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Faut pas chercher les Wolfe.

James Carlos Blake poursuit sa chronique de la famille Wolfe dans La maison Wolfe.

BlakeCeux qui connaissent l’œuvre de James Carlos Blake ont déjà entendu parler du clan Wolfe : une grande famille, établie des deux côtés de la frontière entre le Mexique et les USA. Discrets, bien implantés dans le monde des affaires (des deux côtés), leurs enfants ont tous des diplômes universitaires. Mais derrière la façade, espionnage, trafic d’armes, blanchiment d’argent … Le clan Wolfe, en général, évite les conflits avec les cartels, gangs et autres, et se mêle de ses affaires. Mais malheur à qui leur marche sur les pieds.

Ce que fait un petit gang ambitieux de Mexico : Lors d’une fête de mariage, ils enlèvent 10 personnes, appartenant aux deux familles très fortunées des mariés. Leur but, ramasser 10 millions de dollars et s’affilier à un grand cartel. Malheureusement pour eux, parmi les invités embarqués, se trouve Jessie Wolfe, amie de la mariée.

Autant le dire tout de suite on est ici assez loin du souffle des grands romans épiques et historiques de James Carlos Blake. Mais l’auteur a un sacré savoir-faire et on ne s’ennuie pas une seconde. On se fait même très plaisir.

Chapitres courts et percutants, personnages hors norme, construction vive passant d’un point de vue à l’autre, et quelques descriptions impressionnantes quand il s’agit des bidonvilles et des décharges de Mexico. De l’action, des pages qui tournent toutes seules … On est dans de l’artisanat de qualité, du cousu-main, on sent que l’auteur se fait plaisir, et le lecteur également.

C’est déjà beaucoup, en attendant un prochain grand roman.

James Carlos Blake / La maison Wolfe (The house of Wolfe, 2015), Rivages/Thriller (2017), traduit de l’anglais (USA) par Emmanuel Pailler.

En attendant l’année prochaine …

Avant d’attaquer les très nombreux romans de la rentrée de janvier, je pioche dans la pile des romans que je n’ai pas eu le temps de lire mais que je n’ai jamais voulu donner. Un polar historique bien sanglant, 100 % James Carlos Blake : Dans la peau.

dans la peau.inddNous sommes aux alentours des années trente. Rosario et Sam Maceo sont les caïds de la ville de Gavelston. Quand ils ont besoin de faire appliquer leur loi, ils font appels aux « Spectres de Rose », une bande d’hommes de main avec à leur tête James Rudolph Youngblood, très jeune tueur qui a la confiance des deux frères.

James est moitié mexicain, moitié américain, fils d’une ancienne putain texane et du tueur le plus craint de l’armée de Pancho Villa. Il aime sa vie et ne compte pas en changer. Jusqu’à ce que son regard croise celui de Daniela, une jeune mexicaine en fuite …

Dans la peau fait le lien entre les différents romans et époques de l’œuvre de James Carlos Blake. On y retrouve une allusion à la révolution mexicaine, présente dans Les amis de Pancho Villa, une partie du flashback est une histoire de cowboys, comme par exemple Crépuscule sanglant, et la majeure partie du roman se déroule autour de l’époque de la prohibition et des gangs qui tenaient des petites villes texanes, comme Red grass river.

On retrouve le talent de conteur de l’auteur, ses personnages « bigger than life », et ses moments historiques qu’il arrive à décrire sans tomber dans le travers de les juger avec des valeurs et des idées d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs grâce à cette distance qu’il peut décrire un contexte et des vies extrêmement violents, sans jamais justifier cette violence, mais en montrant les mécanismes et les expériences qui amènent les personnages à user de cette violence sans en être perturbés. Et ce sans jamais édulcorer mais sans non plus tomber dans le sensationnalisme ou le gore gratuit.

Un auteur original qui a construit au fil des romans un œuvre qui ne ressemble à aucune autre.

James Carlos Blake  / Dans la peau (Under the skin, 2003), Rivages/Noir (2012), traduit de l’anglais (US) par Emmanuel Pailler.

James Carlos Blake, La loi des Wolfes

C’est le premier roman de James Carlos Blake que je lis qui se déroule de nos jours. S’il change d’époque, on reste entre Mexique et USA dans La loi des Wolfes.

BlakeDans la famille Wolfe on est trafiquant, de tout ce qui se trafique, de père en fils, et de mère en fille. Installés des deux côtés de la frontière entre le Mexique et les US ils trempent dans tous les trafics possibles et imaginables. Un avenir exaltant pour le jeune Eddie Gato Wolfe, mais un avenir qui se heurte à une règle inflexible du clan : Chez les Wolfe, on croit aux bienfaits de l’éducation, et il est hors de question de se lancer dans les affaires avant d’avoir obtenu un diplôme universitaire. Comme le jeune Eddie est têtu il « fugue » et va se louer comme garde du corps dans un des nombreux, et tristement célèbres cartels mexicains. Malheureusement, Eddie est têtu et imprudent, et pour les beaux yeux de Miranda, il tue un des chefs du cartel. Le voilà en fuite vers le Texas, avec une horde d’assassins aux trousses. Et bien trop orgueilleux pour demander l’aide du clan.

Un James Carlos Blake étonnant, assez atypique par certains côtés, fidèle à lui-même par d’autres.

On retrouve la violence, les relations familiales parfois complexes mais solides, l’Histoire racontée à travers l’histoire du crime. Comme toujours, dans La loi des Wolfe, il y a bien entendu une histoire très solide et fort mouvementée, mais aussi un tableau plus vaste. Un portrait de la frontière, de l’inutilité du mur construit entre USA et Mexique qui ne sert, finalement, qu’à enrichir les passeurs de toute sorte mais ne freine pas ceux qui n’ont d’autre choix que de traverser pour ne pas mourir de faim ; un Mexique complètement gangréné par l’argent et la puissance des narcos ; et les quantités d’argent colossales qui se gagnent aux limites de la légalité des deux côtés de la frontière avec ces trafics. Toujours aussi un côté western et grands espaces, même si l’action se passe de nos jours.

Mais atypique aussi, plus rapide, moins dense que certaines autres œuvres, mois lyrique. Un roman qui m’a fait penser à du Peckinpah. Montage alterné très efficace, scènes courtes, personnages croqués en quelques lignes, et après, attention les yeux, ça déménage … Un vrai plaisir, à déconseiller peut-être à ceux qui n’aiment pas trop les polars débordants de testostérone. Bien que l’un des personnages les plus étonnants soit une petite mamie, una abuelita, qui ne sort pas de sa maison … Pour les amateurs de Peckinpah, je confirme.

James Carlos Blake / La loi des Wolfe (The rules of Wolfes, 2013), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’américain par Emmanuel Pailler.

James Carlos Blake, Crépuscule sanglant

Comme Henry Porter, James Carlos Blake est un auteur que je ne lis pas systématiquement, mais dont je garde souvent les romans quelque part, sous une pile, en poche. Pour le moment où je trouve enfin un peu de temps. C’est comme ça qu’à la faveur des vacances j’ai enfin lu Crépuscule Sanglant.

BlakeAu milieu du XIX°, quelque part en Floride, la famille Little n’est pas une famille modèle. Le père a quelques meurtres à son actif, il a battu et fouetté la mère quand il a appris qu’avant de le connaître elle avait quelque peu batifolé, Edward et John les deux frères aiment se battre et Maggie la plus jeune ne supporte pas le traitement imposé à sa mère. Une situation explosive qui se dénoue quand Maggie s’enfuit et que les deux frères tuent leur père avant qu’il n’abatte leur mère. C’est alors pour John et Edward le début d’une longue vie de violence, de la Floride à la guerre entre les USA et le Mexique, en passant par les bordels de New Orléans, les prison texanes et les guerres indiennes.

Attention c’est rude. Et on comprend un peu mieux le rapport des US aux armes et à la violence. Certes, tous les pays ont eu leurs épisodes plus ou moins sanglants. Mais en lisant Crépuscule sanglant on ressent, dans ses tripes, à quel point ce pays c’est construit dans le sang, combien il a été longtemps un lieu où la loi du talion et la loi du plus fort ont été les seules à s’appliquer.

Vous imaginez bien que le roman n’est pas aimable. Tueries, crasse, bêtise, racisme, sang, sueur et larmes … Ils sont rudes les frères Little et leurs compagnons de route. Rudes, méchants, incultes, violents … Et c’est à travers leurs trajectoires que James Carlos Blake nous conte cette période de l’histoire des US, la République du Texas, la guerre contre le Mexique, le mépris envers les irlandais, les massacres des indiens.

On n’est pas un western propre avec James Stewart ou John Wayne, on est plus dans la lignée des Portes du paradis ou de Deadwood, et à relire ma note je me dis que j’aurais pu être lassé de l’accumulation de violence, de meurtres gratuits, de scalps et de viols. Et pourtant non, on n’a jamais l’impression que l’auteur en fait trop, il ne se complait jamais dans une surenchère voyeuriste et putassière, tout a un sens. Ca doit être ça, l’immense talent de James Carlos Blake.

James Carlos Blake / Crépuscule sanglant (In the rogue blood, 1997), Rivages/Noir (2007), traduit de l’américain par L.

Red Grass River

J’avais lu le premier James Carlos Blake traduit en France, l’excellent Les amis de Pancho Villa, mais cela faisait un moment que je ne m’étais pas replongé dans l’univers de cet écrivain atypique, spécialisé dans les épopées historiques et sanglantes. L’occasion faisant le larron, c’est la sortie de Red Grass River qui m’a permis de constater qu’il n’a rien perdu de son talent.

blakePendant douze ans, de 1912 à 1924, la famille Ashley, maîtresse incontestée des Everglades en Floride défie la police locale. Distillation clandestine, contrebande d’alcool, braquages, racket des concurrents … seul Bobby Baker, shérif de Palm Beach qui a des comptes personnels a régler avec John Ashley, le fils le plus entreprenant de la famille se dresse face à eux. Avec des méthodes qui font dire aux témoins que cela devient une guerre entre le gang Ashley et le gang Baker. Mais la lutte est inégale et, comme le reste du pays, ce coin de marécages ne pourra faire autrement que d’accepter la loi et la « civilisation ».

Après l’ouest américain et le Mexique James Carlos Blake s’intéresse ici à la partie la plus sauvage de la Floride. Avec une thématique récurrente dans les grands westerns : le moment où la loi rattrape la frontière, celui où les pionniers, ceux qui vivaient hors la loi (parce qu’elle n’était pas arrivée) doivent s’y soumettre, de gré ou de force. Souffle épique, force de l’écriture, belles descriptions d’une nature encore sauvage, violence des rapports humains …

Tout ce qui a fait la beauté des précédents romans de l’auteur se retrouve ici pour cette fresque passionnante pleine de bruit et de fureur. Un affrontement de légende entre deux forces, entre deux modes de vie, l’un finissant, l’autre en pleine expansion. Un affrontement dans lequel l’auteur ne prend pas parti : pas de bons et de méchants ici, pas de blanc et de noir, les membres du clan Ashley, à commencer par leur patriarche sont sanguinaires, violents, sans pitié, le clan d’en face, sensé représenter la loi ne la respecte pas davantage et sait aussi se montrer d’une infinie cruauté.

Cela n’empêche pas le lecteur, pris dans ce maelstrom, de ressentir de la tendresse pour tel ou tel, et de souhaiter par moment la victoire du camp qui, on le sait depuis le début, est par avance condamné par la marche du temps.

Un très beau roman, comme le dit aussi très bien l’ami Yan.

James Carlos Blake / Red Grass River (Red Grass River : a legend, 1998), Rivages/Thriller (2012), traduit de l’américain par Emmanuel Pailler.