Archives du mot-clé Irlande

Blues irlandais

Un nouveau venu, irlandais, chez Rivages. Un blues : Killarney Blues de Colin O’Sullivan.

OSullivanKillarney, ville emblématique du Ring of Kerry, dans la verte Irlande. Killarney, son lac, ses pubs, sa musique. Bernard Dunphy est un peu inadapté, timide, solitaire. Avec sa calèche il promène les touristes et leur raconte des histoires. Comme son père avant lui. Il est amoureux de la belle Marian, mais n’ose rien lui dire.

Pour lui parler, il a le blues, appris de son père mort depuis des années. Chez lui, seul, il joue, joue et joue encore sur sa guitare, et il enregistre des cassettes pour Marian.

Bernard a un seul ami, depuis l’enfance, Jack, tout son contraire. Joueur de foot brutal, tombeur de ces dames, souvent violent, souvent saoul. Et pourtant, ils se retrouvent tous les soirs au pub, devant une Guiness.

Jusqu’à ce qu’une nuit de tempête, un drame vienne révéler d’anciennes blessures.

Je suis assez d’accord avec Yan, et plus indulgent que Christophe.

Killarney Blues n’est pas un roman pour les amateurs de thrillers. Ni de suspense ou d’énigmes. C’est vrai qu’on ne comprend pas forcément les ressorts de la violence du roman, que les motivations des deux tabassages ne sont pas vraiment claires.

Mais c’est pour son ambiance et la description de la ville de Killarney que j’ai apprécié ce roman bluesy. Pour ce personnage central un peu décalé, pour son amour pour sa ville et le blues. Pour l’ambiance du pub, pour la belle description d’une soirée musicale. Parce que l’auteur a très bien su rendre le bonheur de tout le monde quand il y a un jour de soleil. Parce qu’on y touche du doigt la détresse, la tristesse, mais aussi les moments de joie.

Finalement, Killarney Blues porte bien son nom. On est dans quelque chose de connu, 12 mesures et 3 accords, Colin O’Sullivan n’est pas le nouveau Muddy Waters du polar irlandais, il n’a pas l’humour désespéré et la force de Ken Bruen ou la puissance d’évocation de Stuart Neville, mais sa musique est agréable, le temps d’une lecture. Et j’essaierai le prochain.

Colin O’Sullivan / Killarney Blues (Killarney Blues, 2013), Rivages (2017), traduit de l’anglais (Irlande) par Ludivine Bouton-Kelly.

Karl Kane affronte son cauchemar

Sam Millar est devenu un habitué du paysage polar, et c’est tant mieux. Il remet en scène son privé Karl Kane dans Au scalpel.

MillarLes affaires roulent pour Karl Kane, privé à Belfast. Ses relations avec le police restent exécrables, et il continue à se mettre dans des situations impossibles, en allant par exemple tabasser un ponte de la pègre londonienne, aussi bête et lâche que méchant, qui était en train de cogner sur Lipstick, jeune prostituée camée que Karl s’est juré de protéger.

Mais tout cela n’est rien quand il s’avère qu’une gamine a été enlevée, et qu’elle pourrait bien l’avoir été par le pire cauchemar de Karl, l’homme qui a assassiné sa mère, Walter Arnold. Une dernière confrontation semble inévitable.

Vous voulez un vrai privé actuel, ancré dans sa ville, mal embouché, dur à cuire et dur au mal, méchant comme une teigne avec les pourris, cœur d’artichaut avec les plus faibles, amoureux d’une beauté coriace, à la répartie qui fait mouche et en conflit avec les flics ? Vous voulez qu’il explore les côtés les plus sombres de sa ville et qu’il lutte contre ses fantômes ? Vous voulez une ambiance qui vous fasse rire, rager, ou trembler comme devant les grands films noirs ? Vous aimez les références aux grands anciens ?

Facile, lisez Au scalpel de Sam Millar, vous aurez tout ça.

Sam Millar / Au scalpel (Past darkness, 2015), Seuil/Cadre noir (2017), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

Pas emballé par le duel de faussaires

Des faussaires, un duel démoniaque annoncé, je suis entré dans ce Duel de faussaires de Bradford Morrow en me disant que j’allais m’amuser. Raté pour moi.

morrowLe narrateur est faussaire. Il ne fabrique pas de faux billets, ni de faux tableaux, mais de fausses dédicaces sur des premières éditions, ou de fausses lettres d’auteurs célèbres. Son champ d’action préféré ? Le XIX ° et plus particulièrement Sir Conan Doyle. Mais le narrateur a été dénoncé par un inconnu qui le menaçait depuis quelque temps, il a négocié avec ses victimes, a échappé à la prison et s’est retiré des affaires.

Jusqu’au jour où son beau-frère, Adam Diehl, bibliophile et faussaire assez médiocre est assassiné, et a les deux mains coupées. Peu de temps après, l’anonyme se manifeste de nouveau, et il va bien devoir l’affronter, quitte à devoir reprendre la plume au risque de perdre Meghan, la femme qu’il aime.

Raté donc pour moi.

Première raison, je ne suis pas du tout collectionneur, ni bibliophile, je me contrefiche de l’édition des bouquins que j’ai, je les prête (et je ne sais plus qui les a), je les rachète, je les retrouve. Bref, le monde très feutré et spécialisé du roman ne me parle guère.

Ensuite je n’ai pas cru à l’histoire, au méchant, aux rebondissements. La violence présente est très forcée et je n’ai pas cru un instant aux motivations et aux agissements des différents protagonistes. Donc je finis frustré.

Et puis j’ai trouvé qu’il y avait de sacrées longueurs. Le narrateur est amoureux. Soit. Il le dit, le répète, dis combien il l’aime, combien elle est belle et patati, et patata. Mais pas une once de sensualité dans l’écriture, et à part le fait que Meghan est rousse, rien, que pouic sur la femme aimée. Du coup c’est long, plutôt plat et répétitif.

Et les pages sur les pleins et les déliés … Ben j’avoue que j’ai sauté des paragraphes une fois constaté qu’il n’y avait pas là d’indices cachés.

Donc raté, j’attendais un roman vif et pétillant, je l’ai trouvé lourd et ennuyeux, long même alors que pourtant j’ai sauté des passages entiers.

Bradford Morrow / Duel de faussaires (The forgers, 2014), Seuil/Policiers (2017), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.

Le retour de Jack Lennon de Belfast

Je suis fan des premiers romans de l’irlandais Stuart Neville. Je n’avais pas été convaincu par son roman historique Ratlines. Il revient avec son personnage de flic cabossé dans Le silence pour toujours. Je redeviens fan.

le silence pour toujours.inddRevoilà donc Jack Lennon, suspendu après une fusillade contre un flic ripoux, boitant bas, et accro aux analgésiques (voir Les âmes volées). Il essaie de profiter de sa fille, et vivote, en attendant de voir s’il pourra recevoir une pension ou si les affaires internes vont le clouer au pilori.

C’est alors que Rea Carlisle, une ex, l’appelle : Elle vient de découvrir dans la maison d’un oncle décédé un album atroce, preuve que l’homme a tué et torturé pendant des années. Sa mère et son père ne veulent rien dire à la police pour ne pas nuire à la brillante carrière politique monsieur Carlisle. Le temps qu’un Jack sceptique vienne la voir, l’album a été volé. Peu après sa visite, Rea est sauvagement assassinée, et Jack est le dernier à avoir été vu entrant chez elle …

On retrouve donc le Jack Lennon et le Stuart Neville teigneux des premiers romans. Il y a du Jack Taylor dans ce Jack de Belfast ! Il va de plus en plus mal, chaque jour qui vient lui apporte son nouveaux lot d’emmerdes, toutes plus graves les unes que les autres, ses ennemis triomphent auprès des puissants et lui paraît de plus en plus minable mais … mais il ne lâche rien, jamais.

Et c’est pour ça qu’on l’aime. Une histoire bien noire, avec une vraie tendresse pour les perdants qui se battent. Une corruption partout présente, des politiques sans morale et sans âme, des flics toujours prêts à se vendre. Mais aussi des irréductibles, des gens qui souffrent, des pions qui ont été manipulés, et ont tout perdu, sauf la dignité, et qui ont des mouvements de révolte et d’humanité.

Du bon vrai roman noir irlandais comme on l’adore ! Vivement le prochain.

Stuart Neville / Le silence pour toujours (The final silence, 2014), Rivages/Thriller (2017), traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

Privé dur à cuire à Belfast

J’aime en général les romans de Sam Millar. Mais je n’avais pas accroché avec le second de la série Karl Kane, Le cannibale de Crumlin Road. Je raccroche avec le troisième Un sale hiver.

MillarL’hiver est rude à Belfast. Neige, froid, ciel bas, jours courts … Sale temps pour tout le monde, y compris pour Karl Kane et Naomi son amante et secrétaire. Un sale temps qui va encore se gâter quand une main coupée atterrit sur leur palier, entre le journal et la bouteille de lait. Comme c’est la deuxième main trouvée à Belfast, contre l’avis de la police, Karl pense à un tueur en série. Appâté par la promesse de récompense proposée par un riche industriel à quiconque trouve qui coupe des mains dans la ville, Karl commence à fouiner.

Dans le même temps il est embauché par une jeune femme qui désire retrouver un oncle disparu. Bien que peu convaincu par son histoire, il accepte l’affaire. Il va bien entendu se retrouver au milieu d’un nid de serpents, pris dans une vieille histoire de vengeance, de flics pourris et de justice véreuse.

J’avais bien aimé le premier Karl Kane, décroché au second, j’aime ce troisième qui se revendique ouvertement de la veine hard-boiled à l’ancienne, avec privé coriace à la répartie assassine, références aux films noirs (tous les titres de chapitres sont des titres de film) et de très nombreuses citations de Raymond Chandler en exergue des chapitres.

On retrouve ce plaisir à l’ancienne, avec de belles femmes, un privé qui envoie balader la police, qui prend des coups mais ne lâche jamais, de l’humour, du suspense … Et la description d’une société pourrie jusqu’à la moelle. C’est classique mais quand ça marche c’est le pied, et là ça marche.

Les curés de toutes confessions, les politiciens démagogues et les flics ripoux en prennent pour leur grade, on suit les aventures de Karl avec la rage et le sourire. Que demander de plus ?

Sam Millar / Un sale hiver (Dead of winter, 2012), Seuil/Policiers (2016), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

Un Stuart Neville historique

Stuart Neville laisse de côté son flic irlandais, Jack Lennon. Avec Ratlines, il revient sur le passé récent, et pas toujours reluisant de l’Irlande.

RATLINES.indd1963, trois anciens nazis qui ont trouvé refuge en Irlande sont trouvés assassinés. Une affaire qui embête beaucoup le gouvernement, peu fier de ses sympathies l’Allemagne hitlérienne, à la veille de la visite du Président Kennedy. Sur le dernier cadavre, un message est adressé au colonel Otto Skorzeny, ancien commando d’Hitler, qui vit très bien à Dublin, invité par les plus grandes fortunes du pays. Le ministre de la justice, ami d’Otto, charge Albert Ryan, des services secrets irlandais, qui a combattu avec les anglais durant la guerre, de faire la lumière sur cette affaire de la manière la plus discrète possible.

Ryan va se retrouver face à des choix douloureux, entre les ordres qu’on lui donne et l’horreur que lui inspire la personne qui tire les ficelles de son ministre. Et il n’a pas encore conscience du nid de serpents qui l’attend.

J’ai beaucoup aimé, vraiment beaucoup les premiers romans de Stuart Neville traduits en français. Et j’avais très envie d’être aussi enthousiaste avec ce dernier. Et puis non.

Le fond historique est passionnant et j’y ai appris quantité de choses. Pas que les nazis étaient des affreux, ça on le sait. Je savais aussi vaguement que, partant de l’imbécillité trop répandue disant que « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » certains irlandais avaient eu des sympathies pour l’Allemagne hitlérienne juste parce qu’ils étaient en guerre contre les anglais. Mais je ne savais pas que c’était à ce point, que des filières pour extrader les nazis étaient passées par l’Irlande, que certains personnage peu recommandables y étaient restés. Je ne connaissais pas non plus le lien avec les bretons bretonnants … Bref passionnant historiquement.

Par contre j’ai eu un peu de mal avec la partie littéraire : Une intrigue parfois tirée par les cheveux, et surtout, je ne suis pas parvenu à m’intéresser aux personnages qui m’ont semblé manquer singulièrement de chair, d’émotions et de tripes. Seul le ministre irlandais corrompu et tordu m’a bien plu, seul ce personnage est un peu complexe. Les autres sont vraiment trop rapidement esquissés ou même trop caricaturaux à mon goût.

Alors certes, comme le fond est très intéressant, j’ai lu le roman sans déplaisir, mais j’aurai aimé être beaucoup plus enthousiaste. Comme si l’auteur avait été trop centré sur la réalité historique pour donner vie aux personnages inventés et soigner son intrigue. Dommage.

Stuart Neville / Ratlines (Ratlines, 2013), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

Un nouveau privé à Belfast

En quelques romans Sam Millar c’est affirmé comme un auteur à suivre. Encore un irlandais me direz-vous. Ben oui, il va falloir s’y faire, après la vague scandinave, on a droit à une vague irlandaise (pas encore aussi médiatisée) et c’est un vrai bonheur. Son dernier roman traduit, Les chiens de Belfast serait, si j’ai bien lu, le début d’une série. C’est une très bonne nouvelle.

MillarKarl Kane est privé à Belfast. Fauché comme beaucoup de privés, préposé aux affaires minables, divorcé, beau-frère d’un flic, et victime de fortes crises d’hémorroïdes. Voilà pour le héros. Il est contacté par un homme qui veut des renseignements sur un cadavre récemment trouvé dans les rues de Belfast. Une affaire plutôt bien payée et a priori sans risque. A priori. Car les cadavres mutilés s’amoncellent et de vieilles histoires sinistres remontent à la surface.

Ceux qui connaissent les premiers romans de Sam Millar se doutent bien qu’ils ne vont pas lire une bluette … Et ce n’en est pas une. Le prologue donne le ton, ce sera sanglant. D’un autre côté, Sam Millar est irlandais. Ce qui implique un humour noir grinçant qui vient faire passer la pilule. Là encore l’entame du premier chapitre donne le ton. Je n’en dis pas plus, lisez !

Ensuite, ça déroule : un privé dans la grande tradition (un rien paumé, tenace, grande gueule, fauché, peu copain avec la police), une intrigue mêlant passé et présent fort bien menée, des dialogues très réussis, du bonheur.

En toile de fond de cette histoire une ville de Belfast qui n’a rien à envier aux autres métropoles décrites par les grands du polar : pluie, crasse, corruption, police pourrie, faibles systématiquement matraqués par les plus forts, impunité des puissants. Bref la « routine », une routine dont peu de romans parlent … sauf les meilleurs polars et Les chiens de Belfast en fait partie.

On peut trouver que l’histoire est un brin dense, mais je mets cela sur le compte du premier d’une série où il faut présenter les personnages et leur lourd passé. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangé, et surtout, ça me donne encore plus envie de lire la suite.

Sam Millar / Les chiens de Belfast (Bloodstorm, 2008), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’irlandais par Patrick Raynal.

Karl Kane est privé à Belfast. Fauché comme beaucoup de privés, préposé aux affaires minables, divorcé, beau-frère d’un flic, et victime de fortes crises d’hémorroïdes. Voilà pour le héros. Il est contacté par un homme qui veut des renseignements sur un cadavre récemment trouvé dans les rues de Belfast. Une affaire plutôt bien payée et a priori sans risque. A priori. Car les cadavres mutilés s’amoncellent et de vieilles histoires sinistres remontent à la surface.

Ceux qui connaissent les premiers romans de Sam Millar se doutent bien qu’ils ne vont pas lire une bluette … Et ce n’en est pas une. Le prologue donne le ton, ce sera sanglant. D’un autre côté, Sam Millar est irlandais. Ce qui implique un humour noir grinçant qui vient faire passer la pilule. Là encore l’entame du premier chapitre donne le ton. Je n’en dis pas plus, lisez !

Ensuite, ça déroule : un privé dans la grande tradition (un rien paumé, tenace, grande gueule, fauché, peu copain avec la police), une intrigue mêlant passé et présent fort bien menée, des dialogues très réussis, du bonheur.

En toile de fond de cette histoire une ville de Belfast qui n’a rien à envier aux autres métropoles décrites par les grands du polar : pluie, crasse, corruption, police pourrie, faibles systématiquement matraqués par les plus forts, impunité des puissants. Bref la « routine », une routine dont peu de romans parlent … sauf les meilleurs polars et Les chiens de Belfast en fait partie.

On peut trouver que l’histoire est un brin dense, mais je mets cela sur le compte du premier d’une série où il faut présenter les personnages et leur lourd passé. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangé, et surtout, ça me donne encore plus envie de lire la suite.

Sam Millar / Les chiens de Belfast (Bloodstorm, 2008), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’irlandais par Patrick Raynal.