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Sept contes de Marc Villard.

Les gobelins, Saint-Germain, Bir-Hakeim, Château d’eau, Les Halles, République, Saint-Lazare.

Sept stations de métro. Sept histoires. Des histoires de Marc Villard. Avec Les Halles, le foot (mais aussi le hand), un tueur à gage, une contrebasse volée, le New Morning, du jazz, des immigrés, un clodo, de la drogue … Du Marc Villard en bref. Donc avec du rythme, de la poésie, des phrases qui swinguent … Et des photos, prises dans le métro par Cyrille Derouineau.

Mise part les illustrations, l’originalité de ces sept courts récits est leur façon de se répondre, de s’entrecroiser, de reprendre ici une silhouette aperçue là-bas, de voir de l’intérieur telle rencontre commentée dans un autre texte … L’ensemble forme une toile subtilement mais solidement tissée et fait de ces sept récits un roman impressionniste où le lecteur, outre le plaisir de chaque nouvelle, s’amuse à changer de point de vue, à percevoir les correspondances, à éclairer d’une autre lumière un recoin resté dans l’ombre.

J’aime les sept textes, avec un tendresse particulière pour Les Gobelins, histoire d’une rencontre ratée, qui m’a évoqué, allez savoir pourquoi, la très belle chanson Les passantes de Brassens.

C’est élégant, fin et tendre. Une très belle réussite. Et un beau travail d’édition avec ces sept livrets rassemblés dans leur joli coffret. Je ne sais pas s’il est facile de les trouver en librairie. Vous pouvez toujours aller voir sur le site des éditions In8.

Marc Villard, photos de Cyrille Derouineau / Intra Muros, In8 (2010).

Zigzag par Zug et Zog.

De retour de la rencontre avec David Peace, passionnante (je vous en reparler d’ici peu) une diversion fort bienvenue.

Les duettistes surdoués du polar reviennent. Après Ping-Pong et Tohu-Bohu, revoici pour notre plus grand plaisir Jean-Bernard Pouy et Marc Villard dans un mano-a-mano éblouissant de maîtrise et d’apparente facilité. Leur nouveau spectacle, cuvée 2010, s’appelle Zigzag.

Commençons par un averissement. Peut-être que, comme moi, vous avez l’intention de déguster ces nouvelles une à une, à l’occasion. Ben ça marche pas. Zigzag c’est comme les noix de cajou à l’apéro, ou le paquet d’amandes enrobées de chocolat. On croit qu’on va pouvoir n’en manger qu’une, et qu’on saura s’arrêter. Erreur, sans s’en rendre compte, tout le paquet y passe. Là c’est pareil. Sauf que ça fait pas grossir, ça rend heureux, et peut-être même un peu moins bête.

Le principe est un peu différent du précédent. Cette fois chaque auteur a fait une liste de ses thèmes de prédilection (10 chacun), les a passé à l’autre, à sa charge d’écrire une nouvelle. Nous avons donc :

Le foot, Barbès, la vie de famille, les immigrés, les flics pourris, les tueurs à gage, le jazz, la drogue, les éducateurs, les Halles proposés par Marc Villard, à traiter donc Jean-Bernard Pouy.

Et le vélo, la Bretagne, le cinéma expérimental, les libertaires, les citations philosophiques, la vache, le rock and roll, la peinture, le train, la patate, proposés par Jean-Bernard Pouy à traiter par Marc Villard.

Résultat, 20 moments de bonheur. Villard reste Villard tout en jouant à être Pouy, Pouy fait semblant d’être Villard pour redevenir lui-même dans une ultime pirouette. Les thèmes se télescopent, se répondent, se mélangent.

Et oui, se mélangent parce que le lecteur attentif ne pourra pas ne pas remarquer que lorsqu’il traite de la vache ou de la patate (thématiques JBP) MV y met aussi une pincée de drogue (thématique MV), ou que lorsque JBP parle des Halles (thème MV), il y met aussi pas mal de peinture, et de libertaires (thèmes JBP) … Vous suivez ? Non ? c’est pas grave.

Faites-moi confiance, le spectacle est rodé, minuté. Ca part dans tous les sens, on en prend plein les neurones. On sourit beaucoup, on bade devant autant de maestria, et on se garde au coin de l’oreille quelques pépites pêchées ici ou là, comme la diatribe hallucinante et pourtant très logique d’un poivrot dans un commissariat (je vous laisse découvrir le poivrot et le commissariat) et quelques pirouettes finales éblouissantes.

Ceci dit, et comme je le disais dans ma chronique de leur précédent spectacle, si j’essayais d’être écrivain, j’aurai salement les crocs de voir ces deux affreux s’amuser à pondre avec autant de facilité apparente et de bonheur des nouvelles aussi épatantes juste pour rire …

Convaincus ?

Jean-Bernard Pouy et Marc Villard / Zigzag, Rivages/Noir (2010).

PS. Le titre est une private joke que seul les auteurs et moi pouvons comprendre. Et toc.

Marc Villard revisite l’année 1969

Après un roman un lent et lourd, il fallait un coup de fouet, du fin mais corsé, sec mais long en bouche … Coup de chance, j’avais le dernier Marc Villard sous la main, Sharon Tate ne verra pas Altamont. Bonne pioche.

Fin 1969, trois événements défraient la chronique. Le 2 juillet, Brian Jones est découvert mort dans sa piscine. Le 9 août, Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski est assassinée chez eux par Charles Manson et quelques uns de ses adeptes. Le 5 décembre, pendant le concert des Stones à Altamont (Californie), une jeune noir est tué par des Hell’s Angels qui assurent le service d’ordre.

Marc Villard transforme ces trois faits divers en littérature. Il brode, invente la chair autour de ce squelette, mêle personnages fictifs et personnages réels. Bref, il réécrit l’Histoire en écrivant une histoire.

Du pur bonheur. Même si j’étais un peu jeune à l’époque (je peux le dire, je suis né en 65) pour me souvenir de ces trois événements marquants, ils sont pour tout amateur de cinéma et de musique, et/ou de culture américaine (ça va souvent ensemble) des points de référence mythiques. Les retrouver dans un roman, mis en scène, et mis en cohérence peut se révéler passionnant.

Encore faut-il que ce soit bien fait. Et c’est là que la patte Marc Villard intervient. Parce qu’il a su trouver les personnages supplémentaires, l’habillage nécessaire pour les mettre en cohérence et bâtir une vrai fiction.

Et surtout, mais c’est une lapalissade de le dire, parce qu’il y a l’écriture Marc Villard. Elle claque, percute, toutes les phrases font mouche. Pas un mot de trop, du rythme, du punch, de l’humour. Bref un vrai régal.

Petit plus non négligeable, les photos d’époque, fort bien choisies et fort bien venues, décuplent le plaisir de retrouver ces trois faits divers marquants.

Marc Villard / Sharon Tate ne verra pas Altamont, Biro éditeur (2010).

M. Villard et JB Pouy s’amusent

Prenez deux virtuoses à l’imagination débordante. Laissez-leur le champ libre, en ne leur donnant qu’une contrainte : s’amuser à deux. Vous obtenez Tohu-Bohu, de Marc Villard et Jean-Bernard Pouy. Le principe est simple : chacun doit écrire six nouvelles. Et hop, il les envoie à l’autre, qui lui répond. En écrivant une suite, une variation, ce qui précède, un écho, en intercalant, en rebondissant, sur le thème sur une phrase …

Vous obtenez alors vingt-quatre nouvelles, à lire deux par deux, avec pour narrateurs, une vache, quelques chevaux, un hamster, des chiens, des chats, un frigo, un arnaqueur, Miles Davis, un tueur, son employeur, des écrivains, une bonne sœur, des minots, un renard, un corbeau (sans fromage) …

La première impression du lecteur, est celle d’un immense plaisir. D’écriture, et bien sûr, de lecture. Pour eux (qui ont été à la fois lecteurs et écrivains) et pour l’heureux lecteur qui a le volume dans les mains. C’est brillantissime, jouissif, jubilatoire. Le lecteur reste bouché bée devant une telle maestria, une telle inventivité, une telle capacité de rebondir sur les thèmes de l’autre.

Il faut bien entendu les lire deux par deux. Une obligation qui n’en est pas une tant il est impossible de résister, à la fin de la première nouvelle du duo, à l’envie de voir comment l’autre s’en est tiré ! On sent le sourire sardonique du premier se disant « tiens, qu’est-ce que tu vas faire avec ça ? Vas-tu saisir cette perche ? Vas-tu me surprendre ? » et la sourire de matou satisfait su second répondant : « T’as vu comment je te l’ai retourné ? t’y aurais pensé à ça ? ». Et vice-versa. Deux gros matous. Geste vif, parfait, minimal, ludique mais définitif.

J’avoue que mon anticléricalisme primaire me fait apprécier particulièrement la pulpeuse Laure de la Grâce Immanente, qui dans sa petite robe jaune a mis nos deux auteurs en émois. Mais tout est bon. Et je suis bien content de ne pas chercher à écrire, je crois que je trouverais horriblement agaçant d’avoir là, sous le nez, une telle démonstration de virtuosité souriante …

Marc Villard et Jean-Bernard Pouy / Tohu-Bohu (Rivages/Noir, 2008)