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Une nouvelle voix mexicaine

Voilà un roman venu d’ailleurs, assez inclassable, mais à côté duquel il serait très dommage de passer : Gabacho de la mexicaine Aura Xilonen.

xilonenLiborio a survécu à tout : à la misère mexicaine, à la traversée de la frontière, à l’errance dans le désert, à la traque des milices d’extrême droite … Quand il trouve un boulot sous-payé, exploité, dans une petite librairie vendant des livres en espagnol, la vie lui semble belle.

Jusqu’au jour où il vole au secours d’une fille éblouissante, à l’arrêt de bus en face de la librairie. Dans le monde sans pitié où il vit, l’amour a-t-il une place ? Ne risque-t-il pas de s’attirer des ennuis, l’attention de la police avec le risque d’être renvoyé au Mexique ? De toute façon, il n’y peut rien, sa vie vient de changer irrémédiablement.

Voilà un bouquin indispensable à plus d’un titre.

Pour commencer, en ces temps où, après avoir tenté plusieurs fois (au moins deux avec Reagan et Bush Jr.) de voir ce que pouvait donner un crétin à la maison Blanche, les américains essaie un fou furieux, qui fait irrémédiablement penser à La Bête de Transmetropolitan (il faut absolument lire Transmetropolitan) et qui va construire un mur inutile entre les US et le Mexique, donner la parole à un de ces mexicains vivant dans le sud des US est une œuvre de salubrité publique.

Ensuite parce que l’écriture de ce roman est emballante. Avec son narrateur, l’auteur nous embarque dans un tourbillon de spanglish, un mélange d’injures et du langage littéraire qu’il pioche dans ses lectures, avec un rythme époustouflant, une inventivité dans les termes, les mots et les tournures qui réveillent, fouettent les sens, écarquillent les yeux, font dire Waouw !

A ce propos chapeau à Julia Chardavoine la traductrice qui a dû suer et s’éclater en même temps et peut être sacrément fière du résultat.

Et puis quel personnage, quels personnages, et quelle histoire !

On en redemande, on voudrait continuer, on souhaiterait que ça ne s’arrête jamais. On a un roman noir sans meurtre, sans « intrigue », sans mystère à résoudre, mais avec un regard acéré sur ceux dont personne ne veut, avec aussi la boxe, ce sport qui va si bien au polar, avec des êtres en marge, avec une magnifique histoire d’amour sans la moindre guimauve (la guimauve c’est pas vraiment le style de Gabacho !), avec une initiation, avec des lueurs d’espoir dans un tableau d’une noirceur totale, avec de l’humanité, de l’empathie, de l’humour, et surtout, surtout, une énergie terriblement communicative.

Lisez Gabacho, laissez-vous emporter par la tornade Liborio, vous ne le regretterez pas, promis.

Aura Xilonen / Gabacho (Campéon Gabacho, 2015), Liana Lévi (2017), traduit de l’espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine.

En attendant l’année prochaine …

Avant d’attaquer les très nombreux romans de la rentrée de janvier, je pioche dans la pile des romans que je n’ai pas eu le temps de lire mais que je n’ai jamais voulu donner. Un polar historique bien sanglant, 100 % James Carlos Blake : Dans la peau.

dans la peau.inddNous sommes aux alentours des années trente. Rosario et Sam Maceo sont les caïds de la ville de Gavelston. Quand ils ont besoin de faire appliquer leur loi, ils font appels aux « Spectres de Rose », une bande d’hommes de main avec à leur tête James Rudolph Youngblood, très jeune tueur qui a la confiance des deux frères.

James est moitié mexicain, moitié américain, fils d’une ancienne putain texane et du tueur le plus craint de l’armée de Pancho Villa. Il aime sa vie et ne compte pas en changer. Jusqu’à ce que son regard croise celui de Daniela, une jeune mexicaine en fuite …

Dans la peau fait le lien entre les différents romans et époques de l’œuvre de James Carlos Blake. On y retrouve une allusion à la révolution mexicaine, présente dans Les amis de Pancho Villa, une partie du flashback est une histoire de cowboys, comme par exemple Crépuscule sanglant, et la majeure partie du roman se déroule autour de l’époque de la prohibition et des gangs qui tenaient des petites villes texanes, comme Red grass river.

On retrouve le talent de conteur de l’auteur, ses personnages « bigger than life », et ses moments historiques qu’il arrive à décrire sans tomber dans le travers de les juger avec des valeurs et des idées d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs grâce à cette distance qu’il peut décrire un contexte et des vies extrêmement violents, sans jamais justifier cette violence, mais en montrant les mécanismes et les expériences qui amènent les personnages à user de cette violence sans en être perturbés. Et ce sans jamais édulcorer mais sans non plus tomber dans le sensationnalisme ou le gore gratuit.

Un auteur original qui a construit au fil des romans un œuvre qui ne ressemble à aucune autre.

James Carlos Blake  / Dans la peau (Under the skin, 2003), Rivages/Noir (2012), traduit de l’anglais (US) par Emmanuel Pailler.

CARTEL

Enfin, il est arrivé. Depuis qu’on sait que Don Winslow était en train d’écrire la suite de La griffe du chien, on était sur les dents. Puis le roman est sorti aux US, je l’avais vu au printemps en Espagne, et ici, rien. Mais là, ça y est, Cartel est enfin sorti chez nous.

winslow2004. Les deux ennemis mortels de La griffe du chien, le narco Adan Barrera et Art Keller l’ex agent de la DEA qui l’a fait tomber sont au calme. Barrera dans une prison de haute sécurité en Californie, Keller dans un monastère où il s’occupe des abeilles. Jusqu’à ce que deux collègues de Keller le retrouvent : Barrera est extradé au Mexique, et il a mis la tête de Keller à prix : Deux millions de dollars.

La guerre sanglante entre les deux hommes va reprendre, dans un Mexique livré à un chaos total où les différents cartels se font une guerre sans pitié. Une guerre dont les premières victimes sont les journalistes, et comme toujours les plus pauvres, les plus fragiles, ceux dont tout le monde se fout complètement.

Je vais répondre sans attendre aux deux questions que vous me posez :

Oui c’est du même niveau que La griffe du chien, monumental donc.

Oui on peut le lire indépendamment du précédent. Mais franchement, donnez-moi une seule bonne raison pour ne pas tout lâcher et se précipiter sur La griffe du chien si vous ne l’avez jamais lu ?

Du coup, est-il utile d’aller plus loin ? Dire que c’est la digne suite du précédent devrait suffire pour vous persuader de vous précipiter. Tout en sachant que vous allez être secoués. Parce que la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire, et que Don Winslow ne fait aucun cadeau.

Un prologue qui vous plonge immédiatement dans le bain, une écriture directe, et la description et l’analyse acérée de tout ce qui se joue autour de cette frontière. Une guerre contre la drogue qu’en fait personne ne veut gagner, tant les masses d’argent en jeu sont importantes, une guerre livrée uniquement au Mexique, avec des victimes uniquement mexicaines (et un peu guatémaltèques) alors que l’acheteur est … américain. Une guerre sale (comme toutes les guerres) et tordue (comme toutes les guerres) car, si les cartels ne sont plus directement soutenus par la CIA comme durant la période précédente décrite par la griffe, les alliances politiques entre Washington et Mexico font que certains sont vus avec plus d’indulgence que d’autres.

Corruption généralisée, polices (locales, d’état ou fédérale) et armée pourries jusqu’à la moelle, politiques mouillés jusqu’au plus hauts postes de l’état, indifférence du grand voisin du Nord aux dizaines de milliers de morts, et des populations prises en tenaille entre les différentes armées, car ce sont des armées. La situation est atroce. Sans jamais se complaire dans le voyeurisme l’auteur ne fait aucun cadeau, on prend le choc en pleine figure.

Ce serait insupportable sans son sens de la construction, sa puissance narrative qui emporte tout et surtout, l’humanité avec laquelle il crée une multitude de personnages inoubliables. Courageux, salauds, admirables, pourris, menés par la haine, l’amour, le courage, pris dans un tourbillon qui les dépasse ou résistant avec un courage inouï, ils sont tous extraordinaires : Keller et Barrera, liés jusqu’à la mort par la haine qu’ils se vouent, des chefs narcos fous furieux comme Ochoa, se voyant en stars de cinéma comme narco Polo, ou voulant entrer dans la bonne société de la capitale comme Martin et Yvette Tapia, portrait saisissant d’un enfant tueur pris dans le tourbillon de folie, des hommes et de femmes qui basculent dans la haine ou la peur, et de magnifiques personnages féminins, dans tous les camps, vamps, victimes, bourreaux, manipulatrices et manipulées, incroyablement courageuses et terrorisées, inoubliables.

C’est aussi un hommage appuyé aux journalistes qui payent un très lourd tribut à cette guerre (c’est à eux tous qu’est dédié le roman), Oscar, Ana, Pablo … et également au peuple mexicain qui lutte, se révolte, manifeste, se relève, croit encore et toujours à la culture, à la démocratie et à la dignité, malgré l’immensité des malheurs qui l’accablent.

« Je parle pour ceux qui ne peuvent pas parler, les sans voix. J’élève la mienne, j’agite les bras et je crie pour ceux que vous ne voyez pas, que vous ne pouvez peut-être pas voir, les invisibles. Pour les pauvres, les faibles, ceux qui sont privés de droits, les victimes de cette prétendue « guerre contre la drogue », pour les quatre-vingt mille personnes assassinées par les narcos, par la police, par l’armée, par le gouvernement, par les acheteurs de drogue, par les marchands d’armes, par les investisseurs dans leurs tours étincelantes qui ont fait fructifier leur « argent nouveau » avec des hôtels, des centres commerciaux et des lotissements.

Je parle pour ceux qui ont été torturés, brûlés et écorchés vifs par les narcos, battus à mort et violés par les soldats, électrocutés et à moitié noyés par la police. (…)

Ce n’est pas une guerre contre la drogue.

C’est une guerre contre les pauvres.

Une guerre contre les pauvres et les faibles, contre les sans voix et les invisibles que vous voudriez balayer de vos rues comme ces déchets qui viennent salir vos chaussures.

Félicitations.

Vous avez réussi.

Vous avez fait le grand nettoyage. (…)

Je préfère être avec eux qu’avec vous.

Je suis sans voix désormais.

Je suis …» A vous de le découvrir.

Ah aussi, c’est un grand roman politique. Voilà … Lisez Cartel.

Don Winslow / Cartel (Cartel, 2015), Seuil (2016), traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

PS. Juste un petit truc. Don Winslow est un écrivain majeur, qui connaît sur le bout des doigts les affaires de drogue, de politique, la vie au Mexique etc … Par contre sur les satellites, il écrit n’importe quoi, c’est dommage.

Non on ne peut pas commander le survol d’une zone par un satellite. Un satellite a une orbite non modifiable (pas plus que celle de la lune). On peut par contre lui demander de prendre une image quand (et seulement quand) il passera au-dessus de la zone intéressante. Et on n’a pas besoin de demander l’autorisation du pays qu’on prend en photo, même si c’est un pays « ami ».

Non on ne peut pas reconnaître une personne à partir d’une image satellite (reconnaître un visage, si tant est qu’on le voie avec une vue prise à des centaines de kilomètres par-dessus, demande une résolution de quelques millimètres, non accessible). On peut tout au plus compter les gens qui sont sur la photo, pendant les quelques secondes que dure la photo …

Et non on ne peut pas capter une conversation depuis l’espace. Comme disait l’affiche d’un vieux film, « dans l’espace personne ne vous entend crier », parce qu’il n’y a pas d’air pour propager le son.

C’était la petite mise au point du casse-bonbons …

Sébastien Rutés et Juan Hernández Luna à quatre mains

J’ai repéré le billet chez Yan. Un roman écrit à quatre mains par Sébastien Rutés et le regretté Juan Hernández Luna, cela ne pouvait qu’exciter ma curiosité. C’est Monarques.

Rutes-LunaComment, en cette fin de 1935 Jules Daumier, jeune parisien, livreur de l’Humanité et Augusto Solís, illustrateur vivant à Mexico ont-ils pu entrer en contact ? Que viennent faire ici un nain fan de lucha libre (en France le catch), un bocal d’escargots, une mystérieuse espionne allemande (prétexte à la rencontre entre les deux hommes), des dignitaires nazis et Walt Disney, sur le point de réaliser son premier long métrage : Blanche Neige ?

Quelles répercussions l’agitation de ces personnages peut-elle bien avoir sur deux jeunes gens à la fin du XX° siècle ? Qu’est-ce donc que cette histoire de trésor ? Autant de questions insolites qui trouveront leur réponse dans Monarques.

Bien évidemment, on pense à Paco Ignacio Taibo II (qui d’ailleurs fait une brève apparition dans le roman). Comment pouvait-il en être autrement dans ce livre écrit à quatre mains par deux de ses amis, son compadre mexicain présent dans tant de ses livres, et son ami français, auteur d’une thèse sur son œuvre ?

La référence est une arme à double tranchant, de celles avec lesquelles on a vite fait de se couper si on la manie mal. Heureusement, les deux auteurs sont des experts. Ils manient la référence, jouent avec, sans qu’elle soit jamais écrasante.

C’est qu’on s’amuse beaucoup dans ce roman en trois parties.

La première, composée d’un échange de lettres entre Daumier et Solís, agrémentée des mots que le jeune français utilise pour communiquer avec sa mère sourde plante le décor, ou plutôt les décors, de chaque côté de l’Atlantique. Et présente les personnages, dont on suit les évolutions (y compris d’écriture) d’une lettre à l’autre. Première partie au style vif, particulièrement bien construite avec les ellipses créées par des échanges forcément fragmentaires : les lettres mettent du temps à aller d’un narrateur à l’autre, s’arrêtent souvent en plein suspense, mêlent deux lieux et deux actions qui n’ont, a priori, rien à voir. C’est virtuose et très réjouissant.

La seconde partie totalement rocambolesque est un mélange d’aventure avec femme fatale, un peu de Casablanca mâtiné d’Indiana Jones. Chasse au trésor, complots nazis, délires mystiques autour de Blanche Neige et de ses nains … Parfois un peu trop riche et chargé à mon goût, moins enlevé que la première partie, mais l’humour arrive à tout faire passer.

La troisième partie voit un nouvel échange, de mails cette fois, entre deux descendants des protagonistes de départ. Echange plus grave, retour sur les blessures encore visibles de l’histoire de ce XX° siècle. Mais échanges là encore agrémentés par des considérations assez drôles sur la symbolique de ce fameux Blanche Neige, avec même l’apparition de … Shreck ! Et toujours, en toile de fond La femme fatale, la Princesse putain autour de qui tout le roman tourne.

L’ensemble est cohérent, virtuose, jouissif et réussit à être à la fois un hommage à la culture populaire et un ouvrage érudit. Sébastien Rutés a malheureusement dû terminer le travail commencé avec son ami, décédé en 2010. Il ne pouvait pas mieux honorer sa mémoire.

Sébastien Rutés et Juan Hernández Luna / Monarques, Albin Michel (2015).

Deux films en deux jours !

Incroyable, cela doit faire 15 ans que ça ne nous était pas arrivé, nous sommes allé deux fois au cinéma en un week-end ! Avec un très bonne pioche, et un film qu’on peut éviter. Mais deux films quand même, les affaires reprendraient-elles ?

Le film qu’on peut éviter (ou attendre de voir à la télé), c’est Un homme irrationnel de Woodie Allen. Franchement, on ne peut pas lui reprocher grand chose mais il est très très léger. Aussi superficiel (à mon goût) que le monde académique américain qu’il décrit. L’idée de départ, à défaut d’être absolument originale, aurait pu être amusante : un prof de philo qui déprime retrouve le goût de la vie quand, surprenant une conversation, il décide de supprimer un nuisible qui pourrit la vie de pauvre gens. Et il commettra le crime parfait, parce qu’il n’est pas n’importe qui merde quôâ!

Rajoutez la belle étudiante forcément amoureuse, et vous avez une intrigue où on devine tout à l’avance, et qui, contrairement à ce qui est écrit sur l’affiche, n’a absolument rien de cynique, puisque la morale triomphe, et triomphe un poil lourdement avec la voix off de la donzelle en conclusion du film.

Bref, très évitable. Ce que j’ai préféré, finalement, c’est la découverte du Ramsey Lewis Trio, superbe bande son. Sinon, je suis persuadé que le même film signé par un français et se déroulant dans une école privée de luxe serait passé complètement inaperçu. Un film pour le dimanche soir à la télé.

Sicario afficheLa claque c’est Sicario du canadien Denis Villeneuve.

Une agent du FBI, révoltée par les crimes des cartels de la drogue mexicains accepte d’être détachée dans une force inter … Inter quoi d’ailleurs ? Première mission, aller récupérer le numéro trois d’un des cartels à Ciudad Juarez, où il attend en prison d’être extradé. Le retour très mouvementé vers El Paso la met immédiatement face à un choix : avec cette équipe, la légalité semble une notion très flexible, et on lui dira le minimum (voire moins) sur les véritables buts de l’équipe. Doit-elle continuer, même si elle a l’impression, justifiée, de se faire balader ?

Sicario 02

Putain de film, porté par trois acteurs au sommet. Emily Blunt arrive à exister, avec un rôle difficile (celui de la naïve qui ne comprend rien à ce qu’on veut d’elle, ni à ce qui lui arrive), face à deux monstres : Josh Brolin (que je ne connaissais pas, mais ça fait 15 ans que je ne vais presque plus au ciné), qui passe instantanément du glandu à la Big Lebowski à un mec très inquiétant, et Benicio del Toro … Ben comme d’habitude. Une grenade dégoupillée, qui peut vous péter à la figure n’importe quand. Je crois que seul un autre monstre, Javier Bardem peut donner cette impression de puissance à la fois fascinante et effrayante.

Sicario 01

Ajoutez un sens de la mise en scène superbe, des séquences d’actions très réussies, de magnifiques plans sur le désert ou la ville de Ciudad Juarez, et un discours très cru qui ne cache aucune réalité, ne fait aucun cadeau ni à la corruption mexicaine, ni aux saloperies américaines, et un final noir à souhait … un vrai régal ! Du cinéma grand écran qui vous fait dire que ça valait le coup d’aller dans une bonne salle, avec grand écran et bon son (parce la bande son aussi est impressionnante).

Sicario 03

Je vais donc essayer de retourner rapidement au ciné !

Une belle nouvelle de Jeffery Deaver

Jolie nouvelle publiée par Ombres Noires : Châtié par le feu de Jeffery Deaver.

DeaverEvans et Diaz, un américain et un mexicain. Ils se retrouvent à Hermosillo, capitale du Sonora, au nord du Mexique. Ils sont là pour assassiner, pour le compte de leurs gouvernements respectifs, Alonso Maria Carillo, dit Cuchillo, chef d’un des cartels les plus craint de la zone. Le problème est que Cuchillo est très intelligent et très méfiant, qu’on n’est même pas certain à 100 % qu’il ne soit pas un simple homme d’affaire prospère, et qu’il n’a aucun point faible. Sinon peut-être son amour immodéré pour les livres rares.

Cuchillo, de son côté, sait qu’on en veut à sa vie, sa vie d’honnête homme d’affaire. Alors, qui est chasseur, qui est chassé ?

On ne peut pas reprocher à cette nouvelle d’être vite lue, elle a le format idéal, qui colle avec l’histoire racontée. Dans un cadre qui est malheureusement devenu familier (à savoir les horreurs perpétrées par les cartels mexicains), Jeffery Deaver écrit un modèle de nouvelle : Tout est dit, les informations nécessaires sont distillées, il n’y en a pas en trop, et le lecteur doute jusqu’à la dernière phrase : El Cuchillo est-il un salaud ou non ? Quelle est le plan des deux tueurs ? Seront-ils démasqués ?

Le suspense et les coups de théâtres sont parfaitement amenés, un pur plaisir. Alors c’est vrai, c’est court, mais c’est la bonne longueur pour la bonne histoire. Chapeau.

Je ne connaissais pas cet auteur, est-il aussi bon dans ses œuvres longues ? Quelqu’un ici le connaît-il ?

Jeffery Deaver / Châtié par le feu (An acceptable sacrifice), Ombres Noires (2015), traduit de l’anglais (USA) par Périnne Chambon.

James Carlos Blake, La loi des Wolfes

C’est le premier roman de James Carlos Blake que je lis qui se déroule de nos jours. S’il change d’époque, on reste entre Mexique et USA dans La loi des Wolfes.

BlakeDans la famille Wolfe on est trafiquant, de tout ce qui se trafique, de père en fils, et de mère en fille. Installés des deux côtés de la frontière entre le Mexique et les US ils trempent dans tous les trafics possibles et imaginables. Un avenir exaltant pour le jeune Eddie Gato Wolfe, mais un avenir qui se heurte à une règle inflexible du clan : Chez les Wolfe, on croit aux bienfaits de l’éducation, et il est hors de question de se lancer dans les affaires avant d’avoir obtenu un diplôme universitaire. Comme le jeune Eddie est têtu il « fugue » et va se louer comme garde du corps dans un des nombreux, et tristement célèbres cartels mexicains. Malheureusement, Eddie est têtu et imprudent, et pour les beaux yeux de Miranda, il tue un des chefs du cartel. Le voilà en fuite vers le Texas, avec une horde d’assassins aux trousses. Et bien trop orgueilleux pour demander l’aide du clan.

Un James Carlos Blake étonnant, assez atypique par certains côtés, fidèle à lui-même par d’autres.

On retrouve la violence, les relations familiales parfois complexes mais solides, l’Histoire racontée à travers l’histoire du crime. Comme toujours, dans La loi des Wolfe, il y a bien entendu une histoire très solide et fort mouvementée, mais aussi un tableau plus vaste. Un portrait de la frontière, de l’inutilité du mur construit entre USA et Mexique qui ne sert, finalement, qu’à enrichir les passeurs de toute sorte mais ne freine pas ceux qui n’ont d’autre choix que de traverser pour ne pas mourir de faim ; un Mexique complètement gangréné par l’argent et la puissance des narcos ; et les quantités d’argent colossales qui se gagnent aux limites de la légalité des deux côtés de la frontière avec ces trafics. Toujours aussi un côté western et grands espaces, même si l’action se passe de nos jours.

Mais atypique aussi, plus rapide, moins dense que certaines autres œuvres, mois lyrique. Un roman qui m’a fait penser à du Peckinpah. Montage alterné très efficace, scènes courtes, personnages croqués en quelques lignes, et après, attention les yeux, ça déménage … Un vrai plaisir, à déconseiller peut-être à ceux qui n’aiment pas trop les polars débordants de testostérone. Bien que l’un des personnages les plus étonnants soit une petite mamie, una abuelita, qui ne sort pas de sa maison … Pour les amateurs de Peckinpah, je confirme.

James Carlos Blake / La loi des Wolfe (The rules of Wolfes, 2013), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’américain par Emmanuel Pailler.