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Encore un bon film iranien

J’avoue que j’enchaine les machins pas très gais … Au cinéma cette fois avec un film iranien, Les nuits de Mashhad de Ali Abbasi.

Ville sainte de Mashhad en Iran. Un serial killer qui se croit appelé par Dieu a décidé de nettoyer la ville et de supprimer les femmes impures qui la souillent. Les morts se suivent et se ressemblent, la police ne semble pas être très pressée d’arrêter celui qui supprime des prostituées dont personne ne se soucie. C’est Rahimi, journaliste de Téhéran qui seule va venir s’intéresser à elles. C’est elle qui permettra l’arrestation du tueur.  Un film inspiré d’une histoire réelle.

Je suis un peu allé voir les « vraies » critiques, et j’avoue que ces gens me laissent perplexes. L’un par exemple dénie toute qualité au film sous prétexte qu’il se présente comme une critique de la façon dont l’état et la société iranienne traite les femmes, mais que d’après lui c’est en fait un film de serial killer. Et si c’était les deux à la fois ? On retrouve là, appliqué au cinéma, le mépris dans lequel une partie de la critique officielle tient le polar papier. Si ces gens sortaient parfois de leur petit monde auto satisfait, et auto persuadé d’être érudits, ils sauraient qu’on peut être à la fois un film (ou un livre) autour d’un serial killer ET une critique, ou une analyse de telle ou telle société. D’autre se plaignent de la violence. Mais damned, si on parle d’un homme qui étrangle des femmes, difficile de faire un film tout rose …

Bref, une fois cet énervement passé, sachez que le film est rude. Pas du tout complaisant ou esthétisant. Mais rude. Et pas seulement pour les scènes de meurtre. C’est toute la violence qui est faite aux femmes qui heurte le spectateur. Les meurtres, mais aussi les humiliations, les moments d’impuissance, le mépris, les menaces, l’attitude de toute une société qui soutient l’illuminé … C’est tout cela qui est parfois à la limite du supportable. Et encore heureux que ce soit insupportable.

C’est très bien joué, et même si on peut reprocher des effets convenus pour faire monter le suspense (c’est vrai qu’on a déjà vu ça maintes et maintes fois), le final est lui très réussi. Bref à voir, si vous avez le moral.

Un petit tour au cinéma ?

Les vacances, une bonne occasion pour aller faire un tour au cinéma.

Autant commencer par un incontournable, le dernier Pedro Almodovar, Madres paralelas. Janis, 40 ans, photographe, et Ana pas encore 18, se retrouvent à l’hôpital pour accoucher. Les deux élèveront leurs filles seules. Ana en essayant de se débrouiller sans l’aide de sa mère, très prise par sa carrière d’actrice, Janis très préoccupée par la fosse commune qu’elle veut faire ouvrir dans son village pour donner à son grand-père, et aux autres hommes tués par les franquistes au début de la guerre, une sépulture digne. Mais nous sommes chez le grand Pedro, il va y avoir aussi du mélo dans l’air.

Certes ce n’est pas le meilleur Almodovar, et pour moi il y a quelques longueurs au milieu. Mais … Mais un bon Almodovar reste bien au-dessus de la moyenne de la production cinématographique. Penelope Cruz est magistrale, comme toujours avec son réalisateur fétiche, et la jeune Milena Smit qui joue Ana fait le poids en face, ce qui n’est pas peu dire. Ceux qui seraient surpris de voir le Almodovar s’attaquer aux meurtrissures du franquisme et au silence ne savent peut-être pas qu’il a trempé dans l’excellent documentaire Le silence des autres, et la scène finale du film est forte, simple, pudique et émouvante. A voir donc.

La grosse claque de ces vacances c’est un film iranien, Le diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof. Quatre épisodes. La vie simple d’un père de famille ordinaire. Un soldat, appelé, qui ne veut pas faire ce qu’on lui demande. Un jeune homme qui profite d’une permission pour aller fêter l’anniversaire de sa fiancée. Une jeune femme vivant en Allemagne mais d’origine iranienne qui vient, à la demande de son père, rendre visite pour la première fois à un couple vivant en Iran. Impossible d’en dire plus sans dévoiler trop de chose et gâcher le film. Sachez seulement qu’il y a des liens, et que vous aurez de grosses, de très grosses surprises.

Un sens du rythme et de la mise en scène époustouflant, une partition musicale géniale, des paysages magnifiques, des liens subtils qui se tissent entre les histoires … Si vous risquez de vous demander pendant une bonne partie du premier épisode ce qui justifie ces louanges, sa fin et la suite devraient vous retourner la tête.

Une magnifique expérience de cinéma, le film de cette fin d’année pour moi.

Cinéma : La loi de Téhéran

Pas mal de films depuis que les cinémas ont rouvert. Mais j’ai eu la flemme d’en causer. Je vais faire une exception pour une sortie récente qui va, je l’espère passer encore quelques temps, pour vous donner envie d’aller la voir : La loi de Téhéran de Saeed Roustayi.

En Iran où la vente de drogue est punie de mort, le tarif pour 5 g ou 50 kg est le même. Résultat, la vente et la consommation de crack explose. L’un des « parrains » actuel est Nasser Khakzad, dont personne n’a de photo. Samad Majidi à la tête de la brigade anti drogue a fait de son arrestation une priorité. Tous les moyens seront bons.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas pour le suspense qu’on va voir ce film. Il a beaucoup d’autres atouts qui devraient vous précipiter dans les salles.

Tout d’abord c’est superbement filmé. La scène d’ouverture est saisissante et vous met tout de suite dans le bain (noir le bain). Et le film vous réserve quelques moments magnifiquement filmés, dont une rafle dans un « campement » de camés absolument époustouflante.

Ensuite c’est joué avec une énergie incroyable par tous les acteurs, et en particulier les deux protagonistes principaux.

Pour finir, cela nous offre un tableau très étonnant et très original (du moins pour le public français) de la société iranienne. Avec des allers retours marquants entre les bidonvilles, la misère crasseuse des prisons et les lofts les plus luxueux.

Vraiment une réussite, ne ratez pas ce polar iranien.

PS. Vu aussi, et si ça passe encore, il vaut la peine, le classique, bien fait et très bien joué Désigné coupable avec la grande Jodie Foster et un très bon et les très bons Tahar Rahim et Benedict Cumberbatch.

Un nouvel enquêteur diplomate

Il reste encore quelques jours pour repêcher des romans oubliés avant les vacances. C’était le cas du roman de Renaud S. Lyautey : Les saison inversées.

LyauteyPierre Messand, fonctionnaire très haut placé au Quai d’Orsay est retrouvé assassiné chez lui. Tout le corps diplomatique est sous le choc. D’autant plus que, partout où il était passé, de Santiago du Chili à Téhéran en passant par les couloirs du ministère, il n’a laissé que d’excellents souvenirs. Ceux d’un homme qui cherchait à comprendre les pays où il était nommé, curieux et d’une grande humanité.

Le flic en charge de l’enquête patauge, et ne sait pas trop naviguer dans ce milieu très particulier. C’est pourquoi Mazière, secrétaire général du Quai d’Orsay, demande à René Turpin, la quarantaine, qui attend avec impatience de pouvoir repartir en poste loin de Paris, de mener sa propre enquête et de seconder Bertrand Alvarez de la DST. Turpin se demande bien pourquoi lui, mais on ne peut pas dire non à Mazière, et cela accélèrera peut-être son départ. Il ne se doute pas qu’il va voyager, sur les traces du passé de Messand, et croiser y quelques fantômes.

La quatrième de couverture nous apprend que l’auteur est lui-même diplomate, en poste à l’étranger. Cela se sent. La description des lieux, à Paris comme dans les ambassades, celle des intrigues et des jalousies entre services, les ordres plus ou moins justifiés, les peurs et rancœurs, les décisions politiques qui ne prennent pas en compte les conseils de ceux qui savent un peu de quoi ils parlent … Tout cela sonne juste et sent le vécu. Heureusement, l’auteur fait également partager la curiosité pour d’autres cultures, d’autres langues, et les amitiés qui se nouent.

Le risque était de ne pas savoir transformer ce vécu en roman, et d’en rester au stade du journal, de l’article ou du cours magistral. L’écueil est évité. Les saisons inversées n’est pas le polar de l’année, mais les personnages sont suffisamment bien construits et incarnés, et l’intrigue bien construite pour qu’il se lise avec plaisir.

Comme le métier de l’auteur et le choix de partager ses connaissances permet de voyager en Iran et au Chili, et de nous faire découvrir sans pesanteur ni lenteur certains aspects de l’histoire de ces pays, au plaisir de la lecture s’ajoute celui de la découverte, et l’impression de refermer le bouquin un peu moins idiot.

Nul doute que ce sont là des atouts qui lui permettront de trouver un public, en attendant, peut-être de nouvelles aventures de René Turpin, avec un peu de la folie ou de la noirceur qui manquent à ce premier roman pour être plus qu’un bon polar divertissant et instructif.

Renaud S. Lyautey / Les saison inversées Seuil / Cadre noir (2018).