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Billy Bob Holland, l’autre fils de James Lee Burke

L’été permet blablabla … Je l’ai déjà dit. J’avais laissé passé ce James Lee Burke de la série Billy Bob Holland. Bitterroot est le troisième volume de cette autre série du papa de Robicheau.

Billy Bob Holland est texan, ancien Ranger maintenant avocat. Il se rend chez son ami Doc Voss, ancien soldat d’une unité d’élite au Vietnam, qui s’est retiré dans le Montana. Au programme, air pur, parties de pêche, un ciel à nul autre pareil … Sauf quand quelques motards violent la fille de Doc et que débarque dans la région un cow-boy de rodéo psychopathe qui rend Billy Bob responsable de la mort de sa sœur. Ajoutez à cela une compagnie minière qui empoisonne les rivières et une milice d’extrême droite particulièrement allumée et vous obtiendrez un séjour qui ne laisse que peu de temps pour la farniente …

Billy Bob Holland est le jumeau de Dave Robicheaux qui permet à James Lee Burke de quitter la Louisiane. Après le Texas, nous voici donc dans le Montana (où l’auteur vit une partie de l’année si je ne m’abuse).

Première constatation, James Lee Burke est aussi doué pour décrire les rivières, les ciels et la pureté de l’air du Montana que les bayous de Louisiane. Comme Dave, Billy Bob est un homme hanté par son passé, sujet à des sautes de violence dévastatrices. Ensuite, comme toujours, James Lee Burke a le chic pour créer des affreux très convaincants, donc très effrayants. C’est encore le cas ici. On croise également un personnage d’écrivain de polar flamboyant, qui n’est sans rappeler par certains côtés le regretté Crumley, et/ou son personnage inoubliable de Abraham Trahearne du Dernier baiser.

J’ai juste une petite restriction. Je préfère la série Robicheaux. Peut-être parce qu’on ne connaît pas encore autant Billy Bob, peut-être parce que Burke sait moins bien, ici, ancrer son action dans le passé du pays comme il le fait si bien en Louisiane …

Mais c’est juste une question de goût personnel. A vous de vous faire votre opinion.

James Lee Burke / Bitterroot  (Bitterroot, 2001), Rivages/Noir N°770 (2010), Traduit de l’américain par Patricia Christian.

Des nouvelles de James Lee Burke.

Je continue à lire des nouvelles. Il ne s’agit pas, cette fois, d’un collectif, mais du recueil de textes de James Lee Burke publié chez Rivages : Jésus prend la mer.

Neuf nouvelles, sans Dave Robicheaux, mais avec la Louisiane et le Montana ; entre autres :

Lumière d’hiver et Une saison de regret, les deux situées dans le Montana, tournent autour de la même idée, très robichienne (ça se dit robichienne ?) de ce qu’un homme peut accepter, et de ce face à quoi il se doit de se dresser, inébranlable, pour pouvoir garder l’estime de soi, indépendamment du danger couru. Une sorte de rempart contre la barbarie et l’arbitraire. Assorti d’une réflexion sur la propension à la violence (une thématique là encore très robichienne). Deux nouvelles à propos d’hommes solitaires, vivant en marge (géographiquement) de la société des hommes, près d’une nature fascinante, mais n’ayant pas pour autant renoncé à leur humanité, ni même à leur humanisme.

Le soir où Johnny Ace est mort est une histoire d’amour, d’amitié et de musique, se déroulant dans le sud profond au moment où naissait un musique appelée Rock & Roll … Loin d’une quelconque mythification de l’époque, c’est au contraire un récit rugueux, sans complaisance : « Quand on se mettait à dos les mauvaises personnes, on n’avait plus qu’à jouer de la guitare dans la rue, ou à se crever les yeux pour rejoindre les Five Blind Boys ».

Les six autres nouvelles : Les hommes de l’eau, Brume, Mauvaises intentions, Le drapeau brûlé, Comment Bugsy Siegel est devenu un ami à moi et, Jésus prend la mer pourraient presque être des chapitres d’un roman de la série Robicheaux.

On y trouve des gamins de milieux populaires qui tentent de survivre, dans des temps troublés, en conservant quelques valeurs fondamentales léguées par leurs pères ; des hommes marqués par la guerre (que ce soit la deuxième guerre mondiale ou le Vietnam) ; des victimes d’un passé lourd qui n’arrivent pas à se dépêtrer des chaînes de la drogue et de l’alcool … Tous ces personnages qu’il aime, qu’il sait si bien décrire, et que Dave croise au tournant d’une rue de New Iberia ou de la Nouvelle Orléans. En quelques pages, il leur donne vie, et nous fait partager leur existence, le temps d’une nouvelle.

Tranches d’existence plutôt que nouvelles « à chute », James Lee Burke y déploie son talent exceptionnel pour décrire les paysages et les hommes qu’il aime.

Jésus prend la mer, qui clôt le recueil, se situe après le passage de Katrina (dont l’effet dévastateur est aussi en toile de fond de Brume), se conclue ainsi : « Je n’ai qu’un regret. Personne ne s’est donné la peine de nous expliquer pourquoi on nous a laissé tomber. […] Mais avec des compagnons de voyage pareil – Jésus, Miles, et puis Tony qui nous attend quelque part sur le chemin -, je pars en paix avec le monde. »

Trouver cette paix, c’est tout ce que l’on souhaite aux personnages magnifiques de James Lee Burke.

James Lee Burke / Jésus prend la mer (Jesus out to sea, 2007), Rivages (2010), Traduit de l’américain par Olivier Deparis.

James Lee Burke avant Katrina

Le voilà. Quoi ? Le Dave Robicheaux de l’année. Et cette année, comme l’an passé, et sans aucun doute comme l’an prochain, nous avons droit à un grand cru. Il s’appelle La descente de Pégase.

Une jeune étudiante à qui la vie souriait se suicide dans le jardin de son père. L’autopsie révèle qu’elle avait bu, pris de la drogue, et avait eu plusieurs rapports sexuels juste avant de se tuer. Le corps d’un vagabond a été trouvé au bord de la route. Il semble avoir été tué par un chauffard qui aurait pris la fuite. Mais il présente des lésions ne cadrent pas avec cette hypothèse. Trish Klein, belle et jeune arnaqueuse débarque en Louisiane, et prend pour cible les casinos appartenant à un truand de Miami …

Trois affaires en apparence totalement déconnectées les unes des autres. Mais à l’intersection on trouve toujours Bello Lujan, truand de New Iberia, violent, primaire, issu de milieux pauvres, et Whitey Bruxal, mafieux de Miami dont Dave a croisé la route vingt ans auparavant et qui est en train de prendre pied en Louisiane par le biais des casinos. La confrontation ne fait que commencer, les morts ne vont pas tarder à s’accumuler …

Un Dave Robicheaux pur jus, de ceux qui ne surprennent plus, mais dont on ne se lasse jamais. Dave, ses failles, son humanité, ses faiblesses, sa colère, son impuissance rageuse face à ce que les riches et puissants font subir à la Louisiane et à ses habitants les plus pauvres. Mais aussi Dave et son amour pour sa ville, pour les bayous, pour ce qui reste encore de pur, de beau, d’émouvant.

Et son pote Clete, sa chef Helen, sa nouvelle femme, son raton laveur boiteux … Tout ce qu’on aime dans cette série est au rendez-vous. Avec une fois de plus des descriptions magiques, des accélérations de rythme, et une histoire lentement et amoureusement mijotée qui tient en haleine.

Bref, on vibre, on tremble, on enrage, on sourit … et on en redemande. D’autant plus que l’épilogue conclue sur l’arrivée de Katrina, et que l’on est impatient de voir comment James Lee Burke va traiter ce traumatisme (les échos sur les sites américains parlent de chef-d’œuvre …).

Précision : Pour ceux qui se poseraient des questions sur le titre, il est fortement mythologique. L’un des personnages centraux, Bello Lujan, se prénomme en réalité Bellérophon Lujan. Bellérophon dompta Pégase, et grâce à lui put vaincre la Chimère. Mais, histoire connue dans la Grèce antique, se crut alors l’égal des Dieux et voulu, emporté par sa fabuleuse monture, monter jusqu’à l’Olympe. Zeus, bien évidemment, ne l’accepta pas, envoya un taon piquer Pégase, et Bello chuta. Plouf ! Voilà qui éclaire le titre, et indique, dès le début, quel sera le destin d’un des personnages … Seule différence, dans la Louisiane de Robicheaux, les Dieux sont bien petits, et leur cruauté bien mesquine. N’est pas Zeus qui veut.

James Lee Burke / La descente de Pégase  (Pegasus descending, 2006), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain Patricia Christian.

Le chapitre manquant de Jolie Blon’s Bounce

Comme je disais, retour aux fondamentaux, avec ce Dave Robicheaux. Et pourtant, il faut croire que je suis maudit, il me reste une pointe de frustration à la lecture de Jolie Blon’s Bounce.

Amanda, seize ans, a été violée puis abattue de deux balles. Les soupçons se portent immédiatement sur Tee Bobby Hulin, musicien noir surdoué qui lui tournait autour. Tee, malgré son talent, peine à survivre tant il est ravagé par la drogue. Dave Robicheau l’arrête mais il n’est pas vraiment convaincu de sa culpabilité. Les choses se compliquent quand il s’avère que c’est Perry Lasalle, dernier rejeton de la famille qui fait la pluie et le beau temps à New Iberia depuis des générations, qui défendra Tee. Elles se compliquent encore quand intervient un dénommé Legion, un être sadique et sans morale, ancien contremaître du grand-père de Perry. Puis une prostituée, fille d’un mafieux local est tuée dans des circonstances analogues …

Jusqu’à la toute fin on a un grand James Lee Burke : Histoire parfaitement menée, personnages superbes, complexes, torturés, effrayants ou immédiatement attachants, et toujours la Louisiane, ses bayous, sa musique, les injustices passées et présentes. Une Louisiane que la magnifique écriture de James Lee Burke nous fait sentir de façon charnelle. On ressent la pluie battante, on entend le saut d’un poisson, on sent l’odeur de décomposition du bayou, on voit le coucher de soleil flamboyant. Et on a l’impression de vivre cet endroit, hier et aujourd’hui. On perçoit l’amour doublé d’amertume de Robicheaux (et de son auteur) pour cet endroit qui pourrait être un paradis et que la cupidité et l’ignorance des hommes transforme si souvent en enfer.

Et puis il y a la fin. Alors que s’annonce la confrontation finale, l’auteur l’escamote et nous envoie directement à l’épilogue. On a l’impression qu’il manque un chapitre au bouquin ! On serait chez James Sallis, coutumier de ce genre d’ellipse, on comprendrait, on s’y attendrait . Mais pas chez Burke. Il ne fait pas d’impasse d’habitude. Quelle frustration !

Est-ce que je suis le seul à avoir ressenti ça ?

James Lee Burke / Jolie blon’s bounce  (Jolie blon’s bounce, 2002), Rivages/Noir (2009), Traduit de l’américain par Freddy Michalski.

PS. Après vérification donc, oui il manque un chapitre dans certains exemplaires. Rivages peut vus changer le votre, ou si vous voulez, je l’ai en pdf …

Dave Robicheaux, encore et toujours

C’est décidément la fête à Robicheaux en ce moment. Après le beau film de Tavernier, voici que le James Lee Burke nouveau arrive chez Rivages. Il s’appelle L’emblème du croisé. Il faut le lire.

 En 1958, Dave Robicheaux et son frère Jimmie croisent la route d’Ida Durbin, prostituée. Elle disparaît le jour où elle devait s’enfuir avec Jimmie. Presque quarante ans plus tard, sur son lit de mort, un ancien flic ripoux à l’article de la mort fait appelle Dave et lui confie qu’il sait qu’Ida est toujours vivante. Dave, une fois de plus, décide de déterrer le passé. Son enquête l’amène à s’intéresser de près à la famille Chalons, vieux aristocrates du sud qui font toujours la pluie et le beau temps du  côté de New Iberia. Sa route va aussi croiser celle d’un tueur qui viole et massacre de jeunes femmes autour de Baton Rouge.

Que dire de ce nouveau Dave Robicheaux ?

Que contrairement à ce qui se passe avec d’autres série (comme par exemple Connelly qui connaît quand même quelques baisses de régime), il n’y a aucun fléchissement d’intérêt ou de qualité dans l’œuvre de James Lee Burke ; que sa description du bayou est toujours un enchantement ; que Dave Robicheaux est aussi attachant, fragile, émouvant, violent, étonnant … que lors de sa première apparition ; que son pote Clete qui, j’ai l’impression, prend de plus en plus d’importance dans ses romans est un personnage secondaire extraordinaire comme seuls les grands savent en créer ; que sa description de ce sud, d’hier et d’aujourd’hui, est à la fois implacable, sans pitié et magnifique ; que ses intrigues sont toujours prenantes, et qu’il est toujours un maître du rythme, capable de prendre son temps, puis de produire des accélérations dignes des thrillers les plus trépidants.

On retrouve, outre les personnages et le décor, l’intérêt de James Lee Burke pour le passé de sa région, pour ses traumatismes, pour la violence de son histoire, et pour l’influence de cette histoire sur le présent. On retrouve sa critique implacable des possédants, des grandes familles qui se comportent toujours comme quand elles avaient droit de vie et de mort sur leurs esclaves. On retrouve, entre les lignes, sa critique de ceux qui envoient des gamins (qui ne sont bien entendu pas les leurs), mourir loin, pour défendre des intérêts … peu défendables.

On lit même ceci : « Les capitalistes finissent pendus à la corde qu’ils ont vendue à leurs ennemis » au tout début de l’épilogue …

Bref, vive James Lee Burke, vive Dave Robicheaux. Espérons que le film de Bertrand Tavernier va donner envie à de nouveaux lecteurs de le découvrir, parce qu’il le mérite. Et vivement le suivant.

James Lee Burke / L’emblème du croisé, (Crusader’s cross, 2005) Rivages Thriller (2009), traduit de l’américain par Patricia Christian.

Dans la brume électrique avec Tommy Lee Jones et Bertrand Tavernier

Ca y est, je l’ai vu. Et j’ai beaucoup aimé. Pour tout un tas de raisons bien entendu. Dont un certain nombre sont très subjectives, et ne relèvent même pas vraiment de l’art cinématographique. En vrac …

Parce que j’y suis allé avec une très grande envie … de l’aimer. Parce que j’aime Tavernier, Burke et Robicheaux !

Parce que Tommy Lee Jones cadre parfaitement avec l’image que je me faisais de Dave Robicheaux. Parce qu’en plus, un fois de plus, il joue très bien. Il rend parfaitement le côté borderline du personnage de James Lee Burke, en apparence calme, voire imperturbable, mais qui doit se contrôler en permanence pour ne pas péter les plombs. Et dont les accès de violence sont d’autant plus imprévisibles et donc impressionnants. Un peu à la manière d’un Takeshi Kitano.

Parce que John Goodman incarne à la perfection le pourri. Cela fait déjà un moment que John Goodman excelle dans ce genre de rôle qui oscille entre le ridicule et l’effrayant. Il fait ça, très très bien.

Parce que tous les autres acteurs sont bons, et justes.

Parce que j’adore Buddy Guy, et que c’est un bonheur de le voir, d’entendre sa voix, et, cerise bien appréciable sur un beau gâteau, de l’entendre chanter.

En parlant de chant, parce que la bande son est superbe.

Parce que c’est très bien filmé. Je m’étais fait une idée des bayous que je n’ai jamais vus en lisant les romans de James Lee Burke. Je n’ai pas été déçu par les images comme c’est parfois le cas. Bien au contraire, je les ai trouvé somptueuses.

Parce que, contrairement à pas mal d’autres, j’ai aimé la voix off. Je l’ai aimé parce que Tommy Lee Jones a une voix extraordinaire, qui dit superbement le texte de James Lee Burke et rend sa poésie originale.

Parce que Bertrand Tavernier, de mon point de vue, a capté l’ambiance des Dave Robicheaux et l’a parfaitement transposée sur la pellicule. Sons, moiteur, paysages, poids étouffant du passé, folie latente de Robicheaux, racisme d’aujourd’hui si profondément ancré dans le racisme d’hier, arrogance des grandes familles … Tout y est, et y est bien.

Parce que Tavernier a su préserver la lenteur et la complexité du roman. Parce qu’il a su également rendre la touche de fantastique, et la rendre légèrement, laissant au lecteur (ou au spectateur), le choix de croire, ou non, à ce fantastique. Une touche qui fait la spécificité de ce roman dans la série.

Parce que j’aime James Lee Burke et que je l’ai retrouvé, et parce qu’il y a longtemps que j’avais lu ce roman là, assez longtemps pour en avoir oublié les péripéties. Ce qui m’a permis d’être à la fois en terrain connu, et pris par l’histoire.

Et sans doute pour plein d’autres raisons que je ne saurais exprimer …

Autour du film, il y a presque un mois Mauvais genres, sur France Culture a consacré deux émissions à James Lee Burke. J’ai déjà écouté la première. Passionnante.

Je feuillette, lis, parcours … depuis le début de l’année le magnifique bouquin de Bertrand Tavernier, Amis américains. Un vrai régal, textes comme illustrations. Si vous ne savez pas quoi vous faire offrir pour votre anniversaire, la fête des mères, des pères …

James Lee Burke, Dave Robicheaux, la Louisiane

Retour aux fondamentaux avec Dernier tramway pour les Champs Elysées de James Lee Burke.

Il pleut sur les bayous. Dave Robicheaux est en rogne. Pas à cause du temps, mais parce que son ami, Jimmie Dolan, prêtre grande gueule qui n’hésite jamais à affronter sa hiérarchie et les notables du coin pour défendre les plus démunis a été tabassé quelques semaines auparavant. Avec son ami Clete, colosse souvent imprévisible, il est bien décidé à faire payer l’exécutant et ses commanditaires. Sur son chemin il va croiser un tueur de l’IRA et le fantôme d’un musicien de blues mort depuis 50 ans. Face à lui, rapidement, toute la puissance et la morgue des grandes familles du sud, qui continuent à se comporter en propriétaires de la région et de ses habitants.

Pour les fans de James Lee Burke et de Robicheaux, il suffit de dire que c’est un très bon Robicheaux, presque du niveau de Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Pas besoin d’en rajouter.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il vaut certainement mieux commencer par les débuts de la série, bien que, comme les autres, cet épisode puissent se lire seul. On y retrouve cette tête de mule de Robicheaux, en proie à ses doutes, ses démons, ses remords. Robicheaux qui semble plus à l’aise en compagnie des morts que des vivants, et qui se sent de plus en plus décalé dans la Louisiane telle qu’elle évolue. Robicheaux qui, malgré ses échecs, les coups qu’il a pris, et la perte progressive de ses illusions ne peut se résoudre à voir que ce sont toujours les mêmes qui s’en sortent, les mêmes qui payent le prix fort.  Dave Robicheaux qui a de plus en plus de mal à exercer son métier de flic, et à se convaincre qu’il est juste de faire respecter la loi :

« La définition de ce qui est légal n’a pas grand-chose à voir avec une conduite vertueuse. Il était légal d’empoisonner systématiquement la terre et de vendre des armes aux fous furieux du tiers-monde. Les hommes politiques qui n’avaient personnellement jamais servi leur pays en service actif, ni entendu les hurlements des victimes d’un lance-flamme sur le terrain ou refermé de sacs à viande sur le visage de leurs meilleurs amis, réclamaient la guerre à cor et à cri et s’affichaient fièrement au garde-à-vous devant le drapeau tout en envoyant d’autres qu’eux se battre pour lui ».

Cet épisode passe du lyrisme pour la description des bayous à l’âpreté et la sécheresse pour celle des conditions de détentions au pénitencier d’Angola, de la « saudade » sépia de Dave qui pleure ses morts, à l’explosion jouissive des coups de folies salutaires de son copain Clete. Une vraie histoire, de beaux personnages, un style, de la force, de l’humanité … un grand bouquin.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, qu’apprend-je en lisant la quatrième de couverture ? Que Bertrand Tavernier tourne, ou a tourné Dans la brume électrique avec les morts confédérés, et en plus avec Tommy Lee Jones dans le rôle de Robicheaux ! Autant je n’ai jamais compris que Redford soit un jour choisi pour incarner Dortmunder, autant le choix de Tommy Lee Jones me semble d’une évidence aveuglante, aussi aveuglante que le choix de Lee Marvin pour jouer Parker. Et comme Tavernier avait eu le Coup de génie (et de torchon !) dans son adaptation de 1275 âmes, je suis très impatient de voir ce film.

James Lee Burke / Dernier tramway pour les Champs-Elysées (Last car to Elysian Fields, 2003), Rivages/Thriller (2008), traduit de l’américain par Freddy Michalski.