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Reviens John ils sont devenus fous !

Le blog scientifique du Monde tenu par Pierre Barthélémy est passionnant. Là il m’a fait bien rire. Et le fan de polar que je suis a réagi au quart de tour. Allez donc voir cette étude menée par des chercheurs britishs

Et dire que Donald Westlake est mort ! Quel dommage, on aurait bien vu la bande de John Dortmunder embarquée dans cette histoire.

Le dernier Dortmunder

Putain et de deux ! Après le dernier Elmore Leonard, voici le dernier Dortmunder. On avait beau savoir que c’était la fin, c’est dur à admettre. C’est pourquoi cela faisait quelques jours que Top réalité de l’immense Donald Westlake trainait sur ma table de chevet sans que j’ose l’ouvrir.

WestlakeJohn Dortmunder vous connaissez forcément. Où alors c’est que vous êtes tombé ici en recherchant « baise dans une limousine à Nouille York » … Stan, le chauffeur de taxi, et de la bande, a une maman, chauffeur aussi. Un jour à l’aéroport, la maman embarque un réalisateur d’émissions de téléréalité en mal d’inspiration. Et vous savez comment sont les mamans, il faut toujours qu’elles vantent les mérites de leurs enfants. C’est comme ça que le réalisateur a une idée géniale : filmer un gang en vrai, pendant la préparation et la réalisation d’un casse. Et bien entendu, c’est la bande à John Dortmunder qui va officier. Vous imaginez bien que si John, Kelp, Tiny, Stan et Judson (le petit dernier) acceptent, c’est qu’ils ont une idée derrière la tête …

Il n’y a déjà pas grand monde qui pourrait avoir une idée aussi tordue et géniale. A ma connaissance, personne n’aurait pu la mener au bout. Encore moins avec cette élégance et ce brio.

Pour son dernier Dortmunder, Donald Westlake se paye les émissions de téléréalité, dont on apprend qu’elles ne doivent leur engouement auprès des « réalisateurs » que parce qu’elle permettent de ne pas payer des acteurs et scénaristes syndiqués. Vous connaissez tous le goût de John Dortmunder pour les gadgets du monde moderne, vous pouvez imaginer son regard sur la téléréalité.

De cette distance (entre autres) nait le comique. Comique renforcé par l’écart entre les incidents ridicules imaginés par l’équipe de l’émission pour rendre la téléréalité plus réelle que la réalité (vous suivez ?) et le professionnalisme de l’équipe de John. Renforcé aussi par des effets géniaux de comique de répétition, ou par la découverte qu’il suffit de planter, n’importe où, un comptoir de bar pour voir apparaître des clones des fameux habitués du OJ Bar&Grill.

Bref c’est génial, pour la dernière fois. Vous pouvez, si vous n’êtes pas convaincus, aller lire l’excellent billet de Yan. Et je conclurai en répétant ce que j’y écris dans les commentaires : JE VEUX PAS QUE CA S’ARRETE !

Donald Westlake / Top réalité (Get real, 2009), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’américain par Pierre Bondil.

Et vous trouvez ça drôle ? Oui !

La veine semble inépuisable. L’immense Donald Westlake est mort depuis maintenant plus de quatre ans et il nous fait encore le cadeau d’un Dortmunder inédit ici. Malheureusement Et vous trouvez ça drôle ? est l’avant dernier. Heureusement on pourra ensuite faire comme Yan, tous les relire en reprenant depuis le début.

WestlakeC’est inédit, John c’est fait coincer par un flic. Heureusement c’est un flic à la retraite. Malheureusement c’est un flic qui a une idée derrière la tête. Cette idée : obliger John et sa bande à voler un jeu d’échec historique, fait de pièces en or, un cadeau à l’origine destiné à un tsar et qui se trouve maintenant dans une chambre forte au sous-sol d’une des banques les mieux gardées de New York. John a beau lui expliquer qu’on ne rentre pas comme ça dans une chambre forte, et qu’on en sort encore plus difficilement, rien à faire, le flic le tient, il va falloir qu’il s’y mette.

Si vous voulez savoir pourquoi Westlake et John sont uniques, lisez ce roman, vous comprendrez. Je ne connais aucun auteur (sauf peut-être Terry Pratchett avec sa série du Disque Monde) qui soit arrivé à un tel degré de complicité avec ses lecteurs, et qui sache en jouer avec autant de maestria.

Westlake sait exactement ce que sait son lecteur, ce qu’il doit dire, ce qu’il peut sous-entendre ou suggérer. Il donne cette impression unique de reprendre, à chaque ouvrage, une conversation suivie avec un ami, de ceux à qui il n’est pas nécessaire de tout dire pour qu’il comprenne. Et cela donne un humour et une légèreté inégalables.

A noter dans ce volume quelques scènes d’anthologie. Le vol pour commencer, un des plus extraordinaire de la bande, qui en a pourtant quelques uns à son actif et qui prouve que John (et Donald), en plus d’être d’excellents organisateurs, sont des improvisateurs géniaux. J’ai éclaté de rire et j’en suis resté baba, bouche ouverte pendant quelques minutes.

Et puis, qui d’autre que Westlake pourrait oser enfiler des clichés aussi rabattus que le gus planqué dans le placard, et s’en sortir de façon aussi magistrale ? Qui ? Personne. Donald Westlake est grand, John Dortmunder est son prophète.

Donald Westlake / Et vous trouvez ça drôle ? (What’s so funny ?, 2007), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Pierre Bondil.

Un Dortmunder vintage

Attention, ouvrage mythique ! Ca faisait longtemps que j’en avais entendu parler. J’en rêvais, Rivages l’a fait, on peut maintenant lire, enfin, Comment voler une banque, épisode mythique donc (je me répète, je sais) des aventures de John Dortmunder, le voleur le plus doué et le plus malchanceux de la littérature mondiale.

Cambrioler une banque, c’est à la portée du premier crétin venu (ou presque), mais voler la banque ? Toute la banque ? En profitant du fait que, pendant les travaux, elle s’est installée dans un mobile home … Ca, il n’y a que l’équipe de John Dortmunder pour le réussir … Et finir, bien entendu, par tout faire foirer, ou presque.

 

Une nouvelle fois le plan de John est génial (je me demande d’ailleurs combien de voleurs ont cherché l’inspiration dans les romans de Westlake/Stark …). Une nouvelle fois malgré le génie de John, c’est au moment où tout semble bien marche que tout se met à foirer. Une nouvelle fois c’est très drôle. Une nouvelle fois on est content de retrouver Kelp, Stan et sa maman (dans cet épisode ancien Tiny n’a pas encore fait son apparition) et les quelques personnages secondaires sont hilarants. Que dire de plus, je suis un inconditionnel de Dortmunder, un admirateur fanatique, et je n’ai jamais été déçu par un roman de la série.

Juste pour le plaisir, ces quelques lignes qui définissent si bien l’attitude de John face à la vie : 

« Dortmunder avait payé son apprentissage de la patience au prix fort. Des tâtonnements de la vie parmi d’autres être vivants il avait retenu que, lorsqu’un petit groupe se met à s’agiter dans tous les sens et à crier sur fond de quiproquo, la seule chose sensée à faire est de rester en retrait et de les laisser se débrouiller entre eux. L’alternative consistait à attirer leur attention, soit en explicitant le malentendu, soit en les ramenant au sujet de conversation initial mais, dans les deux cas, vous vous retrouviez vous aussi à vous agiter dans tous les sens et à crier sur fond de quiproquo. Patience, patience ; au pire, ils finiraient par se fatiguer. »

Un antidote parfait en cas de mauvaise humeur.

Donald Westlake / Comment voler une banque (Bank shot, 1972), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par M. Sinet.

John Dortmunder forever !

Comme promis, voici donc Surveille tes arrières ! le dernier John Dortmunder, de l’immense et regretté Donald Westlake. Mais était-il nécessaire de le préciser ?

Tout arrive … Arnie, l’insupportable receleur de John est revenu complètement métamorphosé d’un séjour aux Caraïbes. Un autre homme. Dans les limites du possible bien entendu. Disons qu’avec un peu d’entrainement et beaucoup de bonne volonté, on peut maintenant rester plus de dix minutes à côté de lui sans avoir envie de le jeter par la fenêtre.

Durant son séjour, Arnie a connu quelqu’un de plus insupportable que lui : Preston Fareweather, bloqué dans son Club Med parce qu’il fuit les avocats de ses ex qui se sont associées pour rafler son immense fortune. Alors Arnie a supporté les sarcasmes et la méchanceté de Preston et est revenu avec le mode d’emploi pour rentrer dans son appartement qui regorge de trésors. Un boulot facile pour John et sa bande.

Mais il n’y a jamais de boulot facile pour Dortmunder. Et pour commencer l’ O.J. Bar & Grill leur est interdit. Il semblerait que la mafia ait mis la main dessus. Il va donc falloir commencer par s’occuper de ça …

J’en entend déjà certains dire que c’est un petit Dortmunder, moins délirant, moins spectaculaire que certains. Et c’est vrai. Le cambriolage est simple. Mais, regardons-y de plus près …

Et d’un, les personnages, les situations, les dialogues m’ont fait plusieurs fois éclater de rire. Je sais, chez Westlake, c’est le minimum syndical, il est assuré, une fois de plus. Deux, l’écriture a cette fluidité, cette évidence qui pousse à croire que n’importe qui aurait pu écrire le roman, puisque « c’est si simple ». Mais ça aussi c’est attendu chez Westlake.

Mais surtout, cette intrigue faussement simple est un petit bijou  de précision. Regardez bien. Regardez bien tout ce qui est mis en place, depuis le tout début, les personnages a priori secondaires, les événements qui semblent tous décorrélés (et qui le sont), les petites péripéties sans lien avec l’intrigue principale … Et tout cela est nécessaire, indispensable, petits rouages qui viennent se mettre en place avec un doux bruit de mécanisme parfaitement ajusté pour la cata finale. Du grand art.

Ajoutons que l’on rit aussi beaucoup par anticipation : L’auteur donne toujours un petit temps d’avance au lecteur sur les personnages. Un lecteur qui jubile donc parce qu’il sait quelle tuile va retomber sur le nez de John, et qui éclate quand même de rire au moment où elle tombe. Parce qu’elle tombe juste un peu à côté, là où il ne l’attendait pas. Et ça aussi c’est du grand art.

Bref, à ne rater sous aucun prétexte.

Donald Westlake / Surveille tes arrières !  (Watch tour back, 2005), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain par Jean Esch.

John Dortmunder de A à Z

Cela n’a échappé à personne, l’immense Donald Westlake est mort depuis ce sinistre 31 décembre. Mais nous savions qu’il restait encore des John Dortmunder à publier. En voici un (l’avant dernier) chez Rivages. Je vous en causerai demain. Mais en attendant, je vais profiter du travail de récapitulation effectué par Rivages à l’occasion de cette sortie pour faire le point sur ce qui est publié, ce qui va ressortir, ce qu’il nous reste à découvrir …

Pierre qui roule (The hot rock, 1970), Rivages/Noir (2007)

Bank Shot , 1972, à paraître chez Rivages/Noir en 2011

Jimmy the kid (Jimmy the kid, 1974), Rivages/Noir (2005)

Personne n’est parfait (Nobody’s perfect, 1977), Rivages/Noir (2007)

Pourquoi moi ? (Why me ?, 1983), Rivages/Noir (2006)

Bonne conduite (Good behavior, 1985), Rivages/Noir (2009)

Dégâts des eaux (Drowned hopes, 1990), Rivages/Noir (2006)

Histoire d’os (Don’t ask, 1993), Rivages/Noir (2000)

Au pire qu’est-ce qu’on risque ? (What’s the worse that could happen ?, 1996), Rivages/Noir (2004)

Mauvaises nouvelles (Bad news, 2001), Rivages/Noir (2004)

Les sentiers du désastre (The road to ruin, 2004), Rivages/Noir (2008)

Surveille tes arrières ! (Watch your back, 2006), Rivages/Thriller (2010)

What’s so funny, 2007, à paraître

Get real, 2009, à paraître

Voleurs à la douzaine (Thieve’s dozen, 2007) Rivages/Thriller (2008)

Donc, outre celui dont je vous cause demain, il nous restera la réédition du second de la série, et les deux derniers … Malheur.

Merci au lecteur perspicace qui m’a signalé qu’il manquait What’s so funny dans la liste. Rivages m’a confirmé qu’il s’agit bien d’une erreur de leur part et qu’ils restent donc bien encore deux inédits à traduire en français.

Je profite de l’occasion pour, comme pour folio, saluer le superbe travail d’édition qui permet à tous ceux qui n’ont pas le temps de flâner chez les bouquinistes, ou de fouiller dans le grenier du tonton fana de polars, de pouvoir facilement trouver tous ces chef-d’œuvre.

Voilà vous pouvez faire vos listes de cadeaux d’anniversaire, de Noël, de mariage, de fin d’année

Saint John Dortmunder

J’en rêvais, rivages l’a fait … Fan tardif de Donald Westlake et de Dortmunder (je n’ai découvert le polar qu’à partir de la fin des années 80), et cela faisait des années que j’entendais parler d’un Dortmunder où le voleur le plus calamiteux de New York se retrouvait dans un couvent et devait aider des bonnes sœurs à récupérer une nonne séquestrée par son père. J’en salivais, et désespérais de ne jamais lire cet épisode. Ca y est, rivages l’a réédité, ça s’appelle Bonne conduite et c’est à la hauteur de mes espérances.

Voici donc l’histoire. A l’issue d’un casse encore plus calamiteux que d’habitude, Dortmunder se trouve suspendu à une poutre, 10 mètres au-dessus d’un groupe de nonnes qui ont fait vœux de silence. Un bon départ non ? En échange de leur aide, il accepte d’aider Sœur Marie du machin du bidule (elles s’appellent toutes Marie du machin du truc) à échapper à son père, aussi riche que tyrannique (et il est très très riche). Premier hic, elle est tenue prisonnière au dernier étage d’une tour absolument inviolable. Et ce n’est que le premier hic, car, bien entendu, les catastrophes en chaîne vont s’abattre sur John et son équipe de bras cassés.

Il n’y a pas de mauvais Dortmunder. Seulement des bons, et des très bons. Celui-ci est dans la deuxième catégorie. Eclats de rire garantis. Ce pauvre John ne se sort d’une situation impossible que pour tomber dans une autre plus impossible encore (et dans ce domaine, l’imagination de Donald Westlake ne connaissait aucune limite). Tiny y est, comme dans les romans de cette première période, beaucoup plus effrayant que par la suite, même pour ses complices (c’en est d’autant plus drôle, bien entendu). Et ils récupèrent un complice 100% westlakien, sorte de vieux pervers pépère absolument hilarant.

En toile de fond, et l’air de rien, Westlake en profite, dès 1968, pour brosser un tableau des plus actuel de la mégalomanie et du pouvoir de nuisance des individus les plus riches.

Si quelqu’un, parmi mes lecteurs, sait pourquoi Westlake a repris son texte en 1985, je suis intéressé par l’information. Quoiqu’il en soit, voilà pour les fans de John un épisode absolument indispensable.

Donald Westlake / Bonne conduite, (Good behavior, 1968 et 1985) Rivages Noir (2009), traduit de l’anglais par Rosine Fitzgerald, traduction revue et complétée par Patricia Christian.