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L’agence

J’avais été diversement convaincu par les deux précédents romans que j’avais lus du sud-africain Mike Nicol. Le dernier, L’agence est un bon cru.

NicolUn colonel, qui fomenterait un coup d’état en Centrafrique est abattu alors qu’il sort de l’église au Cap.

Vicky Khan, ancienne avocate récemment entrée dans l’espionnage sud-africain est envoyée pour sa première mission : rencontrer à l’aéroport d’Amsterdam une jeune femme qui a des informations pour son chef, le très britannique Henry Davidson, et la convaincre de rentrer au pays. Elle doit ensuite aller à Berlin rencontrer un vieil espion de la guerre froide qui aurait des révélations sur sa tante disparue pendant les luttes des années 80.

Fish Pescado, surfeur par vocation, privé pour manger, l’amant de Vicky est lui contacté par l’épouse du colonel abattu pour trouver les coupables, il a été recommandé par un mystérieux espion, qu’il a croisé par le passé, Mark Velaze.

Un sacré sac de nœuds, dans lequel tous les membres de l’Agence ne semblent pas jouer dans le même camp. Et au-dessus de la mêlée, le Président du pays, élu et réélu sans fin, s’est construit un empire, et vit dans un palais, entouré de courtisans pendant que son fils trempe dans des magouilles plus ou moins sinistres. Jusqu’à ce que tout ça explose.

Comme le laisse peut-être entendre ce petit résumé, mieux vaut attaquer ce roman avec l’esprit libre et un peu de temps devant soi. Si vous lisez un chapitre chaque soir vous risquez d’être un peu perdus. Mais sinon ça marche très bien.

Mike Nicol a un réel talent de conteur, on se fait bien embarquer dans une histoire à rebondissement, menée sur un beau rythme, pleine de suspense, au style vif. Les dialogues fonctionnent bien, les personnages principaux sont intéressants et on imagine qu’on sera amenés à le revoir un de ces quatre.

Le tout brosse un tableau guère reluisant de corruption, de pouvoir absolu construit sur les légendes de la lutte anti apartheid, de magouilles plus ou moins, sanglantes, plus ou moins sordides avec les pays du continents … le grand Nelson Mandela n’a pas fini de se retourner dans sa tombe.

Bref on bon cru, un peu complexe dans son histoire mais suffisamment bien mené et addictif pour embarquer le lecteur attentif.

Mike Nicol / L’agence (Agents of the state, 2016), Série Noire (2019), traduit du l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Esch.

Emballé par Mike Nicol

Je n’avais pas été totalement convaincu par Killer country de Mike Nicol, mais aussi c’était le second volet d’une trilogie dont je n’avais pas lu le premier. Donc j’ai voulu lui donner une nouvelle chance (ou plutôt me donner une nouvelle chance) avec Du sang sur l’arc-en-ciel. Bien m’en a pris.

NicolFish Pescado est un privé surfeur du Cap, un personnage à la Don Winslow : plutôt cool, pas un forcené de boulot, plus amateur d’herbe, de vagues et d’une bonne bière avec un pote que de filatures ou de recherches poussées sur internet … L’un dans l’autre, il est satisfait de sa vie, même si là, son compte en banque est vraiment à sec.

Il accepte une affaire obtenue par l’intermédiaire de sa belle, Vickie, avocate dans un grand cabinet : il s’agit de voir comment un jeune homme c’est retrouvé dans le coma, percuté par une voiture lors d’une course clandestine. Le problème est que le coupable est très bien protégé, fils d’un proche du pouvoir. Un personnage louche au passé trouble : si sa légende le présente comme un farouche combattant de l’anti apartheid, il a, en son temps, joué un double jeu, et été proche des escadrons de liquidation du régime raciste.

En bref, Fish et Vickie vont se retrouver au milieu d’un nid de crotales.

J’ai retrouvé ici ce que j’avais aimé dans Killer country (dialogues très réussis, pas d’angélisme et une noirceur assumée sans chevalier blanc et une écriture qui claque), mais je n’y ai pas retrouvé les « défauts » que je reprochais à l’autre, à savoir une intrigue vraiment trop elliptique (peut-être due au fait que je n’avais pas lu le premier) et des personnages un peu trop squelettiques.

Du coup je suis emballé. Par tous les personnages, ce nouveau privé bien entendu, sa copine, ses rapports assez drôles avec sa mère, mais aussi par tous les personnages secondaires qui prennent vie : pourris, ambitieux, victimes, courageux, faibles, lâches, traitres, fidèles, forts, honnêtes … et parfois tout cela à la fois ou successivement, ce sont de vrais personnages.

L’intrigue est parfaitement menée, avec des retours dans le passé intrigants mais dont on devine, peu à peu, le rapport avec l’histoire présente, jusqu’aux dernières révélations.

Et le portrait d’un pays qui, passé le grand moment de la fin de l’apartheid, maintenant que la légende Mandela n’est plus, veut se construire, ou confirmer des mythes fondateurs, et doit donc à tout prix cacher tout ce qui ne cadre pas avec la nouvelle histoire officielle.

Tout cela est à la fois passionnant historiquement et extrêmement prenant dans le déroulement de l’intrigue et dans la construction des personnages.

Emballé donc. Vivement le prochain.

Mike Nicol / Du sang sur l’arc-en-ciel (Of cops and robbers, 2013), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Esch.

Mike Nicol, Killer Country

Je ne sais pas comment je me suis débrouillé, mais j’ai raté La dette, le premier roman traduit du sud-africain Mike Nicol. Je me rattrape avec Killer Country.

Nicol-Killer-CountryRevoilà Mace et Pylon, les deux anciens trafiquants d’armes (du temps de l’apartheid), reconvertis dans la sécurité. Leur fond de commerce : accompagner pendant leur séjour des étrangers effrayés par la violence de la délinquance sud-africaine. Fatigués de cette activité, et soucieux de préparer leur avenir, ils décident d’investir des fonds pas totalement légaux dans un projet de golf en banlieue du Cap. Malheureusement pour eux, Obed Chocho, proche du pouvoir et encore pour quelques jours en prison pour un certain nombre de malversations est aussi sur le coup. Et Mr Chocho a une idée assez brutale de la compétition en affaire. C’est comme ça que Mace et Pylon vont avoir à faire avec Spitz, un tueur à gage aussi discret qu’efficace. Derrière ces manœuvres se cache Sheemina, une avocate qui a de vieux comptes à régler avec les deux hommes.

J’avoue ne pas avoir été totalement convaincu par Killer Country. Pas complètement déçu non plus. Mitigé.

J’aime beaucoup la sécheresse du style et l’âpreté du propos. Pas de politiquement correct ; ici, pas de gentils, des rapports de force, une situation sud-africaine décrite dans toute sa dureté et sa noirceur.

Mais cette sécheresse va tellement loin que j’ai eu du mal à m’intéresser aux personnages qui à mon goût manquent de chair. Ce qui désamorce pas mal les situations de suspense et de drame. De même, je n’ai pas bien saisi les motivations des uns et des autres, et du coup certaines scènes, ou certains rebondissements m’ont paru superflus, voire incongrus.

Peut-être ai-je souffert de ne pas avoir lu le premier. Peut-être certaines choses sont-elles plus claires alors. Mais j’avoue ne pas avoir été convaincus par certains ressorts de l’intrigue, ou certaines attitudes ou actions des différents personnages.

A côté de ça, j’aime beaucoup dialogues, qui ne sont pourtant pas ce qu’il y a de plus facile à réussir, et particulièrement ceux entre Mace et Pylon.

Au final une impression mitigée, par moment j’accrochais, à d’autres j’étais un peu perplexe, voire dubitatif … La dette ayant plutôt eu un bon écho dans les blogs, je suis curieux d’avoir vos retours sur ce second volume.

Mike Nicol / Killer Country (Killer Country, 20103), Ombres Noires (2014), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.