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Les chiens de Pasvik

Après un détour par le roman historique, Olivier Truc revient à la police des rennes avec Les chiens de Pasvik.

Entre Kirkenes, Norvège, et Nikel, Russie, de nombreux clandestins passent la frontière. C’est le cas d’une cinquantaine de rennes de Piera Kyrö, qui sont allés se perdre dans le parc naturel côté russe. Ou des chiens de Pasvik, abandonnés par les russes et qui viennent tuer des rennes côté norvégien, et risquer de répandre la rage. Si on ajoute des trafics de langues de rennes offertes aux visiteurs chinois, de riches abrutis de Mourmansk qui viennent « chasser » à la kalach en 4×4 et laissent pourrir la viande sur place, les revendications des Samis qui voudraient pouvoir utiliser les pâturages de leurs ancêtres … Voilà de quoi occuper Klemet de la police des rennes, en plus de ses problèmes personnels. D’autant que Nina qui a été mutée à la police des frontières est de retour.

Les chiens de Pasvik est un polar sans délit. Du moins pendant une bonne partie du roman. Pas de meurtre, pas de vol, pas de trafic … Juste une frontière plus imperméable aux hommes qu’aux animaux. Et l’absurdité de tracés pour un peuple qui, pendant des siècles, c’est déplacé de pâturage en pâturage, au gré des saisons.

Le fil narratif se tisse autour des tensions entre pays, entre organisations, et le mystère, lui, nait des intentions cachées qui font avancer les différents protagonistes, de chaque côté de la frontière. Puis de nouvelles questions surgiront …

Comme les autres romans de la série, celui-ci plonge ses racines dans le passé, et nous décrit un monde que nous découvrons totalement (je parle au moins pour moi qui suis totalement ignorant de l’histoire de cette région).

Comme le récit s’appuie sur une belle écriture qui sait rendre la beauté et la dureté de paysages hors norme, et que l’on s’attache aux personnages, le résultat est passionnant.

Olivier Truc / Les chiens de Pasvik, Métailié/Noir (2021).

PS. Olivier Truc sera à Ombres Blanches mercredi à partir de 18h00, j’aurai le plaisir d’animer la rencontre.

Le code de Katharina

La série noire continue à publier les aventures de William Wisting et sa fille Line du norvégien Jørn Lier Horst : Le code de Katharina.

William Wisting s’ennuie un peu. Il est chargé de produire un rapport sur le futur rapprochement de deux services de la police norvégienne. Passionnant. En parallèle, comme tous les ans depuis 24 années, à l’approche de l’anniversaire de la disparition de Katharina Haugen, il se replonge dans le dossier. Puis, le jour même il va rendre visite à son mari, Martin, avec qui il a établi des relations qui pourraient ressembler à une lointaine amitié.

Mais cette année la routine pourrait changer. Un policier est venu de la capitale, d’une nouvelle unité chargée de rouvrir de vieux dossiers, les fameux « cold cases ». Et dans l’affaire de la disparition d’une jeune fille, Nadia Krogh, quelques temps avant celle de Katharina, le nom de Martin Haugen vient d’apparaître. Une double enquête qui fascine les journalistes, et en particulier Line Wisting, qui s’est rapprochée de son père et travaille en indépendante depuis qu’elle a eu sa petite fille.

Certes, Jørn Lier Horst n’est pas l’auteur de polar le plus rock and roll ni le plus original. Mais c’est un excellent artisan. Ses personnages sont détaillés et parfaitement construits et crédibles. Sa description des contextes, entre les différents services de police, le monde de la presse, la vie dans une petite ville de province, est précise. Ses intrigues sans grands effets ni grandes scènes hollywoodiennes ne manquent pas de surprises et sont impeccablement menées.

Alors non, ce n’est pas le grand souffle, ce n’est pas plein de folie, de bruit et de fureur, mais c’est aussi comme ça que j’imagine bien la vie dans cette petite ville norvégienne. C’est solide, très bien fait, bien dans tradition du polar scandinave de Martin Beck à Wallander en passant par Erlendur.

Jørn Lier Horst / Le code de Katharina, (Katharinakoden, 2017), Série noire (2021) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Tu me manqueras demain

Je suis souvent agacé par les quatrièmes de couverture emphatiques, et ensuite souvent déçu par ce qu’il y a à l’intérieur. Ca a été le cas, une fois de plus, avec Te me manqueras demain du norvégien Heine Bakkeid.

Thorkild Aske était flic. Suite à une affaire que l’on découvre au fil du roman, il a été blessé, arrêté et vient de sortir de prison. Son psychiatre lui conseille d’accepter d’aider une de ses patientes qui veut retrouver son fils disparu sur une île dans le nord du pays.

Dans un paysage secoué par les premières tempêtes d’automne, Thorkild va devoir affronter les éléments, des fantômes et des ennemis bien en chair qui pourraient vouloir sa peau.

On nous parle donc d’un nouveau Nesbo, d’un auteur d’exception, de dénouement fascinant … C’est un peu exagéré. Il y a du bon, et du moins bon dans ce premier roman, qui est effectivement prometteur, mais présente, à mon goût, deux gros défauts.

Ce qui est vraiment bien c’est l’évocation de ce pays du nord, du phare isolé sur l’île perdue au milieu du fjord, sur les conditions de vie, liées à une mer souvent déchaînée dans ces régions. On entend le vent, on sent le froid, l’humidité, la puissance de la mer. Et le final est vraiment réussi. Donc tout n’est pas raté.

Mais il y a pour moi deux éléments qui gâchent le roman.

Le premier tient au personnage central. Je ne suis absolument pas convaincu par le traumatisme de départ, révélé petit à petit, qui a entrainé sa mise en prison et son état suicidaire, ou pour le moins dépressif actuel. Je n’y crois pas, il est très forcé, et du coup difficile de croire vraiment au personnage.

Le second vient de l’utilisation du fantastique, ou sur surnaturel. Quand De Giovanni, ou Connolly mêlent du fantastique, ils n’essaient pas de nous le faire avaler comme les charlatans qui vendent leur soupe de voyants ou de guérisseurs. Là on dirait que l’auteur y croit, qu’il veut nous convaincre que, dans la vraie vie, un medium est habité par la voix d’une morte. Et le pire est que cela offre un des éléments qui met l’enquêteur sur la piste de la vérité, et là c’est tricher.

Donc du bon, et du moins bon, mais comme c’est effectivement prometteur, j’essaierai sans doute le prochain.

Heine Bakkeid / Te me manqueras demain, (Jeg skal savne deg i morgen, 2016), Les arènes/Equinox (2020) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Le disparu de Larvik

Eux aussi deviennent des habitués, William Listing, le flic et sa fille Line, journaliste, du norvégien Jørn Lier Horst. Ils reviennent dans Le disparu de Larvik.

HorstL’été est arrivé à Larvik. Côté commissariat, cela fait 6 mois que l’enquête sur la disparition de Jens Hummel, chauffeur de taxi piétine. Côté famille, Line Listing a quitté son boulot de journaliste pour venir s’installer près de son père, en attendant d’accoucher de sa petite fille.

Elle croise par hasard une ancienne copine d’école qui revient elle aussi dans sa ville d’origine, suite à la mort de son grand-père, Frank Mandt, ancien trafiquant d’alcool puis de drogue jamais arrêté. L’ouverture d’un coffre dans le sous-sol de sa maison va contribuer à ébranler la routine de la petite ville.

Jørn Lier Horst c’est pas rock and roll, c’est pas latin, on est dans le solide et le confort la qualité scandinave. Alors si vous recherchez les chocs de lecture, l’originalité totale, le bruit et la fureur, vous pouvez éviter. Par contre si comme moi, de temps en temps, vous aimez vous plonger dans une bonne histoire, racontée en prenant son temps, avec une belle attention accordée aux personnages et une intrigue qui colle au quotidien d’un flic de petite ville, vous pouvez y aller sans hésitation.

L’auteur continue son histoire familiale, décrit une société norvégienne un peu endormie mais non exempte de truands, de trafics, de meurtre, de policiers plus ou moins borderline, comme partout ailleurs finalement, même si les enjeux ici semblent bien minces si l’on vient de lire … Don Winslow par exemple.

Ou comment les polars révèlent l’universel tout en mettant en lumière ce que chaque société a  d’original. Du bon travail d’artisan, solide et plaisant.

Jørn Lier Horst / Le disparu de Larvik, (Blindgang, 2015), Série Noire (2020) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Le couteau

A chacun des derniers romans on croit que Harry Hole est descendu au plus bas des enfers. Et pourtant, au suivant Jo Nesbo arrive à l’enfoncer encore un peu. C’est encore le cas avec le dernier : Le couteau.

G01675_le-couteau_nesbo 2.inddHarry a replongé, cuite tous les soirs pour oublier qu’il n’est plus avec Rakel qui l’a chassé de sa vie. Côté boulot, c’est la dèche, il a été repris à la police d’Oslo, mais cantonné aux vieux cas pourris, ceux pour lesquels on a des doutes. Et pourtant, il est certain qu’il pourrait aider, d’autant plus que Svein Finne, violeur et meurtrier, psychopathe qu’il a arrêté quand il était jeune vient d’être libéré et qu’il a juré de s’en prendre à lui et à sa famille.

Jusqu’au matin où il se réveille, du sang sur les mains et sans aucun souvenir de ce qu’il a fait après sa bagarre avec le patron d’un bar.

Je crois que je l’ai déjà écrit à propos d’un des derniers romans de la série, tant qu’à lire du thriller, autant en lire du bon, et la série Harry Hole c’est vraiment le haut du panier. Je ne me souviendrai sans doute pas de grand-chose dans un an, mais les quelques 600 pages ont été avalées d’une traite.

Les affreux sont très réussis, Jo Nesbo est le maître des fausses pistes et sait comme personne faire monter le suspense et laisser le lecteur dans l’incertitude (même si à force ça marche moins bien qu’au début, on commence à connaitre certaines ficelles), tout est tricoté à la perfection et il ne tombe jamais dans le piège du tout noir, tout blanc, laissant son roman et son lecteur s’enfoncer dans les zones grises et troubles.

Un pur plaisir de lecture, à éviter si vous risquez d’être interrompu trop fréquemment dans votre lecture, vous pourriez devenir désagréable avec ceux qui se mettraient entre Le couteau et vous.

Jo Nesbo / Le couteau (Kniv, 2019), Série noire (2019), traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Le vent l’emportera

Toujours les poches, avec un enquêteur et un auteur que je suis, avec du retard, mais depuis bien longtemps : Le vent l’emportera, nouvelle enquête du privé de Bergen Varg Veum de Gunnar Staalesen.

StaalesenSeptembre 1998. Varg Veum sur la demande de son amie Karin rencontre Ranveig Mæland, une ancienne collègue qui a épousé un promoteur immobilier. Mons son mari a disparu depuis 4 jours et ne donne plus de nouvelles. Une disparition qui fait écho à celle de sa première femme, Lea, bien des années plus tôt, avant son remariage avec Ranveig.

Ce qui l’inquiète c’est que Mons est engagé dans un gros projet qui suscite autant d’espoirs que de résistances : l »installation d’un champ d’éoliennes sur une ile au large de Bergen. Certains habitants de l’ile sont pour, espérant que cela va apporter du travail, les fondamentalistes installés sur place sont contre, et les associations écologistes se déchirent à propos d’un projet devenu très médiatique. Dans 3 jours une visite officielle doit statuer sur la faisabilité du projet. Une situation qui ne va pas faciliter la tâche de Varg.

Sans être le meilleur de la série, voilà un épisode qui ravira les fans comme il m’a ravi. On retrouve le privé désabusé et plein d’empathie pour les plus démunis, un trait de caractère lié à sa première profession, dans un service d’aide à l’enfance. On retrouve les paysages de Bergen, et sa météo changeant plusieurs fois par jours.

Cette fois on a droit à une excursion sur des iles récemment reliées au continent par des ponts, et à quelques envolées complètement hors du temps de pasteurs comme, semble-il, il en existe encore par là-bas. Une impression de retour au Moyen-Age dans ces pays scandinaves que l’on voit pourtant comme des modèles de modernité.

L’intrigue est bien menée, avec ce qu’il faut de suspense et de renversements de situation, Varg Veum est égal à lui-même, un vrai plaisir.

Gunnar Staalesen / Le vent l’emportera (Vi skal arve vinden, 2010), Folio/Policier (2018), traduit du norvégien par Alex Fouillet.

William et Line Wisting, à suivre.

J’avais beaucoup apprécié le précédent roman du norvégien Jørn Lier Horst. Il était hors de question de manquer le nouveau : L’usurpateur.

A19871_L_Usurpateur_Horst.inddOù l’on retrouve William Wisting, commissaire de police d’une petite ville norvégienne, et sa fille, Line, journaliste spécialisée dans les faits divers à Oslo …

Un homme est trouvé mort, complètement desséché, chez lui. Nous sommes en décembre, et tout indique que l’homme est mort en août. C’est parce qu’il ne payait plus l’électricité qu’un employé de la compagnie s’est aperçu qu’il était mort. En cette période proche de Noël, Line voit un beau sujet à développer : comment une solitude telle que personne ne s’aperçoive de votre disparition pendant des mois est-elle possible ? Un sujet qui la motive d’autant plus que l’homme vivait dans la même rue que son père et qu’elle le connaissait de nom.

Alors qu’elle vient s’installer chez lui pour quelques jours, William est appelé : un corps a été découvert dans une sapinière, caché là depuis des mois. Mais celui-là a été tué. Difficile après autant de temps de l’identifier, sans parler de trouver son assassin. Alors que père et fille, chacun de son côté, mène son enquête, une vérité bien plus sinistre va commencer à apparaitre.

De mon point de vue, William Wisting et sa fille Line sont en train de prendre place aux côtés d’enquêteurs comme Wallander et Erlendur. Qui, hasard, ont eux aussi des filles …

On retrouve ici cette qualité scandinave. Certes c’est moins rock and roll que Harry Hole ou Santiago Quiñones. Ici on enquête dans le calme, avec méthode, sans grands éclats de voix. Mais c’est du sérieux, et cela n’empêche pas Wisting de douter, d’être en désaccord avec sa hiérarchie, et de s’inquiéter pour sa fille.

Les personnages sont réellement incarnés, le paysage et la saison, ici avec la neige, le froid, le vent, sont très présents, on vit cette vie de flic norvégien. Et au-delà de l’investigation, c’est à une réflexion sur la solitude, la mise à l’écart, l’indifférence que se livre l’auteur.

Et puis dans un monde que l’on dit de plus en plus uniforme, il suffit de lire Jørn Lier Horst et Leonardo Padura et Andrea Camilleri, pour n’en citer que trois, pour confirmer que, si les crimes sont à peu près les mêmes partout, on ne vit pas, et n’échange pas avec les autres de la même façon en Norvège, à Cuba et en Italie.

Pour le voyage en Norvège, je vous conseille l’humanité et la solide qualité scandinave signée Jørn Lier Horst.

Jørn Lier Horst / L’usurpateur (Hulemannen, 2013), Série Noire (2019), traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Beau travail, qualité scandinave

J’ai manqué le premier roman traduit du norvégien Jørn Lier Horst, et au vu de quelques blogs louangeurs, j’ai décidé de prendre le train en marche avec le second : Les chiens de chasse.

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)Un soir qu’il se repose dans le café tenu par son amie, William Wisting est appelé par sa fille Line. Elle travaille dans un grand journal de la ville et veut l’avertir qu’il va faire la une de l’édition du lendemain. Rudolf Haglung, qu’il avait arrêté 17 ans plus tôt pour l’enlèvement et le meurtre de la jeune Cecilia Linde est sorti de prison, et avec son nouvel avocat prétend qu’ils peuvent prouver que la police, à l’époque, avait trafiqué les preuves, et omis sciemment d’entendre un témoin qui aurait pu le disculper.

Dès le lendemain, William est mis à pied par le nouveau patron de la police. Il décide de reprendre toute l’affaire, et Line, persuadée de son innocence, décide de l’aider. Dans le même temps, l’avis de disparition d’une nouvelle jeune femme arrive au poste. Une double course contre la montre s’engage.

Si ce polar ne va pas changer le genre, on a ici du très beau travail, de la qualité scandinave, dans la continuité d’un Henning Mankell.

Tout parait simple et évident dans ce roman. Les personnages sont parfaitement crédibles, l’auteur a pris le parti de s’éloigner des clichés de policiers borderline, pour en faire des flics dans la norme sans pour autant être ennuyeux, des flics comme Wallander, on Resnick par exemple.

L’intrigue multiple, le double suspense de savoir si le coupable de l’époque est ou pas coupable, et, indépendamment, si quelqu’un a effectivement trafiqué les preuves sont savamment, patiemment et très efficacement menés.

Et l’histoire prenante du début à la fin se double d’une réflexion intéressante sur le travail des flics, leur tendance, une fois qu’ils ont identifié un suspect, à ne chercher que les indices à charge, et également sur l’impression de se trouver pour une fois, de l’autre côté, du côté de celui sur qui on enquête.

Il résulte de tout cela un polar que l’on lit avec beaucoup de plaisir, qui porte à réfléchir, et qui donne envie de retrouver William et sa fille.

Jørn Lier Horst / Les chiens de chasse (Jakthundene, 2012), Série noire (2018), traduit du norvégien par Hélène Hervieu.

Varg Veum de Bergen

Je reste dans le grand nord, avec un personnage que j’aime beaucoup : Varg Veum du norvégien Gunnar Staalesen : Cœurs glacés.

StaalesenComme toujours, les affaires ne vont pas très fort pour Varg Veum, le privé de Bergen. La neige est en train de se transformer en boue quand une jeune femme passe sa porte. C’est une prostituée qui s’inquiète pour une amie et collègue disparue depuis quelques jours. Elle n’est plus réapparue après avoir refusé une passe avec des clients louches. Comme la police s’en fiche, et que leurs souteneurs ne font rien, c’est à Varg qu’elle s’adresse.

Peut-on imaginer point de départ plus classique pour un polar, avec un détective privé comme personnage principal ? Non. Est-ce dire que le roman est bateau, planplan, cliché ? non plus. Gunnar Staalesen a le chic pour s’approprier ce personnage du privé sans flingue, ses enquêtes archi classiques et les transformer, les transmuter en or.

Et il n’est jamais meilleur que lorsqu’il explore les violences faites aux plus faibles, et plus particulièrement aux plus jeunes. Ce qui est le cas ici.

Au travers d’une enquête classique mais efficace, il dresse, une fois de plus, le portrait d’une jeunesse à la dérive, de femmes exploitées et désespérées, et parfois, car il n’est pas angélique, désespérantes. Et surtout, nous montre comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, comment la religion ou la charité peuvent faire plus de mal que de bien, comment les pires salopards se cachent derrière des façades de respectabilité, et comment ce sont toujours les plus fragiles qui paient les pots cassés.

Un portrait humain, tendre et désolant, qui serre le cœur du lecteur, comme il serre celui de notre privé mélancolique de Bergen.

Gunnar Staalesen  / Cœurs glacés (Kalde hjerter, 2008), Folio/Policier (2017), traduit du norvégien par Alexis Fouillet.

Plus de 500 pages de plaisir

On croyait que Jo Nesbo avait abandonné Harry Hole. Mais non, il revient dans La soif.

A14504_Nesbo_Lasoif.inddHarry Hole c’est rangé. Marié, tranquille, prof à l’école de police, il ne veut plus entendre parler de meurtre, de sang et de tueurs en série. Jusqu’à ce que le cadavre d’une jeune femme soit découvert. Elle a été saigné à mort, et porte des traces de dents à la gorge. Quand un second cadavre est trouvé, Harry, sollicité par Mikael Bellman, directeur de la police et son ancien ennemi intime, finit par accepter de participer à l’enquête.

Pour sauver des vies ? Ou pour reprendre l’enquête, la seule, qu’il n’a pu mener à son terme et arrêter enfin le seul meurtrier qui lui ait échappé ?

Tant qu’à un thriller de temps en temps, autant en lire un bon, voire un très bon. Comme La soif.

Tout le savoir faire de Jo Nesbo. Ses fausses pistes, sa façon de jouer avec le lecteur, de varier les rythmes … Même quand on le connait bien et qu’on se méfie on se fait encore avoir. Enfin moi je me fais avoir. Avec délice.

C’est vrai, certains de ses autres ouvrages avaient un peu plus de fond. Mais arriver à faire passer aussi vite plus de 500 pages, sans jamais donner l’impression qu’il y en ait une seule de trop, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Un pur plaisir.

Jo Nesbo / La soif (Tørst, 2017), Série Noire (2017), traduit du Norvégien par Céline Romand-Monnier.