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Excellente nOte pour Feux de détresse

Encore un auteur que je découvre alors qu’il en est déjà à son 6° roman. Une belle découverte : Feux de détresse de Julien Capron.

CapronDans un futur pas si lointain que ça, Lok est l’une des entreprises les plus puissantes du monde. Elle a un quasi monopole sur la sécurité informatique mondiale. Pour ne pas subir les pressions du gouvernement américain son créateur, Duardo, a installé toute l’entreprise sur un luxueux bateau de croisière transformé pour l’occasion, et cela fait maintenant 10 ans qu’il vogue d’escale en escale.

Chaque année, Lok organise un événement au retentissement mondial, The C. où les douze projets les plus innovants sont choisis. Leurs inventeurs font alors la croisière Madère / Miami à bord du paquebot, et le dernier soir à minuit, le grand gagnant est révélé lors d’une soirée de gala, retransmise en direct dans le monde entier.

Pour le 10° anniversaire, Robin Batz, devenu richissime après avoir gagné la 1° édition revient. Son invention première ? eVal, une application qui permet d’attribuer la nOte à toute personne que l’on croise. Qui se trouvera alors verte, orange ou rouge. L’innovation en course : la Mise à Jour propose de réduire drastiquement les possibilités de se retrouver avec un rouge de façon injuste.

Mais dès le premier soir, l’impossible arrive, les trois nOtes de Robin et ses associés (son frère Léandre et Sixt, une ancienne hakeuse) passent directement au rouge, bloquant tous leurs accès au bateau, les confinant à leurs cabines. Un piratage normalement impossible, surtout à bord du siège du Lok. Quand les nOtes d’autres équipes, puis au hasard de membres d’équipages et d’employés de Lok virent au rouge la panique s’installe à bord. Robin, Leandre et Sixt ont 6 jours pour trouver ce qu’il se passe.

Un très bon moment de lecture avec ces Feux de détresse où l’auteur s’amuse à pousser un cran plus loin notre monde archi numérisé ou nous (enfin pas tous nous, mais beaucoup de nous) passons notre temps à attribuer des notes, à tort et à travers, pour faire part de notre satisfaction ou non sur des sujets aussi variés que : l’état de l’appartement laissé par le loueur ou le locataire, la conversation du chauffeur, la présentation d’un plat … Une tyrannie de l’opinion d’autant plus difficile à combattre qu’elle est majoritairement acceptée, et surtout qu’il n’y a pas de tyran incarné contre qui se rebeller.

Pour mettre tout ça bien en lumière, rien de tel qu’un bon huis-clos, et une légère exagération où la liberté de circuler, et presque d’exister dépendrait de cette putain de nOte. C’est bien fait, le suspense prenant, et le choix d’un bateau comme lieu de l’expérience permet aussi de glisser, au final, un petit avertissement : les ouragans se contrefoutent de nos notes, et au final, bonne note ou pas, mieux vaut avoir à la barre un équipage expérimenté.

Il m’est juste venu une question, dès le début de la lecture. Julien Capron a-t-il lu Les gagnants, du génial Julio Cortazar, qui date des années 70, ne parle évidemment pas de notes et de numérique, mais avec lequel ce roman présente quand même bien des similitudes. Ce qui prouve que, malgré les bouleversements technologiques, les comportements humains n’ont peut-être pas tant changé que ça. Et qu’il faut lire Feux de détresse et Les gagnants.

Julien Capron / Feux de détresse, Seuil / Cadre noir (2019).