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Les sames sont partout !

Les sames, longtemps totalement inconnus des lecteurs de polars sont en passe de devenir des habitués. En attendant de lire le deuxième volume d’Olivier Truc, voici un local : La loi des sames du suédois Lars Pettersson.

Pettersson-laloidessamesAnna Magnusson est substitut du procureur à Stockholm, cela fait des années qu’elle n’est pas retournée dans le grand nord, en Laponie, dans la famille de sa mère. Jusqu’au jour où sa grand-mère lui demande de venir aider un cousin accusé de viol.

A Kautokeino Anna se retrouve confrontée à un pays, des modes de vies et des coutumes que sa mère a quittés et qu’elle ne comprend pas. Confrontée aussi à la culpabilité, implicite mais bien présente : En partant sa mère a mis en péril le clan et ses troupeaux de rennes qui nécessitent la présence de tous pour survivre dans l’hiver lapon, et résister aux attaques des autres propriétaires qui ne se font pas de cadeaux. Confrontée également à sa position paradoxale : on lui fait bien sentir qu’elle n’est plus same, mais au nom de son appartenance au clan on exige sa coopération. Dans un monde dont elle ne comprend ni le fonctionnement ni les valeurs.

Les sames donc sont à la mode. Relativement. C’est vrai, troisième roman en 2-3 ans alors qu’on n’en avait jamais entendu parler avant. Je n’ai pas encore lu Le détroit du loup, le second roman d’Olivier Truc, mais je peux vous dire que celui-ci, La loi des sames est de très bonne facture.

Certes, l’intrigue n’est pas trépidante, mais difficile de trépider quand on doit faire quelques centaines de kilomètres dans la nuit, le froid et la neige pour aller d’un endroit peuplé quelconque au premier endroit suivant où il y a du monde ! Donc déconseillé aux amateurs de thrillers sous amphets. Pourtant la construction tient bien la route.

Ensuite c’est tout le reste qui fait l’intérêt du roman.

La description d’une nature qui impose sa loi aux hommes. Une nature effrayante, potentiellement meurtrière, intimidante et en même temps somptueuse. On ressent le froid, l’humidité, la neige, l’obscurité … mais aussi, parfois, la lumière aveuglante.

La description surtout d’un mode de vie et d’une culture qui semblent vivre leurs derniers soubresauts, assaillis par la volonté d’uniformisation des états, mais aussi par les envies et besoins nouveaux créés par la société de consommation. Une culture et un peuple décrits avec une grande honnêteté (autant qu’on puisse en juger), c’est-à-dire sans minimiser les préjudices subis, mais sans non plus l’idéaliser : Il y a ici aussi des voleurs, des menteurs et des forts prêts à tout pour profiter des faibles, des préjugés contre ceux de l’extérieur, des préjugés contre ceux qui ne font pas partie de « l’aristocratie » same …

Et puis il y a cette description, très forte et prenante du sentiment de culpabilité de ceux qui sont partis, culpabilité renforcée par le jugement permanent et sans pitié de ceux qui sont restés …

Bref un roman fort intéressant qui mérite qu’on lui consacre quelques heures.

Lars Pettersson / La loi des sames (Kautokeino, en blodig kniv, 2012), Série Noire (2014), traduit du suédois par Anne Karila.