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Les sentiers obscurs de Karachi

Olivier Truc quitte le grand nord pour Les sentiers obscurs de Karachi.

Le 78 mai 2002, un attentat devant l’hôtel où logent les ingénieurs et techniciens français de la Direction des Constructions Navales (DCN) qui travaillent au transfert de technologie et à la livraison de 3 sous-marins au Pakistan fait des dizaines de blessés et 14 morts, dont 11 ingénieurs français.

20 ans plus tard, alors qu’à Cherbourg on prépare les commémorations, les victimes savent que la vérité ne sera jamais faite sur cet attentat. L’enquête a révélé tout un système de corruption en France, mais les véritables coupables n’ont pas vraiment été recherchés. Jef Kerral, jeune journaliste au canard local, fils d’un employé de la DCN, et ami du fils d’une des victimes, Marc Dacian, qui a survécu, décide de partir sur place, rencontrer un ancien ami pakistanais de Marc, Shaheen Ghazali. Peu de temps avant l’attentat Shaheen avait mis Marc en garde en lui disant qu’il se tramait quelque chose de louche.

A Karachi il va vite se rendre compte qu’il est plus dangereux d’enquêter sur les services secrets pakistanais à Karachi que sur la fête du cidre à Cherbourg.

Roman intéressant, mais à mon avis moins abouti que les précédents romans de l’auteur. Et cela tient, à mon goût, à des personnages auxquels on croit moins et auxquels on s’attache moins qu’à ceux de Klemet et Nina. J’ai tout d’abord eu un peu de mal à croire à celui de Jef Kerral, spécialiste des fêtes dans les EPHAD locales qui, d’un coup, part enquêter à Karachi comme un vrai baroudeur. Et celui de Sara, sur place, aurait mérité d’être plus fouillé, c’était celui qui pouvait s’avérer le plus intéressant. Pour finir, les personnages secondaires manquent de complexité, trop tout blanc ou tout noir. Même si le méchant de service est assez réussi, ce qui, on le sait tous, est absolument indispensable.

Ceci dit le roman se lit quand même avec plaisir. La découverte de Karachi au travers du double regard du candide Jef et de la locale Sara est intéressant. Ce que l’on apprend de cette affaire pour le moins trouble est passionnant, et la résolution de l’intrigue arrive à être assez éclairante tout en ne recherchant pas le scoop improbable.

Intéressant donc surtout sur le fond, sans être le polar de l’année.

Olivier Truc / Les sentiers obscurs de Karachi, Métailié (2022).

Mon premier polar pakistanais

C’est mon premier polar pakistanais : Le prisonnier de Omar Shahid Hamid.

ShahidHamid21 décembre 2006, un journaliste américain est enlevé par des islamistes à Karachi. Dans une vidéo postée sur internet, ils menacent de l’exécuter le 25. Toutes les forces de police de la ville sont sur les dents, il ne faut pas fâcher l’allier indispensable. Mais personne n’a de piste. Seuls deux hommes semblent pouvoir le retrouver : L’ex commissaire D’Souza, devenu directeur de prison, et son ami Akbar, ancien flic, l’un des meilleurs et des plus impitoyables policiers de la ville, actuellement dans une cellule de la prison de D’Souza, suite à une affaire politique ayant mal tourné.

Dans une ville où les différentes officines se font la guerre, où la misère et la corruption généralisée règnent, contre toute attente, ce sont ces deux bannis qui vont mener la danse.

La quatrième de couverture nous apprend que l’auteur a été flic et patron de la cellule antiterroriste de son pays. On peut donc penser que sa description du monde politique et policier de la ville est réaliste. C’est d’autant plus atterrant.

Si l’écriture n’a rien d’extraordinaire, l’histoire est suffisamment bien menée pour qu’on tourne les pages pour connaître la suite, et qu’on se plonge dans ce qui faut tout l’intérêt du roman : la peinture d’un monde qui nous est totalement inconnu et absolument incroyable. Guerre des partis politiques, magouilles à tous les étages, cupidité, vol généralisé, violence. Et surtout corruption et clientélisme érigés en système du plus petit au plus haut échelon de la société.

Un roman tristement dépaysant, effarant et passionnant.

Omar Shahid Hamid / Le prisonnier (The prisoner, 2013), Presses de la cité/Sang d’encre (2017), traduit de l’anglais (Pakistan) par Laurent Barucq.