Archives du mot-clé John Gregory Dunne

Avant le Dalhia noir

Les blogs consacrés au polar disent beaucoup de bien de ce True Confessions de John Gregory Dunne, précurseur du fameux Dalhia Noir de James Ellroy. Ils ont raison.

DunneLos Angeles, 1947. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un terrain vague. Elle est nue et découpée en deux morceaux. Tom Spellacy est en charge de l’enquête. Quand la victime est enfin identifiée, Tom s’aperçoit qu’elle a croisé plusieurs personnages en vue. Dont un truand irlandais en affaire avec l’église catholique, et ses prélats … irlandais. Parmi lesquels son frère Desmond Spellacy, engagé dans une féroce lutte de pouvoir au sein de l’église californienne.

Entre flics ripoux, incapables ambitieux, presse à scandales, mafia irlandaises et magouilles de l’église, Tom qui n’est pas non plus un enfant de chœur va avoir bien du mal à faire la part des choses et découvrir qui a tué une pauvre fille à laquelle, finalement, personne ne s’intéresse vraiment.

Voici donc ce qui fut le premier polar à s’intéresser à la mort d’Elizabeth Short, meurtre jamais élucidé, qui donnera naissance au fameux Dalhia Noir. C’est peu dire que le traitement de l’histoire par John Gregory Dunne n’a rien à voir avec celui de James Ellroy.

Il faut quand même avertir le lecteur : le roman n’est pas de ceux que l’on lit facilement, la multiplicité des personnages et l’art de l’ellipse de l’auteur font que le démarrage de la lecture est un peu ardu. Un conseil, persévérez, cela en vaut la peine.

On retrouve bien évidemment des choses connues grâce au bouquin d’Ellroy (écrit bien plus tard, mais traduit il y a bien longtemps ici). Le racisme et la corruption des flics de l’époque et la presse de caniveau. Dunne n’épargne pas le lecteur et les dialogues entre flics sont … disons crus.

Mais deux choses distinguent ce roman (à découvrir, vraiment), de son illustre successeur :

Tout d’abord l’humour et la vivacité de l’écriture de l’auteur. On sourit souvent. Tom peut être un vrai pourri, mais un pourri drôle. Les femmes ont la dent dure. Et l’auteur a un vrai sens du rythme et de l’humour. A ce titre, la description d’un repas entre Tom et sa femme complètement cintrée, en présence de Desmond vaut son pesant d’or.

Vient ensuite la description, inédite, d’une église catholique californienne pourrie jusqu’à la moelle, empêtrée dans des scandales immobiliers à répétition, s’appuyant, pour son impunité, sur la mafia des flics irlandais. Une église xénophobe en son sein même, où les prêtres mexicains sont considérés comme les derniers des derniers, juste au-dessus des italiens … Là encore quelques scènes avec bonnes sœurs, cardinaux impitoyables et avocats véreux valent leur pesant d’or.

Pour un bouffe curés comme moi, un vrai plaisir.

Bref, une lecture revigorante en ces jours particulièrement moroses.

John Gregory Dunne / True Confessions (True Confessions, 1977), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Patrice Carrer.