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Une bonne série B française

Le parisien de Jean-François Paillard, premier polar de son auteur, et premier auteur français publié chez Asphalte (sauf erreur de ma part).

PaillardNicolas, ex soldat, a vu, entendu et respiré toutes les horreurs de ces dernières années : bombardements à l’uranium appauvri en Irak, massacres en Bosnie, saloperies au Congo-Brazzaville … Il a fini par être mis à la retraite à 36 ans, les poumons en charpie, et le moral au plus bas. Après des années de psy et de déprime, il survit en faisant le gros bras pour un gang corse à Paris.

Jusqu’à ce que son pote Giorgi vienne le trouver pour lui proposer un boulot de tout repos : garde du corps du maire de Marseille. Du gâteau à côté de tout ce qu’ils ont vécu ensemble. Nicolas débarque donc à Saint-Charles. Et devinez ? Oui c’est une arnaque, il a été envoyé se faire piéger, et bien entendu c’est raté. Alors, tout en crachant ses poumons, Nicolas va prouver aux imbéciles qui voyaient en lui une victime facile qu’il a de beaux restes.

Si vous aimez le polar à la française, avec de la gouaille, de la truculence et de la baston, Le parisien est pour vous. C’est rythmé, on a droit à tous les passages obligés, les coups de théâtres sont bien trouvés, on ne s’ennuie pas et on lit avec le sourire.

Après, pour mon goût personnel, c’est un peu trop poussé dans cette voie (que j’appellerai voie Audiard) pour m’émouvoir ou me faire prendre l’histoire vraiment au sérieux. Si l’auteur cherchait ce plaisir du verbe, c’est réussi, s’il recherche de la densité et de l’émotion, c’est un peu à côté de mon point de vue.

Pas le polar de l’année, mais un bon moment de lecture.

Jean-François Paillard / Le parisien, Asphalte (2018).

Marseille connection

J’ai fait un grand écart de lecture ! Après l’imagination complètement débridée et allumée de Carlos Salem, place au sérieux qui claque à la série noire qui continue le sans faute pour ses 70 ans. Avec une valeur sure, Or noir de Dominique Manotti.

Manotti-or-noirMarseille 1973. Théo Daquin, nouveau commissaire, vient prendre son poste. Pas évident pour un parisien de faire sa place à l’Evêché, antre des flics marseillais. D’autant que la première affaire qu’on lui confie est piégée : Pieri, figure marseillaise est abattu par un professionnel alors qu’il sortait d’un casino à Nice au bras d’Emily Frickx.

Emily Frickx, petite fille du patron de la Société des Mines d’Afrique du Sud Afrique du Sud, épouse du trader le plus en vue de CoTrade, plus grosse société de trading de minerais mondiale. Pieri, ancien proche de Guérini, le patron de la French Connexion, ayant fait, apparemment, une croix sur ce passé pour devenir un des armateurs les plus dynamique de la ville.

« On » fait comprendre à Daquin qu’il doit conclure vite, de préférence à un règlement de comptes dans le milieu marseillais. Mais certaines choses ne collent pas, et Théo et son équipe vont se trouver confrontés à un sacré sac de nœuds, avec des truands, des flics ripoux, le SAC, et des intérêts extrêmement puissants, tout cela dans le contexte de la naissance d’un tout nouveau marché pétrolier, un marché qui attire toutes les convoitises.

Du grand Dominique Manotti sur le fond. Beaucoup de documentation, un véritable travail d’analyse et de décorticage des mécanismes politiques et économiques, une vision qui sait être globale et locale, qui passe des grands mouvements financiers à la vie de tous les jours de ceux qui les subissent, et une capacité étonnante à rendre ce monde extrêmement complexe compréhensible pour le lecteur moyen, sans pour autant le rendre simpliste.

Et du grand Dominique Manotti sur la forme. Parce que, contrairement à ce que pourrait laisser croire le paragraphe ci-dessus, on a un vrai polar, à la Manotti : écriture sèche, qui claque, construction millimétrée, des personnages qui existent immédiatement (et quel plaisir de retrouver Daquin !), quelques échappées lumineuses pour profiter du décor marseillais, un vrai suspense et un final qui ne sacrifie rien à la vraisemblance (je vous laisse le découvrir). Les explications (complexes) sur le fond ne ralentissent jamais le récit mais sont parfaitement intégrées dans l’enquête.

Bref, du grand Dominique Manotti tout court, visiblement aussi à l’aise à Marseille qu’en Lorraine, et à Nice qu’à Paris ou dans sa banlieue. Du grand Dominique Manotti qui nous rend plus intelligents et cultivés tout en restant distrayant. Bravo et merci !

Dominique Manotti / Or noir, Série Noire (2015).