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Feu pour feu

On a découvert Leye Adenle avec Lagos Lady. Ce fut un choc. Il persiste et signe avec Feu pour feu.

AdenleLagos, alors que les élections pour le poste de gouverneur sont lancées. Celui qui a le plus de chances d’être élu est le protégé du pouvoir en place, chief Ojo. Mais chief Ojo est un pervers qui aime les très jeunes filles, et aime tabasser les prostituées qui lui tombent sous la main.

Amaka, fille d’un homme de pouvoir, avocate, c’est juré de protéger toutes les prostituées, et pour elle il est impensable qu’Ojo arrive à ce poste qui lui garantirait une totale impunité. Coups fourrés, corruption, lynchages, meurtres … tous les coups vont être permis dans une capitale bouillonnante en permanence au bord de l’explosion.

Je vais tout de suite me débarrasser du détail qui m’a un peu gêné. Il y a dès le départ beaucoup de personnages, beaucoup d’actions en parallèle, et par moment, dans le premier quart du bouquin, on est un peu perdu.

Mais ce défaut est compensé, même au début, par l’énergie, la fureur, la rage, la violence, l’enthousiasme du récit et de l’écriture. D’emblée on en prend plein la figure. Lynchage, cris, souffrance, révolte, corruption, magouilles, c’est parti, vous êtes immédiatement plongés dans le chaudron bouillant.

Ca déménage, le portrait de la classe politique, des magouilles électorales, de l’impunité des puissants est sans pitié. Heureusement il y a aussi quelques personnages qui surnagent. La magnifique Amaka bien entendu, mais aussi quelques flics intègres. Et puis les affreux sont vraiment réussis, et tout lecteur de polar sait qu’un méchant réussi est gage de polar réussi.

Si vous n’avez pas l’estomac trop délicat, si vous aimez la littérature relevée, prenez la peine de passer un démarrage parfois confus et vous ne regretterez pas ce nouveau voyage à Lagos, même si je doute que cela vous donne envie d’y aller en vacances.

Leye Adenle / Feu pour feu, (When trouble sleeps, 2018), Métailié/Noir (2020) traduit de l’anglais par (Nigéria) David Fauquemberg.

Mon premier polar nigérian

Une nouvelle découverte chez Métailié, fort réjouissante : Lagos Lady du nigérian Leye Adenle.

AdenleGuy Collins a réussi à se faire envoyer à Lagos pour couvrir pour un petit journal en quête de gloire les futures élections présidentielles. Dès le premier soir sa mission tourne à la catastrophe quand il voit, à la sortie d’une boite de nuit, le corps d’une prostituée mutilée. Curieux il approche et se fait embarquer par la police locale qui a absolument besoin de témoins facilement transformables en coupables.

Il est sauvé de l’enfer par Amaka, fille de diplomate, avocate, activiste, qui protège les prostituées des clients violents … et des abus de la police, et qui voit dans ce journaliste une aubaine, celui qui pourra faire connaître le sort peu enviable des filles des rues. Subjugué (elle est très belle et débordante d’énergie) et fort reconnaissant, Guy s’embarque dans une histoire qui va très vite le dépasser complètement.

Voilà un premier roman qui a tout pour plaire.

Un lieu et un milieu inédit : c’est mon premier polar nigérian. Et pourtant, si on en croit Leye Adenle, il y a là de quoi en écrire des dizaines. Lagos, la ville est un personnage à part entière : ses différents quartiers, ses femmes exploitées, sa sensualité, l’insolence des écarts entre la richesse incroyable des uns et la misère totale des autres, l’impunité, la corruption d’une police sans moyen totalement achetée par les puissants … Un vrai décor et un vrai personnage.

Mais pas le seul. Des truands aussi bêtes que méchants, aussi violents qu’imbéciles, un journaliste complètement dépassé, des flics qui foutent la trouille … Et Amaka, Lady Lagos, renversante.

Et puis une intrigue qui fonce à toute allure, passe de l’un à l’autre, d’une fusillade à l’autre, trépidante, aussi exubérante que le décor.

Vraiment une belle découverte. Et en plus, la fin ouverte laisse espérer une suite. Youpi !

Leye Adenle / Lagos Lady (Easy motion tourist, 2015), Métailié/Noir (2016), traduit de l’anglais (Nigéria) par David Fauquemberg.