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Joy Castro confirme

On a découvert Joy Castro et Nola Céspedes il y a deux ans à la série noire dans Après la pluie. Elle revient dans Au plus près.

CastroNola est donc maintenant journaliste en charge des enquêtes criminelles au « Times-Picayune » de la Nouvelle-Orléans. Un matin, lors de son footing, elle tombe sur le cadavre d’une femme dans un parc. Cette femme elle la connaît : Judith Taffner, qui fut une de ses prof de journalisme. Une prof avec laquelle ses rapports étaient plutôt tendus …

Ceci dit, ce n’est pas une raison pour faire confiance à la police qu’elle trouve au mieux incompétente, au pire corrompue. Grâce à sa connaissance encore fraiche de l’université, Nola arrive à récupérer quelques papiers et fichiers de son ancienne prof, et s’aperçoit qu’elle avait commencé des recherches assez sensibles. Elle va les reprendre à son compte, sans mesurer le danger qu’elle court à son tour.

« Une Nola qui parfois explose, quand trop de vapeur c’est accumulée. J’espère bien la revoir prochainement, je suis certain qu’elle va évoluer, comme va évoluer le talent de sa créatrice. » Ai-je écrit sur le premier roman. J’avais raison, je me suis régalé à retrouver Nola et sa Nouvelle-Orléans.

A partir d’un constat assez semblable à celui de James Lee Burke : Arrogance et impunité des familles les plus riches, en Louisiane (comme ailleurs !), avec un personnage qui, finalement a pas mal de points communs avec Robicheaux : enfance pauvre, passé traumatisant, comportement parfois suicidaire, violence plus ou moins rentrée ne demandant qu’à exploser, une autre série voit le jour.

Ceci dit Joy Castro n’est pas James Lee Burke, sa fiction est urbaine, les inégalités, les injustices qu’elle décrit sont liées aux quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans, les blocages, les traumatismes, les peurs, celles des enfants et des adultes noirs ou latinos des quartiers où, même avant Katrina, le rêve américain n’est jamais entré. Nola s’en est sortie, mais elle n’a pas oublié d’où elle vient, comment on lui a fait sentir, tout au long de ses études, qu’elle n’était pas à sa place, elle sait la peur des flics, la certitude de ne pas être entendu, la maltraitance, par méchanceté, ou par simple peur de ce qui est à peine différent.

Le personnage prend de l’épaisseur, on le connaît un peu mieux, on l’apprécie encore plus, et à travers lui on touche du doigt à la fois la vitalité, l’énergie et la violence, criminelle et sociale de toute une ville.

Au plus près confirme tout le bien que j’avais pensé de Après la pluie, et il me tarde déjà de retrouver Nola Céspedes.

Joy Castro / Au plus près (Nearer home, 2013), Série Noire (2016), traduit de l’anglais (USA) par Thomas Bauduret.

Claire DeWitt, nouvelle dure-à-cuire (ou à bouillir)

J’avais lu de bonnes critiques sur La ville des morts de Sara Gran. Encore fallait-il trouver le temps de le lire. C’est chose faite, je n’ai absolument pas regretté.

Gran-MortsClaire DeWitt est privée. Une privée une peu spéciale que les clients, en général, ne reviennent pas voir tant elle ne transige pas avec la vérité, aussi désagréable soit-elle. En plus Claire a ses méthodes, un peu … étranges, qui s’accommodent fort de toutes sortes de boissons alcoolisées, de substances plus ou moins interdites et d’un poil de divination.

Claire ne pensait jamais revenir à la Nouvelle-Orléans, ville où elle avait tout appris avec Constance Darling. Constance qui est morte bêtement, abattue à la terrasse d’un restaurant. Elle-même ne sait pas pourquoi elle accepte d’essayer de retrouver un procureur, très honorablement connu en ville, disparu dans les jours qui ont suivi Katrina. Son neveu s’inquiète, mais est-il prêt à entendre tout ce que Claire va découvrir dans une ville livrée au chaos ?

J’avoue avoir eu un tout petit peu de mal, au début, aux premières incursions de Claire dans le monde de la divination, loin du rationnel qui est habituellement le quotidien des privés (sauf Parker je sais). Mais cela n’a absolument pas duré, car il s’avère que cette légère touche de fantastique est parfaitement adaptée à une ville qui oscille entre rêve et cauchemar. Il faut aussi dire que Sara Gran manipule ce fantastique avec autant de brio que John Connolly.

L’intrigue est bien menée, le suspense fonctionne, c’est le minimum syndical, il est assuré, mais le roman vaut surtout pour ses personnages, tous ses personnages.

Claire bien sûr, avec ses fantômes (et on sent qu’elle et le lecteur n’en ont pas fini avec eux), dure, pénible et fragile en même temps. Un pur personnage hardboiled, increvable et pourtant émouvant. Un cliché que l’auteur prend à son compte, tort dans tous les sens, pour en faire un personnage unique et extrêmement attachant.

On a ensuite de magnifiques portraits d’ados en perdition. Pas des portraits angéliques, pas des portraits à charge, pas des portraits larmoyants qui excusent tout. Non des portraits très justes qui démontrent une belle empathie et une très bonne compréhension de ces gamins qui n’ont eu aucune chance dans la vie, et que Katrina n’a fait qu’enfoncer un peu plus.

Et pour finir quelle peinture de la ville ! Une ville meurtrie, massacrée, oubliée, dévastée … une ville qui prend aux tripes, fend le cœur et met en rage. Et cela sans apitoiement ni pleurnicherie. Ce n’est ni le style de Claire, ni visiblement celui de l’auteur. C’est plutôt l’indignation, la vitalité et la rogne qui dominent. Avec même quelque beaux rayons de soleil, rares certes, mais d’autant plus inoubliables.

Un très beau début de série, et vivement la suite qui existe déjà en anglais si j’ai bien compris.

Sara Gran / La ville des morts (Claire DeWitt and the city of the dead, 2011), Le Masque (2015), traduit de l’anglais (USA) par Claire Breton.

Nola, nouveau personnage de la Nouvelle-Orléans

Une petite nouvelle à la série noire. Chouette ! C’est Après le déluge de Joy Castro.

Castro-delugeDepuis la loi Megan, les délinquants sexuels sont fichés aux US. Premier problème, le fichage va, sans distinction, de l’exhibitionniste au pédophile, du jeune de 19 ans ayant eu une relation avec sa copine de 17 ans au violeur en série, en passant par le gars bourré qui a pissé contre le mur d’une école. Deuxième problème, lors du passage de Katrina en 2005, 1300 délinquants sexuels ont été éparpillés dans la nature, seuls 800 ont été retrouvés.

C’est le sujet que Nola Cespedes, jeune femme d’origine cubaine élevée dans un quartier pourri de la ville par une mère célibataire, se voit confier par le Times Picayune. Alors, même si la perspective d’aller interviewer des violeurs, des pédophiles et des victimes n’est pas réjouissante, c’est l’occasion à saisir pour quitter les articles sur les nouvelles boites de nuit ou les circuits touristiques auxquels elle est pour l’instant cantonnée.

Dans le même temps, une jeune femme est enlevée en plein jour dans un bar de la ville. C’est la troisième en peu de temps, les deux premières ayant été retrouvées violées, mutilées et assassinées.

Je ne vais pas vous dire qu’on découvre là une voix éblouissante, ni que c’est le polar qui révolutionne le genre. Certains trouveront sans doute ce premier roman « trop sage », les amateurs d’action débridée lui reprocheront sans doute son didactisme ou son côté journalistique.

C’est vrai, qu’à de nombreuses reprises l’auteur utilise son personnage pour fournir pas mal d’informations sur Katrina et ses suites, sur l’histoire de la Louisiane et plus précisément de la Nouvelle-Orléans, sur la sociologie de la ville, sur les injustices passées et présentes …

So what ? C’est bien fait, suffisamment bien amené et bien écrit pour ne pas être indigeste, et pour ma part, même si je préfère le lyrisme, la poésie et la puissance du grand James Lee Burke, j’ai beaucoup aimé ce premier roman. Justement parce que j’ai appris beaucoup de choses, et de façon agréable.

Et il y a Nola. Boule de nerfs, sans cesse mal embouchée, sans cesse sous pression pour gagner sa place au soleil, complexée, enragée mais essayant de garder sa rage sous contrôle pour être acceptée par cette frange de la société aisée à laquelle elle aspire. Une Nola qui parfois explose, quand trop de vapeur c’est accumulée. J’espère bien la revoir prochainement, je suis certain qu’elle va évoluer, comme va évoluer le talent de sa créatrice.

Et puis la fin m’a bien pris à contrepied, et a ajouté de façon fort bienvenue de l’émotion et une touche plus polar à ce qui s’apparentait à une chronique. Finalement, une lecture très recommandable.

Joy Castro / Après le déluge (Hell or high water, 2012), Série Noire (2014), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

Norman Spinrad éclatant de santé !

Norman Spinrad, comme son Jack Burton est-il éternel ? J’ai l’impression de le connaître depuis que je suis tout petit, il devrait avoir plus de cent ans vu tout ce qu’il a écrit de génial, et avec Police du peuple, il écrit un putain de bouquin de jeune homme !

Spinrad-PoliceKatrina a mis la Nouvelle-Orléans à genou, la spéculation l’a mise à terre. Luke Martin est un flic de base, issu des marais, cette zone en permanence inondée habitée par les ragondins et la racaille, les gangs, considérés comme des alligators humains (à peine humains) par les habitants de le Bonne Nouvelle-Orléans. Jean-Baptiste Lafitte est patron de quelques bars et du meilleur bordel de la ville. Marylou est une chanteuse de rue.

Rien ne devrait les réunir, jusqu’au moment où la ville n’en peut plus, essorée par les ouragans et les usuriers. C’est alors que les loas (les dieux vaudous) entrent en jeu, et qu’ils décident, au travers de Marylou, et avec l’aide active de Luke et Jean-Baptiste qu’il est temps de prendre le pouvoir et de faire élire leur candidate gouverneur de l’état. Le carnaval perpétuel, autre nom de la révolution est en route.

Pour en revenir à ce que j’écris plus haut, c’est quand même incroyable ! J’ai l’impression de connaître Spinrad depuis toujours. Je n’ai pas lu tous ses bouquins, mais Jack Baron et l’éternité, Le printemps russe, Les années fléaux, Bleue comme une orange … C’est pas récent tout ça, il ne doit pas être si jeune que ça Norman. Et pourtant, il nous écrit là un roman d’une vigueur, d’une puissance absolument jubilatoire.

Parce que c’est bien ça la première réaction à ce roman, on jubile, on biche, on a envie de danser, de gueuler, de secouer tout le monde pour le faire lire, là tout de suite.

Quelle énergie, quelle patate ! On a tellement envie d’y croire à cette révolution festive. C’est tellement évident que plus de 99 % de la population de la Nouvelle Orléans (et du reste de la planète) a des intérêts contraires à la toute petite minorité qui fait chier le reste du monde du haut de ses montagnes de dollars.

Et c’est tellement bien construit ! Parce que, même s’il aime rêver, il n’est pas naïf l’auteur. Pas de grand altruiste ici, pas de sauveur de l’humanité, juste des gens un tout petit peu intelligents, qui n’ont plus rien à perdre, et qui s’aperçoivent qu’on peut « faire le bien en se faisant du bien ». Certes, ils ont l’aide de quelques divinités par complètement altruistes elles non plus. Et c’est ça qui est beau, le bonheur individuel découle du bonheur collectif !

Ajoutez à cela de superbes personnages, une intrigue pleine de rebondissements, des scènes d’anthologie et quelques bons coups de pieds au cul des pisse-froid, coincés, évangélistes, banquiers et autres vautours de la finance, et vous avez un roman vraiment enthousiasmant.

Marylou présidente !

Norman Spinrad / Police du peuple (Police state, 2014), Fayard (2014), traduit de l’anglais (USA) par Sylvie Denis.

Tim Gautreaux, enfin.

J’ai raté le premier roman traduit de Tim Gautreaux pas le suivant : Nos disparus (et merci à celui qui a beaucoup insisté pour que je le lise, il se reconnaîtra !).

Gautreaux-DisparusSam Simoneaux avait six mois quand sa famille a été massacrée. Il a grandi chez son oncle et en 1918, il se retrouve en France. Arrivé le jour de l’armistice il participe au début du nettoyage des champs de bataille avant de revenir et de s’installer à la Nouvelle-Orléans. Sa vie semble stabilisée quand, à l’étage du grand magasin dont il est responsable, une petite fille de trois ans se fait enlever. Tenu pour responsable il est renvoyé et s’engage auprès des parents à retrouver la gamine.

Son enquête va l’amener sur L’Ambassador, un bateau à aubes qui, de ville en ville, est transformé suivant les besoins, en bateau de croisière tranquille, ou en exutoire et qui met à portée de populations totalement incultes la musique de jazz naissante à la Nouvelle-Orléans, mais surtout des litres de tord-boyau et des machines à sous. Durant des semaines, Sam va croiser tous types d’échantillons d’humanité et voir remonter les fantômes de son passé.

Pas de doute, Tim Gautreaux ne manque ni de style, ni de puissance d’évocation. Si j’avais un reproche à lui faire (et c’est très subjectif), ce serait de faire preuve de trop de retenue. Certaines scènes, déjà fortes, auraient pu être absolument hallucinantes : Des moments de folie pure quand les hordes barbares investissent le bateau, où la visite chez les dégénérés de l’Arkansas. Tim Gautreau fait le choix de la retenue et d’une certaine pudeur et distance là où un Tristan Egolf dans Le seigneur de porcheries emporte tout sur son passage, y compris et surtout le lecteur qui finit complètement KO.

Ceci n’enlève rien à la qualité de cette fresque qui englobe toute un pan de l’humanité, à un moment où beaucoup de choses bougent et changent, où certaines zones de barbaries disparaissent, englobées dans un début de civilisation qui, pour être plus policée, n’en est pas moins rude pour les perdants.

Les pages sur la musique sont très belles, le refus très humaniste de la vengeance assez inhabituel (surtout chez un auteur US) pour être souligné et les pages sur l’identité, le manque et le sentiment de perte belles et profondes.

Est-ce un roman noir ? Bien entendu. Est-ce aussi autre chose ? Oui. Faut-il le lire ? sans le moindre doute.

Tim Gautreaux / Nos disparus (The missing, 2009), seuil (2014), traduit de l’anglais (USA) par Marc Amfreville.

Sur un air de Jass

Valentin Saint-Cyr, métis, ancien flic, bras droit de Tom Anderson, le patron de Storyville, quartier chaud de la Nouvelle Orléans était le personnage central de Courir après le Diable, le précédent roman de David Fulmer. On le retrouve, quelques mois plus tard, dans Jass.

Valentin a un peu perdu de sa superbe. Et s’il arrive toujours à faire régner l’ordre dans ce quartier où une nouvelle musique, le jazz, en en train de changer la donne, il semble avoir perdu tout allant. Il va pourtant avoir besoin de toutes ses ressources pour trouver qui s’acharne à tuer les musiciens noirs d’un des premiers orchestres de jazz, dissout depuis maintenant deux ans. D’autant plus que la police lui interdit d’enquêter, et que même Anderson, le Roi de Storyville, veut qu’il lâche l’affaire. C’est mal connaître Valentin. Plus on le presse d’abandonner, plus il a envie de savoir, à ses risques et périls.

Il y a certes des morts et une enquête, mais ce n’est certainement pas ça le plus important, et ce roman est à déconseiller aux amateurs de thrillers et de romans trépidants. Ici tout est dans les descriptions de ce moment historique où une musique qui nous parait aujourd’hui vieille et « consensuelle » (à savoir le jazz style Nouvelle-Orléans) était une véritable révolution, vue comme une musique du Diable, porteuse de tous les maux et de tous les dangers. Une époque où la ségrégation envers les noirs, mais aussi envers les nouveaux arrivants (et en particulier les italiens) était naturelle, où les voitures étaient rares, où les jeunes hommes de bonne famille, encore d’origine française, se devaient d’entretenir une maîtresse métisse (mais pas trop noire quand même …).

Si cela vous tente, si vous aimez cette musique, si les reconstitutions historiques avec musique et costumes vous plaisent, ce bouquin est pour vous. Vous en apprécierez aussi les personnages et l’enquête qui, si elle prend le temps de la flânerie n’en est pas moins rigoureuse. Pour lecteur pas pressés …

David Fulmer / Jass  (Jass, 2005), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain par Frédéric Grellier.

Nouvelle-Orléans, 1907.

Chouette, un nouvel auteur et un nouveau personnage chez Rivages ! Sous la plume de David Fulmer, Valentin St. Cyr mène l’enquête dans le quartier chaud de la Nouvelle-Orléans au printemps 1907 dans … Courir après le diable.

La Nouvelle-orléans, 1907, quartier chaud de Storyville. King Bolden est en train d’écrire une page d’histoire en faisant exploser les codes de la musique jouée traditionnellement par les fanfares. Laissant libre cours à son inspiration, son cornet crache le feu et le rythme. Le jazz est en train de naître, et ce n’est pas du goût de tout le monde. Dans le même temps, son ami d’enfance Valentin Saint-Cyr enquête pour le compte du caïd local sur la série de meurtres dont sont victimes des prostituées du quartier. Une enquête qui le ramène systématiquement vers Bolden.

Commençons par rouméguer un peu … La manie qu’ont les auteurs américains d’afficher en exergue des louanges (forcément désintéressées non ?) de leurs collègues est agaçante. Pour une fois, ce n’est pas James Ellroy, Michael Connelly ou Harlan Coben qui s’y collent mais Jeffery Deaver et Nick Tosches. Je cite :

« Un suspense de premier ordre, situé dans un cadre et une à époque chargés de souvenirs poignants. » Jeffery Deaver.

« Si vous avez envie de vous laisser emporter par une histoire bien menée, n’allez pas chercher plus loin. » Nick Tosches.

Lus donc en quatrième de couverture.

C’est d’autant plus agaçant que c’est à côté de la plaque. A se demander si ces deux auteurs ont bien lu le roman avant d’écrire ces lignes.

Donc ne les croyez pas Courir après le diable n’est ni « un suspense de premier ordre », ni « une histoire bien menée » qui vous « emporte ». Ce qui ne veut pas dire que c’est un mauvais polar, loin, très loin de là. Alors quel besoin d’en rajouter ? Mais venons en à nos moutons.

Les amateurs de polars endiablés et trépidants, au mécanisme d’horloge suisse risquent, justement,  d’être déçus pas ce roman à l’intrigue assez relâchée, dont la résolution arrive dans les dernières pages un peu comme d’un coup de baguette magique. Pendant 90 % du roman, ce pauvre Valentin compte les cadavres, ne comprend rien et n’inquiète jamais le tueur. Il comprend tout de façon quasi miraculeuse, à la toute fin, sans qu’une explication totalement convaincante de son coup de génie ne soit donnée.

Mais qu’importe, l’essentiel est ailleurs. Il est dans la façon de prendre le temps d’installer les personnages. Il est surtout dans la magnifique description d’un lieu et d’une époque passionnants. L’atmosphère de ce quartier chaud de la Nouvelle-Orléans au début du XX° siècle est fort bien décrite. Les lieux, les gens, les relations sociales … tout y est.

Les amateurs de jazz seront particulièrement comblés qui auront l’occasion d’assister en spectateurs privilégiés à la naissance de leur musique préférée. Les pages qui la décrivent sont superbes, et viennent rappeler une vérité oubliée depuis : ce jazz dit Nouvelle-Orléans qui fait aujourd’hui figure de musique démodée uniquement appréciée de quelques vieux passéistes fut en son temps une véritable révolution, qui ouvrit la voie à tout ce qui suivit. Le superbe personnage (et réel) de Charles King Bolden donne toute son énergie, sa vitalité, son génie, mais aussi sa folie au roman.

Et Valentin Saint-Cyr est un personnage intéressant et attachant qu’on aura plaisir à retrouver, d’autant plus qu’il a encore gardé quelques zones d’ombre, et que l’on sent bien que son passé pourrait ressurgir … Tout ce qu’il faut pour que l’on s’attache à un personnage récurrent. A lire et à suivre donc.

David Fulmer / Courir après le diable (Chasing the Devil’s tail, 2001), Rivages/Thriller (2008), traduit de l’américain par Frédéric Grellier.