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Quelques comics pour les vacances

Je vous ai raconté, il y a quelques temps que, fatigué, j’avais lu quelques comics de plus ces derniers temps. Et j’avais promis d’en causer, et voilà :

On va commencer par quelque chose de plus léger que ce dont je vous avais parlé la dernière fois (avec du Alan Moore, du Jason Aaron etc …). Deux histoires de vampires.

SIlver-vol1La première est assez rafraichissante, Silver de Stephan Franck. Nous sommes dans les années 30. James Finnigan est un grand cambrioleur. Qui a foiré à un moment donné et a perdu tout ce que lui et ses complices avaient mis de côté. Mais lors de son dernier coup, il a mis la main sur une sorte de livre de compte. Et il peut alors faire le casse le plus audacieux de l’histoire : Voler à une très très ancienne famille européenne tous ses lingots d’argent. Une famille qui vit quelque part dans des montagnes perdues. Une famille de vampires. La famille la plus puissante de vampires. Alors James monte son équipe et part s’infiltrer lors de la fête annuelle qui rassemble tout ce joli monde.

Stephan Franck respecte tous les clichés des histoires de vampires et des histoires de cambriolage : Un premier coup auquel on assiste pour se familiariser avec les protagonistes, un peu de castagne avec les monstres pour les introduire dans l’histoire, le montage de l’équipe et l’organisation du casse, quand on croit à tout moment que ça va foirer mais qu’en réalité tout est calculé. Et comble du sadisme, il nous arrête à la fin du volume 1 en plein merdier. Joli dessin en noir et blanc qui accentue la référence aux années 30 et à ses films noirs, et aux histoires de vampires. Pas révolutionnaire mais un très bon moment.

americanvampire-2La deuxième série, c’est de sa faute. Ca s’appelle American vampire, de Scott Snyder (et un peu Monsieur Stephen King) au scénario, et Rafael Albuquerque au dessin.

A la fin du XIX, Skinner Sweet est un bandit sans foi ni loi. Ni pitié, ni morale. Un vrai fils de pute. Qui un jour vole la mauvaise personne, et se fait mordre. Il devient ainsi le premier vampire américain. Avec cette particularité, par rapport à ses congénères et néanmoins ennemis jurés les buveurs de sang européens, qu’il résiste très bien au soleil. Autre particularité, devenir un vampire n’a en rien amélioré son humeur, ni son empathie. En bref, c’est devenu un immonde fils de pute immortel. Nous allons suivre sa guerre contre les autres, contre une société de tueurs de vampires, et en général contre quiconque se met en travers de son chemin où possède quelque chose qu’il veut de la fin du XIX° aux années 70, en passant par l’âge d’or du cinéma, la deuxième guerre mondiale, le Maccarthisme etc …

C’est trash, c’est violent, c’est très réjouissant ! Ici pas de vampires mignons, ou de romances avec des humains (ou si peu). Ici ça saigne, les faibles morflent, les forts se servent, et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. On revisite avec brio et beaucoup d’énergie un bon siècle d’histoire des US, toujours avec le sourire (un peu noir le sourire) du suspense, de la castagne. C’est bon comme un bon gros steak bien saignant, avec un bon coup de rouge.

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Après, on quitte le « léger » et on passe sur du vraiment méchant.

100-bullets-1Avec la réédition en intégrale d’un classique (si j’en crois mon dealer de comics et les blogs spécialisés), 100 bullets de Brian Azzarello et Eduardo Risso.

Ils ont tout perdu dans la vie. Famille assassinée, argent volé, réputation détruite … Quand un mystérieux Agent Graves vient les trouver et leur offre une mallette. Dedans un flingue et 100 balles qui leur assurent une impunité absolument totale, et un dossier qui démontre qui les a trahis et comment. Libre à eux d’en faire l’usage qu’il désirent. Ca commence avec Dizzy, jeune femme latino, son mari et son fils ont été abattus, elle s’en tient pour responsable, jusqu’à la rencontre avec l’Agent Grave. Et ce n’est que le début d’une tortueuse, très tortueuse histoire qui voit une mafia et des agents pas nets se faire la guerre par pions interposés.

100-bullets-2Là, accrochez-vous. J’ai commencé avec les 2 premiers volumes. Démarrage sur les chapeaux de roues. Puis j’ai commencé à être largué. Mais j’ai insisté, et avant d’attaquer le 3° (il y en aura 5), j’ai tout relu, et j’ai commencé à comprendre un peu mieux, ou du moins à suivre davantage. Et là, c’est le pied total. Car si chaque histoire est déjà un petit roman à elle seule, dure, avec un graphisme qui, bien qu’en couleur, m’évoque le très noir Sin City, avec ses mecs aux gueules carrées, ses bad boys, très très bad, ses pin up incroyables, quand on commence à mordre au puzzle complet cela devient bien mieux qu’un assemblage de petites histoires. Et je ne pense pas que je pourrai faire l’économie de relire tout d’un bout à l’autre quand j’aurai enfin les cinq tomes (en 2018 si j’en crois le programme). Très recommandable donc, si vous avez le temps et que vous pouvez être tranquilles pour vous concentrer.

On finit sur du rude, du très rude, Godamned / Avant le déluge, du duo d’enfer de Scalped : Jason Aaron et R. M. Guéra.

goddamned-1Caïn, le premier meurtrier de l’humanité est condamné à errer sans fin sur une Terre dévastée, l’Enfer d’avant le déluge, peuplée de monstres, de hordes qui feraient passer les tordus de Madmax pour des Mignons, et d’illuminés de toutes sortes. Dont un sacrément gratiné, Noé, patriarche, esclavagiste et gourou d’une secte immonde. Au nom de Dieu bien entendu. Tous feront la même erreur, chercher des noises à Caïn, Le Meutrier.

La bible revisitée par Aaron et Guéra ça déménage ! Il serait étonnant que cette version plaise vraiment aux allumés évangélistes de l’autre côté de l’Atlantique. Dire que c’est blasphématoire est un doux pléonasme. C’est glauque, violent, sans la moindre lueur d’espoir, Dieu est aussi malmené que dans Preacher, les hommes sont à son image, celle de l’Enfer. On comprend si c’était comme ça que le Barbu ait déclenché le Déluge. Sauf que le père Noé ne vaut pas mieux que les autres. Esprits sensibles s’abstenir, pour les autres, c’est étonnant, dérangeant, déstabilisant, jubilatoire, et on se demande bien où les deux auteurs vont nous amener ensuite.

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Stephan Franck / Silver (Volume 1), Comics Glénat (2017), traduit de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Scott Snyder (scénario), Rafael Albuquerque (dessin) / American vampire, Vertigo/Urban Comics (2013-2017), traduit de l’anglais par Jérôme Wicky.

Brian Azzarello (scénario), Eduardo Risso (dessin) / 100 bullets, Urban Comics (2016-2017), traduit de l’anglais par Thomas Davier.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Goddamned / Avant le déluge, Urban Comics (2017), traduit de l’anglais par Julien Di Giacomo.

Quelques comics

Il y a quelques semaines je vous ai causé, comics. Je continue à m’y intéresser, de loin, et j’ai relu deux monuments que tous ici ne connaissent peut-être pas. Petit tour d’horizon de ce qui me plait dans ces BD américaines.

On commence par les deux chefs-d’œuvre indispensables, absolument indispensables, que j’ai relus avec un enthousiasme intact. Les deux sont signés Alan Moore au scénario, et si vous ne connaissez pas, c’est à avoir absolument dans sa bibliothèque, même (et surtout), si les adaptations cinéma n’ont pas été à la hauteur, mais pouvaient-elles l’être ?

MooreVendetta-01J’ai longtemps tourné autour du premier, parce que le dessin ne m’emballait pas, il me rebutait même. Mais un copain m’a tellement fait l’article que j’ai craqué. Vous connaissez tous le masque du personnage principal tant il est devenu l’étendard de ceux qui luttent contre le système : c’est V pour Vendetta, dessiné par David Lloyd.

A la fin du XX° siècle, à la suite d’une guerre et de catastrophes l’Angleterre c’est isolée et est devenue fasciste. Un monde à la 1984, où des pans entiers de la population ont été exterminés, et où ce qui reste est complètement contrôlé par le Commandeur (le chef), Le Nez (police scientifique), l’Oreille (qui écoute tout le monde), l’œil (qui voit tout le monde) et la Main (qui matraque tout le monde).

Mais un grain de sable se manifeste, une haute silhouette, masquée, insaisissable, qui cite Shakespeare et tue, fait exploser, nargue le pouvoir et soulève la population. V. V qui recueille une jeune fille perdue et l’amène dans son palais caché, pour partager avec elle ses trésors.

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Le scénario est absolument génial, scotchant, véritable plaidoyer pour l’anarchie, véritable plaidoyer contre la tyrannie, totalement visionnaire (car la BD date des années 80), et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si les contestataires du monde entier ont pris le masque pour symbole.

Le monde décrit est totalement étouffant, et le dessin, insupportable au premier abord, est en fait juste cohérent avec le propos. Pour moi, une œuvre littéraire aussi indispensable que Maus. Qui prouve qu’Alan Moore est un génie, ce que confirme l’autre monstre que j’ai relu : Watchmen, dessiné par Dave Gibbons.

MooreWatchmen-01Encore une BD que j’ai refermée à peine ouverte : Des super héros en costume moule-burnes ! Non merci. Pourquoi ai-je eu la curiosité de rouvrir le machin ? Peut-être la signature du traducteur en français : Jean-Patrick Manchette …

Un jour, alors que le monde est divisé en deux blocs. Les US ont gagné la guerre du Vietnam grâce à Docteur Manhattan, un être tout puissant. Mais ce jour là, Le Comédien, super héros masqué qui se révélera être de tous les sales coups de la CIA passe par sa fenêtre et meurt.

Les super-héros des années 60, désavoués par le peuple, rejetés par la police pourraient être la cible d’un mystérieux tueur. Rorschach qui n’a jamais renoncé à combattre le crime va chercher qui veut décimer ses anciens compagnons d’arme. Le reste de la population vit dans une ambiance de paranoïa depuis que les soviétiques ont la bombe.

Impossible de résumer la richesse inouïe de ce scénario qui met le nez des super-héros dans leur merde. Fascistes, soutien de toutes les saloperies d’état, cyniques, violents … Dans un monde en pleine déliquescence qui tremble dans l’attente de la troisième guerre qui va détruire l’humanité.MooreWatchmen-02

C’est glauque, d’une intelligence incroyable, impossible à lâcher quand on le commence, les dessins et le découpage sont à la hauteur, un véritable chef-d’œuvre. Je ne connais pas assez l’histoire des comics pour dire si celui-là est le père de tout ce qui a été fait pour adultes par la suite, mais je suis raisonnablement certain qu’il en a inspiré plus d’un, et qu’il a ouvert bien des portes.

Passons maintenant à des publications plus récentes.

preacher5-01Je vous ai déjà parlé de Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon. Jesse Custer, devenu Preacher contraint et forcé par une grand-mère qui est une vraie saloperie a donc été investi par une Entité, fils d’un ange et d’une démone. Il possède la Voix de Dieu et recherche le dit Dieu pour lui casser la gueule (plus ou moins). Ses potes : Cassidy, un vampire irlandais, fan de bière (et de sang) et véritable fils de pute et Tulip, sa douce (pas toujours douce).

Je vous avais laissé à la fin du premier volume de l’édition complète. On en est au 5°. Jesse a rencontré le descendant de Jésus, un Pape pas piqué des hannetons, quelques néo-nazis, a explosé des ploucs adeptes du KKK, niqué leur race et leur mère, Cassidy a bu du sang, ils ont baisé, blasphémé, picolé …

Nom de Dieu que c’est jouissif, inventif, tordu, géant. Que c’est bon, avec cette BD d’emmerder les abrutis de toutes les chapelles, les connards adeptes de toutes les races, comme on profite de la vie et comme on balance des grands coups de pieds dans les couilles de tous les empêcheurs de vivre tranquille ! Un autocollant un poil marketing clame sur la couverture : « Pour public averti » . Faut pas non plus exagérer. C’est pas de la BD pour les amateurs de Spirou ou Titeuf, certes, les curetons risquent de s’étrangler de rage, et mon grand qui a 15 ans s’éclate avec. Il faut dire que je l’ai averti que c’était cru et bon. Pour public averti donc. Et c’est peu dire que c’est une œuvre de salubrité publique.

Pour finir, deux polars bien au raz du bitume, le pendant en Comics de la vague redneck que l’on connaît en littérature. Dans les deux cas, un scénariste américain Jason Aaron.

scalped-01Le premier Scalped, dessiné par R. M. Guéra, est déjà paru en France et est actuellement réédité en 5 volumes pour son intégrale.

Il y a quelques années Dashiell Bad horse a quitté la réserve Sioux de Prairie Rose dans le Dakota du sud en se promettant bien de ne jamais y retourner. Sa mère, militante des droits des indiens depuis les années 70 est devenue la principale opposante de Red Crow, un ancien camarade qui a retourné sa veste et est devenu le parrain de la réserve, grand promoteur d’un futur casino.

Mais Dashiell est de retour, décidé à devenir flic sous les ordres de Red Crow, en opposition frontale avec sa mère. Mais attention, dans le jeu de dupes qu’est devenu la réserve, chacun cache son jeu.scalped-02

Une série qui déménage ! Violence, misère, crasse, prostitution, alcoolisme, drogue. Des gamins sacrifiés tentant de survivre, des vies brisées … Et pourtant, aussi, des gens qui restent dignes, certains qui luttent, à leur façon, en se raccrochant, ou non, à de vieilles traditions. Aucune condescendance, pas de naïveté, mais une grande empathie et le temps d’installer la complexité des personnages.

Si on ajoute un découpage impressionnant de maîtrise dans ses allers retours entre le présent, le passé de lutte des années 70 et un passé plus récent, on a une narration passionnante.

Avec un dessin à la hauteur, souvent dans les tons très sombres, rouges et noirs, parfois lumineux, un découpage qui donne une grande fluidité aux scènes d’action et des gens cabossés superbement croqués. Un réussite totale, vivement les volumes 3, 4 et 5 à paraître bientôt qui complèteront cette réédition de l’intégrale.

On termine ce petit tour avec une série en cours dont le titre dit tout : Southern Bastards, avec toujours Jason Aaron au scénario, et Jason Latour au dessin.

southernbastards_1Craw County dans l’Alabama. Son shérif, son équipe de football (américain le football, là où on se rentre dedans), son coach, ses bas de front. Earl Tubb ne pensait jamais revenir dans cette ville qu’il a fuit en s’engageant pour le Vietnam, fuyant son pourri de père, alors shérif tout puissant. Mais la maladie d’un oncle le ramène, juste le temps de vider sa maison. C’est du moins ce qu’il croit. Il ne sait pas encore qu’il va devoir affronter le légendaire Coach Boss qui règne sur la ville et ses trafics par la terreur.

Comme on peut le deviner au vu des couvertures des trois premiers volumes de cette version française, on va être ici dans les tonalités rouge sombre. Corruption, violence, en particulier envers les plus faibles, racisme, misère économique et culturelle, mépris de classe … Et bastonsouthernbastards_2 et défoulement autour des matchs de foot. Le grand classique des romans de rednecks, ici parfaitement raconté et dessiné, avec un premier volume qui s’avère n’être qu’une introduction, et une situation qui se tend et, petit à petit, s’enracine sur un passé que l’on découvre au fil des épisodes.

C’est poisseux, ça castagne, c’est superbement construit et dessiné. Vivement la suite.

Finalement, j’adore certains comics, d’hier et d’aujourd’hui.

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Alan Moore (scénario), David Lloyd (dessin) / V pour vendetta, Delcourt (1999), traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Alan Moore (scénario), Dave Gibbons (dessin) / Watchmen, DC Comics (2005), traduit de l’anglais par Jean-Patrick Manchette.

Garth Ennis (scénario), Steve Dillon (dessin) / Preacher, Urban Comics (2015-2017), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2016-2017), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Jason Aaron (scénario), Jason Latour (dessin) / Southern Bastards, Urban Comics (2015-2016), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.