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Ingrid Astier sur les toits de Paris

Ingrid Astier se lance dans la Haute Voltige.

astierRanko est le roi de la cambriole. Il escalade en solo toutes les façades de Paris, vole de toit en toit, et pénètre dans les intérieurs les plus riches et les plus haut perchés. Pour le commandant Suarez il est devenu une véritable obsession, le Gecko.

Un jour, pour obéir à son oncle Astrakan, truand de haut vol, Ranko organise, avec d’autres, l’attaque du convoi d’un riche saoudien en route vers l’aéroport. Butin énorme en bijoux, liquide et montres. Mais aussi, Ylana, perdue, sublime, prête à toutes les aventures.

Après un tel coup d’éclat, toutes les polices de Paris sont sur les dents. La partie devient plus dure pour Ranko et Astrakan.

Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression qu’avec ce gros roman, romanesque et romantique, Ingrid Astier a vraiment trouvé sa voie/voix. Et son monde. Un monde « bigger than life » où tous les hommes sont beaux, forts et audacieux, toutes les femmes sublimes, où l’on vole de toit en toit, en apesanteur, loin des contingences, où l’on vit dans un luxe inouï (quitte à ce que cela soit celui des autres), où les personnages sont des mythes, dignes d’entrer dans une BD d’Enki Bilal, une des références permanentes du roman.

Pas de médiocres ici (ou si peu), que du flamboyant, avec du panache, des amours fous, des rêves sans limite, les toits et le ciel de Paris. Ingrid Astier en digne héritière de Dumas magnifie Paris et ses personnages qui brûlent d’une flamme d’autant plus vive que la combustion sera courte.

Si vous voulez du souffle, de l’héroïsme, du beau et du rêve, c’est pour vous. Si vous voulez du terre à terre, du réaliste, du sang dans le boue, attendez ma prochaine chronique polar.

Ingrid Astier / Haute Voltige, Série Noire (2017).

La Seine côté sombre.

« Hé Steph, qu’est-ce qu’il y a de plus noir que les eaux de la Seine la nuit ? ». Vous voilà avertis, on n’est pas dans le rose. D’ailleurs, ça s’appelle Quai des enfers, et c’est signé Ingrid Astier.

Il faut bien avouer que depuis la prise de fonction d’Aurélien Masson à la série noire, mis à part l’exception Chantal Pelletier, la grande dame avait la moustache et du poil aux pattes … Tout ça pour dire que l’arrivée d’une auteur, nouvelle arrivée dans le monde du polar qui plus est, est à marquer d’une pierre blanche. Ou noire.

La brigade fluviale, l’hiver, la nuit, ce n’est déjà pas très drôle. Quand en plus on trouve, au pied du 36 Quai des Orfèvres une barque avec dedans le cadavre d’une magnifique jeune femme, ça tourne au cauchemar.

C’est la Brigade Criminelle, menée par Jo Desprez qui prend l’affaire en main. La victime était mannequin et l’enquête se tourne vers le milieu sophistiqué mais impitoyable de la mode, en essayant d’éviter que trop de fuites ne changeant la Seine et ses bateaux mouches en La Seine et son tueur. Mais le cauchemar ne fait que commencer.

Du bon et du moins bon dans ce premier roman qui, au moins, ne manque pas d’ambition. Pour la structure, on est en terrain connu, celui du roman procédurier qui voit une équipe de flics traquer un tueur fou. Dans ce cadre classique, ou prêt-à-porter pour filer la métaphore vestimentaire, l’auteur fait du sur mesure.

Une langue très travaillée, de très belles et très érudites description de Paris, et plus particulièrement des bords de Seine. La Seine, justement, personnage à part entière du roman, à la fois belle comme un cliché et glauque. Câline ou glaçante, romantique ou boueuse, attirante ou effrayante. Le Seine dessus et dessous, côté paillettes et côté sombre. La Seine et tous ceux qui vivent autour, qui vivent par et pour elle, avec une galerie de personnages étonnante.

Ce qui pêche (si l’on peut dire), c’est qu’à côté de cette « femme fatale », les autres sont un peu ternes. Difficile de s’intéresser aux vies des uns et des autres, difficile de trembler, sauf lorsqu’ils frôlent des monstres invisibles dans ses eaux opaques. Est-ce la faute du milieu de la mode, de ses créatures, belles mais aussi glacées que le papier sur lequel elles sont tirées (sans jeu de mot !) ? Est-ce parce que ces gens dont il est question, la musique et l’art évoqués sont totalement extérieurs à mes goûts ? Certainement, mais pas seulement. Les personnages eux-mêmes sont un poil trop lisses, trop parfaits, sans cette fêlure et ce côté sombre qui rendent un Robicheaux, ou un Daniels Boone immédiatement attachants.

Quelque chose me gène également dans les dialogues, sans que j’arrive à mettre le doigt dessus. Trop polis, trop intelligents, trop cultivés, trop corrects ? Je ne sais pas.

Le tout donne au final l’impression d’une certaine froideur et fait que, malgré une intrigue parfaitement maîtrisée, on ne tourne pas les pages avec impatience.

Mais c’est un premier roman, ambitieux et intéressant malgré ses défauts, plus intéressant qu’un roman moins gonflé et plus facile, et qui vaut, sans aucun doute, que l’on guette attentivement le suivant.

Ingrid Astier / Quai des enfers, Série Noire (2009).