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La république des faibles

La république des faibles, un premier polar historique de Gwenaël Bulteau. Pour moi il manque quelque chose.

Lyon toute fin du XIX°. Le matin du premier janvier 1898 un chiffonnier trouve lors de sa tournée matinale le cadavre d’un enfant sans tête. Le commissaire Jules Soubielle, récemment arrivé est en charge de l’enquête qui révèle rapidement qu’il s’agit d’un gamin disparu quelques jours auparavant  dans un quartier populaire.

Dans une ville sous tension, où la droite dure et antisémite fait campagne et a de forts soutiens chez les flics, l’enquête va révéler, ici et en ces temps, comme ailleurs et en d’autres temps, que la République censée protéger les plus faibles les laisse crever dans la misère.

Le problème quand on lit une grosse centaine (très grosse) de polars par an depuis … au moins 20 ans, c’est qu’on devient assez exigeant et qu’on ne supporte plus de s’ennuyer. Pour que j’accroche, il me faut de l’émotion, ou une écriture, un démarrage qui me harponne, une voix, de la puissance, ou l’envie de retrouver un personnage qui est devenu un ami au fil des années … Quelque chose, une aspérité.

Et là, je n’ai rien trouvé de tout ça. C’est propre, c’est bien construit, je n’ai pas de gros défauts à reprocher à ce roman, mais l’impression d’en avoir déjà lu trop des comme celui-là. Trop sage, trop explicatif. L’auteur nous dit que les gros cons sont de gros cons, je le crois, mais je ne le ressens pas. Il nous décrit la misère, le froid, la puanteur, mais cela ne m’a pas bouleversé. Il nous montre des personnages ridicules dans leur vanité, mais cela ne m’a pas fait sourire.

Sans doute recommandable pour les amateurs de polars historiques, plein d’excellentes intentions, mais je me suis ennuyé.

Gwenaël Bulteau / La république des faibles, La manufacture des livres (2021).

Mauvais coûts

J’avais laissé passer le premier roman de Jacky Schwartzmann, Mauvais coûts. Sa présence lors du dernier festival TPS m’a permis de me le faire dédicacer, et de le lire.

SchwartzmannIl serait réducteur de dire que Gaby Aspinall, la cinquantaine ou presque, 1,90 plus de 100 kg, acheteur chez Arema, un gros industriel français dans le domaine de l’électricité, est un gros con. Réducteur mais pas faux. Cynique, impitoyable devant ses fournisseurs qu’il étrangle pour dégager de la marge, célibataire endurci et ivrogne, plus misanthrope que misogyne, il s’écrase devant sa chef et la ramène devant les autres.

Mais son analyse de la vie dans ce monde particulier qu’est une grosse entreprise ne manque ni de clairvoyance ni de finesse, et il ne se fait aucune illusion sur sa personne. Quand les tuiles se mettent à lui tomber sur le râble, il va se révéler, pour le meilleur ou pour le pire.

Comme j’ai lu les romans qui ont suivi, je sais déjà que Jacky Schwartzmann canarde tous azimuts. Ne poussez pas, il y en aura pour tout le monde. Syndicalistes opportunistes, jeunes cadres arrogants, nouveaux dirigeants à power point, politiques de tous bords, petits et grands chefs arrivistes, entreprise d’hier, et d’aujourd’hui, consultants surpayés … tout le monde est servi, et c’est acide, cinglant et pertinent.

Un des talents de l’auteur, comme dans les romans suivants, et de savoir très exactement jusqu’où aller, et quand arrêter l’exercice pour qu’il reste amusant sans devenir répétitif et lassant. Au point qu’au moment de refermer le roman on en redemanderait bien un peu. Un exercice de funambule bien plus difficile qu’il n’y parait.

Pour ceux qui, comme moi, auraient lu les suivants, Mauvais coûts est moins drôle, non que l’humour de l’auteur ne marche pas, mais, derrière la rigolade, le personnage de Gaby est finalement plus perdu, désespéré et émouvant que ses héros à venir. Par contre la fin est toujours aussi délicieusement amorale. Un vrai plaisir. Il ne me reste plus maintenant qu’à attendre le prochain.

Jacky Schwartzmann / Mauvais coûts, points/Policier (2017).

Jacky Schwartzmann, drôle et lucide

La collection Cadre noir au Seuil semble bien démarrer. Je suis passé à côté des premiers, je me rattrape avec Demain c’est loin de Jacky Schwartzmann, excellent.

SchwartzmannFrançois Feldman a un nom juif, une tête d’arabe et a grandi dans la cité des Buers connue de tout Lyon et pas en bien. Un cocktail qui ne l’aide pas quand il va demander un prêt à sa conseillère financière, Juliane Bacardi, pour une nouvelle idée géniale qui va enfin le sortir de la mouise.

Comme on peut s’en douter, le rendez-vous tourne court et ses relations avec Connasse Bacardi comme il l’appelle ne sont pas prêtes de se réchauffer. Mais, car il y a un mais, sinon il n’y aurait pas d’histoire, un soir où il sort de rendre visiter à Saïd, le caïd des Buers, son ancien pote d’enfance, il tombe sur Juliane dans une merde noire. Une merde dans laquelle elle l’aspire, sans l’avoir voulu, et qui va les obliger à se planquer, des flics et surtout et plus grave, de la bande à Saïd. Et là, il va falloir vraiment faire équipe.

Caustique, vif et réjouissant. Et aussi instructif et juste. Et drôle. Un vrai régal qui agace un peu les dents, qui pique les yeux, qui réveille. Jacky Schwartmann mène son intrigue tambour battant, on ne s’ennuie pas une seconde, et il semble avoir pris le parti de Todd Robinson qui a dit en table ronde qu’il lit toujours ses textes à voix haute pour voir si ça sonne comme une conversation au bar. Au point que ses amis, quand ils le lisent, ont l’impression qu’il leur gueule dans l’oreille pendant trois heures.

Là c’est pareil. On entend François Feldman le narrateur, sa voix sonne parfaitement juste, ça vanne à tout bout de champ, même et surtout dans les situations les plus dramatiques. Personne n’est épargné, tout le monde en prend pour son grade, sans qu’il n’y ait, au fond, de véritable méchanceté, juste un regard acéré et très lucide sur les défauts et les préjugés des uns et des autres. Des banquiers, des nantis, des jeunes des cités, des profs, des flics, des algériens, des français …

Et mine de rien, sous l’acidité du propos, il les aime ses personnages, et il aime sa ville et son pays. Ce qui ne l’empêche pas de voir ses défauts. Qui aime bien châtie bien parait-il.

J’en reviens à mon début : Caustique, vif et réjouissant. Et aussi instructif et juste. Et drôle. Donc vous allez le lire.

Jacky Schwartzmann / Demain c’est loin, Seuil/Cadre noir (2017).