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Haine

Cela faisait une éternité que je n’avais rien lu de José Manuel Fajardo. Il revient avec un très court roman, aussi concis que son titre : Haine.

Toute fin du XIX°, dans le quartier de Soho, à Londres, Jack Wildwood hait autant la racaille qui peuple son quartier que les bourgeois et les nobles qu’il côtoie quand il sort pour aller au pub. Même quand il arrive à s’en faire des clients pour les magnifiques cannes qu’il fabrique, il sent qu’il ne fait pas partie de leur monde.

De nos jours, en banlieue parisienne, Harcha ne supporte plus sa vie, ni celle que lui promet son père, Rachid, le roi du pneu. Il déteste sa banlieue, mais déteste encore plus ces parisiens qui, même s’il a plus d’argent qu’eux, lui font bien sentir qu’il ne fera jamais partie de leur monde.

Laissez mijoter haines, rancœurs et frustrations jusqu’à ébullition.

A peine 100 pages, pas de construction artificielle pour tenter de rassembler les deux histories, juste un clin d’œil, et les effets de la haine à deux époques. Les descriptions de Londres et Paris sont saisissantes, la montée de la rage et de la haine est superbement décrite, les fins sont inéluctables. En prime une bien belle utilisation de nos références littéraires collectives.

Tout cela en 100 pages, du grand art.

José Manuel Fajardo / Haine, (Odio, 2020), Métailié (2021) traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

Naufrages

De Dominique Delahaye, j’avais lu Si près d’Amsterdam déjà chez in8. Voilà Naufrages.

Dolorès vit sur sa péniche, sur la canal Saint-Martin. Avec d’autres elle essaie d’aider les immigrés sans papiers perdus sur les trottoirs de Paris. Comme Nafy, qui a vécu l’enfer au Soudan et a dû fuir son pays et sa famille.

Vincent vit en faisant des petits boulots au noir, et se fait plaisir en jouant du trombone dans une fanfare funk. Klinton se réfugie souvent à la mosquée, seul lieu familier dans une ville qui ne veut pas de lui.

En peu de pages (nous sommes sur un format entre nouvelle et novella), Dominique Delahaye arrive à faire vivre ses personnages, à rendre l’atmosphère d’un quartier, à nous émouvoir, à nous donner à entendre, à sentir et à goûter. Il nous offre une tranche de vie belle et triste.

D’un point de vue purement égoïste et personnel, en plus il parle d’une musique que j’adore et évoque rapidement l’incontournable série Treme. Je ne pouvais qu’aimer.

Dominique Delahaye / Naufrages, in8 (2021).

Maldonnes

Revoilà Serge Quadruppani écrivain (et non traducteur), avec Maldonnes.

Antonin Gandolfo est auteur de polars et traducteur. Dans sa jeunesse, après s’être très rapidement aperçu qu’il n’était pas taillé pour le banditisme, il a évolué longtemps dans les groupes d’extrême gauche. Il a soutenu, avec une bande d’intellectuels, Georges Nicotra, truand, braqueur et écrivain, et a participé au mouvement qui allait le faire libérer de prison après un braquage pour lequel il se proclamait innocent.

Bien des années plus tard, il vit retiré sur l’île de Salina, au large de la Sicile. Il a pris de la distance avec ses anciens camarades, mais pas avec les valeurs qu’il défendait. Le passé va venir se rappeler à son bon, ou mauvais, souvenir.

Bien évidemment, une partie du jeu est d’essayer de deviner quels (gros) morceaux du vrai Quadruppani se retrouvent dans Antonin. Bien qu’il brouille les pistes dans la note en postface, en déclarant « je ne suis pas petit et je n’ai jamais vraiment été dodu » et en avertissant le lecteur que c’est un exercice vain, difficile de ne pas y penser.

Si l’on oublie ce côté que l’on pourrait qualifier de « people », ce qui est certain, c’est qu’une bonne partie des opinions, colères et dégoûts, mais aussi des enthousiasmes, passions et lieux aimés d’Antonin sont aussi ceux de l’auteur. C’est sans doute pour cela que tout sonne aussi juste, incarné et du coup passionnant.

Et le lecteur qui connaît un peu, sans en être un spécialiste, les mouvements de gauche (la vraie gauche) ou le milieu du polar ne pourra que sourire à de multiples reprises de l’humour et de la distance amusée mais jamais méchante avec lesquels il les décrits. Humour également dans la mise en abîme quand l’auteur (Quadruppani, pas Gandolfo) se moque de lui-même en faisant parler (ou écrire) un de ses personnages féminins qui explique que jamais un homme ne pourra écrire de façon crédible en se mettant à la place d’une femme … On sent que l’auteur s’amuse, et le lecteur s’amuse avec lui.

Dernière surprise du chef, alors que l’on a souvent l’impression de lire une chronique de vie à l’intrigue assez lâche, sur la fin, le fil se tend et on se prend le ressort en pleine figure sans préavis. Mais je n’en dirai pas plus.

Espérons seulement que, malgré cette allure de bilan d’une vie d’auteur, Maldonnes ne soit pas son dernier roman.

Serge Quadruppani / Maldonnes, Métailié/Noir (2021).

Faut pas rêver

Après Les mafieuses je découvre une nouvelle comédie noire de Pascale Dietrich : Faut pas rêver.

Carlos est vraiment le mari et futur père idéal. Gentil, attentionné, écolo, il a quitté un boulot dans la finance pour être sage-femme. Depuis qu’elle est enceinte il est enthousiaste et aux petits soins pour sa compagne Louise. Seul soucis, depuis quelques temps la nuit il fait des cauchemars, se dresse dans le lit et hurle en espagnol. Le matin il ne se souvient de rien. Et comme Louise ne parle pas castillan, pas moyen de savoir ce qu’il se passe.

Jusqu’à ce qu’elle enregistre ses rêves à son insu et les fasse écouter à son amie Jeanne qui elle parle très bien espagnol. Il s’avère que dans son sommeil Carlos menace un certain Gonzalez des pires sévices, et semble même se souvenir de l’avoir assassiné. Que faire ? Carlos est-il le gentil nounours qu’il semble être ? Et que cache son passé dont il ne parle jamais ?

Il y a deux parties dans ce roman. La première est une comédie très réussie, qui égratigne gentiment nos modes de vie, avec une vraie trouvaille : l’enregistrement des rêves durant lesquels, pour relancer Carlos, Louise utilise les quelques mots d’espagnol qu’elle connaît. Ce qui donne :

« -Tu rigoles moins maintenant hein ? Bon sang de … Salopard. Je ne sais pas ce qui me retient. Te péter les dents, t’enterrer vivant. Merde en boite. Ta mère. Elle doit chialer depuis que t’es né.

-un café au lait, s’il vous plait. »

La seconde abandonne l’humour pour le polar plus violent et plus mouvementé. Et un peu moins convaincant. Ça marche, mais ça manque de force, on ne tremble jamais pour personne, les affreux manquent de conviction … On lit sans difficulté mais on retombe dans le tout-venant.

L’ensemble donne un tout sympathique, qui se lit avec plaisir, mais on se dit que Pascale Dietrich devrait insister sur le côté comédie qui lui va très bien.

Pascale Dietrich / Faut pas rêver, Liana Levi (2021).

Les boiteux

Un roman laissé de côté l’an dernier, mais comme on m’en a dit du bien, j’essaie. Les boiteux de Frédéric L’Homme. Un bon moment de lecture.

Nous sommes en France dans les années 80. Une France très légèrement différente, où une guerre sournoise mais potentiellement violente est menée entre la police judiciaire et les Boiteux. Issus en général des services secrets, ils agissent hors de tout contrôle de la justice depuis les années 50, et se permettent d’être à la fois enquêteurs et exécuteurs.

Depuis quelques années, le pouvoir des Boiteux est de plus en plus remis en cause, ils ne sont plus soutenus que par quelques politiques et leur fin semble proche. C’est dans ce contexte que Louise, jeune métisse qui vient de terminer une mission d’infiltration dans des groupes d’extrême gauche est associée à Perrin, vieux Boiteux, pour enquêter sur les meurtres d’anciens à la retraite, mais également surveiller Perrin et rapporter ses faits et gestes à son chef. Une mission qui ne lui plait guère.

Un bon moment de lecture donc, mais sans plus. Le style est alerte, les dialogues sont bons, c’est vif et les scènes d’action sont réussies. Donc le roman se lit facilement et on passe un bon moment. Du point de vue de l’intrigue j’ai deux petites restrictions. Je trouve le final un peu tiré par les cheveux, et je trouve que le personnage central de Louise manque d’épaisseur, tant on ignore tout de son passé et des raisons qui l’ont poussée à faire le boulot qu’elle fait. Mais cela n’empêche pas de tourner les pages.

Au final, le bouquin reposé, il me reste quand même quelques questions. Dont celle-ci, pourquoi ce bouquin et cette histoire ? Pourquoi cette légère uchronie plutôt que de coller réellement à l’époque ? en général l’uchronie répond à la question « Que ce serait-il passé si … ? » Si les nazis avaient gagné la guerre ? Si Christophe Colomb n’avait pas découvert l’Amérique ? Si …

Là j’avoue que je ne comprends pas quelle est la question, et pourquoi l’auteur a voulu décaler ainsi la réalité. Du coup, après une lecture agréable, je ne sais pas ce que je retiendrai de ce roman dans quelques jours.

Frédéric L’Homme / Les boiteux, Rouergue/Noir (2020).

Le réveil de la bête

Un nouveau venu à la série noire : Jacques Moulins avec Le réveil de la bête.

Deniz Salvère, d’Europol pense qu’un nouveau terrorisme est en train de se structurer en Europe avec le rassemblement de divers mouvements d’extrême droite. Mais difficile de convaincre ses chefs de monter des dossiers qui sont souvent à la limite entre politique, même extrémiste (avec interdiction d’y toucher) et terrorisme (terrain de jeu d’Europol).

L’assassinat à Paris de Maryam Binebine, informatrice de Salvère, va peut-être changer la donne, à condition de trouver rapidement le coupable et de le relier aux réseaux que cible son équipe.

Excellent premier roman, auquel, pour se débarrasser de ça, il manque pour passer de très bon roman à roman enthousiasmant un peu de souffle et d’épaisseur pour les personnages principaux que l’on est forcément amenés à revoir, la fin étant assez ouverte. Ce sont les personnages « secondaires » qui sont le mieux fouillés et avec lesquels, paradoxalement, on partage le plus d’émotion ; en particulier celui de Milosz, jeune slovaque perdu qui va travailler avec des groupes d’extrême droite en Allemagne.

Sinon la construction est impeccable, risquée mais parfaitement réussie. On passe sans cesse d’un personnage à l’autre sans que jamais l’auteur ne nous perde. Les différents milieux dans lesquels se déroule l’intrigue, des combats d’influence au sein d’Europol aux bars populaires du nord de Paris sont très bien décrits, l’intrigue est rythmée, l’écriture claire dispense ce qu’il faut d’informations pour nous éclairer sans jamais pontifier ni sembler faire la leçon. Jacques Moulins sait présenter de l’information mais ne la fait jamais passer avant son histoire et n’en fait pas des tartines.

Passage du travail de journaliste au travail d’écrivain parfaitement négocié donc pour un roman ambitieux, complexe sans être compliqué. On ne peut s’empêcher de se demander où est la limite entre les faits mis à jour par le journaliste et l’imagination fertile du romancier. Un peu effrayant et vivement la suite.

Jacques Moulins / Le réveil de la bête, Série Noire (2020).

La proie

« Tous les jours de la semaine, Daniel se lève à six heures, prend du café corsé, mange ses flocons d’avoine, nourrit le chat, range son studio, se lave, se rase, puis se dirige à sept heures vers la boulangerie de la rue de Faures. Il salue les boulangers par leur nom, ils font de même. Il achète deux croissants et deux chocolatines. »

MeyerA partir de là, vous savez forcément que l’auteur est français, et plus précisément qu’il vit dans le sud-ouest. Raté. Daniel est un des personnages de La proie, le dernier roman de Deon Meyer.

A bord d’un des trains les plus luxueux du monde, le Rovos qui voyage entre Le Cap et Pretoria, un passager qui assurait la protection privée d’une vieille dame richissime est tué et balancé par la portière. Deux vieilles connaissances vont se retrouver en charge de l’enquête : Benny Griesel, qui se bat pour rester sobre et son collègue Vaughn Cupido. Ils vont vite se heurter à des intérêts qui les dépassent.

Très loin de là, à Bordeaux, Daniel Darret, grand, costaud, noir, la cinquantaine bien avancée, a refait sa vie et travaille dans l’atelier d’un vieil ébéniste. Alors qu’il a tout fait pour être introuvable, le passé va venir le rattraper.

Première constatation, Deon Meyer est un excellent raconteur d’histoire. Dès que vous mettrez le nez dans ce thriller, car c’en est un même s’il sait prendre son temps, vous ne pourrez plus le lâcher.

Deuxième constatation, comme tous les grands créateurs de personnages récurrents, l’auteur nous enchante en nous faisant retrouver quelques-uns de nos amis. L’équipe de flics et leurs familles bien entendu, Benny en tête, mais aussi un autre, plus inattendu. Les fans de l’auteur vont se douter tout de suite qu’il s’agit de lui, je n’en dis pas plus, j’en ai déjà trop dit.

Et puis il y a tout ce que l’auteur raconte, derrière son histoire. Sous-tendu ici par un terme, « Isisthunzi » : le droit à la dignité. C’est ce que recherchent les personnages du roman. Cupido et ses collègues qui se battent pour enrayer une criminalité galopante, alors que, jusqu’au sommet de l’état, on vole, on triche, on tue en toute impunité. Quelques anciens camarades de Mandela, qui se désespèrent de voir la corruption qui a succédé à leur lutte. Daniel qui recherche le droit de vivre d’un travail ordinaire, Benny qui veut se racheter …

Face à un pays corrompu, qui a dévoyé ce pour quoi tant de gens se sont battus et sont morts, où les gens de pouvoir détournent l’argent à leur profit et laissent les pauvres dans le misère, quelques-uns se battent donc pour acquérir ou maintenir ce droit à la dignité. C’est cette histoire que raconte Deon Meyer, sans manichéisme, sans leçon de morale, mais avec beaucoup d’humanité. C’est cela qui fait de La proie un des très bons romans d’un auteur qui n’en a pas écrit de mauvais.

Deon Meyer / La proie, (Prooi, 2018), Série Noire (2020) traduit de l’afrikaans par Georges Lory.

Unité 8200

Je l’avais laissé passer, malgré des avis plutôt positifs. La chaleur, la farniente, deux bonnes raisons de me plonger dans Unité 8200 de l’israélien Dov Alfon.

AlfonUn passager de El Al est enlevé, ouvertement, à la sortie de la zone des bagages à Roissy. Le colonel Abadi, agent du Mossad en disgrâce se trouvait là par hasard (par hasard ?), et va se retrouver dans les pattes du commissaire Léger en charge de l’affaire. Ajoutez une belle blonde, des tueurs chinois, un hacker russo-israélien, des intrigues au sein des services israéliens, des politiques français spécialistes du jeu de la patate chaude, un mystérieux donateur suisse et quelques cadavres. Accélérez le tout, c’est parti.

Ce n’est pas le polar de l’année, ce n’est pas non plus du John Le Carré c’est certain. D’ailleurs l’auteur aurait gagné à avoir un éditeur qui l’oblige à simplifier quelques péripéties, et surtout des magouilles internes aux services qui restent bien obscures et ne font pas avancer le bazar.

Cette petite restriction faite, on ne s’ennuie pas une minute, ça va à fond, l’auteur rythme très bien ses passages d’un personnage à l’autre et les retournements de situation qui en résultent. On lit sourire aux lèvres, comme on regarde un James Bond et on referme le bouquin sans avoir vu le temps passer après une belle visite de Paris.

Une lecture d’été parfaite.

Dov Alfon / Unité 8200, (A long night in Paris, 2019), Liana Levi (2019) traduit de l’anglais par Françoise Bouillot.

Le code et la diva

Christian Grenier est bien connu des jeunes lecteurs. Avec Le code et la diva, il tente une incursion dans le roman policier adulte.

GrenierBloqué par une grève à La Réunion, Rémi Gémeaux ne peut décoller à temps pour assister aux funérailles de son père, Gérard. Quand il arrive enfin à Paris, il trouve son frère ainé Robert, très impatient de toucher sa part de l’héritage, très conséquent. Très impatient surtout de mettre la main sur le compte en bitcoins de leur père.

Problème : pour cela il faut en trouver la clé, et leur père ne leur en a jamais parlé. Il faudra que Rémi résolve une énigme musicale et retrouve la mystérieuse jeune femme qui est venue chanter lors des obsèques, alors de sinistres personnages tournent autour de Robert.

Comme toujours ceci est un avis personnel et subjectif : je trouve que Christian Grenier n’est pas vraiment passé au polar adulte et qu’il est resté sur une écriture de romans pour ados.

Les amateurs de jeu de piste, de références musicales (classique) et d’histoire à rebondissements pas traumatisante vont y trouver leur compte et sans doute se régaler à essayer de trouver le code avant le personnage, et se demander jusqu’au bout comment tout cela va se terminer.

Par contre pour l’amateur de roman noir qui prend un peu au tripes, vous fait douter, trembler ou rager, c’est bien trop sage et gentil. En étant de très mauvaise foi, mais avec un peu de vrai quand même, on pourrait dire qu’on a la version actualisée (préoccupation environnementales et recherches informatiques) et complexifiée d’un club des cinq : les gentils sont gentils, les méchants très méchants, pas de zones d’ombre, on ne tremble jamais pour les vrais gentils, on ne doute jamais. Du coup je me suis très peu ému.

C’est bien écrit, bien construit et mignon. Un roman qui aura forcément ses adeptes, de mon côté je préfère me faire un peu plus secouer.

Christian Grenier / Le code et la diva, Rouergue/Noir (2020).

La faiblesse du maillon

Cela faisait 10 ans que l’on n’avait pas de nouvelles littéraires d’Eric Halphen. Revoilà le juge écrivain avec La faiblesse du maillon.

HalphenNous sommes en période de préparation d’élection présidentielle. Le boss, n’appartenant à aucun parti mène une campagne qui enthousiaste certains que les droites et gauche classiques ont déçu. Gustave est un des jeunes loups de la garde rapprochée du boss. Il espère bien que la victoire à venir lui ouvrira un avenir radieux. Sa compagne, Olivia, commissaire de police se trouve sur les traces d’un trafiquant qui échappe à la police française depuis quelque temps.

Alors que tout semble aller pour le mieux pour le couple, le petit grain de sable … Gustave commence à recevoir des SMS anonymes menaçant de révéler certains faits de son passé. Quelqu’un qui lui en veut ? Une façon de torpiller la campagne du boss ? Puis c’est au tour d’Olivia de déraper.

J’aurais aimé écrire qu’en 10 ans Eric Halphen n’avait pas perdu la main, mais malheureusement, je trouve que ça traine, ça traine cette faiblesse du maillon.

A son crédit, l’auteur connait très bien le milieu qu’il décrit, les procédures, les lenteurs, les lieux, les moments de joie, les moments de doute. Aussi bien côté justice que côté flic. Les moments qui mettent en scène le juge Jonas Barth que l’on retrouve avec plaisir sont les plus réussi du roman. Avec les moments de déambulation dans une ville de Paris que l’auteur aime et décrit fort bien.

Mais pour le reste, ça traine, et j’ai ramé.

Tout d’abord, contrairement à Eric Halphen qui, on se souvient, avait apporté son soutien à un candidat qui me fait penser au Sourire de de Transmetropolitan, je ne ressens aucune fascination (et c’est peu de le dire) pour notre Président, et tous les chapitres consacrés à sa campagne m’ont très vite ennuyé.

Mais ce n’est pas le plus grave, j’aurais pu les lire en diagonale. Malheureusement l’intrigue aussi se traine. Elle est alambiquée, fait preuve de complexité, promet beaucoup, fait monter un suspens et un mystère qui au final font pschitt, avec une résolution qui ne m’a pas du tout convaincu.

Et j’ai eu l’impression que l’auteur ne savait pas quelle thématique, et quels personnages creuser, comme s’il n’avait pas su choisir et parler de tout. Un peu de campagne électorale, un peu de rôle des réseaux sociaux, un peu de féminisme, un peu d’extrême droite, un peu de corruption, un peu d’Olivia, un peu de Jonas …

Mais rien à fond, ce qui crée de la frustration et m’a fait décrocher en cours de lecture. Le tout allié à une intrigue peu convaincante donne, pour moi, un retour raté.

Eric Halphen / La faiblesse du maillon, Rivages/Noir (2020).