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Abimagique

C’est chez Yossorian que j’ai lu quelque chose sur Abimagique, novella de Lucius Shepard parue dans la très belle collection de textes courts du Belial. Encore une bonne pioche.

ShepardA Seattle, un jeune home tombe amoureux d’Abimagique, jeune femme sensuelle, une peu enveloppée pour les canons de notre époque, au look étrange. Mystique, sensuelle, adepte de massages qui décuplent l’orgasme … Elle ne répond jamais à aucune question sur elle. Mais elle lui dit que le monde court à sa perte, une perte imminente, et qu’avec son aide, elle peut essayer de la sauver …

Un texte envoutant, tout en non dits, qui laissera le lecteur décider. Sorcière ? Mystificatrice ? Dévoreuse d’homme ? Mère universelle ? Et le jeune homme, celui que l’auteur interpelle à la seconde personne. Y croit-il ? A t’il été drogué ? Que c’est-il vraiment passé ?

Mystères, envoutements, fin du monde imminente, le lecteur doit décider, ou plutôt douter, balancer suivant son humeur au final du texte.

Ce qui est certain, c’est que moi aussi j’ai été emballé et mystifié par Abi. Encore une très belle réussite de cette collection qui, je me répète mais ce n’est pas grave, est esthétiquement magnifique en plus d’offrir de très beaux textes.

Lucius Shepard / Abimagique, (Abimagique, 2007), Le Belial/Une heure lumière (2018) traduit de l’anglais (USA) par Jean-Daniel Brèque.

L’enfance attribuée

Chaque fois que je pioche dans la collection Une heure lumière du Bélial j’ai une bonne surprise, et les livres sont toujours aussi magnifiques. Ça a encore été le cas avec L’enfance attribuée de David Marusek.

Marusek2092. Dans un monde où l’on a quasiment vaincu la mort, et où on est une jeune femme à plus de 200 ans, il est bien entendu inenvisageable de faire des enfants. Seul un petit millier d’autorisations sont délivrées par an aux US. Et c’est Eleanor Starke, sur le point de devenir une des personnes les plus puissantes du monde, et son amant Sam Harper, designer mondialement connu qui viennent d’avoir cette chance.

Un couple en vue, beaux, riches et célèbres, bientôt parents, un régal pour les media, le bonheur total. Jusqu’à ce qu’un petit grain de sable aux conséquences dévastatrices n’apparaisse.

Une belle construction que cette novella. Les deux premiers tiers sont une présentation de ce monde, des deux personnages, et dans ce monde où tout semble maîtrisé et merveilleusement fonctionnel, le lecteur sent bien que quelque chose cloche, sans pouvoir forcément mettre la main dessus.

Et puis le grain de sable intervient, et tout se précipite donnant raison au lecteur qui voit alors tout ce qui semblait bien pourri dans ce royaume en apparence parfait. Vers une fin à la fois glaçante mais qui donne aussi un léger espoir en l’humanité, la pauvre humanité que nous sommes, nous qui ne sommes pas immortels.

Un texte intéressant donc, comme souvent dans cette collection.

David Marusek / L’enfance attribuée (We were out of mind with joy, 1995), Le Bélial/Une heure mulière (2019), traduit de l’anglais (USA) par Patrick Mercadal.

Les attracteurs de Rose Street

Cela faisait un moment que je n’étais pas allé voir du côté de la très belle collection Une heure lumière du Bélial. Petit détour fantastique par Londres avec Les attracteurs de Rose Street de Lucius Shepard.

ShepardLondres, XIX°. La ville est noire de crasse et de pollution, le système de classes implacable. Samuel Prothero, aliéniste, essaie de se faire une place en fréquentant le très sélect Club des Inventeurs. C’est là qu’il rencontre un étrange personnage, Jeffrey Richmond, visiblement riche, sans doute génial, mais tenu à l’écart par les autres membres du club. Il faut dire qu’il habite le quartier de Saint Nichol, quartier mal famé de sinistre réputation.

Comme les autres, Samuel l’évite, jusqu’à ce soir, où Jeffrey vient le voir, et lui propose une forte somme d’argent pour venir voir ce qu’il se passe chez lui. Jeffrey a créé des attracteurs de pollution, capables de nettoyer l’air de la suie, mais un de ses attracteurs semblent avoir capturé bien autre chose …

Décidément L’heure lumière est une bien belle collection. Des couvertures magnifiques, un beau travail d’édition, et des novellas variées mais, pour ce que j’en ai lu jusqu’à présent, toujours de beaux textes.

Les attracteurs de Rose Street ne fait pas exception. L’auteur joue admirablement avec le genre, du bon fantastique londonien, dans une atmosphère industrielle où l’on ressent la crasse, la suie, la misère, la nuit, l’exploitation des plus faibles … Et un élément de fantastique que je ne révèlerai pas pour vous laisser le plaisir de la découverte.

L’auteur fait monter la tension jusqu’à un dénouement parfaitement maîtrisé où folie, histoire d’amour et fantastique mènent une danse à la fois très référencée et originale.

Lucius Shepard / Les attracteurs de Rose Street (Rose Street attractors, 2011), Le Bélial/Une heure lumière (2019), traduit du l’anglais (USA) par Jean-Daniel Brèque.

Des nuages, mais où sont les personnages ?

Une petite pause pour lire une des novellas de la magnifique collection « Une heure lumière » du Bélial (esthétique superbe et très beaux textes pour ce que j’en ai lu). Le sultan des nuages de Geoffray A. Landis.

LandisDans un futur non déterminé, l’homme a colonisé le système solaire. Si les débuts ont été très libres, aujourd’hui vingt familles possèdent quasiment tout ce qui est habitable. Parmi elles, les Nordwald-Gruenbaum. L’héritier, un adolescent insupportable, propriétaire de la quasi totalité des quelques mille villes qui flottent dans l’atmosphère épaisse et chaude de Vénus, Carlos Fernando Delacroix Ortega de la Jolla y Nordwald-Gruenbaum invite la docteur Léa Hamakawa et son assistant David Tinkerman basés sur mars.

Arrivé dans la somptueuse ville flottante du Sultan des Nuages, David le narrateur va devoir très vite comprendre ce que leur veut l’héritier, et quelles sont les forces qui s’affrontent autour de lui. Car il y a sur Vénus des dangers plus corrosifs que son atmosphère mortelle.

Je suis partagé sur ce texte.

Une partie est très réussie : la description de Vénus, de son atmosphère, de la ville qu’ils visitent est superbe. Originale et cohérente, poétique, lyrique mais en même temps très vraisemblable. On y voit la touche de l’ingénieur de la Nasa spécialiste dans l’exploration de Mars et Vénus qu’est l’auteur. La grande réussite étant d’avoir changé en vraie littérature ses connaissances, sans jamais donner l’impression de faire un cours.

De même, la structure des familles et de toute la société qu’il invente est originale et intéressante.

Là où ça coince, c’est que les personnages n’ont aucune chair, ils existent à peine, et que l’intrigue est complètement bâclée. Cela donne l’impression que l’auteur a construit un cadre, un décor, très bien d’ailleurs, mais qu’il n’a pas su, ensuite, quelle histoire raconter dedans.

Comme le texte est court, on peut le lire avec plaisir, pour la description du cadre. Mais on est quand même frustré. Peut-être devrait-il étoffer pour avoir la place de développer les aspects manquants, ou peut-être réduire encore pour ne garder que le cadre sans tenter une intrigue qui n’en est pas une … Comme je ne connais pas ses autres écrits je ne saurais me prononcer.

Ce qui, par contre, est étrange, c’est qu’il aie eu pour Le sultan des nuages, le prix Theodore Sturgeon, auteur qui, si ma mémoire est bonne, excellait justement dans la description très empathique de personnages rejetés …

Geoffray A. Landis / Le sultan des nuages (The sultan of the clouds, 2010), Bélial/Une heure lumière (2017), traduit de l’anglais (USA) par Pierre-Paul Durastanti.