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Mort aux geais ! Capitale du Nord – 2

Le cycle de La Tour de Garde, écrit à tour de rôle par Guillaume Chamanadjian et Claire Duvivier se poursuit, et c’est toujours excellent. Voici sous la plume de Claire Duvivier, Mort aux geais ! Capitale du Nord-2.

Capitale du nord donc, Dehaven. Je ne vous raconterai pas la fin du premier volume, ce serait rendre un très mauvais service à ceux qui n’ont pas encore démarré cette série, mais il faut quand même dire que deux personnages, la noble Amalia, et le roturier Yonas, deux ados, sont obligés de quitter la sécurité du quartier d’Amalia pour se cacher dans les quartiers populaires.

Dans le même temps la ville qui perd de plus en plus la maîtrise de ses colonies se prépare à la guerre. Et dans les faubourgs le chaudron de la révolte est en train de chauffer sérieusement. C’est dans ce contexte mouvant et dangereux qu’Amalia et Yonas vont devoir survivre, comprendre ce qu’il leur est arrivé et se venger de ceux qui les ont blessés. Sans toujours bien maîtriser ce qu’ils mettent en route.

C’est très difficile de faire un résumé sans trop en dire sur le volume précédent. Je crains donc que le début de cette chronique ne soit trop vague ou obscur pour vous donner envie, mais pour une fois faites-moi confiance aveuglément. La série avait superbement commencé avec ses deux premiers volumes, elle continue sans la moindre perte de rythme et de qualité.

Avec très peu d’éléments de fantasy, mais juste ce qu’il faut pour pimenter l’histoire, c’est un beau roman d’apprentissage, mais également la radiographie d’une révolution avec l’alliance fragile de la bourgeoisie et du prolétariat (pour utiliser des gros mots) pour renverser une noblesse de plus en plus consanguine.

C’est fait sans grand discours mais par le biais d’une intrigue parfaitement menée, sans jamais sacrifier l’évolution de personnages qui eux aussi connaissent bien des révolutions internes. Et comme dans le précédent volume, Claire Duvivier manie avec bonheur les différents registres de langue, selon la classe sociale de ses personnages.

Un vrai plaisir, un monde original et riche, vivement l’année prochaine pour la conclusion en deux temps de la série.

Claire Duvivier / Mort aux geais ! Capitale du Nord-2, Aux forges de Vulcain (2022).

Trois lucioles, capitale du sud-2

Il est bon de voir que certains tiennent leurs promesses. Lors d’une rencontre à Toulouse Guillaume Chamanadjian et Claire Duvivier avaient promis la suite de leur double trilogie La tour de garde au rythme de deux par an, un au printemps, un à l’automne. Promesse tenue pour l’instant, voici Trois lucioles, capitale du sud – 2 sous la plume de Guillaume.

Vous vous souvenez de Nox, protégé du duc de la Caouane dans la cité de Gemina. A la suite des événements racontés à la fin du premier volume (dont je ne dirai rien), il a pris ses distances avec ses anciens protecteurs et se consacre à l’épicerie dont il était le commis et dont il a aujourd’hui la charge. Bien malgré lui il va se trouver au centre d’intrigues qui veulent se débarrasser du Duc. Et en apprendre un peu plus sur la nature du Nihilo, cette ville qui se cache sous la ville.

Pendant ce temps, loin, la guerre sévit et les réfugiés se massent aux portes de Gemina.

 Les choses s’accélèrent et se corsent dans ce second volume. Un pur plaisir de lecture, mené par un excellent conteur qui vous accroche et ne vous lâche plus du début à la fin. Comme le dit la toute dernière page : « Une pièce d’argent pour un conte en or […] Il vous émerveillera car les contes et légendes vous émerveillent. Il en a toujours été ainsi et, dans la cité de Gemina, ils sont aussi réels que vous et moi. » et ici l’émerveillement continue à fonctionner.

Les personnages grandissent, deviennent plus durs et plus complexes, c’est un classique du roman d’apprentissage, ça fonctionne très bien ici. On continue à se régaler des odeurs et des goûts de la cuisine et des vins omniprésents à Gemina.

Et puis, mine de rien, ça raconte le manque de générosité d’une cité richissime qui laisse crever des réfugiés à ses portes, et ça met en scène un peuple qui finit par se réveiller, met la cité à feu et à sang et coupe la tête d’une noblesse arrogante qui croit que tout, biens et personnes, lui appartient.

Mais on peut aussi choisir de le lire comme un simple conte qui parle d’un pays imaginaire …

Guillaume Chamanadjian / Trois lucioles, capitale du sud – 2, Aux forges de vulcain (2022).

Citadins de demain, Capitale du nord – 1

Le sang de la cité ouvrait une double trilogie avec brio. Citadins de demain, Capitale du nord – 1 est son pendant, sous la plume de Claire Duvivier. Et confirme que l’on a à faire à un superbe projet qui démarre magnifiquement.

Dehaven, Capitale du Nord, cité marchande aux mains de quelques grandes familles aristocrates. La ville est divisée en castes sociales, la Citadelle aux aristocrates, la Grille à la classe moyenne, les Faubourgs pour le petit peuple. Des castes qui se mélangent très peu, voire pas du tout. Mais la grogne monte dans les Faubourgs et les colonies dont dépend la richesse de Dehaven sont de plus en plus agitées.

Dans ce contexte, Amalia Van Esqwill, jeune aristocrate est comme elle le dit « le produit d’une expérience éducative ». Ses parents l’ont éduquée, en compagnie de son promis Hirion De Wautier, et étrangement de Yonas un gamin brillant de la Grille pour en faire les citadins de demain. Tout est prétexte à leçons, l’imagination et la fantaisie sont proscrites. Mais on ne dirige pas si facilement des jeunes esprits, surtout quand approche l’adolescence, et Hirion va se perdre, de plus en plus, dans la magie d’un vieux livre, entrainant peu à peu ses amis à sa suite.

Excellente suite sans l’être donc. Autant Gemina, la capitale du sud est chaotique, pleine de senteurs de cuisine, adepte du bon vin, autant Dehaven est corsetée, comme amidonnée et rigidifiée dans son système de castes et les comportements que chacun se doit d’adopter. Une rigidité cohérente dans tout le roman, jusque dans les dialogues qui reprennent, dans un langue compassée, les codes obligatoires de l’aristocratie.

Cela n’empêche pas les conflits, entre castes, mais également au sein des grandes familles auxquelles appartiennent deux des trois héros. Le récit démarre au moment où Amalia, qui n’est pas un modèle de tolérance et de souplesse, va voir sa carapace et son monde commencer à se fissurer.

L’inquiétude monte au fil de la narration, savamment orchestrée, jusqu’au final que le lecteur se prend en pleine figure, comme un bon baquet d’eau glacée, même si la catastrophe est annoncée dès le début. 

Pour finir, quelques liens subtils sont tissés avec le premier volume se déroulant dans la capitale du Sud. Un dispositif parfaitement en place, qui attise la curiosité du lecteur et le fait bouillir d’impatience. A quand la ou les, suite(s) ?

Claire Duvivier / Citadins de demain, Capitale du nord – 1, Aux forges de vulcain (2021).

Le sang de la cité

Encore de la fantazy qui, si j’en crois ce que j’ai lu à droite et à gauche, m’embarque dans un long voyage : Le sang de la cité, capitale du sud-1 de Guillaume Chamanadjian.

La cité du sud, riche et hédoniste, où les riches sont de grands connaisseurs de vin et des gastronomes avertis. Nox y est commis pour l’épicerie la plus reconnue de la ville. Alors que les différents clans se mènent une guerre larvée, lui qui appartient à la maison de la Caouane, la Tortue de Mer, a accès partout avec ses livraisons et connait la moindre ruelle, le moindre toit comme sa poche.

Un jour, grâce à un mystérieux livre de poésie, il prend conscience du chant de sa ville, de son rythme, et cela lui donne accès à une autre cité, dangereuse. Pourtant, pris dans les conflits politiques, les dangers ne manquent pas en surface pour Nox.

Un excellent début de série. Qui donne envie de suivre les aventures de Nox et de découvrir la capitale du nord qui est ici à peine évoquée.

La ville avec ses conflits, ses intérêts politiques et économiques, sa sociologie, son histoire, est une belle création. L’originalité de l’importance, dans un roman de fantazy, de tout ce qui touche à la gastronomie est très bienvenue. Et le personnage de Nox, figure connue de la littérature classique, du gamin des rues débrouillard est attachant. De ce point de vue, on a un roman d’apprentissage très réussi.

Le roman prend le temps d’installer le contexte, les personnages, et le recours à la poésie et à la rythmique des mots est là aussi original et très bien exploité.

Un vrai plaisir, qui va juste engendrer un grosse frustration en attendant la suite !

Guillaume Chamanadjian / Le sang de la cité, capitale du sud-1, Aux forges de Vulcain (2021).