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Les chiens de la pluie

Je suis l’hiver premier roman traduit en français de l’argentin Ricardo Romero était déjà singulier. Les chiens de la pluie ne l’est pas moins.

Paraná, capitale de la province d’Entrerios, dans le nord-est de l’Argentine. Il pleut des cordes cette nuit-là.  Il pleut tant que des éboulements se produisent, ou plutôt des effondrements, des morceaux de rue, ou de cimetière qui s’effondrent révélant les tunnels qui courent sous la ville.

Juan et Juan, deux tueurs, amants, attendent leur victime dans son appartement. Vincente, colosse simplet, gardien de nuit du cimetière cherche son chien, aidé par son frère Manuel chauffeur de taxi. Elisa se rend à une fête de bureau. Eux, et quelques autres vont passer une nuit étonnante dans une ville à moitié endormie, noyée sous la pluie …

Si vous aimez les intrigues millimétrées, si vous voulez absolument tout comprendre, si vous ne supportez pas les zones d’ombre, si tout doit être cartésien et si vous voulez des coups de théâtre et de la castagne, de l’action, vous pouvez arrêter là, ce roman n’est pas pour vous.

Si vous êtes tenté par une errance poétique dans une ville inconnue (de vous), au son d’une chanson de Tom Waits, allez-y. Car c’est à ça que nous invite l’auteur, avec son intrigue hypnotique, ses rencontres improbables, ses moments de poésie pure. Alors oui, les liens entre les différents personnages vont s’établir, se nouer et se dénouer, mais non, tout ne sera pas explicité. Au petit matin, tout ne sera pas fini, ce sera juste une nuit de plus de passée. Une nuit que vous aussi vous aurez vécue, comme dans un songe, ou un cauchemar parfois, et dont vous émergerez en ayant l’impression d’être trempés jusqu’à l’os.

Une bien belle expérience de lecture.

Ricardo Romero / Les chiens de la pluie, (Perros de la lluvia, 2011), Asphalte (2022) traduit de l’espagnol (Argentine) par Maïra Muchnik.