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John Rebus et Malcom Fox

Ian Rankin a essayé de mettre John Rebus à la retraite et de le remplacer par Malcom Fox, pâle personnage des Affaires Internes. Il a dû s’ennuyer, parce qu’il a finalement fait sortir John de sa retraite, et pour pimenter il l’a confronté à Fox. L’Auguste et le clown blanc en quelque sorte. Que revoici dans On ne réveille pas un chien endormi.

RankinJohn Rebus a réussi à se faire reprendre par la police d’Edimbourg. Mais au grade de Sergent, ce qui le place sous les ordres de sa collègue et amie Siobhan Clarke (dans la mesure où la notion de « sous les ordres » a une signification pour John). Appelés sur les lieux d’un accident de la route, quelques détails les font tiquer, et ils décident de creuser pour voir s’il s’agit uniquement d’un accident.

En parallèle, Malcom Fox, sur ordre d’une procureur très ambitieuse, a décidé de déterrer de vieilles, très vieilles histoires, du temps des débuts de John, quand il venait de rentrer dans un commissariat tenu par des cowboys … Hasard ? Ou est-ce lié au fait qu’un des anciens flics soit un farouche (et efficace) défenseur au Non au referendum pour l’indépendance de l’Ecosse ?

John va donc se retrouver pris entre deux enquêtes, dont une portant sur des événements vieux de plus de trente ans, qui pourraient mettre à mal les quelques amitiés qu’il lui reste.

Que c’est bien un John Rebus en ces périodes moroses, où l’actualité a tendance à faire déprimer, et où la fatigue du trimestre pèse sur les épaules et les paupières. Un bon Rebus, avec ce caractère de cochon (et celui guère plus facile de sa copine Siobhan), avec une histoire tellement bien racontée qu’il semble facile d’écrire comme ça, avec des dialogues qui sonnent vrais, avec ce qu’il faut de passages obligés et de surprises.

Une bonne histoire qui prend racine dans le passé et s’appuie sur une réalité politique complexe (le referendum pour l’indépendance de l’Ecosse) et réussit à la rendre compréhensible sans jamais la décrire lourdement.

Peut-être pas le Ian Rankin le meilleur, mais un bon cru. Et un excellent moment de lecture, avec un final bien méchant, comme je les aime !

Ian Rankin / On ne réveille pas un chien endormi (Saints of the shadow Bible, 2013), Le Masque (2015), traduit de l’anglais (Ecosse) par Freddy Michalsky.

Un nouveau personnage pour Ian Rankin

On le sait John Rebus est à la retraite après une sortie en beauté. Mais pas Ian Rankin qui revient avec un nouveau personnage, peut-être appelé à une nouvelle série ? C’est tout le bien qu’on souhaite à Malcom Fox, héros de Plaintes.

RankinMalcom Fox, comme Rebus est flic à Edimbourg. Mais là s’arrête la comparaison. Si Rebus est rock, mauvais coucheur, bagarreur et picoleur, Fox est d’un calme olympien, il a arrêté de boire, et travaille au Service des Affaires et Plaintes internes, ceux qui enquêtent sur leurs collègues. Les deux ont quand même un point commun, ils ne lâchent pas facilement le morceau. Malcom est chargé d’enquêter sur un collègue, Jamie Breck, qui consulterait régulièrement des sites pédophiles. Enquête délicate, d’autant plus délicate que le beau-frère de Fox est tabassé à mort et que c’est Breck qui est en charge de l’enquête. Quand on sait que le beau-frère en question tapait sur la sœur de Fox, et qu’il le savait, on sent que la chose tend à devenir inextricable. Si en plus de grosses sommes d’argent se mêlent de l’affaire …

Ian Rankin change donc de héros, mais pas de ton, et surtout ne perd rien de son talent et de sa colère. Et décidément, après Thorarinsson et Bruen, avec Markaris à venir, ce sont bien les auteurs de polar qui se coltinent les effets de la crise dans leurs pays. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire au début, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Mais à la façon Rankin. C’est à dire avec une intrigue millimétrée, des dialogues qui claquent, des personnages de chair, de sang et d’émotion, et surtout, une rage au ventre intacte, la même qui animait ce bon vieux John.

A l’arrivée, dans un premier temps, un réel bonheur de lecture pour tout amateur de polar qui aime les coups de théâtre, les retournements de situation, le frisson du suspense. Des personnages qu’on attend avec impatience de retrouver, et les mains dans cambouis pour décrire les tenants et aboutissants de la crise en Ecosse, sans jamais verser dans le cours magistral. Que demander de plus ?

Ian Rankin / Plaintes (The complains, 2009), Le Masque (2012), traduit de l’anglais (Ecosse) par Philippe Loubat-Delranc.