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Un roman intrigant

Voilà un livre qui me laisse un peu flottant, ni convaincu, ni complètement déçu. Pour tout dire, je ne sais trop quoi en penser. Chaque homme, une menace de l’américain Patrick Hoffman.

HoffmanQuel est la lien entre Raymond Gaspar, petit truand chargé, juste à sa sortie de prison, de superviser certaines affaires du ponte qui l’a protégé pendant son séjour à l’ombre ; Semion et Isaak, deux israéliens patrons de boites de nuit à Miami qui profitent de leur situation pour traficoter gentiment tout en restant sous les radars ; Moisey Segal, une vague connaissance des deux précédents vivant à Bangkok ; Vanya Rodriguez, alias Candy Hall-Garcia, alias pas mal d’autres, belle plante ; et un chargement de quelques tonnes de came sur le point d’arriver à San Francisco ? Il vous faudra lire Chaque homme, une menace jusqu’au bout pour le savoir.

Je suis passé par tous les états (états de lecteur, n’exagérons rien) pendant cette lecture. Au début, incompréhension et un peu d’ennui, au point d’avoir failli abandonner pendant la première des 5 parties. Comme le personnage de Raymond Gaspar, on ne comprend rien à ce qui est en jeu, et la narration assez elliptique n’aide pas. Ce qui n’aide pas non plus c’est que les personnages sont peu creusés, et qu’on n’arrive pas trop à s’intéresser à ce qui leur arrive.

Ceux que l’on croise ensuite sont un peu mieux définis, leur histoire un peu plus claire, et on commence à se prendre au jeu. Et puis, peu à peu, on entrevoit des liens entre les différents protagonistes présentés au long des 5 parties du roman (courtes les 5 parties, le roman fait 300 pages).

Et au final, même si certains aspects me semblent un poil tirés par les cheveux, il faut reconnaître que l’on reste assez bluffé par le puzzle qu’a construit l’auteur, et la construction tordue qu’il a mise en œuvre pour perdre son lecteur jusqu’à la cinquième et dernière partie où tous les fils se rejoignent.

Donc on referme le bouquin, beaucoup plus satisfait que pendant les 50 premières pages. Il faut aussi dire que si la lecture est au final distrayante, ce n’est pas non plus un roman exceptionnel, aucun personnage ni aucune scène ne resteront gravés dans ma mémoire, et je risque de l’avoir oublié assez rapidement. Pour les amateurs de constructions tordues essentiellement.

Patrick Hoffman / Chaque homme, une menace (Every man a menace, 2016), Série Noire (2019), traduit de l’anglais (USA) par Antoine Chainas.

Don Winslow : parfait une fois de plus

Don Winslow ne peut pas écrire que La griffe du chien ou Cartel, entre il a bien besoin d’une respiration, et ses lecteurs aussi. Alors il nous offre d’excellents romans, de purs moments de lecture jouissive, comme ce Missing : Germany.

WinslowVous vous souvenez peut-être de Frank Decker, ex Marine, ex flic, qui avait tout laissé tomber dans Missing : New-York pour retrouver une gamine disparue. Cette fois encore il s’agit de retrouver quelqu’un. Charles Sprague, troisième du nom ne devrait rien avoir en commun avec Frank : héritier d’une famille richissime de Miami, milliardaire du secteur de la construction. Mais Charles Sprague était en Irak avec Franck, il lui a sauvé la vie, et est revenu avec la moitié du visage brûlé.

Contre tout attente, il a épousé Kim, ancienne modèle, incarnation de la beauté américaine hollywoodienne. Et Kim a disparu, un soir. Elle est allé dans son centre commercial préféré, on a retrouvé sa voiture, plus aucune nouvelle d’elle. Alors Frank va faire ce qu’il fait de mieux, fouiller le passé et le présent, mettre à jour les pires secrets, et retrouver Kim. Coute que coute.

Que c’est bon ! Certes ce roman n’a pas l’ampleur et la puissance de Cartel, mais qu’il est jouissif ! Que c’est bon de voir un maître s’emparer de ce que le polar peut avoir de plus classique pour le mettre à sa sauce et embarquer son lecteur.

Car quoi de plus classique qu’un privé qui recherche une femme disparue et, de fil en aiguille, met à jour de vilains secrets que personne ne voulait voir ressurgir ? Rien. Si peut-être l’arrivée d’une femme fatale. D’ailleurs là aussi il y a des femmes fatales. Classiquissime donc, mais quand c’est pris en main par un conteur comme Don Winslow c’est le pied total.

C’est aussi bon qu’un Elmore Leonard, on retrouve une maîtrise des dialogues, et une écriture qui font paraître tout si facile, si évident, alors que c’est la marque des grands, des très grands même.

Et quand au détour d’une phrase on lit : « J’ai vu pas mal de choses dans les couloirs de la mort. Il y en a une que je n’ai encore jamais vue : c’est un homme blanc et riche. » on s’aperçoit que, sous couvert de vous faire prendre un immense plaisir de lecture, de vous scotcher à votre bouquin, Winslow ne renonce pas à décrire le monde tel qu’il est, malheureusement.

Donc, à lire, sans faute.

Don Winslow / Missing : Germany (Missing : Germany, 2017), Seuil (2018), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.

Nick Stone parmi les très grands

Voici donc le second roman de l’anglais Nick Stone traduit à la série noire. Voodoo land nous ramène une vingtaine d’années avant Tonton Clarinette, à une époque où Max Mingus était encore flic à …

Miami, début des années 80. L’arrivée massive de la cocaïne a transformé une paisible ville de retraités en une des villes les plus violentes des USA. L’occasion pour certains flics de se sentir investis d’une mission. C’est le cas de Eldon Burns, chef de la Miami Task Force, l’unité d’élite de la police locale. Pour lui tout est bon pour éradiquer le crime … et plaire aux politiques. Preuves trafiquées, tabassages, exécutions sommaires, corruption, pactes avec certains truands … Eldon veut à tout prix devenir Le Flic de la ville.

Sous ses ordres, Max Mingus, ancien boxeur, flic borderline typique et Joe Liston, son coéquipier, qui accepte de moins en moins certains débordements. Quand ils se retrouvent à enquêter sur le meurtre d’un haïtien ils ne se doutent pas qu’ils vont se trouver au centre d’une affaire qui va les déborder complètement et que leur vie et leur santé mentale vont être en danger.

A propos de Tonton Clarinette j’écrivais ceci : « Voilà ce que j’appellerais un bon polar, solide, sérieux, bien fichu, bien meilleur qu’un simple thriller, car en plus d’être bien construit avec tous les ingrédients du thriller, il nous plonge dans un monde que nous ne connaissons pas, mais sans cette étincelle, ce … truc, très difficile à définir, qui fait que des romans comme Versus ou La griffe du chien sont d’une autre nature, d’un autre niveau. » (désolé de me citer  …). Avec Voodoo Land Nick Stone saute le pas et écrit un roman hors norme, extraordinaire, dans le sens premier du mot.

Tonton Clarinette nous plongeait au cœur de la violence et de la corruption en Haïti, Voodoo Land  s’attaque à la communauté haïtienne (qu’il connaît bien) à Miami. Au travers de ses branches criminelles. Et ça secoue salement ! Avec une intrigue millimétrée, une écriture survoltée, l’analyse de l’immigration cubaine et haïtienne à Miami, des allusions au soutien américain à la dictature haïtienne, il livre là un très grand roman, d’une ampleur et d’une richesse étonnantes.

Nick Stone se paye le luxe d’attaquer avec une scène hallucinante, et réussit à ne jamais laisser retomber le soufflé jusqu’à l’apocalypse finale. Un véritable tour de force.

Et ce n’est pas le seul. Ses références sont, excusez du peu, La griffe du chien de Don Winslow (remercié à la fin de l’ouvrage) et James Ellroy (cité également au détour d’une phrase). Si le lien avec Winslow est ténu, le roman traite du trafic de drogue et du soutien politique des USA aux pires dictatures des années 80, c’est surtout du côté d’Ellroy et de ses personnages qu’il faut chercher une influence. Eldon Burns est le digne pendant de Dudley Smith, pourri jusqu’à la moelle, impitoyable et mortel, et Max Mingus est un héros typiquement ellroyen, flic pas vraiment net, au bord de la folie et de la pourriture, sauvé par l’amour rédempteur d’une femme.

La grosse difficulté quand on est jugé à l’aune de tels monstres, c’est qu’on risque de souffrir de la comparaison. Il n’en est rien. Voodoo Land tient le choc et classe Nick Stone parmi les très grands.

Nick Stone / Voodoo land (King of swords, 2007), Série Noire (2011), traduit de l’anglais par Samuel Todd.

Glitz d’Elmore Leonard

Rivages continue à rééditer les romans d’Elmore Leonard. Merci Rivages. Glitz était précédemment paru aux Presses de la Cité sous le doux titre de : Le jeu de la mort.

Vincent Mora est flic, à Miami. Mais pour l’instant il se trouve en convalescence à Porto Rico, après s’être fait tirer dessus par un voleur mal inspiré ayant tenté de lui prendre son portefeuille. Ce qui n’aurait dû être qu’un séjour tranquille devient un peu mouvementé quand il s’aperçoit que Teddy Magyk, qu’il avait arrêté pour le viol et le meurtre d’une vieille femme, se trouve à Porto Rico et semble en avoir après lui. Teddy qui fait une fixation, et veut absolument abattre Vincent. Tous les moyens seront bons. L’affrontement se déplace vite à Atlantic City, ville de casinos, avec le bon goût, les truands et les pigeons que cela implique. Teddy apprendra, à ses dépends, que ce n’est pas si facile de que ça de descendre Vincent Mora.

Comme je suis un peu fatigué par un rude week-end frontignanais, j’ai très envie d’être bref quoique complet. Cela donnerait : Du pur Leonard.

Pour ceux qui connaissent déjà, cela devrait suffire. Mais comme je suis un garçon consciencieux, et respectueux envers ceux qui prennent la peine de perdre quelques minutes de leur précieux temps à lire mes élucubrations, je vais développer, un tout petit peu.

Du pur Leonard, cela se décline de la façon suivante : Intrigue au cordeau, dialogues ciselés, superbe galerie de cinglés, regard amusé sur la vulgarité et la bêtise des truands, ici liés aux casinos, style vif et drôle, scènes visuelles et dynamiques … Du pur Leonard donc, avec son humour, son amour des personnages, et cette facilité apparente qui pourrait laisser croire que c’est facile d’écrire comme ça. Ce qui serait, bien entendu, une grave erreur.

D’ailleurs, il n’y a qu’un Elmore Leonard.

Comme je suis vraiment très consciencieux, j’ai cherché ce que signifie Glitz : Clinquant, tape à l’œil, d’un luxe tapageur (et pas forcément de bon goût). Comme ça, j’ai appris quelque chose aujourd’hui.

Elmore Leonard / Glitz  (Glitz, 1985), Rivages noir (2008). Traduction de l’américain par Fabienne Divigneau.