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Viper’s dream

Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas de nouvelles de Jake Lamar. Il revient avec Viper’s dream.

Dans les années 30, le jeune Clyde Morton quitte l’Alabama pour New-York, sa trompette sous le bras. Il est persuadé qu’il a du talent et que c’est là qu’il doit aller pour le faire reconnaître. La désillusion est rapide et cruelle, il est nul.

Trente ans plus tard, Clyde Viper Morton qui a tué pour la troisième fois passe ce qui pourrait bien être sa dernière soirée chez la baronne Pannonica, légendaire mécène des jazzmen. Il est richissime, craint de Harlem à los Angeles, fournisseur d’herbe de tous les musiciens et bien au-delà. Il se souvient de ces trente années, de l’évolution du jazz, de New-York et de Harlem, de la déferlante de l’héroïne …

Un roman court, concis, qui dresse le portrait de Viper, certes, mais surtout de Harlem et du jazz entre les années 30 et le tout début des années 60. Je ne vous le vendrai pas comme le roman de l’année, l’auteur fait le choix de prendre une certaine distance et de nous faire tout revivre au gré des souvenirs de son personnage. Mais pour qui s’intéresse au jazz, c’est passionnant de voir l’évolution de cette musique, mais également celle de son public, de voir les plus grands clubs quitter Harlem pour se rapprocher de la clientèle blanche, d’assister aux ravages de l’héroïne, à l’arrivée du bebop, de passer une soirée chez la mythique Panonica en compagnie de Monk, Miles et les autres …

Une belle histoire, racontée par un personnage haut en couleur et dominée par une figure de femme fatale. Que demander de plus quand on aime le polar et le jazz ?

Jake Lamar / Viper’s dream, (Viper’s dream, 2021), Rivages (2021) traduit de l’anglais (USA) par Catherine Richard-Mas.

87° District, fin.

Et voilà donc la fin.

Cash cash : Nous sommes entre Noël et le nouvel an. Voilà qui ne pas aider Steve Carella et ses collègues qui se heurtent à beaucoup de bureaux fermés. Cerise sur le gâteau, ils sont obligés de travailler avec le gros Ollie qui, en plus d’essayer d’apprendre à jouer Night and day au piano, a décidé de devenir auteur de polars. Et voilà comment les choses ont commencé : le corps d’une jeune femme, nue, est découvert en morceaux, bouffé par les lions du zoo. Manque de chance, si le corps est dans la partie du 87° de la fosse aux fauves, une jambe se trouve dans le 88°, d’où la présence du délicieux Ollie. Ajoutez le représentant d’une petite maison d’édition qui se retrouve abattue d’une balle dans la tête et mis dans une poubelle. Entre autres, et vous voyez que les flics du 87° ne vont pas passer de très bonnes vacances de Noël. Humour garanti comme chaque fois qu’apparaît leur cher collègue du 88°, mais également une construction impeccable, l’apparition de terroristes affiliés à Al Qaïda et une confrontation inédite avec … mais n’en disons pas plus, un excellent épisode.

Roman noir est, en partie, une très malicieuse mise en abime. Sachez que le héros en est l’abominable Gros Ollie. Un politicien est assassiné dans son district, mais il vivait en bordure du 87°, donc il va avoir l’aide de Kling et Carella. Mais le pire est qu’on a volé à Ollie, dans sa voiture, sa sacoche, avec l’unique exemplaire du grand roman policier qui va faire sa renommée. Décidément, Week n’a pas de chance avec ses aspirations artistiques. Il ne dépasse pas la première mesure de Night and Day au piano (trois fois la même note), et on lui vole son chef d’œuvre. Qui aura, vous verrez, un destin extraordinaire. Enormément d’humour, l’apparition d’internet et d’Amazon, des allusions au terrorisme, mais aussi au racisme, Ed McBain continue à être le témoin talentueux, très talentueux de son époque.

Le frumieux bandagrippe commence sur le yacht loué par la maison de disque Bison Records et son patron Barney Loomis pour lancer la carrière de leur prochaine diva de la pop Tamar Valparaiso. Le but, étourdir les invités, leur faire apprécier le talent et la plastique de la très jeune te très belle Tamar et lancer son premier single Bandagrippe sur toutes les télé et radios qui comptent. Le coup de pub va aller bien au-delà de ce qui était espéré quand deux hommes font irruption sur le bateau et enlèvent la future star. Un épisode très drôle qui nous offre une peinture au vitriol du monde de la musique, des mécanismes de fabrication d’une star, mais aussi des multiples plateaux télé et de la façon la plus putassière qui soit de rechercher l’audience. Coup de griffe au passage aux nouvelles méthodes d’enquête qui misent tout sur la technologie et oublient le boulot de flic de la bande de Steve Carella traité (pas longtemps), comme un larbin par les stars du FBI. Un très bon épisode d’un auteur qui n’a rien perdu de sa verve. Et aussi étonnant que cela puisse paraitre on y trouve un Ollie Week très gentleman.

Jeux de mots voit le retour du Sourd. Qui comme d’habitude envoie des énigmes aux balourds du 87°. Anagrammes, extraits de pièces de théâtre, codes, tout va y passer pour les faire tourner en bourrique. Ils détestent le Sourd qui s’y entend pour leur faire comprendre qu’ils sont des idiots, et que, quoi qu’ils fassent, il volera ce qu’il voulait voler, et tant pis pour les cadavres qui pourront s’accumuler en chemin. Encore une preuve du savoir-faire incroyable du maestro d’Isola. Le rythme, le « montage » des différentes scènes, la montée du suspense sont absolument remarquables, toujours avec la même économie de moyen. A noter que pour la première fois Steve Carella se fait aider par son fils qui va lui montrer ce qu’on peut trouver en ligne avec un ordinateur.

Et on termine, la larme à l’œil, avec Jouez violons. Que peuvent bien avoir en commun un violoniste aveugle, une belle femme, la cinquantaine, représentante en produits de beauté, un prêtre et quelques autres ? Rien apparemment, sinon qu’ils sont tous abattus avec la même arme. Un sacré casse-tête pour le 87°. Qui heureusement (?) va recevoir l’aide inestimable du gros Ollie qui fait un régime et serait en train de tomber amoureux ? Et voilà, c’est la fin. Une fin frustrante, on aimerait vraiment savoir comment allait se poursuivre la vie de l’incontournable Ollie. Et comment Steve allait se débrouiller avec les problèmes avec son ado de fille. Et la vie amoureuse de Bert. Et comment allait évoluer Isola, à quels crimes, changements, beautés, bouleversement … Elle allait être soumise.

Mais voilà, Steve, Meyer, Art, Bert et les autres sont à jamais coincés en 2006, et nul doute qu’ils continuent à y traquer le crime, à aimer, pleurer, rire et compatir. Adieu à toute la bande, vous m’aurez offert tant d’heures de bonheur.

Ed McBain / 87° District volumes 51 à 55 :

(51) Cash cash (Money money money, 2001), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.

(52) Roman noir (Fats Ollie’s book, 2002), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(53) Le frumieux bandagrippe (The frumious bandersnatch, 2004), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(54) Jeux de mots (Hark !, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(55) Jouez violons (Fiddles, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

Serial Bomber

J’avais besoin d’une lecture facile, un bouquin dont les pages tournent toutes seules et qui ne sollicite pas trop les neurones. Mais bien fait quand même. Ca existe, j’ai trouvé. Le dernier thriller de Robert Pobi, Serial Bomber a très bien fait l’affaire.

Une société avait privatisé le Gunggenheim de New York pour son lancement en bourse. Tout le gratin de l’économie, de la finance  … Plus de 600 personnes. Toutes carbonisées dans une explosion parfaitement maîtrisée. On imagine le chaos, la pression sur le FBI, l’emballement médiatique, le monceau de stupidités sur les réseaux sociaux.

Brett Kohoe, FBI, en charge de Manhattan n’a d’autre solution que de se tourner vers Lucas Page. Ancien de la maison, génie des maths, astrophysicien, il a un talent hors norme pour faire parler les chiffres. Et quand on des centaines de dossiers à étudier pour trouver des corrélations, c’est bon d’avoir un génie sous la main. Bien qu’il ait juré à sa famille de ne pas y retourner, Page ne peut s’empêcher d’accepter.

Je ne suis pas devenu un fan de thrillers, et je ne vais pas essayer de vous dire que celui-ci révolutionne le genre. Mais il fait le boulot.

Robert Pobi a dû, comme beaucoup d’américains, être traumatisé par les années Trump, et les tombereaux de conneries sidérales qui se sont échangées sur le net. Il déteste les complotistes et autres abrutis, ne porte dans son cœur ni les media (en particulier télévisuels), ni la connerie largement diffusée sur les réseaux sociaux. Et comme il a le sens de la formule, et que son personnage a la dent particulièrement dure, c’est souvent très drôle.

Je retiendrai comme exemple ces imbéciles qui pour résister à l’emprise de la technologie, jettent leurs téléphone dans un brasier et meurent très connement à l’explosion de la batterie. Ou encore mieux, ceux qui créent des groupes facebook ou instagram pour promulguer la fin de l’utilisation des réseaux sociaux …

A cela ajoutez un sens du rythme aussi affuté que son sens de la formule, des chapitres courts et incisifs, et vous passerez un très bon moment en compagnie de Lucas Page.

Robert Pobi / Serial Bomber, (Under pressure, 2020), Les arènes/Equinox (2021) traduit de l’anglais (USA) par Mathilde Helleu.

87° District de 46 à 50

Avant dernier groupe de 5, ça sent la fin.

Veille de Noël au 87° District c’est de la triche, juste une nouvelle illustrée de 1984. Juste quelques pages pour décrire le chaos des dernières heures du réveillon de Noël au commissariat. Court, très drôle, un sens du dialogue toujours époustouflant et une chute digne des meilleurs. Un bonbon.

McBain-47C’est le numéro 47, Romance, qui prend vraiment la suite du 45. Romance est d’après tous ceux qui la connaissent, hormis son auteur, une assez mauvaise pièce de théâtre. Qui n’a aucune chance d’être montrée hors de la petite salle où elle est montée. Le metteur en scène, les acteurs, les producteurs, tous sont d’accord. Même l’actrice principale, fort belle mais pas très bonne actrice le pense. Quand elle reçoit des menaces de mort, comme le personnage qu’elle joue dans Romance, elle va porter plainte au 87°. Puis elle est poignardée dans la rue, sans grands dommages … Bienvenue dans le monde du théâtre, vous saurez tout sur le montage d’une pièce, son coût, ses vicissitudes. Quand je disais qu’en lisant la série on saurait tout sur la vie à New York dans la seconde moitié du XX° siècle.

Nocturne commence par la découverte de deux cadavres : Une petite vieille et un chat, dans un appartement gelé. La dame se révèle avoir été une grande pianiste internationale, tombée dans l’oubli. Le même soir, une prostituée trouve la mort. Et tout cela va bien entendu arriver dans les mains de Steve et ses collègues. Un épisode très sombre, glacé comme la température, mais son sans humour. Avec l’apparition des répondeurs automatiques insupportables dans l’administration, vous savez, si vous souhaitez truc, tapez 1 si … Et comment cela peut finir par un meurtre.

McBain-49La ville sans sommeil s’ouvre sur la découverte du cadavre d’une jeune femme dans un parc. Il s’avère que c’est une bonne sœur. Ce sont Carella et Brown qui sont en charge de l’enquête. En parallèle Kling et Meyer cherchent à attraper Cookie Boy, un cambrioleur qui laisse des boites de cookies aux pépites de chocolat aux victimes de ses forfaits. A l’aube du XX° siècle Ed McBain s’amuse avec le temps, Carella est très inquiet d’avoir bientôt … 40 ans, alors que cela fait maintenant 43 ans qu’il arpente les rues d’Isola avec ses collègues. L’occasion aussi d’évoquer, avec Brown quelques anciennes enquêtes. Et de faire un point sur l’état des quartiers de la ville, du racisme ordinaire (et extraordinaire avec l’affreux Ollie) … Un excellent numéro.

McBain-50Bienvenue dans la dernière ligne droite et les années 2000 avec La dernière dance. Steve Carella a fêté ses quarante ans, Bert Kling est de nouveau en couple, avec Sharyn, chirurgienne, entre autres en charge des policiers blessés, accessoirement noire. Rien de neuf pour le reste de la bande. Un vieil homme est retrouvé chez lui, mort d’une crise cardiaque d’après sa fille qui l’a trouvé. Sauf que le cadavre a des marques de strangulation. Alors l’a-t ’elle dépendu par peur de ne pas toucher l’assurance ? Ou est-ce plus sinistre ? Pas loin, le gros Ollie enquête sur le meurtre d’une prostituée. Ollie toujours aussi haineux, raciste, pénible, puant … Et bon flic. New York dans le froid, les tensions raciales, ceux qui en souffrent (la grande majorité) et ceux qui en profitent, la difficulté d’une vie de flic, les dialogues impeccables, l’humour. EdMcBain dans toute sa splendeur.

Ed McBain / 87° District volumes 46 à 50 :

(46) Veille de Noël au 87° District (And all through the house, 1984), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(47) Romance (Romance, 1995), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(48) Nocturne (Nocturne, 1997), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(49) La ville sans sommeil (The big bad city, 1999), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(50) La dernière dance (The last dance, 2000), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

87° District de 41 à 45

J’approche dangereusement de la fin …

87-41Isola blues hiver 89. Soirée du nouvel an. Reagan est encore président, plus pour longtemps. En rentrant, un peu éméchés du réveillon, deux jeunes parents trouvent leur baby-sitter assassinée, et leur petite fille de 6 mois étouffée dans son berceau. Sale cas pour Meyer et Carella. Dans le même temps Kling sauve la vie de d’un truand portoricain en train de se faire tabasser par trois jamaïcains, et Eileen Burke n’arrive pas surmonter les violences qu’elle a subi en faisant son boulot. La routine du 87° District. Un modèle de construction et d’intrigue, les dialogues et l’humour au rendez-vous. On passe du temps avec Eileen Burke et on voit ses collègues, et en particulier Bert Kling à travers son regard. C’est toujours un plaisir.

Bienvenue en 1990 avec Vêpres Rouges. Un soir de printemps le curé d’une paroisse située en limite entre un quartier italien et un quartier noir est assassiné de multiples coups de couteau. Et bien qu’il ne soit plus croyant depuis bien longtemps, ce meurtre trouble Steve Carella. D’autant plus que son enquête va révéler de nombreuses tensions autour de l’église. Et des mensonges, les uns après les autres. Une variation autour du thème de Rashomon, avec la même histoire racontée de différentes façon, chacune avec ses mensonges, et un petit clin d’œil au lecteur, avec Steve qui se dit qu’il ne voit pas le temps passer, qu’il pourrait s’être passé aussi bien 15 ans que 40. Et oui, Steve qui ne vieillit pas, ses jumeaux ont 11 ans, et pourtant il est sur le pont depuis 56 … un très bon épisode, assez sombre.

87-44Les veuves, ce sont celles d’Arthur Shumacher, abattu de quatre balles, en même temps que son chien. Son épouse inconsolable, son ex, ravie, ses filles, mitigées … Et aussi une amante trouvée peu de temps avant tuée de multiples coups de couteaux. En plus d’être grandes, blondes aux yeux bleus, elles semblent vite toutes être également en danger. Une affaire pour Steve Carella et Arthur Brown. Pauvre Steve qui va devoir enquêter sur son beau-frère, entre autres drames en ce mois de juillet torride où la chaleur rend fou. De son côté Eileen commence une nouvelle carrière de négociatrice lors de prises d’otages, et sa relation avec Kling reste au point mort. Un modèle du genre. Des scènes de tension magnifiques, la peinture de relations raciales compliquées, où le racisme réel, et les réactions qu’il suscite sont attisés par des prédicateurs en mal de publicité. Des quartiers à l’abandon, de braves gens, des enfoirés … Tout en si peu de pages, avec un tel rythme. Un chef-d’œuvre, une de plus du maître d’Isola.

Kiss. C’est dans une ville sous la neige, blanche, froide, mais surtout dévastée par la drogue où des quartiers entiers sombrent dans la misère que Carella et Meyer enquêtent sur deux tentatives d’assassinat. La victime, une jeune femme belle et riche a reconnu son agresseur : l’ancien chauffeur de son mari. Quelques jours plus tard l’homme est retrouvé mort. Son agresseur facilement retrouvé. Et l’enquête des deux hommes sera vite et facilement bouclée mais … un volume pessimiste, malgré la beauté de la ville sous la neige. Le constat de l’impunité, de la frustration des policiers face à des avocats et des malfrats très organisés. Moins d’humour cette fois et une tonalité très sombre.

87-45Poissons d’avril voit le retour du Sourd. Steve Carella reçoit des lettres lui conseillant de lire un obscur roman de SF. Et le mois d’avril approche. Dans le même temps, des tagueurs se font abattre la nuit par quelqu’un qui ne semble pas apprécier leurs graffitis, et il semble y avoir une épidémie de personnes âgées atteintes de troubles de la mémoire abandonnées aux portes des hôpitaux. Alors que le printemps tarde à venir, les inspecteurs du 87° ne sont pas près d’être au chômage. Encore un épisode très sombre, presque sans humour, avec le constat désabusé d’un pays où les communautés se font la guerre, où la drogue fait des ravages, et où les plus faibles souffrent, encore et toujours. Décidément, ce début des années 90 est sinistre pour le 87°, et le talent d’Ed McBain pour dépeindre la société américaine et la ville de New York tout en entremêlant ses intrigues vraiment incomparable.

Ed McBain / 87° District volumes 41 à 45 :

(41) Isola Blues (Lullaby, 1989), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(42) Vêpres rouges (Vespers, 1990), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(43) Les veuves (Widows, 1991), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(44) Kiss (Kiss, 1992), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(45) Poissons d’avril (Mischief, 1993), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

87° District de 36 à 40

Un coup de mou ? hop quelques aventures de Carella et les autres et c’est reparti. Bienvenue dans les années 80 à Isola en compagnie des flics du 87° district.

87-36Nid de poulets (quel titre français pourri !) s’ouvre sur le meurtre de Sally Anderson, danseuse dans une revue, loin du 87°. A priori, rien qui concerne les flics de la bande de Carella. Sauf quand la balistique découvre que l’arme utilisée est la même que celle qui a servi à tuer Paco Lopez, un dealer du 87° qui ne manque à personne. Et c’est comme ça que Carella se retrouve en charge des deux enquêtes. Il va y entrainer Bert Kling en pleine déprime depuis qu’il a divorcée de sa mannequin d’épouse qu’il aime toujours et qu’il voit tous les jours sur les couvertures des magazines. Sans être un des meilleurs, un excellent volume qui permet d’explorer le monde des comédies musicales, et remet en scène le personnage d’Eileen Burke, flic qui joue les appâts pour attirer les violeurs et assassins de femmes. Un personnage qui prend de l’importance dans …

Lightning. Steve est appelé un petit matin parce qu’on a découvert le corps d’une jeune femme, pendu à un lampadaire. Quelques temps plus tard, une deuxième étudiante est découverte dans un autre quartier. Manque de chance pour les flics du 87°, c’est celui de l’affreux Ollie Weeks qui adore travailler avec Carella (mais la réciproque n’est pas vraie). Pendant ce temps, Eileen, qui est plus ou moins en couple avec Kling joue l’appât pour piéger un homme qui a déjà violé plusieurs femmes, et surtout les a violées plusieurs fois. Très bon volume centré sur les violences faites aux femmes. Par des meurtriers et violeurs qui ont chacun leurs raisons, mais aussi par les associations très catholiques qui veulent interdire l’avortement (voir l’évolution retracée mine de rien dans les romans depuis Adieu cousine de 1975). Un volume à la fois très drôle (comme chaque fois qu’intervient le gros Ollie) et très émouvant. Et qui annonce le suivant avec le retour du Sourd.

87-38Huit chevaux noirs voit donc le retour du Sourd. Fin octobre, alors que l’été semble vouloir faire son retour, les flics du 87° reçoivent une enveloppe anonyme avec dessus huit photos de chevaux noirs. Viendront des matraques, des casquettes de flic … Tout cela ressemble fort à leur pire cauchemar, le retour du Sourd. Mais ils ont d’autres chats à fouetter, avec la découverte du cadavre d’une jeune femme, déposée nue dans le parc à proximité du commissariat. Rien ne bouge, Noël et les fêtes approchent, l’hiver est arrivé, et Carella, Brown et les autres tournent toujours en bourrique sans savoir ce que leur réserve leur pire ennemi. Comme toujours quand ce personnage est présent un chef-d’œuvre d’ingéniosité et de suspense. Ed McBain se permet même le luxe de rappeler la définition du suspense par maître Hitchcock ! Et quel sens du dialogue, quel humour, avec une mention spéciale pour la description de la mauvaise humeur de certains inspecteurs à l’approche de Noël et de sa joie obligatoire. Un vrai délice, du pur génie sans avoir l’air d’y toucher.

Poison. Alors que le printemps tarde à venir Steve Carella et Hal Willis pataugent littéralement dans la merde. Auprès d’un homme qui s’est vidé en mourant. Il s’avèrera qu’il a été empoisonné avec de la nicotine. Rapidement l’enquête tourne autour de la très belle et très mystérieuse Marilyn Hollis. La victime était un de ses amis intimes. Quand un second est égorgé, le mystère s’épaissit, et le petit Willis tombe amoureux … un volume émouvant, qui rend hommage au printemps à New York, et brosse le portrait d’une femme étonnante et inoubliable.

87-40Quatre petits monstres (Tricks en anglais), se déroule en une nuit, la nuit d’Halloween. Quatre gamins dévalisent les marchands d’alcool, et descendent les propriétaires sans somation. Un magicien disparaît après une représentation dans un lycée. Un cadavre est découvert, coupé en morceaux. Eileen va se déguiser en pute pour piéger un tueur de prostituées. Autant dire que nos amis du 87° ne vont pas passer une nuit paisible. Un petit détail amusant, au détour d’une phrase Ed McBain signale que la tradition d’Halloween est en train de démarrer à Londres et prédit que dans quelques années même les petits anglais se promèneraient dans les rues déguisés en criant « treat o trick » il n’avais pas prévu que la mode se répandrait dans toute l’Europe … Sinon, un modèle de construction et de suspense. Ajoutez-y l’humour de l’auteur, et quelques mises en scène macabre et vous aurez un parfait épisode de pur plaisir.

Ed McBain / 87° District volumes 36 à 40 :

(36) Nid de poulets (Ice, 1983), traduit de l’anglais (USA) par M. Charvet.

(37) Lightning (Lightning, 1984), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(38) Huit chevaux noirs (Eight black horses, 1985), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(39) Poison (Poison, 1987), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Sabathé.

(40) Quatre petits monstres (Tricks, 1987), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Sabathé et Jacques Martichade.

City of windows

Un thriller aux Arènes ? Ça s’essaye. City of windows de Robert Pobi.

PobiLe docteur Lucas Page est une sorte de génie, professeur d’astrophysique, il a la capacité unique de modéliser instantanément tout son environnement de façon mathématique et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. C’est comme ça qu’il a, des années auparavant, travaillé pour le FBI. Il a failli en mourir et s’est retrouvé avec quelques prothèse métalliques. Cela n’a pas arrangé sa misanthropie, et il s’est bien juré de ne plus jamais approcher, de près ou de loin, les agents fédéraux.

Jusqu’à ce qu’on sniper commence à faire des cartons sur des membres de son ancien employeur dans les rues de New York, alors que des conditions météo ont transformé la ville en petite Sibérie. Parce que la première victime est son ancien coéquipier, et parce qu’il ne se sent jamais aussi vivant, même diminué, que face à un tel défi, il accepte de participer à la traque.

Soyons honnête, si j’étais tombé sur le résumé que je viens de pondre je n’aurais sans doute pas lu le bouquin. Parce que la traque du super sniper par le super flic … Est-ce que j’aurais pour autant raté un grand roman ? Non. Est-ce que j’aurais raté une lecture agréable, un bouquin bien fait qui se lit tout seul ? Oui.

C’est sans doute mieux que le thriller de base (mais en lisant très peu après quelques désillusions, je suis mal placé pour juger). Pas mal écrit, bien construit, efficace, on a envie de tourner les pages. Si l’auteur joue assez joliment avec les clichés, il n’évite pas quelques ficelles bien grosses et des cliffhangers de fin de chapitre qu’on a déjà vu. De même les deux super-humains face à face, le sniper et le cerveau offrent quelques facilités scénaristiques et maintiennent d’une certaine façon le lecteur à distance.

Cependant le ton alerte, la critique, certes pas nouvelle mais quand même bienvenue et plutôt inhabituelle dans la littérature fortement burnée du thriller à armes à feu, de la putasserie des media et des incohérences du lobby des armes, et l’humour découlant de la mauvaise humeur assez systématique de deux ou trois personnages allègent et vivifient le tout et en font un roman plutôt recommandable.

Une bonne lecture si on veut du rythme et pas trop de maux de tête.

Robert Pobi / City of windows (City of windows, 2019), Les arènes/Equinox (2020), traduit de l’anglais (USA) par Mathilde Helleu.

La frontière

Quelques jours sans nouvelles, j’étais plongé dans un des monuments de cet automne, la conclusion de la magistrale trilogue de Don Winslow : La frontière.

WinslowA la fin de Cartel Art Keller reste vivre au Mexique, auprès de Martisol, son épouse. Jusqu’à ce que le sénateur O’Brien vienne lui proposer de reprendre la guerre contre la drogue, avec de nouveaux pouvoirs : ni plus ni moins que la direction de la DEA.

Dans le même temps, côté mexicain, la disparition mystérieuse d’Adan Barrera a laissé un vide. Un vide qu’ils sont nombreux à vouloir combler et les morts recommencent à s’accumuler de Tijuana à El Paso. Ce qui n’empêche pas les différents groupes de continuer à faire transiter la drogue, avec un retour en force de l’héroïne, une héroïne améliorée. Les overdoses se multiplient à New York et dans tout les US.

Alors qu’Art tente de changer la politique de l’agence pour s’attaquer aux finances du trafic avec l’aide de chef de la brigade anti drogue de New York, les élections nationales approchent, dans lesquelles un candidat très à droite le critique avec de plus en plus de virulence sur les réseaux sociaux.

On a déjà lu plus de 1500 pages de l’histoire d’Art Keller et de la relation entre le trafic de drogue, les US et le Mexique, et on en redemande ! En voilà plus de 800 de plus toujours aussi fascinantes, passionnantes, bouleversantes, rageantes …

Cette fois Don Winslow s’attaque à l’origine du trafic de drogue, une origine qui ne se situe pas sur le sol mexicain, mais sur le sol américain.

« Il est tentant de penser que les causes de l’épidémie d’héroïne sont au Mexique, car il est focalisé sur la prohibition, mais la véritable source est ici même, et dans une multitude d’autres villes, petites et grandes.

Les opiacés sont une réponse à la douleur.

La douleur physique, émotionnelle, économique.

Il a les trois devant les yeux. »

Et quitte à se faire des amis aux US après s’en être fait au Mexique :

« Tu montes la garde sur le Rio Grande, se dit-il, et tu essayes de repousser le flot d’héroïne avec un balai, pendant que des milliardaires délocalisent des boulots à l’étranger, ferment des usines et des villes, tuent les espoirs et les rêves, répandent la douleur.

Et ils viennent te dire : arrêtez l’épidémie d’héroïne. 

Quelle est la différence entre un directeur de fonds spéculatifs et le chef d’un cartel ?

La Wharton Business School. »

Quand à ce qu’il pense de nouveau président US, qui dans le roman succède à Obama et s’appelle John Dennison :

« En se réveillant le lendemain de l’élection, Keller se dit qu’il ne comprend plus son pays. (…)

Car son pays a voté pour un raciste, un fasciste, un gangster, un être narcissique qui se pavane et fanfaronne. Un homme qui se vante d’agresser les femmes, qui se moque d’un handicapé, qui copine avec des dictateurs.

Un menteur avéré. »

Tout cela c’est pour le fond. Et il y a la force romanesque le souffle, la puissance du récit où l’on retrouve avec beaucoup de plaisir certains personnages de La griffe du chien, où on en découvre de nouveaux. Où on passe des « hijos » les héritiers des cartels, violents, immatures, qui se vantent sur les réseaux sociaux et postent des vidéos où on les voit torturer et tuer leurs ennemis aux flics new yorkais en écho à Corruption, en passant par les arcanes du pouvoir à Washington, ou les gamins vivant sur les tas d’ordure au Guatemala.

Plus que jamais ici le polar tranche au travers de toute la société, des lieux de pouvoir, financier ou politique, jusqu’à ceux qui vivent ou survivent dans les rues. C’est magistral. Je pourrait continuer longtemps, pour évoquer les différentes thématiques abordées, les épisodes réels de la guerre qui se déroule au Mexique que l’on reconnaît, les personnages auxquels on s’attache, mais il suffit de dire : LISEZ-LE.

Et si La frontière peut se lire indépendamment, il serait impardonnable de ne pas lire les trois, qui offrent une fresque pleine de sang, de fureur, de rage et d’émotions, une fresque magistrale qui éclaire toute l’histoire de ce que les media appellent la guerre contre la drogue.

Don Winslow  / La frontière (The boarder, 2019), Harper Collins / Noir (2019), traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

Coup de vent

Ca faisait longtemps qu’on n’avait plus de ses nouvelles, et il est toujours en forme. Qui ? Mark Haskell Smith qui revient avec Coup de vent.

HaskellSmithBryan LeBlanc est trader à New York. Il gagne scandaleusement bien sa vie, mais considère qu’il fait un boulot de merde et que ses collègues sont des trous du cul, selon ses propres termes. Alors il détourne 17 millions de dollars pour passer une vie de luxe, entre bons vins et voyages.

C’est pour ça que Neal Nathanson se trouve à ses trousses, envoyé par son employeur. Et c’est comme ça que Neal se retrouve seul sur un voilier dévasté par une grosse vague, en plein Atlantique, en train de mourir de faim et de soif. Le résumé peut sembler abrupt, mais le roman explique bien tout.

Je me suis régalé. Que voulez-vous je suis bon public et quand je lis :

« En croyant au capitalisme, ce système économique conçu pour enculer la majorité de la populace afin qu’une minorité en profite, on acceptait d’obéir à une entité instaurée pour arnaquer tout le monde et encourager les gens à s’arnaquer entre eux. La société américaine était fondée sur ce genre de tromperie mâtinée d’opportunisme. »

Ou

« Quelques embarcations rentraient au port avec leurs cargaisons de pêcheurs et de pêcheuses buvant de la bière en brandissant fièrement des daurades sanguinolentes. Ils étaient souriants et cramoisis de soleil, ravis de s’immortaliser avec des animaux morts. Neal ne comprenait pas le but de la manœuvre, mais c’était sans doute normal pour des vacanciers. Ils tuaient des choses et prenaient des photos. »

Je jubile.

On connait le style de l’auteur, tout est de cet acabit, les dialogues claquent, c’est vivant, rythmé, on se régale à chaque page. Quelques scènes de sexe bien troussées, comme toujours chez lui, beaucoup d’humour, une vraie plume, du rythme et mine de rien, le portrait bien acide de notre joli monde. Ajoutez une fin délicieusement immorale mais jamais cynique et vous avez un cocktail à déguster sans aucune modération.

Mark Haskell Smith / Coup de vent (Blown, 2018), Gallmeister (2019), traduit du l’anglais (USA) par Julien Guérif.

87° District de 31 à 35

Vous reprendrez bien un peu de 87° District d’Ed McBain ?

McBain 31N’épousez pas un flic, le 31° volume commence avec le mariage de Bert et Augusta, la mannequin avec qui il est en couple. Et dès la nuit de noce Augusta est enlevée. Commence alors une course contre la montre où McBain fait preuve de son sens du rythme et des dialogues habituels. D’autant plus efficace que l’abominable Ollie est de la partie. Un excellent numéro plein d’humour.

Ca fait une paye, paru un an après, commence avec le meurtre d’un aveugle, en route vers chez lui avec son chien. La nuit suivante son épouse, elle aussi aveugle est assassinée chez elle. Au grand effroi des proches et des flics du 87°. Parce que vraiment, qui peut bien vouloir tuer des aveugles ? C’est gentil des aveugles, c’est comme tuer des gamins ! Une enquête pleine de rebondissements qui permet à Ed McBain de visiter Harlem, pardon, l’équivalent de Harlem à Isola, de dire ce qu’il pense des sitcom qui montrent des familles noires vivant dans le confort bourgeois, ainsi que tout le bien qu’il pense des séries policières avec des privés hardboiled et des tueurs géniaux, d’enrichir sa description de Manhattan, d’insister sur l’importance du téléphone dans le travail d’un flic, et de ciseler les dialogues dont il a le secret.

McBain 33Calypso, ici c’est la musique. Et c’est un guitariste de Calypso qui se fait tuer un soir d’octobre sous une pluie battante. Son agent qui marche avec lui, sur le coup de minuit, sauve sa peau et décrit l’agresseur comme mince et jeune. Puis une prostituée est également tuée, avec ce qui semble être la même arme. Mais quel rapport peut-il bien y avoir entre les deux ? Bien entendu, Steve Carella, Meyer Meyer et les autres finiront par le savoir. L’occasion de répéter l’attachement viscéral de Carella, et donc de l’auteur à la ville de New-York, présentée comme La Ville, l’endroit parfois haï, violent, injuste … Mais le seul où il puisse vivre.

Un poulet chez les spectres, se déroule à Noël, en pleine tempête de neige. Une femme est découverte poignardée au pied de son immeuble. Et plus haut dans les étages, un écrivain à succès (mais dont aucun flic du 87° n’a lu le moindre bouquin) a été assassiné de 19 coups de couteaux. L’enquête va patauger et mettre en contact Steve Carella avec une belle collection de cinglés, dont une témoin ayant vu Superman tuer la jeune femme avec son immense pénis avant de s’envoler ! Et comme dans Calypso précédemment, avec son ironie très personnelle, Ed McBain va dire tout le « bien » qu’il pense du maire, sans que l’on puisse savoir s’il s’agit du maire officiant en 1980 ou des maitres de New-York en général.

McBain 35Avec Coup de chaleur on passe du froid au chaud. En pleine canicule Steve Carella et Bert Kling sont appelés par une femme qui, en rentrant chez elle d’une semaine de voyage, a découvert son mari mort depuis plusieurs jours. Tout semble indiquer un suicide. Un homme dépressif, alcoolique … Mais quelque chose fait tiquer les deux policiers : Pourquoi la clim était-elle éteinte alors que tout le monde meurt de chaud en ce mois de juillet ? Pendant ce temps un prisonnier récemment libéré veut se venger, et le mariage de Kling n’est pas au mieux … un bon cru, avec quelques dialogues très drôle entre Steve et les compagnies de téléphone, et la première apparition d’un personnage qui travaille dans l’informatique.

(31) N’épousez pas un flic (So long as you both shall live, 1976), traduit du l’anglais (USA) par M. Charvet puis Pierre de Laubier.

(32) Ca fait une paye (Long time no see, 1977), traduit du l’anglais (USA) par Michel Deutsch puis Anne-Judith Descombey.

(33) Calypso (Calypso, 1979), traduit du l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(34) Un poulet chez spectres (Ghosts, 1980), traduit du l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(35) Coup de chaleur (Heat, 1981), traduit du l’anglais (USA) par Jean-Bernard Piat.