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Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant

Je continue à picorer dans les publications de la nouvelle maison d’édition Matin Calme qui publie des polars coréens. Avec un roman complètement déjanté, Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant de la très jeune Jung Jaehan.

Le cabinet secret du Beau Gosse, haut lieu du chamanisme à Séoul : Nam Hanjun, dit beau-Gosse, fan de fringues de luxe, le Chaman ; Hyejun, sa petite sœur, hackeuse de génie ; et Sucheol, grand et costaud, fan de paintball et d’armes factice, détective privé. Leur activité : la divination, au profit de tous ceux qui peuvent payer. En réalité de faux chamans, mais de vrais escrocs … Quoi que, comme ce sont d’excellents détectives, leurs conseils sont en général de très bonne tenue.

Tout roule, l’argent rentre, jusqu’à ce qu’ils découvrent, lors d’une chasse aux faux fantômes, un vrai cadavre dans un égout. Et se prennent dans les pattes Ye-eun, inspectrice, spécialiste d’arts martiaux, très obstinée, à la recherche d’une jeune fille qui a disparu.

Ces Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant ont les défauts de leurs qualités.

Ca va à fond, ça part dans tous les sens, il y a une énergie et un humour très communicatifs. Et ça manque un peu de tenue, l’attelage de chevaux fous échappe parfois au cocher. On lit à propos de l’auteur qu’elle a écrit un roman publié sur le web, par chapitres, à l’image des feuilletonistes (je n’ai pas compris si c’était celui-ci ou un précédent). Cela se sent, il y a cette énergie, ce besoin de vous donner envie de lire le suivant, mais si chaque chapitre se tient a le bon rythme, l’accumulation est parfois un peu chargée et parait s’essouffler. Ce n’est pas pareil de courir 8 fois le 100 mètres en 8 jours, ou de courir un 800 d’un coup.

Ceci étant dit, c’est quand même un roman intéressant, vif, amusant, le style est très direct, les description visuelles, l’auteur s’amuse à interpeler le lecteur, à revenir en arrière pour expliquer une scène. Donc on ne risque pas de s’endormir à la lecture.

Il y a surtout la description de Séoul et de ses habitants, très intrigante pour un lecteur peu au fait des coutumes du pays. On vit au rythme des sorties et des envies superficielles d’un enquêteur assez immature, du moins en apparence, dont on soupçonne peu à peu qu’il cache des secrets (révélés dans de prochains épisodes ?). Et on découvre une société coréenne étonnante, à la pointe de la technologie, et en même temps prête à croire le premier charlatan venu, et ce, visiblement, du plus pauvre et du moins éduqué aux plus hauts dirigeants, économiques et politiques. On entrevoit aussi ici des inégalités flagrantes que ceux qui ont vu Parasites connaissent déjà. Et ici comme ailleurs, les puissants semblent intouchables et peuvent profiter à leur aise des plus pauvres.

Un premier roman prometteur, qui semble appeler de nouvelles aventures que je découvrirai avec plaisir quand elles arriveront chez nous, en espérant que l’auteur aura alors gagné un peu de sérénité et saura canaliser sa fougue sans la perdre.

Jung Jaehan / Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant, (미남당 사건수첩, The minamdang case note, 2018), Matin Calme (2020) traduit du coréen par Han Yumi et Hervé Péjaudier.