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Poussière dans le vent

Leonardo Padura alterne : un avec Conde, un sans Conde. Pour la magnifique saga Poussière dans le vent, ce sera sans.

Janvier 1990. Le clan est réuni pour fêter dignement les 30 ans de Clara dans le jardin de sa maison, à La Havane. Ils sentent bien qu’ils sont à un tournant de leur vie, et de celle du pays, alors que la chute du mur a fait disparaitre les principaux alliés face à l’embargo américain. Clara, Dario, Bernardo, Elisa, Irving, Horacio, Walter et les autres. Ils ont été étudiants ensemble, ils sont brillants, ils travaillent et ils savent que la vie va être de plus en plus dure. Mais quoi qu’il arrive, leur amitié, les amours qui se sont forgés sont plus forts que tout. C’est leur force, leur salut, et cela le restera après l’explosion du groupe quelques jours après l’anniversaire.

Plus de 20 ans plus tard, Marcos jeune cubain récemment arrivé à Miami tombe amoureux d’Adela, new-yorkaise venue faire des études à l’université en Floride. Adela, son père argentin, sa mère cubaine « difficile à aimer » comme le dit sa fille. Adela qui a choisi d’étudier la culture cubaine, peut-être pour faire enrager sa mère qui renie totalement son passé sur l’île.

Quand Clara, la mère de Marcos qui vit toujours à La Havane publie sur facebook une photo de cette soirée de 1990, elle ne se doute pas que tout un passé va resurgir. Plus de 20 ans de vie du clan, à l’étranger et à Cuba.

Il n’y a pas d’équivalent français pour dire que ce n’est pas un livre, c’est un « librazo », un monument, un putain de bouquin. Il n’y en a pas beaucoup qui m’ont donné cette impression d’être totalement immergé pendant un temps qui parait à la fois infini et beaucoup trop court dans la vie d’un groupe de personnes qui me semblent bien plus réels que tous les pantins que l’on peut voir ou entendre ici et là.

Poussière dans le vent vous prend aux tripes et ne vous lâche plus, pendant plus de 600 pages, et vous le refermez en pleurant parce que c’est fini. Vous ne saurez pas ce qu’il adviendra de Clara, d’Irving d’Adela, d’Horacio … Leonardo Padura vous a offert un groupe d’amis intimes, dont vous n’aurez plus de nouvelles. Mais quel pied pendant les heures de lecture.

C’est tout un monde qui est décrit. Celui des cubains, ceux qui restent, ceux qui partent, ceux qui ne veulent plus entendre parler de leur île, ceux qui la regrettent tous les jours. L’analyse est fine, intelligente, jamais manichéenne. C’est presque faire injure à l’auteur de dire qu’il ne tombe dans aucun des deux travers si fréquents quand on parle de Cuba, en particulier en France : penser que c’est soit un paradis soit un enfer.

Vous allez sourire, pleurer, enrager, vous allez être gais, tristes, émus, très émus. Vous allez voyager de la Havane à Madrid en passant par Barcelone, New York, Puerto Rico, Miami et Toulouse. Mieux, vous allez connaître ces endroits à travers le regard émerveillé, critique, humain des membres du clan. L’amitié, l’amour, le rhum, les moments de partage, l’exil, les doutes, les peurs, Cuba, les émotions seront au cœur d’une lecture complexe et riche, mais jamais compliquée, toujours limpide.

Cerises sur le gâteau, il y a un mystère – Leonardo Padura n’oublie pas qu’il est aussi un auteur qui sait construire une intrigue – et un hommage à Elmore Leonard.

Franchement, s’il y a un roman à ne pas manquer en ce début d’automne, c’est bien celui-là. Et si vous n’avez pas la gorge serrée en le refermant, je ne peux plus rien pour vous.

Leonardo Padura / Poussière dans le vent, (Como polvo en el viento, 2020), Métailié (2021) traduit de l’espagnol par René Solis.

Leonardo Padura à Toulouse première

Pour les toulousains, une belle rencontre en vue, à Ombres Blanches mercredi 2 octobre à 18h00 avec Leonardo Padura à propos de son dernier roman La transparence du temps.

Et pour ceux qui ne pourraient pas être là, pas de panique, il sera de retour la semaine suivante, parrain de la 11° édition de Toulouse Polars du Sud. Mais je vous en reparlerai.

Mario Conde cumple 60.

Cela faisait un moment que l’on n’avait pas de nouvelles de Mario Conde, l’ex policier, vendeur de livres de La Havane de Leonardo Padura. Il revient dans La transparence du temps.

PaduraMario Conde déprime. Dans quelques jours il va fêter ses 60 ans, il galère toujours, se demande s’il est vraiment digne de l’amour de Tamara et de l’amitié indéfectible del Rojo, el Flaco et des autres. Il comprend de moins en moins le pays où il vit, où l’argent semble devenir plus important que l’amitié et la fidélité. C’est pourtant par amitié qu’il va accepter de revoir Bobby, un ancien du lycée qu’il avait totalement perdu de vue.

Bobby que ses camarades soupçonnaient d’être homo, mais qui avait fini le lycée avec des responsabilités dans les jeunesses communistes, puis marié et papa. Mais Bobby qui finalement assumé ses goûts et dégoûts, est devenu marchand d’art, riche, homosexuel assumé et adepte de la santeria.

Bobby a appris que Conde, parfois, accepte de mener des enquêtes privées. Lors d’un de ses voyages aux US, son amant du moment, un jeune originaire de Santiago, a vidé son appartement. Il voudrait que Conde le retrouve avant qu’il ne lui arrive quelque chose, et surtout qu’il lui ramène la statue de la vierge noire qu’il tient de sa grand-mère. Une statue qui a pour lui une forte valeur sentimentale. Par amitié et fidélité, et parce Bobby paye bien, Mario accepte. Mais va vite s’apercevoir que le milieu des marchands d’art est un nid de vipères, et que l’ancien condisciple ne lui a peut-être pas dit toute la vérité.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce nouveau roman de la série Mario Conde. Je me contenterai de deux commentaires, et d’une évidence.

L’évidence : il faut lire Leonardo Padura, encore et toujours.

Cela pourrait suffire, mais on peut ajouter que Mario Conde, et sa bande, font partie de ces personnages récurrents que l’on retrouve avec un immense plaisir, qui nous manquent entre deux romans, avec qui on retrouve cette familiarité immédiate qui est la marque des vrais amis. J’adore la nostalgie de Mario, j’adore les scènes collectives qui le voient manger et boire jusqu’à plus soif avec la bande, j’aime que la vieille Josefina soit encore là, j’aime son regard sur La Havane et sur Tamara. Même s’il ne se passait rien, j’aimerais partager leur vie.

L’autre chose à dire, est que Leonardo Padura, comme tous les grands auteurs de polars (et c’est un immense auteur), est le témoin de l’évolution de son temps, et de son pays. Il serait intéressant de relire les premiers Conde, et de revoir comment les premières enquêtes, qui mettaient en lumière des crimes et des meurtres qui semblaient bien mesurés par rapport aux atrocités anglo-saxones dans une société bridée, surveillée, mais somme toute assez égalitaire, ont évolué pour en arriver à ce roman. Où l’on voit des richesses inimaginables pour Conde et ses amis côtoyer une misère chaque jour plus révoltante et tout aussi inimaginable, et où la violence gratuite gagne la société cubaine, en même temps que l’avidité chasse toute fidélité.

En lisant Padura, on a bien l’impression que Cuba est en train de devenir un pays assez semblable à ses voisins, avec avantages évidents d’une plus grande liberté, mais malheureusement aussi avec les pires conséquences de la société capitaliste … Que nous racontera donc le prochain Mario Conde ?

Leonardo Padura / La transparence du temps (La transparencia del tiempo, 2018), Métailié (2019), traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas.

Pour les toulousains

Une grosse semaine s’annonce pour les toulousains, avec le Marathon des mots. Je ne vais pas vous détailler tout le programme, ce serait impossible, il est en ligne là.

Mais je vais faire un peu d’égocentrisme.

Je serai aux manettes de trois animations avec des auteurs :

Vendredi à 18h30 à Ombres Blanches pour une table ronde d’écrivaines mexicaines, avec Guadalupe Nettel et surtout Aura Xilonen, auteur du très bluffant Gabacho.

Le même vendredi, un peu plus tard, à 20h30 à la Librairie de la Renaissance avec Leonardo Padura.

Un Leonardo Padura que je retrouverai le dimanche à 11h à la librairie Ombres Blanches.

A noter que juste après, le mardi 27 juin à 18h00 c’est Alex Taylor, auteur du Verger de marbre qui sera à Ombres Blanches.