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Le mur des silences

Arnaldur Indridason fait du Indridason dans Le mur des silences, et il le fait très bien.

C’est une maison qui semble maudite. Les propriétaires ont souvent changé, souvent les femmes ne s’y sentent pas bien. C’est en faisant des travaux de rénovation dans la cave que les derniers habitants en date découvrent un cadavre dans un espace derrière un mur.

Konrad, maintenant à la retraite va s’intéresser à l’affaire. Tout en continuant, en parallèle, à chercher qui a pu, il y a bien des années, assassiner son père. Un père escroc, violent et même à tendances pédophiles. Un Konrad qui voit ses rares amis le délaisser les uns après les autres et qui sombre dans une mélancolie alcoolisée.

On ne peut pas dire qu’Arnaldur Indridason cherche absolument à nous rendre Konrad sympathique. Solitaire, pas toujours très honnête, individualiste, il arrive à se couper, petit à petit, de tous ceux qui pourraient l’aimer. Mais il reste un bon enquêteur, on ne peut pas lui reprocher de ne pas être opiniâtre, et il sait parfois faire preuve d’une certaine malice, voire d’une malice certaine (mais ça je vous laisse le découvrir). Un peu comme si l’auteur avait voulu nous offrir un remplaçant à ce cher Erlendur, mais sans que ce remplaçant puisse prendre sa place dans le cœur des lecteurs …

Toujours est-il qu’ici, une fois de plus, il fait du Indridason et le fait très bien. Du classique dans la lignée de La femme en vert. Un cold case, ou plus exactement deux ici avec l’enquête sur la mort de son père, des aller-retour entre présent et passé, la peinture émouvante et terrifiante des violences faites aux femmes. Tout cela est parfaitement maîtrisé en mené de main de maître. Ceux qui sont fan du maître islandais (dont je suis) se régaleront, ceux qui préfèrent les thrillers survoltés peuvent passer leur chemin.

Une des affaires est résolue, l’autre approche de sa résolution, vivement le prochain.

Arnaldur Indridason / Le mur des silences, (Pagnarmúr, 2020), métailié/Noir (2022) traduit de l’islandais par Eric Boury.