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Une petite récréation

Difficile, en ces temps de surproduction éditoriale (et en plus de surproduction de qualité), de se donner le temps de découvrir un nouvel auteur, et de choisir cet auteur ! Mais il faut bien de temps en temps. Ce que j’ai fait avec Les tribulations de l’expéditif de P. G. Sturges.

SturgesA Los Angeles, Dick est connu comme « L’expéditif ». Vous avez un problème ? Un fâcheux vous embête ? On veut vous chasser de chez vous ? Vous avez besoin d’acheter quelques produits qu’on ne trouve pas dans les supermarchés ? Appelez Dick, il s’en charge.

Cette fois c’est Pussy Grace, ancienne stripteaseuse qui vient le voir : Son amant fortuné, très fortuné, Art Lewis ne répond plus depuis 10 jours. Quand ils débarquent chez lui, ils le trouvent mort, 5 jours plus tard, il se marie … Dick qui n’aime pas qu’on se paye sa tête décide de prendre les choses en main …

J’avoue que je n’ai pas grand-chose à dire de ce sympathique polar. Je ne me suis pas ennuyé, j’ai même passé un assez bon moment. Mais …

Mais l’inconvénient quand on lit beaucoup, c’est qu’on compare. Et ce n’est pas aussi drôle que du Westlake, pas aussi déjanté que du Hiaasen ou du Dorsey, et le style n’a pas la fluidité et l’évidence de Leonard … Et pourtant on pense un peu à toutes ces références écrasantes, parce que l’Expéditif pourrait être un personnage cool à la Elmore Leonard, il y a quelques trucs bien hénaurmes à la Hiaasen, et c’est quand je lis un polar humoristique américain je pense obligatoirement à Westlake …

Et on est bien loin de ces monstres.

Donc un polar sympathique, qui se lit avec plaisir. Ni plus, ni moins.

P. G. Sturges / Les tribulations de l’expéditif (Tribulations of the shortcut man, 2012), Calmann-Lévy (2016), traduit de l’anglais (USA) par Mireille Vignol.

Avant le Dalhia noir

Les blogs consacrés au polar disent beaucoup de bien de ce True Confessions de John Gregory Dunne, précurseur du fameux Dalhia Noir de James Ellroy. Ils ont raison.

DunneLos Angeles, 1947. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un terrain vague. Elle est nue et découpée en deux morceaux. Tom Spellacy est en charge de l’enquête. Quand la victime est enfin identifiée, Tom s’aperçoit qu’elle a croisé plusieurs personnages en vue. Dont un truand irlandais en affaire avec l’église catholique, et ses prélats … irlandais. Parmi lesquels son frère Desmond Spellacy, engagé dans une féroce lutte de pouvoir au sein de l’église californienne.

Entre flics ripoux, incapables ambitieux, presse à scandales, mafia irlandaises et magouilles de l’église, Tom qui n’est pas non plus un enfant de chœur va avoir bien du mal à faire la part des choses et découvrir qui a tué une pauvre fille à laquelle, finalement, personne ne s’intéresse vraiment.

Voici donc ce qui fut le premier polar à s’intéresser à la mort d’Elizabeth Short, meurtre jamais élucidé, qui donnera naissance au fameux Dalhia Noir. C’est peu dire que le traitement de l’histoire par John Gregory Dunne n’a rien à voir avec celui de James Ellroy.

Il faut quand même avertir le lecteur : le roman n’est pas de ceux que l’on lit facilement, la multiplicité des personnages et l’art de l’ellipse de l’auteur font que le démarrage de la lecture est un peu ardu. Un conseil, persévérez, cela en vaut la peine.

On retrouve bien évidemment des choses connues grâce au bouquin d’Ellroy (écrit bien plus tard, mais traduit il y a bien longtemps ici). Le racisme et la corruption des flics de l’époque et la presse de caniveau. Dunne n’épargne pas le lecteur et les dialogues entre flics sont … disons crus.

Mais deux choses distinguent ce roman (à découvrir, vraiment), de son illustre successeur :

Tout d’abord l’humour et la vivacité de l’écriture de l’auteur. On sourit souvent. Tom peut être un vrai pourri, mais un pourri drôle. Les femmes ont la dent dure. Et l’auteur a un vrai sens du rythme et de l’humour. A ce titre, la description d’un repas entre Tom et sa femme complètement cintrée, en présence de Desmond vaut son pesant d’or.

Vient ensuite la description, inédite, d’une église catholique californienne pourrie jusqu’à la moelle, empêtrée dans des scandales immobiliers à répétition, s’appuyant, pour son impunité, sur la mafia des flics irlandais. Une église xénophobe en son sein même, où les prêtres mexicains sont considérés comme les derniers des derniers, juste au-dessus des italiens … Là encore quelques scènes avec bonnes sœurs, cardinaux impitoyables et avocats véreux valent leur pesant d’or.

Pour un bouffe curés comme moi, un vrai plaisir.

Bref, une lecture revigorante en ces jours particulièrement moroses.

John Gregory Dunne / True Confessions (True Confessions, 1977), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Patrice Carrer.

La nouvelle quadrilogie de James Ellroy

J’ai attendu les vacances pour attaquer le pavé de James Ellroy. Il fallait bien ça pour lire Perfidia.

perfidia.indd6 décembre 1941, Los Angeles. La tension avec le Japon est à son comble, les nombreux immigrants japonais de la ville dans le collimateur des forces de justice et de police. Les quatre membres de la famille Watanabe sont découverts, éventrés, dans ce qui ressemble à un suicide très japonais. Le lendemain, c’est l’attaque de Pearl Harbour. L’hystérie nationaliste fait passer ce meurtre au dernier rang des préoccupations du LAPD.

Mais pas pour tout le monde. Hideo Ashida, qui est en train de jeter les base de la police scientifique de la ville, Duddley Smith qui sent qu’il y a quelque chose de louche et de lucratif derrière, William Parker fanatique religieux et alcoolique qui veut devenir chef de la police de la ville … Et bien d’autres, gauchistes, racistes, fascistes, traitres, activistes, opportunistes, fanatiques, loyaux, corrompus … Dans le chaos de la guerre naissante toutes les dérives et toutes les horreurs deviennent possibles.

On ne peut pas régler le sort de ce pavé de plus de 800 pages en quelques lignes. D’autant plus que mon impression est mitigée. Et étrange.

Par rapport à certains autres romans du grand James, j’ai trouvé un manque de quelque chose, quelque chose de très compliqué à définir. On ne peut pas lui reprocher le manque de souffle ou de puissance, et pourtant c’est un peu ce qu’on ressent. Cette lecture fut étrange. Je m’essoufflais au bout de quelques chapitres, refermais le bouquin, mais ensuite il me tardait toujours de m’y replonger.

Accroché par l’intrigue, par la multitude de personnages, par l’ampleur du tableau, dès que je le fermais j’avais envie de m’y remettre pour poursuivre la saga. Mais une fois dedans, j’étais un peu asphyxié, submergé par les quantités d’information, et il me manquait un élan qui permette de continuer à chevaucher la vague. J’étais noyé dans l’écume et obligé d’arrêter un moment. Etrange, comme si Ellroy avait toujours son immense capacité à tresser les multitudes de destin dans la trame de la grande histoire, mais manquait un peu de romanesque.

Tout cela c’est pendant la lecture. Ensuite, quand on ferme définitivement la livre, on reste quand même impressionné par l’ambition du projet, la complétude et la complexité du tableau dans lequel l’auteur ne se perd jamais, malgré la multitude des personnages, des points de vue et des thématiques traitées. Impressionné aussi par la quantité de choses que j’ai apprises, sur les réseaux fascisant aux US, sur la vie à cette époque, sur les internements de citoyens américains d’origine japonaise … Et impressionné également par la façon dont Ellroy reprend une quantité de personnages déjà croisés dans ses livres précédents, à se demander s’il a des fiches ou si ces personnages vivent en permanence en lui.

Pour résumer, une lecture difficile, exigeante, pas aimable (on s’en doutait bien !) mais assez impressionnante, même si je n’ai pas eu la sensation de retrouver pleinement le grand James.

James Ellroy / Perfidia (Perfidia, 2014), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais (USA) par Jean-Paul Gratias.

Un Matthew Stokoe pas si terrifiant que ça.

Matthew Stokoe, traduit par Antoine Chainas, c’est l’une des grandes découvertes de la série noire de ces dernières années. Pas une découverte aimable, mais un sacré choc. C’est donc avec impatience, et une certaine appréhension que j’ai ouvert le dernier en date : Sauvagerie.

StokoeHollywood, machine à rêve et à désillusions.

Tim est un scénariste sans succès qui a sombré après le meurtre de sa sœur avec qui il a eu une relation amoureuse pendant des années. Denning a été journaliste. Il a été blacklisté après avoir tenté de faire une enquête sur une maison de production indépendante et sa star vedette, la très belle Dolores Fuentes. Quand son épouse a été assassinée, il a eu, durant quelques années, une relation avec sa fille (adulte et consentante). Chick est une jeune réalisatrice en guerre contre les studios qui ne produisent plus que de la merde. Sa rage est alimentée par le viol dont elle a été victime à l’âge de quinze ans.

Leurs colères vont converger et se concentrer sur deux jumeaux, producteurs complètement dérangés et deux anciens de l’industrie du porno reconvertis dans le cinéma à succès (et à pognon), entre autres. Viols, meurtres et spoliations remontent au moment de la découverte du scénario sur lequel travaillait la sœur de Tim au moment de sa mort. Le clash va être sanglant.

Même si ce nouveau roman se déroule à Los Angeles, et même s’il tourne autour du cinéma, il n’a rien à voir avec le très éprouvant La belle vie. Et au final, si c’est plus confortable, c’est aussi un peu décevant.

Parce qu’au final, si on y regarde bien, Sauvagerie est un polar assez classique. On a des histoires de vengeance, de coucheries, d’illusions perdues, de rédemption. Ca finit dans le sang, mais pas plus que ça, les personnages sont complètement ravagés, mais pas plus qu’ailleurs et il y a même quelques personnages qui ont des valeurs, des convictions et des remords ! Rien à voir donc avec la vertigineuse plongée dans le néant de La belle vie.

Mais on ne retrouve pas non plus l’émotion d’Empty Mile, ni sa savante construction qui donnait l’illusion que le personnage (et le lecteur) s’enfonçait dans des sables mouvants à chaque mouvement.

Ici tout est raconté très à plat, on a l’impression, renforcée par le sujet du roman, de lire presque davantage un scénario qui donne des indications de tournage qu’un roman (je dis sans doute n’importe quoi, je n’ai jamais vu de scénario …). A plat et sans implication émotionnelle. On sait qu’il va y avoir des morts, certains personnages ont beaucoup souffert, mais le lecteur reste à distance et ce qui compte, avant tout, à l’arrivée, c’est la vengeance (décrite assez froidement également) et le succès.

Pour le fond, mis à part l’histoire, l’auteur démonte bien les mécanismes du succès et de l’échec dans l’usine à film

Tout cela est très certainement voulu, et en accord avec le sujet, mais moi qui m’attendais à en prendre plein la poire (effroi, empathie, peur, tendresse etc …) comme dans les deux précédents, je suis resté un peu sur ma faim. Finalement le lecteur de polar est un peu maso. Il est déçu de ne pas prendre autant de coups dans la figure que prévu et est capable de râler parce que le baquet d’eau glacée attendu se révèle à peine froid !

Matthew Stokoe / Sauvagerie (Colony of whores, 2014), Série Noire (2015), traduit de l’anglais (USA) par Antoine Chainas.

Dan Fante digne fils de son père.

Un polar de Dan Fante, quand on a lu et relu le papa, d’un côté ça ne se refuse pas, de l’autre ça fait peur. Peur d’être déçu, peur que ce ne soit qu’un coup de pub, un « fils de » sans talent et sans prénom. Je sais que ce n’est pas le premier roman de Fante fils traduit, quoi qu’il en soit, Point Dume met les choses au point et de quelle manière !

Fante-DumeJD Fiorella n’est pas ce qu’on pourrait appeler un homme aimable. Après une carrière de privé à New-York qu’il a été obligé d’abandonner pour une raison que l’on découvrira, il est revenu habiter chez sa mère à LA. Entre deux séances chez les AA il tente de trouver un boulot comme vendeur de voitures d’occasion. Et tout ça le met en rogne permanente. Quand un jeune con lui fait une queue de poisson au volant d’un Porsche jaune, il le suit. Et comme le jeune con répond mal, il décide de lui donner une leçon de politesse un peu appuyée. Le jeune en question, qui se trouve être une jeune, ne savait pas qu’il ne faut pas chercher JD quand il est au volant de la Honda pourrie de sa mère. JD, lui, ne savait pas qu’il venait de se faire une ennemie mortelle, et que cette ennemie était complètement givrée. A partir de là, ça commence à saigner.

Attention, ça tâche ! La couleur d’ensemble est donnée dès le prologue et le ton de la narration dès le premier chapitre :

« Albert est un trou de balle prétentieux. Son visage estampillé cinquante ans trahit une récente plastie des bajoues, il sourit en permanence de toutes ses facettes dentaires, semble toujours porter une attention particulière aux nouvelles venues ayant la moitié de son âge et ne manque pas une occasion de se présenter à elles pour se fendre de quelque bon mot éculé, dégoulinant de morve, sur le rétablissement tandis qu’il reluque leurs tétons et note leur numéro de téléphone pour ensuite s’acquitter de ce que les AA qualifient d’« appel de parrainage ». Pour on ne sait quelle raison Albert est moins accueillant avec les clients de passage, les autochtones merde-au-cul, et les mecs comme moi : des types qui essaient juste de finir la journée sans boire ou se faire sauter la cervelle. »

C’est parti et c’est trash. C’est aussi très méchant de façon très réjouissante. Fante fils a la plume aussi acérée que feu son père, comme lui il puise visiblement beaucoup en lui-même pour construire son personnage, comme lui il a une opinion assez peu flatteuse de ses semblables en général, des flics, des richissimes magnats l’industrie du cinéma ou des patrons maquereaux de garages de vente de voitures en particulier !

C’est féroce, sans concession, et ici attention quand cette teigne de narrateur se trouve face à un véritable psychopathe ça saigne pour de vrai, deux bêtes féroces se trouvent face à face, l’auteur n’épargne rien au lecteur ! Comme le dit JD à un flic qui lui affirme :

« – J’ai tout mon temps. Pour ça ou pour autre chose.

-Pas moi. Je chasse. Je vais me remettre en chasse très bientôt. Et quand je tiens ma proie je l’abats. C’est toute la différence entre vous et moi. »

Cela pourra choquer certains lecteurs, cela pourrait une simple surenchère de violence et de tripaille, c’est sauvé par une écriture d’une énergie, d’une méchanceté et en même temps d’une humanité qui change tout et en fait un livre marquant.

Dan Fante / Point Dume (Point Dume, 2013), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’anglais (USA) par Samuel Todd.

Dans la dèche avec Larry Fondation

Les amateurs de polar, et en particulier de polar social commencent à connaître Larry Fondation. Il s’est fait connaître ici avec deux recueils de textes très courts, Sur les nerfs et Criminels ordinaires. Je me demandais dans ma chronique sur ce dernier, ce que donnerait cet auteur en passant à un format plus long. Dans la dèche à Los Angeles répond en partie à cette question.

FondationFish, Soap et Bonds sont potes. Ils vivent dans la rue à Los Angeles. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Avant, Bonds avait un restaurant qui a mis la clé sous la porte quand sa clientèle (des ouvriers de General Motors) s’est retrouvée au chômage. Soap a été mariée trois fois, avant un dernier divorce qui l’a mise à la rue. Fish on ne sait pas trop. Les trois sont copains, partagent le mauvais alcool, les squats, les rares chambres d’hôtel, quelques bons plans, beaucoup de galères. Quoiqu’il arrive, ils ne se séparent jamais.

Dans la dèche à Los Angeles répond donc en partie à cette question.

Il y répond parce qu’il a un fil conducteur et que l’auteur nous fais suivre ces trois personnages tout au long du roman. En partie parce qu’il se présente comme une succession de scènes très courtes, comme autant de fragments de vie. C’est, pour ce qu’on peut en juger en France, la façon qu’a choisi Larry Fondation pour « faire long ».

Mais finalement est-ce si important ? Ce qui compte c’est qu’une fois de plus Larry Fondation fait mouche, et qu’il va même sans doute accrocher avec ce livre des lecteurs qui auraient pu être un peu largués par les deux précédents recueils qui, il faut l’avouer, n’étaient pas toujours d’un abord très aimable et facile.

Comme dit la grande Tina dans sa version de Proud Mary, « we never do nothing nice and easy, so we will do it nice and ROUGH ».

En suivant ces trois paumés auxquels on s’attache immédiatement, Larry Fondation offre au lecteur un point d’accroche qu’il lui refusait dans ses précédents textes. Il est très facile, ici, de se sentir proche de Fish, Soap et Bonds, qui ont été « comme nous », qui aspirent finalement aux mêmes choses que nous (un toit, un peu de plaisir et de bonheur, un coup à boire avec les potes, un peu d’amour et d’amitié, quelqu’un à qui parler …) et pour qui c’est juste plus dur parce qu’un hasard de la vie les a jetés à la rue.

C’est d’autant plus facile que, comme dans ses textes précédents, Larry Fondation ne fait pas dans le larmoyant. Pas de pathos, pas de pitié mal placée, mais une grande humanité, de la clairvoyance, de la tendresse, de l’humour et une capacité impressionnante à donner une voix à ces personnages.

On les entend, on les voit, ça sonne juste, c’est drôle, révoltant, émouvant, rageant … c’est beau.

Larry Fondation / Dans la dèche à Los Angeles (Fish, Soap and Bonds, 2007), Fayard (2014), traduit de l’américain par Alexandre Thiltges.

Mark Haskell Smith, Défoncé

J’aime Mark Haskell Smith. D’un amour tout littéraire. Je l’aime en Californie et à Hawaï, je l’aime quand il fait le touriste. Et c’est toujours bien, même s’il s’assagit, quand il retourne en Californie avec Défoncé.

defonce.inddMiro Basinas vit à Los Angeles. Il est botaniste. Un excellent botaniste même. Dans son domaine. La marijuana. Il est tellement bon qu’il gagne haut la main la « cannabis cup d’Amsterdam ». Les débuts de la gloire ? Non, le début des emmerdes, car son succès va lui attirer la convoitise de gens moins doués en botanique, mais plus doués en armes à feu. Si on ajoute un missionnaire mormon aux prises avec de fortes poussées hormonales, une chanteuse sur le retour insatiable, un tueur irlando-salvadorien, un inspecteur enrhumé, une scientifique portugaise très belle … Et quelque autres, on a un sacré bazar.

C’est du Mark Haskell Smith, aucun doute là-dessus : une collection réjouissante d’allumés, une écriture sensuelle et drôle aussi à l’aise dans la description de la séance de dépucelage torride d’un mormon que dans celle du plaisir de déguster un taco fait dans les règles de l’art, de la castagne, de l’humour. Tous les ingrédients habituels sont là.

Certes, il est difficile de ne pas penser à Savages et Cool ! de Don Winslow. Et on peut trouver, comme moi, que l’écrivain de San Diego fait preuve de plus d’originalité et d’inventivité dans son écriture. Mais cela n’enlève finalement rien au plaisir ressenti à la lecture de Défoncé.

Après tout, on peut être un peu moins bien que Savages, et rester un excellent polar, drôle, enlevé, avec des personnages incroyables. Et puis ça finit bien, pour une fois, et, même si j’ai dit en introduction que l’auteur c’est un peu assagi (par rapport à la fin de Delicious par exemple), il reste assez haut dans l’échelle des allumés tout en construisant une histoire totalement cohérente. Alors, pourquoi bouder son plaisir ?

Mark Haskell Smith / Défoncé (Baked, 2010), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Julien Guérif.