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Fallait pas réveiller le Condor

James Grady revient, et il revient avec un Condor qui est passé par Mad dogs : ça donne Les derniers jours du Condor.

les derniers jours du condor.inddLe légendaire Condor a disparu de la circulation pendant des années. Enfermé dans une clinique très spéciale qui traite les agents de la CIA qui ont complètement fondu les plombs. Depuis quelques semaines, il est de nouveau dehors. On lui a trouvé un travail sans risque, à la bibliothèque du Congrès, et deux collègues, Faye et Peter sont chargés de passer régulièrement vérifier s’il va bien et surtout s’il prend bien ses médicaments …

Un soir, en rentrant chez lui, Condor trouve Peter égorgé et crucifié à sa cheminée. L’histoire semble se répéter, des années plus tard. En moins de trente minutes il prend ses affaires et s’enfuit, échappant de peu à la police. Le voilà de nouveau traqué dans Washington, sans savoir sur qui il peut compter.

Il faudrait que je relise et revois les trois (ou six) jours du Condors pour voir ce qui a été repris ici (même si je me suis, quand même, rendu-compte que ce n’est sans doute pas un hasard si l’aide de Condor s’appelle Faye). Je me souviens par contre suffisamment bien de Mad Dogs, précédent roman traduit de James Grady pour voir qu’on est ici dans le même univers d’espionnage et de paranoïa.

Un domaine où l’auteur maîtrise totalement sa narration et son sujet. Le lecteur se fait complètement embarquer dans cette fuite démente (dans tous les sens du terme), où la folie et les troubles de mémoire du personnage central sont le reflet de la folie d’une époque et d’un système. Où la fuite en avant technologique commencée bien avant le 11 septembre, mais accentuée ensuite, devient la fuite d’un poulet sans tête, ou pire, la fuite d’un poulet … dont plus personne ne sait où se trouve sa tête !

C’est jouissif, c’est intelligent, il faut un peu s’accrocher au début, mais on est bien récompensé, et en bonus il y a quelques scènes d’anthologie. A lire donc. Les espions de James Grady ont pris des rides, se bourrent de cachetons mais n’ont rien perdu de leur patate !

James Grady / Les derniers jours du Condor (Last days of the Condor, 2015), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.

Les chiens fous de James Grady

James Grady, connu du grand public comme l’auteur des Six jours du condor (devenu Les trois jours du même piaf dans son adaptation cinématographique de Sydney Pollack avec Robert Redford et Faye Dunaway) est un des maîtres du thriller d’espionnage américain. Il revient avec ces Mad dogs.

Ils sont cinq : Victor, le narrateur, Zane, cheveux et barbes blancs, Eric l’ingénieur de haut vol, Russell l’ancien rocker, Hailey, belle, classe et noire. Ils ont travaillé pour la CIA. Ils ont vécu l’enfer. Ils sont implacables, cinglés et gardés dans une Clinique top secret quelque part dans le Maine. Un matin ils retrouvent le psychiatre qui s’occupe d’eux assassiné. Qui pourra faire de meilleurs coupables que ces cinq tueurs devenus fous ? C’est pourquoi ils décident de s’évader ensemble, et de découvrir qui a tué le toubib et veut leur faire porter le chapeau. Cinq cinglés paranos et mortels lâchés dans la nature …

L’ancien espion rattrapé par son passé et qui doit sauver sa peau face à des méchants qui veulent l’éliminer … pas franchement novateur comme thématique pour un polar.

Mais. Mais relevez la sauce en prenant non pas un mais cinq espions, et choisissez d’en faire des gens franchement déséquilibrés, avec d’excellentes raisons de l’être. Ajoutez à la course contre les méchants, la course encore plus stressante contre la folie (car nos cinq cinglés n’ont plus leurs médicaments sous la main), et vous obtenez un résultat beaucoup plus original, et même franchement passionnant.

D’autant plus que James Grady imprime un rythme d’enfer à sa cavale, intercale parfaitement les retours en arrière qui expliquent la folie de chacun, réussit superbement ses scènes d’action, et nous offre quelques scènes d’anthologie. Pour compléter le tableau, il dresse, en toile de fond, une peinture pas franchement rassurante (même si elle n’est pas forcément étonnante) des actions de l’ombre des US de ces 20 dernières années, et de la paranoïa grandissante qui règne dans le petit monde de l’espionnage US depuis le 11 septembre.

On peut juste regretter que le final soit un poil en deçà de tout le reste, mais il faut dire qu’il était difficile de se maintenir à un tel niveau.

James Grady / Mad dogs, (Mad dogs, 2006) Rivages thriller (2009), traduit de l’américain par Jean Esch.