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Les minutes noires

Les minutes noires du mexicain Martín Solares trainait sur ma table de nuit depuis que je l’avais acheté lors de sa première venue à Toulouse Polars du Sud. J’ai profité de cette fin de mois d’août pour l’en extraire.

SolaresRamón Cabreran dit le grizzli est flic dans la petite ville de Paracúan sur le golfe du Mexique. Il se retrouve en charge de l’enquête sur l’assassinat d’un jeune journaliste récemment revenu en ville après avoir vécu aux US. Les flics ont arrêté un coupable, qui semble bien pratique. Et le grizzli s’aperçoit vite que si on exige de sa part des résultats, beaucoup, flics, narcos, politiques et autorités religieuses ont au contraire intérêt à ce qu’il échoue.

L’enquête va l’amener à s’intéresser à une histoire vieille de plus de 25 ans, et à la disparition de Vicente Rangel, un flic comme lui, disparu alors qu’il tentait de faire son boulot.

Les minutes ne sont pas les seules à être noires ici. Montée de la puissance des cartels, corruption classique (à base de grosses enveloppes) et corruption morale à tous les étages, du simple flic aux plus hauts postes de la ville, de l’état et du pays, impunité des assassins, passages à tabac, inexistence de la justice face à la force brute de la police … Et j’en passe.

Heureusement l’auteur ne tombe jamais dans le voyeurisme ou le misérabilisme, et tout cela est raconté via le prisme de deux flics honnêtes (deux exceptions), deux flics qui enquêtent sous pression, dans un état de fatigue de plus en plus avancé qui efface les frontières entre le rêve (ou le cauchemar) et la réalité, des moments de demi-sommeil.

Et puis on croise des personnages hors du commun, comme l’écrivain mystérieux B. Traven, ou le Sherlock Holmes mexicain qui apportent un peu de fantaisie et d’humour.

Une lecture parfois éprouvante, parfois exigeante, mais la récompense est à la hauteur de l’effort du lecteur.

Martín Solares / Les minutes noires, (Los minutos negros, 2006), Christian Bourgois (2009) traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot.

Quatorze crocs

Ceux qui ont lu l’éprouvant N’envoyez pas de fleurs auront peut-être un peu de mal à reconnaître l’univers du mexicain Martín Solares dans le délicieux Quatorze crocs. C’est pourtant bien le même auteur.

SolaresParis 1927, un cadavre est trouvé au petit matin dans une ruelle sombre. Rien d’extraordinaire ? Si. Il porte d’étranges marques dans le cou, et il va se révéler qu’il n’a plus une goutte de sang dans le corps. L’enquête, très spéciale est confiée à la brigade de nuit, et c’est le jeune Pierre Le Noir qui va en hériter.

Elle l’amènera à fréquenter le cimetière Montparnasse, d’étranges habitants qui ne vivent que la nuit, les cercles d’artistes qui gravitent autour des époux de Noailles et bien d’autres personnages plus étranges, fascinants ou inquiétants, les uns que les autres.

Voilà un petit bonbon, en forme d’hommage aux feuilletonistes. Chapitres courts, portant des titres délicieusement désuets, références permanentes (vous croiserez Picasso, Breton, Man Ray … et vous entrerez dans la tombe de Porfirio Díaz …), rebondissements permanents. Ajoutez une balade insolite dans des rues de Paris que vous ne verrez plus du même œil, une écriture vive, de l’humour, et un auteur qui nous permet de jouer à nous faire peur, sans avoir vraiment peur, juste pour le frisson auquel on ne croit pas … mais quand même. Comme une môme.

Une belle friandise, à consommer sans modération.

Martín Solares / Quatorze crocs, (Catorce colmillos, 2018), Christian Bourgois (2020) traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot.

Prix Violeta Negra 2018

Vous connaissez peut-être déjà le prix Violeta Negra décerné chaque année à l’occasion du festival Toulouse Polars du Sud. Voici les 6 romans qui devront être départagés par le jury cette année, 2 italiens, un mexicain, un argentino-espagnol, un espagnol et un portugais.

  • Mimmo Gangemi / La vérité du petit juge (Seuil Noir)
  • Antonio Manzini / Maudit printemps (Denoël)
  • Martin Solares / N’envoyez pas de fleurs (Bourgois)
  • Carlos Salem / Attends-moi au ciel (Actes Sud)
  • Alexis Ravelo / La stratégie du pékinois (Mirobole)
  • Pedro Garcia Rosado / Mort sur le Tage (Chandeigne)

Dans l’enfer de La Eternidad

C’est au marathon des mots en juin dernier que j’ai découvert Martin Solares. L’entendre m’a donné envie de le lire. C’est chose faite avec N’envoyez pas de fleurs.

SolaresIl n’y a pas si longtemps, La Eternidad, sur le golfe du Mexique était un petit paradis. Vie tranquille, petits trafics, des flics pas plus pourris qu’ailleurs, respectés, le soleil, la plage. Maintenant c’est un enfer. Les bars et restaurants ferment la nuit, trois ou quatre bandes se disputent la mainmise sur le commerce de la drogue, et il ne se passe pas un jour sans fusillades, assassinats, enlèvements.

C’est celui de Cristina, fille d’une des familles les plus riches de la région qui va tirer Carlos Trevio de sa retraite. Cet ancien policier de la ville, grand connaisseur du port et de ses bandes a été contraint de fuir et de se cacher quand, des années auparavant, il a mis un coup de pied dans la fourmilière en dérangeant les personnes qu’il ne fallait pas. Dont le commissaire Margarito, ripoux d’entre les ripoux, patron des flics de la ville.

Carlos Trevio accepte quand même de revenir enquêter dans le chaos qu’est devenue la région.

On a beau avoir maintenant lu quelques polars mexicains décrivant la violence épouvantable qui règne dans le pays, on est soufflé par N’envoyez pas de fleurs. Car sous l’humour très noir de l’auteur, la situation est insupportable.

Des flics et des politiques pourris jusqu’à la moelle, des gangs de narcos qui font la loi dans la région, enlèvent, tuent, violent impunément. Une population martyrisée qui subit et ne croit plus à rien, ne sort plus, tremble en permanence et se cloitre chez elle sans pour autant être à l’abri de la violence.

La situation est vue au travers de deux personnages : Carlos Trevio, désabusé, qui a abandonné la lutte mais pas ses valeurs, et le commissaire Margarito, symbole de la corruption de tout un système.

La grande force du roman est qu’il ne porte pas de jugement explicite, se contentant de démonter les mécanismes qui amènent la société là où elle en est, et de mettre à jour les raisons qui font de chaque personnage ce qu’il est. Sans accuser ni excuser, juste en décrivant.

Un roman grinçant et effrayant, où on s’en veut parfois de sourire à tel ou tel trait d’humour pourtant salutaire.

Martin Solares / N’envoyez pas de fleurs (No manden flores, 2015), Christian bourgois (2017), traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot.