Archives du mot-clé Ken loach

Un peu de cinéma

Un week-end long et un temps pourri, résultat, un retour au cinéma pour deux excellents films récents.

KenLoach03

Sorry we missed you du vétéran Ken Loach, toujours bon pied bon œil, toujours combattif. Ricky, le père, Abby la mère, Seb l’ado en pleine crise et Lisa la petite dernière. Une famille anglaise finalement assez ordinaire.

Abby est aide à domicile, elle court d’un patient à l’autre, des personnages âgées et seules, qu’elle nettoie, aide à manger, écoute, aide à se lever ou à se coucher, avec qui surtout elle passe un moment, que l’on devine le seul de leur journée pendant lequel elles échangent avec quelqu’un.

Ricky refuse le chômage et décide d’acheter, à crédit, une camionnette pour s’installer « à son compte », pour faire des livraisons pour une plateforme. Mirage d’être son propre patron alors qu’il se retrouve complètement dépendant, et même pire, de la plateforme.

Seb qui refuse de vivre la vie abrutissante et épuisante de ses parents, sèche les cours, et parcourt la ville avec ses potes graffeurs. Et Lisa la bonne élève qui voudrait que tout aille bien dans la famille.

Très vite le boulot de Ricky se transforme en enfer, un enfer dans lequel il va entrainer toute la famille.

KenLoach01

Ken Loach a décidé de démonter les vraies saloperies qui se cachent derrière le discours maintes fois rabâché dans notre joli monde, par les politiques, les médias, les économistes de tous poils. Et il le démonte pièce après pièce, implacablement, solidement. Alors j’imagine que les tenants de ce monde-là vont trouver le film lourd, exagéré, didactique … il semble que l’auteur s’en fiche, royalement, et moi aussi. Merci pour ce film magistralement interprété.

La scène d’ouverture, qui débute sur un dialogue sur fond noir (comme Moi, Daniel Blake) est magistrale (surtout n’arrivez pas en retard). Un exemple parfait du nouveau langage des fameux premiers de cordée, des battants, de ceux qui ne lâchent pas … effrayant, d’autant plus qu’on voit tout de suite comment Ricky vient, volontairement, solliciter les chaines qui vont le réduire en esclavage. Tout ce qui suit n’est que le déroulé des conséquences de cet esclavage consenti.

Le film est porté par les quatre acteurs principaux, tous excellents, qui donnent un nom, une voix et une chair à ceux qui dans le discours des économistes ne sont que des chiffres et des pourcentages. Un film implacable et émouvant, où la touche d’humour présente dans l’excellent La part des anges, et même dans Moi, Daniel Blake est quasi inexistante.KenLoach02

Deuxième film, totalement différent, Le traitre de Marco Bellocchio.

Traitre01

Début des années 80, la mafia sicilienne se lance en grand dans le trafic de drogue. Alors qu’une entente semble avoir été signée entre les différentes famille, Tommaso Buscetta part s’installer au Brésil, avec sa troisième épouse et leurs enfants, laissant ses deux fils adultes avec son frère. Mais rapidement la famille de Toto Riina déclenche une guerre sans merci contre les alliés de Buscetta, tuant ses frères et ses fils.

Extradé par le Brésil vers l’Italie, Buscetta qui ne se reconnait plus dans ce qu’est devenu la Cosa Nostra décide de collaborer avec le juge Falcone, aboutissant au premier grand procès contre la mafia qui permit la condamnation de plus de 300 personnes.

Traitre02

Amusant, le film s’ouvre sur une scène de fête dans une villa appartenant à un des parrains de la Cosa Nostra, une scène qui n’est pas sans rappeler l’ouverture du Parrain. Je suppose que le clin d’œil est voulu … Ensuite on quitte tout de suite la mythologie et l’imaginaire cinématographique pour passer dans du sordide très réaliste dans la séquence des assassinats en chaine, et de la prison au Brésil avant l’extradition, puis au grand théâtre, avec opéra et commedia dell’arte pour les séquences hallucinantes et magistrales de procès.

Des scènes d’anthologie qui sont entrecoupées de moment plus calmes, interrogatoires de Buscetta par Falcone, ou retours sur sa vie de témoin sous protection en permanence aux aguets aux US.

Une des forces du film, outre ces scènes extraordinaires, est d’avoir fait de Buscetta (superbe interprétation de Pierfranco Favino), un personnage complexe, parfois émouvant, auquel on peut s’attacher avant de le trouver arrogant, futile ou insupportable.

Un grand film, avec une très belle interprétation, et des scènes inoubliables (les procès mais aussi l’assassinat de Falcone), qui retrace le portrait sans concession des années où la mafia a basculé vers le trafic de drogue, avec quelques passages sur les liens obscurs entre mafia et monde politique italien.