

L’étrangère

Une double découverte. Celle de la maison d’édition Dalva (belle référence) et de l’espagnole Olga Merino avec ce roman L’étrangère.

Angela/Angie, après des longues années à Londres est venue se réfugier dans la maison familiale, une ferme plus que rustique dans un village sec, brûlant et perdu du sud de l’Espagne. Après la découverte du corps pendu de Don Julian, le « grand propriétaire » du coin, Angie, toujours considérée comme une étrangère, va commencer à déterrer les secrets du village et de sa famille.

Et quand les filles du mort arrivent pour tout changer dans la propriété et remettre en cause les fragiles équilibres de la communauté, Angie décide de se battre.

Encore un beau roman, à défaut d’être un roman aimable. Comme la terre et le paysage où se déroule l’action, c’est un texte âpre, rude, mais non dénué de la fascinante beauté des terres arides. Olga Merino donne une voix à ceux qui n’en ont habituellement jamais (mais c’est le propre du roman noir) : Les ouvriers agricoles clandestins, les paumés, les paysans qui survivent difficilement.

Elle profite également des souvenirs d’Angie, de son passé londonien en compagnie d’un peintre pour faire parler les couleurs, leur donner de la matière. Et finalement, cette étrangère qui n’en est pas une tant elle a ses racines profondément plongée dans cette terre sera celle qui se révoltera, en lieu et place d’habitants soumis, anesthésiés par des années et des années d’acceptation de l’ordre établi.

Un beau roman original.Olga Merino / L’étrangère, (La forastera, 2020), Dalva (2021) traduit de l’espagnol par Aline Velasco.

La nuit est tombée sur nos âmes

Je vous avais averti, je continue avec les lectures pas drôles mais ô combien indispensables. La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin.

Juillet 2001, tout ce que l’Europe compte de militants de gauche, de toutes les gauches, se dirigent vers Gênes pour manifester contre l’ordre prôné par les puissants du G8. On y trouve des anarchistes comme Nathalie, des membres de la LCR comme son copain Wag, mais aussi les mouvements plus ou moins radicaux italiens, Attac, les différents partis de gauche. Plus bien entendu la presse, comme Génovéfa Gicquel qui voit là, enfin, l’occasion de faire le métier qu’elle aime.

Côté pouvoir, Berlusconi et ses alliés fascistes entendent bien montrer au monde que la chienlit gauchiste ne viendra pas troubler le bon ordonnancement du sommet et que l’Italie est un pays d’ordre. A la manœuvre, entre autres, Franco de Carli, proche du ministre de l’intérieur, fasciste convaincu qui voit là l’occasion de mater les rouges. Chauffés à blancs par les discours, parqués au soleil dans leurs cuirasses, les flics, carabiniers et autres barbouzes n’attendent que l’étincelle pour massacrer les manifestants.

Pour qui a suivi, à l’époque, l’actualité de ces jours infâmes, il n’y a malheureusement pas de surprise dans ce roman. On ne peut cependant pas s’empêcher, même si ce n’est pas une découverte, de se sentir envahi par une immense incrédulité et une rage impuissante. Rage devant une telle impunité, rage devant le cynisme des politiques, rage devant la docilité de la majorité des médias (qui il faut le reconnaitre appartiennent en grande partie aux amis des politiques).

L’écriture est serrée, acérée même. Je trouve qu’il y a des ressemblances fortes entre les romans de Frédéric Paulin et ceux de Dominique Manotti, dans les thématiques abordées, dans l’efficacité et la clarté de l’écriture. Pas de simplification, les mouvements contestataires sont montrés dans leurs complexité, avec leurs haines, leurs rivalités, leurs raideurs doctrinaires. De même tous les flics ne sont pas des brutes primaires, mais le mécanisme qui va amener un homme « ordinaire » à se comporter en bourreau impitoyable est décrit, sèchement.

C’est d’autant plus atroce et rageant que rien, absolument rien n’a été fait suite à cette honte, dans un pays qui se prétend démocratique et qui s’est transformé, le temps de quelques jours, en une zone de non droit et de violence digne des pires dictatures sud-américaines des années 70. Pire que ça, si des leçons ont été apprises, c’est dans la façon de cadenasser, encore et toujours plus, les lieux de rendez-vous des quelques pourritures qui mènent le monde.

Une lecture indispensable, à défaut d’être aimable et agréable.

Frédéric Paulin / La nuit tombée sur nos âmes, Agullo (2021).

Avant les années terribles

Le dernier roman de Victor del Arbol, Avant les années terribles est publié dans la collection « blanche » d’actes sud. Détail, c’est toujours un excellent roman noir.

Isaïe vit à Barcelone. Il arrivé en Espagne à 17 ans, il est marié et Lucia son épouse attend un enfant. Une vie parfaite. Jusqu’à ce qu’un fantôme de son passé vienne à la porte de son atelier de réparation de vélos. Enmanuel K. fait aujourd’hui partie d’une commission de réconciliation dans leur pays d’origine l’Ouganda. Une apparition qui va obliger Isaïe à retourner dans ce pays où il a connu, et commis, les pires horreurs.

Attention, fini la légèreté et le sourire, avec les romans à venir j’attaque une série éprouvante avec ce roman. On se doute bien à la lecture du résumé ou de la quatrième, que le sujet des enfants soldats n’est pas de ceux qui prêtent à rire ou sourire.

Victor del Arbol le traite à sa manière, toujours humaine, avec sa façon de faire vivre aux lecteurs l’Histoire au travers d’histoires humaines, l’Histoire par les histoires. Et l’on retrouve son humanité, son refus permanent du manichéisme et de la simplification facile et confortable qui verrait s’affronter le bien et le mal.

Pas de chevalier blanc, pas de monstre non plus, mais l’interrogation permanente du lecteur : Comment aurais-je pu survivre à cela ? et comment aurais-je réagi ? Ajoutez la thématique très importante chez lui de la mémoire, et de la façon dont nous-même, falsifions notre propre mémoire, nos propres souvenirs pour les rendre plus acceptables.

Une fois de plus, au travers d’un récit parfaitement maîtrisé et de personnages complexes et attachants Victor del Arbol éclaire un pan de notre histoire récente et nous amène à réfléchir. A lire donc.

Victor del Arbol / Avant les années terribles, (Ante de los años terribles, 2019), Actes Sud (2021) traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

Dune le film

Je l’attendais avec impatience, j’avais relu le roman pour l’occasion, je suis allé voir le Dune de Denis Villeneuve.

Je ne vais pas vous résumer l’histoire. Soit vous l’avez lu, soit vous ne l’avez pas lu et vous allez vous précipiter dans votre bibliothèque préférée, mais vous en avez entendu parler. Sinon j’en ai parlé là.

Avant de dire ce que j’ai pensé du film, deux remarques.

Premièrement, et c’est la plus importante, aucune critique ne m’a averti qu’il s’agissait de la partie 1, et que l’adaptation s’arrête, pour l’instant, à la moitié du roman. J’ai commencé à m’en douter quand je me suis aperçu qu’il restait bien peu de temps pour terminer. J’ai même vu des commentaires narquois qui prévoyaient le 2, puis le 3 puis … Mais bande de truffes, avant d’écrire, ce serait bien de lire au moins le bouquin et de se rendre compte que le film n’adapte pour l’instant que la moitié du roman. Après s’il fallait un minimum de culture pour écrire dans des journaux ou sur internet ça se saurait …

Deuxièmement, je suis vieux. Et j’ai été traumatisé par l’adaptation cataclysmique de David Lynch, qui nous avait, avec beaucoup de potes, plongés dans des abimes de désespoir. Alors si on compare, on a aujourd’hui une adaptation géniale.

Première intelligence de Villeneuve, prendre son temps, justement, et adapter en 4 ou 5 heures. Ce qui permettra (peut-être) à ceux qui n’ont pas lu le bouquin de comprendre quelque chose.

Certes il y a des points faibles. Une musique parfois trop insistante, qui souligne trop l’action, une esthétique très Star Wars … mais ce sont des détails, et il faut bien accrocher une nouveau public.

Thimotée Chamalet qui joue le rôle de Paul est plus que crédible. Fragile, perturbé, loin de l’abominable tête à claques du film de Lynch, il fait le boulot. Dame Jessica, sa mère, est un peu faible face à lui, dommage, elle est censée le dominer dans la première partie. Les autres acteurs sont bons, voire très bons, et je me réjouis d’avance de voir davantage le génial Bardem dans la seconde partie.

Les décors sont beaux, les effets spéciaux, et en particuliers ceux qui étaient ratés dans la version Lynch sont parfaits, les vers sont particulièrement réussis …

Bref, fans de Dune, vous pouvez y aller. Il vous manquera une partie du contexte, il vous manquera forcément une partie de la richesse de ce roman culte, mais franchement, vous passerez un très bon moment, qui devrait vous donner envie d’aller voir la suite.

Et pour ceux qui n’ont pas lu le bouquin, vous savez ce qu’il vous reste à faire une fois que vous aurez vu le film.