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87° District de 31 à 35

Vous reprendrez bien un peu de 87° District d’Ed McBain ?

McBain 31N’épousez pas un flic, le 31° volume commence avec le mariage de Bert et Augusta, la mannequin avec qui il est en couple. Et dès la nuit de noce Augusta est enlevée. Commence alors une course contre la montre où McBain fait preuve de son sens du rythme et des dialogues habituels. D’autant plus efficace que l’abominable Ollie est de la partie. Un excellent numéro plein d’humour.

Ca fait une paye, paru un an après, commence avec le meurtre d’un aveugle, en route vers chez lui avec son chien. La nuit suivante son épouse, elle aussi aveugle est assassinée chez elle. Au grand effroi des proches et des flics du 87°. Parce que vraiment, qui peut bien vouloir tuer des aveugles ? C’est gentil des aveugles, c’est comme tuer des gamins ! Une enquête pleine de rebondissements qui permet à Ed McBain de visiter Harlem, pardon, l’équivalent de Harlem à Isola, de dire ce qu’il pense des sitcom qui montrent des familles noires vivant dans le confort bourgeois, ainsi que tout le bien qu’il pense des séries policières avec des privés hardboiled et des tueurs géniaux, d’enrichir sa description de Manhattan, d’insister sur l’importance du téléphone dans le travail d’un flic, et de ciseler les dialogues dont il a le secret.

McBain 33Calypso, ici c’est la musique. Et c’est un guitariste de Calypso qui se fait tuer un soir d’octobre sous une pluie battante. Son agent qui marche avec lui, sur le coup de minuit, sauve sa peau et décrit l’agresseur comme mince et jeune. Puis une prostituée est également tuée, avec ce qui semble être la même arme. Mais quel rapport peut-il bien y avoir entre les deux ? Bien entendu, Steve Carella, Meyer Meyer et les autres finiront par le savoir. L’occasion de répéter l’attachement viscéral de Carella, et donc de l’auteur à la ville de New-York, présentée comme La Ville, l’endroit parfois haï, violent, injuste … Mais le seul où il puisse vivre.

Un poulet chez les spectres, se déroule à Noël, en pleine tempête de neige. Une femme est découverte poignardée au pied de son immeuble. Et plus haut dans les étages, un écrivain à succès (mais dont aucun flic du 87° n’a lu le moindre bouquin) a été assassiné de 19 coups de couteaux. L’enquête va patauger et mettre en contact Steve Carella avec une belle collection de cinglés, dont une témoin ayant vu Superman tuer la jeune femme avec son immense pénis avant de s’envoler ! Et comme dans Calypso précédemment, avec son ironie très personnelle, Ed McBain va dire tout le « bien » qu’il pense du maire, sans que l’on puisse savoir s’il s’agit du maire officiant en 1980 ou des maitres de New-York en général.

McBain 35Avec Coup de chaleur on passe du froid au chaud. En pleine canicule Steve Carella et Bert Kling sont appelés par une femme qui, en rentrant chez elle d’une semaine de voyage, a découvert son mari mort depuis plusieurs jours. Tout semble indiquer un suicide. Un homme dépressif, alcoolique … Mais quelque chose fait tiquer les deux policiers : Pourquoi la clim était-elle éteinte alors que tout le monde meurt de chaud en ce mois de juillet ? Pendant ce temps un prisonnier récemment libéré veut se venger, et le mariage de Kling n’est pas au mieux … un bon cru, avec quelques dialogues très drôle entre Steve et les compagnies de téléphone, et la première apparition d’un personnage qui travaille dans l’informatique.

(31) N’épousez pas un flic (So long as you both shall live, 1976), traduit du l’anglais (USA) par M. Charvet puis Pierre de Laubier.

(32) Ca fait une paye (Long time no see, 1977), traduit du l’anglais (USA) par Michel Deutsch puis Anne-Judith Descombey.

(33) Calypso (Calypso, 1979), traduit du l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(34) Un poulet chez spectres (Ghosts, 1980), traduit du l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(35) Coup de chaleur (Heat, 1981), traduit du l’anglais (USA) par Jean-Bernard Piat.

 

87°, de 26 à 30

L’actualité polar ayant été très riche ces derniers mois, peu de temps pour continuer l’intégrale du 87° District d’Ed McBain. Voici quand même, avant les vacances, les volumes 26 à 30, pour le New York des années 70.

McBain 27Steve Carella croyait que rien ne pouvait l’étonner. Pourtant le démarrage de Après le trépas va le laisser sans voix : l’homme qui l’accueille devant le cadavre sanglant de sa femme lui annonce « bien content qu’elle soit morte ». Et il sait ce qu’il fait, il est avocat d’assises. Les flics du 87° aimeraient bien pouvoir coincer ce mari arrogant et trop sûr de lui. Une intrigue bien tordue, le portrait touchant d’une femme originale et malheureuse, de jolis coups de théâtres, la morgue d’un avocat qui nargue des flics du haut de sa culture et de sa richesse, la ville à la veille de Noël (avec une description très McBain de la veillée au 87° !), et Bert Kling qui se fait mener en bateau pour un épisode délicieux.

Le 27° Le sourdingue, est la troisième apparition de cet adversaire terrifiant des flics du 87°. C’est le printemps, l’air sent bon, le soleil réchauffe les cœurs, les gens se promènent le sourire aux lèvres. Tout commence par un coup de fil, qui tombe sur Meyer Meyer, et le Sourd fait monter la pression … Comme si ça ne suffisait pas, un cambrioleur visite systématiquement les appartements des gens partis en vacances. Et abandonne des petits chats morts pour signer son forfait. Et le Sourd rappelle pour annoncer : « Avec votre aide […], je vais voler cinq cent mille dollars le dernier jour du mois d’avril. » Et Bert Kling va rencontrer Augusta Blair, mannequin de son état, et tomber désespérément amoureux. Un excellent divertissement, comme chaque fois que nos amis affrontent le Sourd.

McBain-29jpgBranle-bas au 87° démarre commence par la découverte de 6 cadavres, dont un bébé, jetés en plein hiver dans une tranchée ouverte dans le rue. Leur sang a gelé et c’est mêlé à la boue. Steve Carella et Bert Kling (qui hésite à demander son amie mannequin en mariage, ce qui donne quelques dialogues assez savoureux) sont en charge de l’enquête. Une enquête qui va les mener dans les quartiers les plus déshérités de la ville, livrés aux gangs qui se font la guerre. Des quartiers qu’il décrit avec une précision toute journalistique sans jamais cependant lasser le lecteur avec cette conclusion : « Une vie d’écrasante pauvreté, de fureur impuissante et de frustration désespérée attendait ceux qui survivaient. Il ne fallait pas s’étonner que la police de ce secteur ait des dossiers sur plus de neuf mille membres de gangs des rues. » Et malgré ce constat désespérant, et une situation qui, on le voit, n’est pas nouvelle (gangs, tags sur les murs, morts quotidiennes de jeunes, assassinats, drogue …), Ed McBain garde son sens de l’humour et du rythme.

Flouze commence en plein mois d’août alors que Steve Carella rentre juste de vacances. En pleine paperasse il est pris à partie par un homme qui voudrait que l’enquête sur l’incendie de son entrepôt aboutisse vite, pour être remboursé par les assurances. Seulement à trop prendre les flics pour des poires, il va leur mettre la puce à l’oreille, et ne pas s’en tirer aussi bien qu’il le voudrait. Un des volumes les plus drôles de la série, qui pourtant ne manque pas d’humour, grâce, entre autres, à l’apparition du délicieux Ollie Weeks, gros, gras, misogyne, raciste, vulgaire, suant et puant … mais excellent flic qui se prend d’amitié pour Carella qui se demande bien ce qu’il a pu faire pour mériter ça. Mais ne peut s’empêcher de reconnaitre que le gros et délicieux Ollie connait son boulot, même s’il ne comprend pas pourquoi ça gène les gens qu’il appelle les nègres des nègres !

McBain 30Adieu cousine commence par une nuit de septembre. Sur le coup de une heure du matin, une jeune fille ouvre les portes du 87° hagarde, les mains en sang. Au même moment Steve est appelé par un flic en patrouille, le cadavre d’une jeune femme, tailladée de multiples coups de couteau est trouvé dans l’entrée d’un immeuble désaffecté. Les deux jeunes femmes sont cousines, la première a réussi à échapper au tueur, un homme qu’elle n’avait jamais vu. Le genre d’affaire où on ne retrouve jamais le tueur. A moins que … Une intrigue au cordeau et un éclairage intéressant sur les mœurs en 1975, ce qui était considéré comme légal ou moral il y a plus de 40 ans …

Ed McBain / 87° District volumes 26 à 30 :

(26) Après le trépas (Sadie when she died, 1972), traduit de l’anglais (USA) par Janine Hérisson, puis Pierre de Laubier.

(27) Le sourdingue (Let’s heart it for the deaf man, 1973), traduit de l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(28) Branle-bas au 87° (Hail to the chief, 1973), traduit de l’anglais (USA) par Janine Hérisson, puis Anne-Judith Descombey.

(29) Flouze (Bread, 1974), traduit de l’anglais (USA) par S. Hilling, puis Pierre de Laubier.

(30) Adieu cousine (Blood relatives, 1975), traduit de l’anglais (USA) par Jeannine Hérisson, puis Pierre de Laubier.

John Dortmunder – 01

J’avais dit que la réédition de trois aventures de John Dortmunder du génial Donald Westalke m’avait donné envie de tout relire. J’ai profité de ces jours calmes pour commencer avec Pierre qui roule.

Westlake-02Voilà donc la mise en place de la série. John Dortmunder sort de prison. C’est son second séjour, et donc ce doit être le dernier, au troisième c’est la prison à vie. Il est récupéré à la sortie par son ami et complice Kelp, qui, à son habitude, a volé la voiture d’un médecin. Comme il faut bien survivre, Kelp a une proposition.

Deux pays d’Afrique (imaginaires), se disputent une émeraude. Le pays qui l’a (l’émeraude), va l’exposer avec moult mesures de sécurité, en plein cœur de Manhattan. Un représentant du pays qui ne l’a pas (l’émeraude), la veut. Il embauche donc Kelp et John pour la voler. Ils contactent un chauffeur, Stan Murch qui vit avec sa maman chauffeur de taxi, un spécialiste des serrures Roger Chefwick, qui est aussi fanatique de trains miniatures (on verra que cela a son importance), et un homme de main Alan Greenwood.

Pour la première fois sous la plume de Donald Westlake, le plan parfait de John Dortmunder va presque réussir, mais un grain de sable va le faire presque échouer. Ce qui veut dire qu’il devra réaliser pas moins de cinq cambriolages pour finalement mettre la main sur l’émeraude. Pour le plus grand plaisir du lecteur.

La saga John Dortmunder se met en place. Deux des autres personnages récurrents sont déjà là (Kelp et Stan Murch), les autres viendront. L’O. J. Bar de Rollo est là. Dès le départ, le personnage de John Dortmunder est planté : génial, malchanceux, maussade, peu causant … Mais attention, celui qui voudrait arnaquer cet homme mince et d’apparence triste et inoffensive pourrait avoir de grosses, très grosses surprises. S’il y a une chose que John ne supporte pas, c’est qu’on se moque de lui, quelques personnages de ce premier roman vont l’apprendre à leurs dépends.

C’est vif, drôle, inventif, pétillant, c’est un vrai bonheur de reprendre les aventures de Dortmunder. Si vous connaissez déjà, sachez qu’on prend autant de plaisir à relire, si vous ne connaissez pas encore … Vous avez beaucoup de chance.

Donald Westlake / Pierre qui roule (The hot rock, 1970), Rivages (2007), traduit de l’anglais (USA) par Alexis G. Nolent.

Corruption

Don Winslow est passé par Toulouse il y a quelques jours, et je n’ai pas pu aller le voir, pour cause de boulot. Est-ce que je râle ? oui. Mais au moins, j’ai pu lire Corruption.

WinslowDenny Malone est le roi de Manhattan North. Du moins c’est lui qui le dit. C’est la figure en vue, le meneur officieux d’une troupe d’élite de la police de New York, la Force, chargée de faire la loi dans le nord de l’île. Mais après des années de service, et une période où tout semble lui avoir réussi, Denny Malone est arrêté par le FBI pour corruption.

Or oui, Malone est corrompu. Avec ses deux coéquipiers de toujours il a tabassé des suspects, servi un truand contre un autre, gardé une partie des saisies de drogue et d’argent. Il a tué sans sommation. Et il a sauvé des vies et empêché que la violence de son quartier ne vienne envahir les quartiers protégés de ceux qui commandent la ville et s’enrichissent sur son dos.

Et surtout, il a passé des enveloppes à tout le monde : chefs de la police, avocats, juges, procureurs, entrepreneurs et politiques. Alors Malone ne sait-il pas trop de choses pour rester longtemps derrière les barreaux ?

On le sait, Don Winslow a écrit beaucoup de très bons polars « classiques », comme par exemple la série Neal Carey (il y a longtemps) ou les deux Missing (dernièrement), et deux monuments : La griffe du chien et Cartel. Corruption a très clairement l’ambition de ces deux derniers, et s’il est peut-être un tout petit peu moins monumental, cela reste un roman exceptionnel, et un des romans chocs de cet automne.

Ma première impression, dès les premières lignes, est d’avoir été plongé sans avertissement auprès de Malone, immergé dans ses patrouilles, avec lui dans les cages d’escaliers et les rues de Manhattan. On vit les magouilles, et on ressent l’étau du piège qui se resserre petit à petit autour de lui. C’est la première force du roman : il n’édulcore pas le niveau de corruption et de violence des trois flics que l’on suit de près, et pourtant on ne peut s’empêcher de se sentir proche d’eux et d’avoir envie qu’ils s’en sortent. Un exploit rendu possible grâce à une écriture directe, au cœur de l’action, et à la volonté de ne jamais simplifier les choses et de toujours décrire les situations dans toute leur complexité.

Oui certains flics sont racistes, oui ils font du contrôle au faciès, oui ils touchent des pots de vin, mais ce sont aussi les seuls à défendre les victimes aussi pauvres et noires que les trafiquants, et ils sont les seuls à compatir et tenter de les aider.

Ensuite, comme pour ses deux grands romans sur la frontière, le tableau dressé par Don Winslow est effrayant : Violence, corruption à tous les étages de la société, ravages de la drogue, toute puissance du fric, hypocrisie de ceux qui commandent vraiment, loin des quartiers violents, et se livrent une guerre sans merci sans se préoccuper le moins du monde des fameux dommages collatéraux. Dans ce merdier des flics, pieds dans la boue, et mains dans le bocal de confiture.

On se fait secouer sévèrement, et pourtant on ne peut pas lâcher le bouquin. Et on n’est pas près d’oublier Denny Malone et ses coéquipiers.

Don Winslow / Corruption (The force, 2017), Harper Collins/Noir (2018), traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

3° William Boyle, raté pour moi.

William Boyle est décidément l’écrivain de Brooklyn. Il confirme avec son troisième roman traduit Le témoin solitaire, qui cependant ne me convainc qu’à moitié.

Boyle 02Amy a eu une jeunesse mouvementée, barmaid à Manhattan, elle a fini plus d’une nuit complètement bourrée. Elle était venue s’installer avec Alessandra, son amante du moment à Gravesend, quartier de Brooklyn. Quand Alessandra l’a quittée pour fuir ce quartier qu’elle déteste et s’installer à Los Angeles, elle est restée, et a décidée de se rendre utile aux gens.

Depuis elle fréquente l’église, porte la communion aux vieilles dames qui ne peuvent plus sortir de chez elles, leur tient compagnie … C’est comme ça qu’elle surprend Vincent, un jeune homme louche qui prétend venir visiter la Mme Epifanio de la part de sa mère bloquée par la grippe. Elle décide de le suivre dans le rue, le soir. Et elle se retrouve témoin de son meurtre, tué par un autre homme d’un coup de couteau. Au lieu d’appeler les secours et la police, elle ramasse le couteau. Première d’une série de mauvaises décisions.

Une fois de plus il ne se passe pas grand-chose dans ce roman de William Boyle, mais ses lecteurs ont l’habitude, ils savent que ses romans sont des chroniques du quartier pas des thrillers dopés à la testostérone. Mais si dans les deux premiers il avait réussi à m’intéresser au sort de ses personnages et à m’émouvoir, cette fois c’est raté.

Il faut dire qu’Amy accumule les choix aberrants. C’est simple, face à quasiment chaque situation, elle prend la plus mauvaise option. Mais ce n’est pas ça qui m’a gêné. C’est qu’à aucun moment je n’ai pu comprendre la raison de son attitude. Je ne sais pas si c’est voulu par l’auteur, mais on ne comprend absolument pas ce qui l’anime, ce qui motive ses actions. Et c’est également le cas d’une bonne partie des personnes qui l’entourent.

J’ai lu, étonné, un peu surpris au début, mais j’ai fini par me désintéresser du sort de personnages dont je ne comprenais aucune des réactions. Le cours de l’histoire même a fini par me sembler incohérente, avec les péripéties peu crédibles. Pour tout dire, j’ai terminé le livre au ralenti, sans trop me préoccuper de ce qui allait arriver aux uns ou aux autres.

Après c’est peut-être moi qui suis de mauvais poil en ce moment, ou qui sature en fin d’année, j’ai lu des avis positifs sur d’autres blogs. A vous de vous faire une opinion. Je reviens bientôt de meilleure humeur grâce à quelques BD.

William Boyle / Le témoin solitaire (The lonely witness, 2018), Gallmeister (2018), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

William Boyle simple et juste

Avec un certain retard je découvre Tout est brisé, le deuxième roman traduit de l’américain William Boyle.

BoyleErica est à bout de force. Dans sa petite maison de Brooklyn elle s’occupe de son père en fin de vie qui la tyrannise, bosse pour arriver à payer péniblement les dépenses quotidiennes, et est sans aucune nouvelles de son fils, Jimmy, parti vivre au Texas. Une vie de fatigue permanente.

Jimmy de son côté passe de cuite en cuite, et se retrouve à la rue, largué par son ami du moment. En désespoir de cause il décide de revenir à la maison, où la cohabitation avec sa mère et son grand-père ne s’annonce pas facile.

Autant avertir tout de suite le lecteur, Tout est brisé n’est pas un polar, ni même un roman noir, c’est une tranche de vie, quelques jours de l’existence d’Erica et Jimmy, sans révélation fracassante ni chute inattendue. Donc si vous cherchez du suspense, des renversements, du mystère ou des affrontements, vous pouvez éviter.

Pourtant William Boyle arrive à nous intéresser et à nous émouvoir.

Chacun selon son âge et son vécu se reconnaîtra forcément, à un moment ou un autre, dans ce que vivent et ressentent Erica et Jimmy. C’est la force de ce roman qui sonne terriblement juste, grâce à l’empathie de l’auteur et à l’apparente simplicité avec laquelle il décrit des moments et des émotions que nous sommes tous amenés à connaître. J’ai pour ma part été très touché par la fatigue, la frustration et malgré tout la résistance d’Erica face à l’épuisement, le boulot, la maladie de son père, la relation difficile avec sa sœur et celle quasi inexistante avec son fils.

Un roman court, juste et émouvant.

William Boyle / Tout est brisé (Everything is broken, 2017), Gallmeister/Totem (2018), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

87° District, 21 à 25

L’été est favorable à la lecture du 87° District d’Ed McBain : volumes 21 à 25 nous entrons dans les années 70.

McBain-21Le 21° volume, 80 millions de voyeurs nous amène dans le monde de la télévision. Stan Gifford est un amuseur, ancien acteur de cabaret qui a maintenant son émission de télévision regardée en direct par des millions de spectateurs, dont Steve Carella. Et c’est en direct, pendant son show, qu’il s’écroule, mort empoisonné. Comme les studios se trouvent dans le 87° district, c’est Steve et Meyer Meyer qui sont en charge de l’affaire. En parallèle Bert Kling doit protéger une jeune femme, harcelée par une brute qu’elle ne connait absolument pas. Le problème est que la demoiselle a déjà eu affaire à Bert, et qu’elle ne le supporte pas. Humour, intrigue parfaite, dialogues étincelants, et cette manière incroyable qu’a Ed McBain de nous intéresser aux procédure les plus arides de l’enquête policière, ici l’identification d’un poison possible à partir du travail de la police scientifique, magie de l’écriture d’un maître ! En prime, la peinture sans concession du milieu de la télévision. Quand je vous disais qu’en lisant le 87° district on avait une idée complète de la société américaine dans toutes ses composantes.

Le 22° La rousse, voit le retour du sourd, le redoutable adversaire des flics du 87° déjà rencontré dans A la bonne heure. Un anonyme au 87° une lettre annonçant que si on ne lui fournit pas 5000 dollars il tuera le responsable des parcs de la ville. Les flics hésitent à prendre la chose au sérieux, l’homme est assassiné. Puis c’est au tour du premier adjoint au maire, pour lequel l’inconnu demandait 50000 dollars. Le 87° a alors deviné qu’elle a affaire à son pire adversaire, le Sourdingue. Pendant ce temps, alors qu’une vague de froid sans précédent s’abat sur la ville, Carella essaie de piéger deux jeunes qui s’amusent à faire brûler les clodos, et d’autres sont sur la piste d’un cambriolage. L’auteur fait ici preuve d’un humour très noir, particulièrement efficace. On sourit souvent aux mésaventures de nos flics préférés, en manque de chance complet, baladés d’un côté à l’autre, tabassés, brulés, perdus, qui ne devront qu’à un immense coup de chance de ne pas laisser trop de plumes dans l’affaire.

McBain-22La mort d’un tatoué démarre comme une affaire assez facile à résoudre. Un couple sauvagement assassiné chez lui. Personne n’a rien entendu, l’homme tient dans la main un fusil qui va être vite identifié, son propriétaire fait donc un coupable parfait. Reste à le trouver. Sauf que quelques détails ne collent pas. C’est Carella et Kling qui sont aux manettes. Un Bert Kling qui est tombé amoureux, mais va avoir du mal à rester fidèle, une des jeunes et séduisante personne rencontrée lors de l’enquête ayant décidé qu’il était à son goût. Nous sommes en 1969, les femmes prennent de plus en plus l’initiative et le jeune Kling va se retrouver fort perturbé. Et par le plus grand des hasards, les flics du 87° vont résoudre une vieille affaire, vieille de 5 ans, joli clin d’œil de l’auteur à lui-même.

En pièces détachées est un puzzle. Dans un appartement, un cambrioleur et un cambriolé se sont entretués. Dans la main de l’un, un bout de papier, une pièce de puzzle. Il s’avère que les deux hommes sont connus des policiers. Affaire réglée donc. Sauf quand un privé débarque au commissariat. Il est sur la piste du butin d’un cambriolage depuis 6 ans, pour le compte d’une assurance. Et il est certain que la pièce de puzzle révèle l’endroit où il est caché. Bien que peu convaincu, Peter Byrnes, le chef des inspecteurs du 87° accepte que Brown et Carella fouillent un peu, en plus de toutes les affaires qu’ils ont sur le feu. L’occasion pour Brown d’être à son tour la cible d’une jolie femme, et de voir que le racisme n’a pas disparu du jour au lendemain. Quant à l’homosexualité, elle n’est pas franchement bien vue …

McBain-25Tout le monde sont là commence à minuit. Entre minuit et deux heures du matin, cette nuit d’octobre, une danseuse de cabaret est assassinée, une femme vient se plaindre que des fantômes ont volé un collier et une broche dans le coffre-fort de sa somptueuse villa, un inconnu, blanc, a lancé une bombe dans une église fréquentée par des noirs et des portoricains. Et ça, ce n’est que pour l’équipe de nuit. La routine du 87°. Un nouveau volume assez différent dans sa forme. Pas de grande enquête ici, mais une multitude de petites affaires, résolues dans la journée (ou la nuit). La chronique de 24 heures du commissariat, pour un tableau de la bêtise, de la haine, du racisme, de la cupidité, du désespoir ordinaires. Tout ça en moins de 200 pages, sans prêche, avec humour et humanité. Du grand art.

Cinq volumes de plus pour aborder les années 70, et New York, de jour, de nuit, belle à en tomber amoureux, laide et dangereuse à faire fuir, vivante, amante parfois meurtrière.

Ed McBain / 87° District volumes 21 à 25 :

(21) 80 millions de voyeurs (Eighty million eyes, 1966), traduit de l’anglais (USA) par André Bénat.

(22) La rousse (Fuzz, 1968), traduit de l’anglais (USA) par Denise May et Pierre de Laubier.

(23) La mort d’un tatoué (Shootgun, 1969), traduit de l’anglais (USA) par Alain Chataigner.

(24) En pièces détachées (Jigsaw, 1970), traduit de l’anglais (USA) par Simone Hilling et Anne-Judith Descombey.

(25) Tout le monde sont là (Hail, hail, the gang’s all here, 1971), traduit de l’anglais (USA) par M. Charvet et Pierre de Laubier.