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87° District, 6 à 10.

En cette toute fin de vacances j’ai poursuivi l’intégrale du 87° district du génialissime Ed McBain.

Les suivants : Crédit illimité, Souffler n’est pas tuer, Soupe au poulet, Pas d’avenir pour le futur, Rançon sur un thème mineur.

Isola donc, réplique imaginaire, mais pas tant que ça de Manhattan. Isola, son 87° district, ses flics. Steve Carella, et sa femme Teddy, sourde-muette dont il est follement amoureux. Meyer Meyer, juif au nom ridicule, conséquence de l’humour particulier de son père, patient. Cotton Hawes, nouveau venu dans l’équipe, grand, costaud, qui tombe amoureux chaque fois qu’il croise une belle et se fait petit à petit à ce quartier populaire. Bert Kling, le petit jeune dont on se moque encore gentiment …

McBain 07C’est l’été, la chaleur est étouffante, un passant se fait descendre dans la rue dans la grande tradition des règlements de compte de l’époque de la prohibition. Peu de chance qu’il s’agisse d’un problème de gangs, les méthodes ont changé. Et comme la victime était maître chanteur, les suspects sont légion. C’est Crédit illimité.

Un tueur joue avec les nerfs des inspecteurs du 87° en pleine canicule. Il annonce pour le soir même qu’il va tuer La dame. Quelle dame ? Et pourquoi les avertir ? C’est tout cela qu’il va falloir résoudre avant 20h00 dans Souffler n’est pas tuer.

Deux romans où on sent la chaleur, la moiteur dans des bureaux de flics où les ventilateurs font ce qu’ils peuvent, la fatigue quand il faut monter dans les étages. Les bouches à incendie ouvertes, avec les gamins autour.

De romans où le sens de la construction et des dialogues de l’auteur font merveille, où son humour fait mouche. Avec cette scène particulièrement jouissive dans le second qui voit McBain avec le talent d’un maître du burlesque, enchaîner avec malice les anicroches qui vont retarder l’équipe de flics. Du grand art.

McBain 08Mais que dire alors de Soupe au poulet ? C’est l’automne, les journées sont belles après la chaleur estivale. Sauf cette fin d’après-midi où une femme rentre dans la salle des inspecteurs, un flingue à la main, une bouteille de nitro dans le sac. Elle prend tout le monde en otage le temps que Carella rentre. Puis elle le tuera. C’est lui qui a arrêté son mari qui vient de mourir en prison. Un chef-d’œuvre d’humour, de rythme, de suspense tout en légèreté et en finesse. Et en prime, de magnifique pages sur Isola, ville femme, ville tentatrice, ville sensuelle à la tombée de la nuit.

Les deux suivants, s’ils sont peut-être moins enjoués n’en sont pas moins intéressants, et nous montrent comment l’œuvre de McBain est le témoin des évolutions d’un demi-siècle d’histoire des US.

Que ce soit les affres de la sœur de Carella et de son futur beau-frère le jour de leur mariage, ou le monstre de « technologie » qui permet aux kidnappeurs d’un gamin de contacter le père, il va être amusant de suivre l’évolution des mœurs et de la technique entre ces romans qui ne datent que de 1959, et les derniers. Quant à la comparaison avec notre monde, et celui qui n’est, finalement, que celui de mes parents, elle est vertigineuse.

A noter également qu’outre nous décrire différentes saisons de la ville, Rançon sur un thème mineur nous amène pour la première fois dans le monde des riches et puissants.

La rentrée étant là et bien là, la suite risque d’attendre un peu.

Ed McBain / 87° District volumes 6 à 10 :

(6) Crédit illimité (Killer’s payoff, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Christophe Claro.

(7) Souffler n’est pas tuer (Lady killer, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean-François Merle.

(8) Soupe au poulet (Killer’s wedge, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Philippe Aronson.

(9) Pas d’avenir pour le futur (‘Till death, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean-François Merle.

(10) Rançon sur un thème mineur (King ‘s ransom, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Sylvie Fontaine.

87° District, le début de l’intégrale

Cela faisait longtemps que j’en avais envie, et que je ne m’y mettais que peu à peu, dans le désordre. Les vacances ont été l’occasion d’installer un peu de méthode dans la chose. J’ai récupéré tous les 87° district du génialissime Ed McBain, et je les attaque dans l’ordre, depuis le premier.

Je vous tiendrai au courant, et peut-être vous donnerai envie, petit à petit. Là j’ai lu les cinq premiers, à savoir : Du balai !, Le sonneur, Le fourgue, Faites-moi confiance, Victime au choix.

McBain 01Isola, création littéraire d’Ed McBain, un quartier d’une très grande ville, de La grande ville, copie bien évidemment de Manhattan. Une création qui évite à l’auteur de se tenir au courant des changements de districts, de nomination au sein de l’administration et des forces de l’ordre, mais qui, ces détails sans intérêts mis à part, est Manhattan.

Dans cette ville des flics maintiennent l’ordre comme ils peuvent. Et parmi ces flics un groupe, ceux du 87° district. Un quartier proche des quartiers riches, mais un quartier violent, agité.

Au départ aucun héros, juste des flics : Steve Carella, d’origine italienne, qui va très vite épouser une très belle brune, Teddy, sourde-muette dont il est follement amoureux. Meyer Meyer, juif au nom ridicule, conséquence de l’humour particulier de son père, patient, imperturbable, chauve à trente ans. Arthur Brown, grand, costaud, noir. Le lieutenant Peter Byrnes qui dirige la brigade … Et Bert Kling, agent de ville, le petit jeune qui va rapidement intégrer l’équipe avec d’autres …

Au départ ils devaient tous être à égalité, sans personnage principal, au point que dans le volume 3 Ed McBain avait l’intention de tuer Steve Carella. Mais il dut se rendre à l’évidence, certains de ses personnages, même s’ils ne sont pas présents dans tous les volumes (comme le volume 2 où Steve est en voyage de noce) devaient être immortels.

McBain 02On va donc suivre plusieurs enquêtes? Certaines relèvent de l’intime, des drames passionnels, des vengeances. D’autres vont mettre en avant tel ou tel sujet : les gangs de jeunes qui commencent à inquiéter la bonne société américaine dans ces années cinquante, le solitude dans la grande ville, les violences faites aux femmes, les flics ripoux, le chantage … On va connaître les problèmes d’une vie de flic, les répartitions de vacances, le danger, la peur de celles qui restent à la maison. On va avoir une radiographie de la société américaine entre 1956 et 1958.

Tout cela c’est ce à quoi on pense quand on a refermé les bouquins. Mais pendant la lecture, on est complètement embarqués par l’écriture géniale de l’auteur. Son sens du rythme et du tempo, sa façon de jouer avec le lecteur pour faire monter le suspense.

Le final de Faites-moi confiance est un exemple magistral de ce talent : Tout d’abord, nous sommes dans les années cinquante, pas de téléphones portables, pas de bippers ! Tout le suspense tient dans la façon jouissive dont McBain chorégraphie les ratés entre différents personnages qui n’arrivent pas à se joindre et donc retardent, jusqu’à la dernière seconde, la transmission de l’information qui permettra d’arrêter le tueur. Et tout cela, bien entendu, alors que deux personnes sont en danger de mort. Du grand art.

Du grand art aussi ses dialogues fantastiques, qu’il s’agisse d’interrogatoires ou d’échanges de vannes entre flics. Et un sens de l’humour fin, subtil, qui fait mouche à chaque fois.

La géniale mise en place de la fine équipe. A lire, absolument, pour tout amateur de polars. Mais attention, les 87° districts, c’est comme les pistaches. On en lit un, on se dit qu’on va arrêter, mais on a ouvert le suivant sans même s’en rendre compte.

Ed McBain / 87° District volumes 1 à 5 :

(1) Du balai ! (Cop hater, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Chabolet et Raoul Amblard.

(2) Le sonneur (The mugger, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jean Rosenthal.

(3) Le fourgue (The Pusher, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Henri Robillot.

(4) Faites-moi confiance (The con man, 1957), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.

(5) Victime au choix (The killer’s choice, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.

Une bonne série B.

Avant qu’il ne soit publié à la série noire, je ne connaissais Eoin Colfer que comme auteur jeunesse (très apprécié en son temps par mes affreux). Je n’avais pas lu son premier roman traduit à la SN, je me suis rattrapé avec Mauvaise prise.

ColferDaniel McEvoy est un ancien militaire irlandais. Il a vécu le Liban et quelques joyeusetés de ce genre, et espère bien finit ses jours tranquillement à gérer un club pas loin de New-York. Malheureusement pour lui, il a fâché, à un moment ou un autre, le truand irlandais du coin aussi bête que violent, et va être obligé de lui rendre un service douteux.

Comment à partir de là, va-t-il se trouver en string rose, torturé par deux flics ripoux, ça seul Eoin Colfer pourra vous l’expliquer. Et ce ne sera que le début des emmerdes.

Pour être très clair, vous n’avez pas là le roman qui va vous marquer à jamais, mais vous ne vous ennuierez pas une seconde. Toute prétention à la vraisemblance est violemment écartée dès le démarrage au profit d’une bonne série B, truffée de références, de castagne et de bons mots. Tout le talent de l’auteur consistant à ne pas vous donner la sensation que le tout est un poil too much, et de vous éviter l’indigestion.

Et il y arrive fort bien.

Cerise sur le gâteau, un auteur qui, dès la première ligne, cite Elmore Leonard (qui est vénéré ici, vous le savez sans doute si vous êtes un habitué) pour expliquer pourquoi il va s’affranchir d’une de ses règles d’écriture : « Le grand Elmore Leonard a dit un jour qu’il ne fallait jamais commencer une histoire en parlant de la météo. » ne peut pas être entièrement mauvais et sera toujours bien vu sur actu-du-noir. A lire donc pour le plaisir.

Eoin Colfer / Mauvaise prise (Screwed, 2013), Série Noire (2017), traduit de l’anglais (Irlande) par Sébastien Raizer.

Bernie, voleur new-yorkais

Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu de roman de Lawrence Block. La sortie de Le voleur qui comptait les cuillères à la série noire m’a permis de renouer avec un de ses personnages fétiches.

blockPour ceux qui ne connaissent pas, Bernie Rhodenbarr est un célibataire new yorkais, propriétaire d’un chat. Il possède une jolie librairie qui ne rapporte pas grand-chose, mais lui permet de lire et de s’occuper pendant la journée. Le soir, quand l’occasion se présente, Bernie est aussi cambrioleur. Gentleman cambrioleur.

Comment monsieur Smith (qui bien entendu ne s’appelle pas Smith) a-t-il eu vent de son activité nocturne ? Mystère. Toujours est-il qu’il vient lui proposer une somme rondelette pour dérober un obscur manuscrit dans un musée voisin. Dans la même période, son plus fidèle ennemi le policier Ray Kirschmann vient le consulter sur un décès étrange : celui d’une vieille dame dans son magnifique hôtel particulier.

Tout cela va bien occuper les journées et les nuits de Bernie.

Autant le dire tout de suite, j’ai toujours préféré la série Matt Scudder à la série Bernie Rhodenbarr, même si à partir d’un certain moment j’ai commencé à trouver Matt un peu pénible, avec son abstinence et sa tendance marquée à faire justice lui-même. Donc j’avais laissé tomber Lawrence Block.

Je ne me suis pas ennuyé avec ce nouvel épisode : l’auteur a un sacré métier, il sait tricoter une intrigue, s’amuse à multiplier les références littéraires (facile avec un personnage libraire) et fait preuve d’une belle érudition tout en restant élégant, dandy dirais-je même. Les dialogues sont savoureux et l’humour bien présent.

Donc je ne me suis pas ennuyé, mais je risque de l’oublier rapidement.

Car Bernie est loin de détrôner dans mon cœur, le seul, l’unique voleur newyorkais, celui dont je suis prêt à relire toutes les aventures, l’inoubliable John Dortmunder. Je sais, ce n’est pas juste, ce n’est pas le même style, pas le même auteur, mais la comparaison s’impose à moi dès les premières pages. La vie est injuste envers Bernie.

Lawrence Block / Le voleur qui comptait les cuillères (The burglar who counted spoons, 2013), Série Noire (2016), traduit de l’anglais (US) par Mona de Pracontal.

Un 87° District pour les vacances

De temps en temps, beaucoup trop rarement, je récupère sur ma table de nuit un volume omnibus qui traine toujours là, et je lis un roman de l’incontournable série du 87°District d’Ed McBain. Cette fois c’était Après le trépas qui figure dans le volume 4.

McBainNous sommes dans les derniers jours avant Noël, les new-yorkais, pardon, les habitants d’Isola, sont dans l’attente d’une tempête de neige annoncée par la météo. Mais il n’y a pas de trêve pour les flics du 87° district : Steve Carella qui pourtant en a vu d’autres, ne peut s’empêcher de tiquer quand Gerald Fletcher, avocat d’assise, déclare devant le cadavre de sa femme éventrée : « Bien content qu’elle soit morte ».

Fletcher vient juste de rentrer chez lui, la fenêtre de la cuisine est ouverte, celle de la chambre brisée, il manque des couverts en argent, et sa femme est morte. Ce qui le réjouit. Car il ne risque rien. Et le camé qui a commis le crime n’étant pas bien malin, Steve et ses collègues ne vont pas tarder à l’arrêter. Mais Carella ne peut s’empêcher de penser que quelque chose cloche.

C’est toujours un vrai plaisir de se plonger dans les enquêtes des flics du 87° District d’Isola. Un vrai plaisir tant l’écriture a cette qualité rare, qu’Ed McBain partageait avec son compère Elmore Leonard, de laisser l’impression qu’il est facile, pour ne pas dire évident, d’écrire comme ça. Tout semble couler de source : les descriptions, les réflexions des personnages, l’évolution de l’enquête et encore plus, les dialogues. C’est vrai non ?

Ca semble tellement simple et juste qu’il doit suffire de … Suffire de quoi ? Là est tout le mystère. Parce que si c’était si simple, on n’aurait pas de pavés indigestes de 600 pages, ni de dialogues écrits par des aspirants Audiard lourdingues, ni des péripéties tirées par les cheveux, ni des leçons de morale à deux balles, ni … Si c’était si simple, il y aurait plein d’Ed McBain. Or il n’y en a qu’un.

Et avec cette écriture si simple, si vous lisez les chroniques du 87° District, vous saurez tout de la vie à New-York entre 1950 et 2000. L’évolution des mœurs, des techniques, des relations entre les gens, des quartiers de la ville, du langage, des habitudes de vie … Vous saurez tout ça, vous sourirez souvent (il a de l’humour le diable), vous tremblerez parfois, vous enragerez avec Steve et ses collègues. Vous connaîtrez New-York en toute saison, vous croiserez tous ses habitants, vous en haïrez certains, aimerez d’autres, vous compatirez et vous pleurerez.

Lisez le 87° District, et si vous ne connaissez pas, lisez en plusieurs, l’ampleur et la richesse de l’œuvre prennent alors tout leur sens et on devient accro.

Ed McBain / Après le trépas (Sadie when she died, 1972), Omnibus, Volume 4 (2003), traduit de l’anglais (USA) par Janine Hérisson et Pierre de Laubier.

Rivages Noir n°1000

Avec quelques mois de retard, je lis enfin le numéro 1000 de l’excellentissime collection Rivages/Noir. Gravesend de William Boyle.

unknownGravesend, quartier italien du sud de Brooklyn. Conway, 26 ans, ne s’est jamais remis de la mort de son frère Duncan, percuté par une voiture alors qu’il essayait d’échapper à la bande de petites frappes de Ray Boy Calabrese. Et voilà qu’après 16 ans de prison, Ray Boy va sortir.

Eugene était à peine né quand son oncle Ray Boy est parti en prison. Il a fait de lui son héros et veut, lui aussi, devenir la terreur du quartier.

Alessandra était partie à LA, faire une carrière d’actrice. Rien n’a fonctionné, et elle revient dans son quartier à la mort de la mère, sans trop savoir ce qu’elle va faire de sa vie.

Autant de destins qui vont se télescoper dans le quartier de Gravesend que l’on ne quitte jamais vraiment.

Du bon vrai roman noir, digne de porter ce numéro 1000 de Rivages/Noir. Ce roman prend le contrepied complet du rêve américain. Il raconte une fuite impossible : l’impossibilité à échapper à son milieu social, culturel, à sa classe et à son quartier.

Il le fait au travers de destins que l’on sait sur le chemin de la catastrophe, dans le courant du fleuve qui les mène aux chutes inévitables. Les personnages tentent sans succès de quitter un quartier qui change. Impossible d’échapper à son histoire italienne, impossible d’échapper à son histoire ouvrière. L’accent, le goût de la cuisine familiale, la pauvreté, sont autant l’élastiques qui les rattachent et ne rompent jamais.

Tout est décrit avec un vrai sens de la tragédie et surtout beaucoup d’empathie, de tendresse et de justesse. Même s’ils sont souvent égoïstes, lâches, faibles … On se les aime ces personnages parce que l’auteur nous fait sentir leur humanité et nous aide à les comprendre.

Un beau n°1000 pour une belle collection.

William Boyle / Gravesend (Gravesend, 2013), Rivages / Noir (2016), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

Chroniques new-yorkaises

Un nouveau roman de Richard Price, c’est rare donc il ne faut pas le rater : The whites.

PriceLes « whites ». C’est ainsi qu’un groupe de policiers des années 90 appelaient les criminels qu’ils avaient identifiés mais pas réussi à faire condamner.

Des années plus tard, ils ont fait leur chemin. Billy Graves est un des rares qui soit resté policier, il est maintenant chef de l’équipe de nuit du NYPD. Jusqu’à cet appel : une meurtre sur le quai d’une station de métro. Il connaît la victime, c’est un de ces assassins qui leur a échappé. Ses anciens collègues ont plutôt tendance à s’en réjouir, même lui n’est pas mécontent. Jusqu’à ce qu’un autre de ces « whites » soit assassiné. Et Billy commence à se poser des questions, sans oser en faire part à ses amis.

Dans le même temps, un homme semble roder autour de sa famille …

Dès les premières pages j’ai pensé au 87° District d’Ed Mcbain. L’ambiance, les flics de New York, le sens des dialogues … Puis je me suis aperçu que Jacques Martichade, traducteur du roman, a été celui de Mcbain. Décidément, il y a une parenté certaine.

On retrouve, comme chez son illustre prédécesseur, cette façon de faire vivre les rues de la ville au travers de dialogues et de descriptions « cliniques » des interventions des flics de nuit. Scénettes juxtaposées, reliées par le personnage de Billy Graves, elles en disent beaucoup plus sur ces quartiers, leurs habitants, la vie qu’ils y mènent, leur violence et leur pauvreté (économique et culturelle) que n’importe quel essai.

Il faut aussi reconnaître que Billy Graves, flic de nuit, comme l’infirmier des urgences de 911, est témoin de ce que la ville peut avoir de pire, de l’envers du décor.

Ces chroniques sont reliées par deux suspenses qui ajoutent de la tension tout au long du roman, une tension qui va augmentant quand on s’approche du final : Qui tue les « whites » de la bande de flics, et que va faire cet homme qui rode autour de sa famille. Deux intrigues entremêlées qui posent de multiples questions et remuent les thématiques de la vengeance, de la loyauté, de ce qui est juste et ce qui est légal …

Un roman passionnant, sensible et intelligent.

Richard Price / The whites (The whites, 2015), Presses de la cité/Sang d’encre (2016), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.