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Un petit Deon Meyer, mais un Deon Meyer quand même !

Le dernier Deon Meyer se fait étriller partout sur les blogs. C’est vrai, En vrille est loin d’être son meilleur roman. C’est vrai on attend davantage de lui. Ceci dit, je ne me suis pas ennuyé une minute.

MeyerErnst Richter est un homme en vue au Cap. Du moins pour ceux qui s’intéressent à la rubrique people et aux nouvelles technologies. Il est le créateur et le propriétaire de « Alibi », une boite qui vend des faux alibis à tous ceux qui veulent tromper leur conjoint sans se faire attraper. Drôle, bronzé, sympathique, il est un modèle pour les uns, le diable pour d’autres.

Maintenant il est mort. A la suite d’une tempête il est retrouvé par hasard enterré sous le sable d’une dune alors que cela faisait trois semaines qu’il avait disparu. Les Hawks de Benny Griesel sont en charge de l’enquête. Un Benny qui, à la suite du suicide d’un collègue, a replongé dans l’alcool. Il va avoir besoin de toute l’aide de ses collègues pour sortir la tête de l’eau et trier, parmi les dizaines de personnes qui lui en veulent à mort qui a tué Ernst.

Donc, est-il vrai que ce dernier ouvrage n’est pas le meilleur de son auteur ? A mon avis oui. C’est un petit Deon Meyer. Comme 13 heures par exemple, et loin de la puissance et du souffle de L’âme du chasseur, des Soldats de l’aube ou de Lemmer l’invisible par exemple. Est-il indigne pour autant ? Toujours à mon avis, non.

Si je dois comparer à mes lectures récentes, j’ai passé avec Benny un aussi bon moment qu’avec Zack ou Viens avec moi. Alors c’est vrai j’attends plus de Deon Meyer, et je suis un peu déçu. Mais je ne me suis pas ennuyé pour autant.

Pour commencer, une bonne partie du roman se déroule dans le milieu du vin, milieu qui m’intéresse. Sa façon d’inclure dans le récit un panorama de l’évolution de cette industrie si particulière des années 70 à nos jours en Afrique du Sud est habile, et le récit n’en souffre pas.

Ensuite, qu’il soit en forme ou complètement sous l’eau comme ici, j’aime bien Benny, et j’aime le retrouver. Lui et ses collègues qui, roman après roman, témoignent des difficultés à construire un pays débarrassé des vieux réflexes de l’apartheid. Eux qui, grâce à l’auteur, affrontent les nouveaux défis, les nouvelles horreurs, et se réjouissent parfois des réussites du pays.

Et pour finir l’auteur est un bon artisan qui sait construire une intrigue.

Donc ce n’est pas le livre de l’année, ce n’est pas le meilleur de l’auteur, les amateurs de bière peuvent peut-être passer leur chemin, mais une fois de plus j’ai passé de bons moments de lecture avec Deon Meyer.

Deon Meyer / En vrille (Ikarus, 2015), Seuil (2016), traduit de l’afrikaans par George Lory.

Emballé par Mike Nicol

Je n’avais pas été totalement convaincu par Killer country de Mike Nicol, mais aussi c’était le second volet d’une trilogie dont je n’avais pas lu le premier. Donc j’ai voulu lui donner une nouvelle chance (ou plutôt me donner une nouvelle chance) avec Du sang sur l’arc-en-ciel. Bien m’en a pris.

NicolFish Pescado est un privé surfeur du Cap, un personnage à la Don Winslow : plutôt cool, pas un forcené de boulot, plus amateur d’herbe, de vagues et d’une bonne bière avec un pote que de filatures ou de recherches poussées sur internet … L’un dans l’autre, il est satisfait de sa vie, même si là, son compte en banque est vraiment à sec.

Il accepte une affaire obtenue par l’intermédiaire de sa belle, Vickie, avocate dans un grand cabinet : il s’agit de voir comment un jeune homme c’est retrouvé dans le coma, percuté par une voiture lors d’une course clandestine. Le problème est que le coupable est très bien protégé, fils d’un proche du pouvoir. Un personnage louche au passé trouble : si sa légende le présente comme un farouche combattant de l’anti apartheid, il a, en son temps, joué un double jeu, et été proche des escadrons de liquidation du régime raciste.

En bref, Fish et Vickie vont se retrouver au milieu d’un nid de crotales.

J’ai retrouvé ici ce que j’avais aimé dans Killer country (dialogues très réussis, pas d’angélisme et une noirceur assumée sans chevalier blanc et une écriture qui claque), mais je n’y ai pas retrouvé les « défauts » que je reprochais à l’autre, à savoir une intrigue vraiment trop elliptique (peut-être due au fait que je n’avais pas lu le premier) et des personnages un peu trop squelettiques.

Du coup je suis emballé. Par tous les personnages, ce nouveau privé bien entendu, sa copine, ses rapports assez drôles avec sa mère, mais aussi par tous les personnages secondaires qui prennent vie : pourris, ambitieux, victimes, courageux, faibles, lâches, traitres, fidèles, forts, honnêtes … et parfois tout cela à la fois ou successivement, ce sont de vrais personnages.

L’intrigue est parfaitement menée, avec des retours dans le passé intrigants mais dont on devine, peu à peu, le rapport avec l’histoire présente, jusqu’aux dernières révélations.

Et le portrait d’un pays qui, passé le grand moment de la fin de l’apartheid, maintenant que la légende Mandela n’est plus, veut se construire, ou confirmer des mythes fondateurs, et doit donc à tout prix cacher tout ce qui ne cadre pas avec la nouvelle histoire officielle.

Tout cela est à la fois passionnant historiquement et extrêmement prenant dans le déroulement de l’intrigue et dans la construction des personnages.

Emballé donc. Vivement le prochain.

Mike Nicol / Du sang sur l’arc-en-ciel (Of cops and robbers, 2013), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Esch.

Deon Meyer, Kobra

Ce fut un peu juste (il vient de sortir), mais j’ai terminé le dernier Deon Meyer, Kobra, juste avant la rencontre de mardi.

Meyer-KobraDans une maison d’hôte luxueuse, au cœur d’un domaine viticole proche du Cap, trois hommes ont été abattus, avec une efficacité qui ne laisse aucun doute sur le professionnalisme du tueur. Sur les douilles laissées sur place, un cobra gravé. Deux des victimes travaillaient pour Body Armour, une agence de sécurité haut de gamme. Ils étaient censés protéger un citoyen britannique qui a disparu. Très vite les services secrets s’en mêlent. Entre les tueurs qui cherchent quelque chose, Benny Griessel, de la brigade des Hawks et les barbouzes la course poursuite commence.

OK, ce n’est peut-être pas le meilleur Deon Meyer. Mais qu’est-ce que je me suis régalé ! Un sacré sens du rythme, avec un final, modèle de construction (que certains trouveront sans doute trop cinématographique) mais, finalement, quel mal y a-t-il à se faire du bien ? Oui Deon Meyer maîtrise parfaitement toutes les ficelles de son métier. Et il en joue de façon virtuose.

Derrière l’exercice de style parfaitement réalisé, une fois de plus, la réalité sud-africaine, avec des restes de culpabilité (comme celle de Benny), un pays où les couleurs et les langues se mélangent de plus en plus, un pays totalement ouvert sur le monde, après la période de boycott dû à l’apartheid. Un ouverture, pour le meilleur et pour le pire, et surtout le pire ici, vu qu’on est dans un polar, et qu’on se focalise sur ce qui ne va pas : l’argent sale qui pourrit tout, au Cap comme ailleurs.

Un pays également qui est sorti de l’état de grâce politique post apartheid, où la corruption, les sales jeux du pouvoir et la confiscation des moyens de l’état au profit d’intérêt personnels (entre autres) sont de plus en plus visibles. Mais avec une réaction, toujours vive, de ceux qui ont combattu et qui croient encore à certaines valeurs. Un pays complexe et attachant que l’auteur dépeint dans toute sa diversité.

Vivement mardi soir qu’on en cause de vive voix …

Deon Meyer / Kobra (Kobra, 2013), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

Mike Nicol, Killer Country

Je ne sais pas comment je me suis débrouillé, mais j’ai raté La dette, le premier roman traduit du sud-africain Mike Nicol. Je me rattrape avec Killer Country.

Nicol-Killer-CountryRevoilà Mace et Pylon, les deux anciens trafiquants d’armes (du temps de l’apartheid), reconvertis dans la sécurité. Leur fond de commerce : accompagner pendant leur séjour des étrangers effrayés par la violence de la délinquance sud-africaine. Fatigués de cette activité, et soucieux de préparer leur avenir, ils décident d’investir des fonds pas totalement légaux dans un projet de golf en banlieue du Cap. Malheureusement pour eux, Obed Chocho, proche du pouvoir et encore pour quelques jours en prison pour un certain nombre de malversations est aussi sur le coup. Et Mr Chocho a une idée assez brutale de la compétition en affaire. C’est comme ça que Mace et Pylon vont avoir à faire avec Spitz, un tueur à gage aussi discret qu’efficace. Derrière ces manœuvres se cache Sheemina, une avocate qui a de vieux comptes à régler avec les deux hommes.

J’avoue ne pas avoir été totalement convaincu par Killer Country. Pas complètement déçu non plus. Mitigé.

J’aime beaucoup la sécheresse du style et l’âpreté du propos. Pas de politiquement correct ; ici, pas de gentils, des rapports de force, une situation sud-africaine décrite dans toute sa dureté et sa noirceur.

Mais cette sécheresse va tellement loin que j’ai eu du mal à m’intéresser aux personnages qui à mon goût manquent de chair. Ce qui désamorce pas mal les situations de suspense et de drame. De même, je n’ai pas bien saisi les motivations des uns et des autres, et du coup certaines scènes, ou certains rebondissements m’ont paru superflus, voire incongrus.

Peut-être ai-je souffert de ne pas avoir lu le premier. Peut-être certaines choses sont-elles plus claires alors. Mais j’avoue ne pas avoir été convaincus par certains ressorts de l’intrigue, ou certaines attitudes ou actions des différents personnages.

A côté de ça, j’aime beaucoup dialogues, qui ne sont pourtant pas ce qu’il y a de plus facile à réussir, et particulièrement ceux entre Mace et Pylon.

Au final une impression mitigée, par moment j’accrochais, à d’autres j’étais un peu perplexe, voire dubitatif … La dette ayant plutôt eu un bon écho dans les blogs, je suis curieux d’avoir vos retours sur ce second volume.

Mike Nicol / Killer Country (Killer Country, 20103), Ombres Noires (2014), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

7 jours, Deon Meyer

Depuis son tout premier roman traduit en France, je suis un inconditionnel de Deon Meyer. Certains de ses livres sont de pures merveilles de divertissement, comme 13 heures, d’autres ont en plus une profondeur et une qualité d’analyse et de description de la société sud-africaine qui le haussent au niveau des plus grands. Tous, toujours, m’ont fait passer d’excellents moments de lecture. C’est une fois de plus le cas avec 7 jours.

MeyerPanique chez les flics du Cap. Quelqu’un les menace par mail des pires représailles s’ils n’arrêtent pas de protéger le meurtrier d’une jeune avocate, Hanneke Sloet. Le problème est que la police ne protège personne et a plus ou moins abandonné l’affaire, faute de trouver la moindre piste à laquelle se raccrocher. Ce ne serait pas trop grave si l’allumé ne menaçait pas de tirer sur un policier par jour de retard pris par la traque du meurtrier. Et surtout s’il ne commençait pas à mettre ses menaces à exécution. C’est là que la panique gagne.

Alors que la recherche du tireur commence, Benny Griessel est chargé de reprendre l’enquête sur la mort d’Hanneke depuis le début. Pauvre Benny, empêtré dans sa lutte contre l’alcoolisme, son divorce, le désert de sa vie privée et ses doutes grandissant sur sa capacité à mener quoi que ce soit à bien. Pauvre Benny incapable de se dépatouiller dans la jungle des réseaux sociaux, des avocats d’affaire et de leurs montages sophistiqués … Et en train de tomber amoureux de la belle chanteuse rencontrée lors d’une précédente enquête.

Deon Meyer n’a pas un seul héros récurrent, mais quelques personnages que l’on retrouve, d’un roman à l’autre. Cette fois c’est Benny Griessel, dans la continuité de 13 heures, qui a le rôle principal. Un personnage qui prend peu à peu de l’épaisseur, et qui apprend à travailler avec ses nouveaux collègues. Un personnage de roman noir pur et dur, en plein doute, paumé dans sa vie, paumé dans un métier auquel il a l’impression de ne plus rien comprendre. Et autour de lui, comme chez les plus grands du roman procédural, une galerie de personnages secondaires se met en place, tranquillement mais très efficacement.

Rien que pour ça, et pour la maîtrise parfaite du tempo et du suspense de Deon Meyer, 7 jours vaut le déplacement.

Cerise sur le gâteau, 7 jours n’est pas seulement un excellent divertissement, parfaitement écrit et construit. C’est aussi le portrait d’un pays en permanente évolution, un pays contrasté, où on trouve pêle-mêle des gens débarrassés de l’héritage de l’apartheid, des gens qui se souviennent et ressentent honte ou envie de revanche, mais aussi quelques ilots d’un racisme primaire et viscéral qui semble venir d’une époque révolue.

Un pays où certains des anciens combattants ont su très bien tirer leur épingle du jeu, et abuser de leurs nouveaux privilèges, un pays de frustrations, de corruption et de violence. Mais également un pays qui donne enfin leur chance à des pans entiers de la population, un pays où les institutions fonctionnent, tant bien que mal, mais fonctionnent. Au final, un pays dont l’auteur est fier, à juste titre et qu’il défend très bien, sans aveuglement, mais avec enthousiasme, empathie et talent.

Deon Meyer / 7 jours (Seven days, 2012), Seuil/Policiers (2013), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

Roger Smith, l’autre auteur du Cap.

Cela faisait un moment que je lisais des papiers sur le net au sujet de ce nouvel auteur sud-africain. Roger Smith. J’avais raté son premier bouquin traduit. Je me rattrape avec Blondie et la mort. Je n’ai pas été déçu.

SmithLe Cap. Roxie est belle, blonde, américaine, mariée avec Joe Palmer, un connard de première. Ce soir là, devant leur portail, ils sont attaqués par deux petits malfrats qui tirent dans la jambe du mari et volent leur Mercedes. Sans réfléchir, Roxie profite de l’occasion et abat Joe d’une balle dans la tête. Sans se douter qu’elle vient de mettre le pied dans un nid de serpents.

Elle se retrouve la cible des deux petits truands soudain accusés de meurtre, de Billy Afrika, un mercenaire à qui feu son époux devait une forte somme d’argent, de quelques flics qui ne croient pas à sa version trafiquée de la mort de Joe, sans compter un psychopathe, récemment évadé de taule et quelques autres figurants du même acabit. La vie de Roxie devient tout d’un coup très mouvementée, et très sanglante.

Comme Roger Smith est sud-africain, bêtement, on compare forcément à Deon Meyer. Pour moi, il reste un cran en dessous, non pas dans la qualité d’écriture ou la maîtrise de la narration, mais dans le fond de son roman. Là où Deon Meyer assortit son récit d’une réflexion historique (au moyen souvent d’aller-retour présent-passé), sociologique ou politique, là où il montre une véritable empathie avec ses personnages et propose, sans jamais sacrifier le rythme du récit, un tableau raisonné de son pays, Roger Smith fait dans la brutal. Pas de réflexion, très peu d’empathie, de l’action et de la baston.

Ceci dit, le temps que dure la lecture ça secoue. Ca secoue même sévèrement. Rythme trépidant, violence, aucune concession, du sang, des tripes, des larmes. Bienvenue au Cap ! Impossible de lâcher le bouquin une fois qu’on l’a ouvert et, on s’attache tant bien que mal à Roxie et Billy, on tremble tant l’auteur ne fait de cadeau à personne, et on embarque, « les doigts dans la prise » comme ils disent sur France Inter à 18h00 dans une cavale sanglante et trépidante.

Jusqu’à la dernière page où, enfin, on peut souffler. Un autre style, moins profond, mais tout aussi efficace.

Roger Smith / Blondie et la mort (Wake up dead, 2010), Calman-Lévy/Robert Pépin (2012), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Mireille Vignol.

Deon Meyer, A la trace.

Le début d’année est très riche. Et parmi les livres à ne rater sous aucun prétexte, le dernier Deon Meyer, A la trace, un pavé (plus de 700 pages) qui risque de vous faire passer quelques moments de fébrilité, de ceux où vous essayez vainement de vous débarrasser d’un pote, d’un parent, d’un collègue … qui vous empêchent de vous replonger dans le bouquin en cours. Tout ça pour être désolés quand vous le terminez.

MeyerMilla, mère au foyer dans une famille aisée décide de plaquer un mari et un fils qui la méprisent. Elle trouve un travail de rédactrice à l’Agence de Renseignement Présidentielle au moment où celle-ci commence à s’intéresser de très près à l’agitation soudaine d’un groupe d’extrémistes liés à Al-Qaïda.

Lemmer, garde du corps privé de l’agence Body Armour est recruté pour accompagner le transport, soi-disant sans surprise, de deux rhinocéros noirs du Zimbabwe à une réserve privée en Afrique du Sud.

Mat Joubert vient de démissionner de la police du Cap et est entré dans la grosse agence de privés montée par un ex collègue. Sa première mission consiste à retrouver un homme, employé sans histoire de la compagnie de bus municipale, qui a disparu depuis quatre mois sans laisser la moindre trace.

Mais quel est donc le lien entre ces trois histoires ? Et que vient faire Lukas Beker, archéologue, dans cette mélasse ? Cela, seul Deon Meyer le sait …

Plus de 700 pages et pas une baisse de rythme, pas un moment de trop. Deon Meyer au sommet de son art qui convoque ici quelques-uns de ses anciens personnages pour ce thriller impeccable. Et c’est un des grands plaisirs de ce roman que de retrouver Mat Joubert de Jusqu’au dernier, Lemmer de Lemmer l’invisible, et même d’entendre évoquer Griessel du Pic du Diable et de 13 heures. C’est d’ailleurs un bon indicateur de la qualité d’un auteur, cette capacité à créer des personnages qu’on est tellement content de retrouver.

Une histoire excellente et des personnages attachants, voilà une bonne base. Mais comme souvent chez Deon Meyer, son roman offre encore plus. En plus de prendre un plaisir immense à l’intrigue, le lecteur voyage, apprend à connaître un pays contrasté, passe d’une banlieue chic au racisme feutré (pas trop feutré) à un parc en pleine nature, suit une enquête des services secrets après avoir roulé dans la brousse avec deux rhino à l’arrière du camion, lit des rapports de documentalistes pour suivre ensuite une scène d’action millimétrée … Le tout en toute fluidité, sans jamais donner l’impression de forcer le trait ou de faire quelque chose de difficile. Et pourtant, cela doit l’être, difficile, d’amener tout cela de façon en apparence aussi naturelle.

Au final, on a une image sociale, historique, économique, géographique, géopolitique, criminelle et politique du pays, alors qu’on a eu l’impression, tout le temps, de lire un thriller tiré au cordeau. Chapeau l’artiste !

Deon Meyer / A la trace (Spoor, 2010), Seuil/Policiers (2012), traduit de l’afrikaans par Marin Dorst.