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Le grand retour du grand Jean-Hugues

Je n’y croyais plus, je suis d’autant plus heureux de l’annoncer : Enfin, après des années de silence, le grand Jean-Hugues Oppel, le seul, l’inimitable est de retour ! C’est dans 19500 dollars la tonne.

OppelFalcon est assassin professionnel (pas tueur à gage, il y tient), a en ligne de mire un ministre au Venezuela. Lucy Chan (alias Lady Lee) de la CIA est en route pour les champs de pétrole du Nigéria. Leonard Parker Chambord, dit Killer Bob, un des meilleurs traders de la place de Londres, est à l’affut de la bonne affaire en se grattant les couilles (c’est pas moi qui le dit, c’est l’auteur). Un mystérieux Mister K. envoie à tout le monde des petites notes explicatives pour démonter les mécanismes d’arnaque des marchés boursiers. Il conclue invariablement ses mails par « Je ne vous ai rien appris ? Tout a été dit. Mais comme personne n’écoute, il faut recommencer. »

Quatre personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, et qui n’ont aucune chance de se rencontrer. A moins que …

Quel plaisir de retrouver le grand Jean-Hugues en pleine forme ! Ecriture incisive, savant et dynamique mélange entre des infos (réelles ou inventées) et l’histoire des personnages, humour … typiquement oppellien (on aime ou pas, moi j’aime), analyse sans pitiés de notre pauvre monde, rythme et énergie, phrases et dialogues qui claquent.

On retrouve tout ce qu’on aime dans French tabloïd ou Réveillez le Président !. Jean-Hugues Oppel est en colère et inquiet, mais au lieu de pondre un pamphlet indigeste (et on peut être très indigeste quand on parle des marchés financiers), il écrit un polar survolté, capable de passer des champs de boue imbibés de pétrole africains aux magouilles des traders londoniens, sans perdre le lecteur, sans l’ennuyer (bien au contraire). Ce faisant il démontre en deux coups de cuillère à pot et trois calembours l’irrationalité et le danger mortel de cette fameuse loi du marché que d’aucuns (beaucoup de d’aucuns) nous présentent comme aussi inéluctable que la loi de la gravitation.

La fin (de l’histoire, pas du livre qui se permet une sorte d’épilogue auquel j’adhère à 100 %) est assez ouverte pour permettre une suite, donc il faut absolument lire celui-ci !

Si vous n’êtes pas encore convaincus, un roman qui s’ouvre sur ce proverbe portugais (réel ou inventé par l’auteur) : « Si les pauvres chiaient de l’or, leurs culs ne leur appartiendraient plus. » et se termine ainsi :

« Quand le dernier arbre aura été abattu

Quand la dernière rivière aura été empoisonnée

Quand le dernier poisson aura été pêché

Alors on saura que l’argent ne se mange pas »

GERONIMO (1829 – 1909) »

Ne peut pas être entièrement mauvais …

Jean-Hugues Oppel / 19500 dollars la tonne La manufacture des livres (2017).

Le retour de Jean-Hugues Oppel, enfin.

On n’y croyait plus. On pensait qu’il était passé à autre chose. Et pourtant, on espérait. Et ça a fini par arriver. Quoi ? Le grand retour de Jean-Hugues Oppel ! Et en plus il revient là où on ne l’attendait pas, en Afrique, en territoire Awasati. Comme il n’est pas à une contradiction près, ça s’appelle Vostok.

OppelQuelque part, dans un coin désertique et écrasé de chaleur la société Métal-IK exploite une mine de terres rares (et ses mineurs). Une exploitation qui s’est faite, comme toujours, au détriment des intérêts des premiers habitants du coin, les awas. Mais bon, on ne va pas laisser une poignée de sauvages nous priver de nos portables. Quand Tanya Lawrence, envoyée d’une officine onusienne vient mettre son nez dans l’affaire, certains tiquent. Et peuvent être tentés de s’en débarrasser de façon expéditive. C’est sans compter sur Tony Donizzi, homme à tout faire et homme de ressource de la mine qui a décidé de la protéger. Pendant que les hommes se débattent dans la chaleur, les awas perçoivent des signes, et commencent à avoir peur …

« les informations géostratégiques touchant de près ou de loin à la situation du territoire Awasati sont classées CONFIDENTIEL jusqu’à nouvel ordre. » peut-on lire en ouvrant Vostok. C’est sans doute pour cela que je n’ai rien trouvé sur internet sur ce territoire qui serait donc fruit de l’imagination débordante du grand Jean-Hugues.

Ce qui ne m’étonne qu’à moitié. Car de l’imagination il en a le bougre. Mais une imagination qui s’appuie sur du concret. Parce que des compagnies minières qui se foutent complètement des intérêts et des modes de vie des gens qu’elles déplacent pour gagner du fric ; qui exploitent à la limite de l’esclavagisme des mineurs qui n’ont d’autre alternative qu’obéir ou crever de faim ; et qui envoient sur place des néo colonialistes alcolos, ambitieux, méprisants et pourris jusqu’à la moelle, il doit bien en exister quelques unes …

Pour le reste, c’est un vrai bonheur de retrouver le style JHO. Phrases qui claquent, humour, sens de la formule et indignation intacte mais jamais moralisatrice. Du rythme, des références qui pleuvent (cinéma, musique, bouquins … on en perd forcément), des scènes d’actions parfaitement maîtrisées et un final grandiose.

En bref JHO est de retour, c’est tant mieux, et on espère déjà que le prochain est en route.

Jean-Hugues Oppel / Vostok, Rivages/Noir (2013).

Complètement barjot !

En cette période dense et fatigante, il me fallait un roman qui claque et qui se lise tout seul. Deux bouquins me sont tombés des mains, sans doute bons, mais qui sont arrivés au mauvais moment. Et voilà que j’exhume de sous une pile une réédition d’un roman de Jean-Hugues Oppel. Exactement ce qu’il me fallait. Un roman paru une première fois à la série noire et repris chez Rivages : Barjot !

Jérôme-Dieudonné Salgan n’a rien d’un héros. Juste un français moyen, avec une vie plutôt moyenne … Jusqu’au jour où, en rentrant chez lui, il trouve sa femme, ses filles, ses parents et ses deux meilleurs amis morts, sauvagement assassinés, et sa maison en train de brûler. Alors Salgan se réfugie dans la folie. Et quand il sort de la clinique de repos après quelques mois, il n’a plus qu’une idée en tête, se venger. Barjot, il est devenu complètement barjot ! Il ne sait pas que ce n’est pas à une bande de malfrats sanguinaires qu’il va s’attaquer mais à l’appareil d’état. Appareil d’autant plus sensible qu’il a fait une grosse bavure …

Du pur Oppel : une histoire alerte racontée à un rythme soutenu, de l’humour, de l’action, de la castagne … Et une fin bien immorale où ce ne sont pas les bons qui gagnent (d’ailleurs y en a-t-il ?), mais les plus forts. Bref, une histoire qui pourrait être, qui devrait être sinistre, et qui se révèle réjouissante par la grâce du talent du maître.

Du pur Oppel donc. A ce propos, c’est bien beau tout ça, mais quand c’est qu’il nous en publie un autre le grand Jean-Hugues ? Parce qu’on s’aperçoit, quand on lit des bouquins comme ça, qu’il nous manque depuis maintenant un bon moment …

Jean-Hugues Oppel / Barjot !, Rivages/Noir (2010).

Oppel et Pinelli adaptent Marc Behm

On l’attendait, voici le nouveau volume de la collection Rivages/Casterman/Noir qui met en BD les grands classique du polar. Jean-Hugues Oppel et Joe G. Pinelli adaptent Trouille de Marc Behm. C’est, de mon point de vue, la plus belle réussite de la collection avec l’adaptation de Jim Thompson.

Depuis l’âge de onze ans, ou presque, Joe Egan fuit. Depuis qu’il l’a croisée. Elle était très belle, toute vêtue de noir. Elle venait chercher monsieur Morgan, mort des suites d’une chute de cheval. Joe n’a pas compris tout de suite, mais dès qu’il a su qui était cette femme, il a commencé à fuir. Il vit de son talent pour les cartes. Et dès qu’il l’aperçoit dans les parages il change de ville, de pays, et même de nom. Mais il sait aussi, au fond de lui, qu’il ne pourra pas lui échapper éternellement.

Trouille est un de ces romans inclassables de Marc Behm. Inclassable, mais pas inadaptable, comme le prouvent avec un brio époustouflant Jean-Hugues Oppel au scénario et Joe G. Pinelli au crayons.

Oppel a su épurer jusqu’à l’extrême, ne garder que quelques phrases, quelques indications, pour ponctuer la fuite de Joe Egan. En grand connaisseur du cinéma, il a capté l’essence du mouvement du roman de Behm, son sens de la vitesse, du flou, de la fuite.

Et dans cette œuvre, il est associé à un partenaire idéal en la personne de Joe G. Pinelli qui, lui aussi, joue sur le flou, le trait et la couleur estompés, la vitesse, l’absence de cadre. Tout donne l’impression de la fuite en avant, de la course, sans aucun point d’arrêt, sans cadre entre les cases (d’ailleurs, il n’y a pas de cases, il n’y a que des pages).

Le récit coule, d’une fluidité totale.  L’adaptation est magnifique, parfois lumineuse, souvent sombre, toujours implacable, comme le roman. Une réussite totale.

Marc Behm , Jean-Hugues Oppel (scénario), Joe G. Pinelli (dessin) / Trouille, Rivages/Casterman/Noir (2009).