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Or, encens et poussière

En très peu de temps, Valerio Varesi et le commissaire Soneri sont devenus des amis. Ils sont de retour dans une ville de Parme en plein brouillard dans Or, encens et poussière.

VaresiPurée de pois sur Parme et sa région. On n’aperçoit même pas le bout de sa voiture. Ce qui crée un carambolage monstre sur l’autoroute. Alors qu’il est en route pour l’accident, Soneri accompagné du jeune Juvara croisent des vaches et taureaux échappés de l’accident, et atterrissent dans un camp de gitans. Pour finir par être appelés sur les lieux d’un crime : on a découvert un cadavre complètement carbonisé.

Dans une enquête où, c’est le cas de le dire, ils avancent dans le brouillard, Soneri et Juvara vont avoir besoin de toute l’aide de la chance en attendant de tirer la bonne carte. Et de lever le voile sur l’hypocrisie de la bonne société de Parme.

Ca me manquait. Depuis quelque temps aucune nouvelle de Parme, de Naples, de Vigata ou du Val D’Aoste. Ca fait du bien de retrouver nos amis italiens.

Or, encens et poussière démarre sur une scène inoubliable d’errance dans une vraie purée de pois. Une scène onirique, poétique et très terre à terre en même temps, dans un paysage en accord avec l’humeur de Soneri. Puis on rencontrera, comme souvent chez Varesi, un personnage haut en couleur, un marquis philosophe dans la dèche. Je vous laisse le plaisir de la découverte.

Sinon, tout ce qu’on aime chez cet auteur est là. Une ville et sa région saisies dans toutes leurs composantes, géographique, climatique, sociale, des milieux les plus populaires à la haute bourgeoisie, des mécréants aux bigots. Valerio a autant de talent pour nous faire aimer Soneri que pour dépeindre une harpie abominablement bigote. Et il ne fait jamais d’angélisme.

Une fois de plus une histoire à la fois amère, désespérée et tendre, que des rayons de soleil viennent éclairer : le partage de fromage et charcuterie, un vin rouge capiteux, la vision d’une belle femme, un geste d’humanité … Tant de choses qui nous manquent tant en ces temps où nous sommes obligés de rester loin les uns des autres.

Merci monsieur Varesi.

Valerio Varesi / Or, encens et poussière, (Oro, incenso e polvere, 2018), Agullo (2020) traduit de l’italien par Florence Rigollet.

Les mains sales

Les mains vides n’est que le quatrième roman de Valerio Varesi traduit en France, et pourtant on a déjà l’impression de les connaitre depuis toujours, lui et son commissaire Soneri.

VaresiFinies les vacances en montagne pour chercher les cèpes. En ce mois d’août, comme tous les habitants de Parme, le commissaire Soneri cuit dans son jus. La ville est assommée par une chaleur accablante, et les nerfs sont à vif.

Est-ce cela qui explique que des voyous aient volé l’accordéon de Gondo, un vieil homme qui fait partie intégrante de la ville et joue sur les marches du théâtre ? et que des inconnus aient tabassé à mort le patron d’une boutique de prêt à porter dans son appartement ?

A moins que quelque chose de beaucoup plus sinistre ne se prépare, qui tourne autour de la personne de Gerlanda, usurier qui tient dans ses pognes une bonne partie des commerçants de la ville, et de la vague de rachats de bâtiments et d’édifices dans tout le centre. Des intérêts qui dépassent de beaucoup le faible pouvoir du commissaire d’une petite ville pourraient être en jeu.

J’avais rarement eu autant l’impression de mourir de chaleur qu’en lisant Les mains vides. Soneri et ses collègues n’en peuvent plus, la ville est un four, la nuit n’apporte aucune fraicheur, la fatigue s’accumule … Tout ce contexte est rendu de façon frappante.

Et ne contribue pas à alléger une enquête sinistre et un constat absolument désespérant. La ville de Parme, qui fut rebelle et révolutionnaire est complètement anesthésiée, et pas que par la chaleur. L’appât du gain immédiat, et de la vie facile, sans aucune ambition de construire quoi que ce soit la livre, pieds et poings liés, aux usuriers et mafieux de tous poils. Et contre les puissances de l’argent, qui achètent tout, les pouvoir des flics, aussi entêtés et incorruptibles soient-ils, est bien dérisoire.

Un constat désespérant pour Soneri, mais également pour son auteur et le lecteur. Désespérant et rendu encore plus accablant par le coup de chaud que vous allez prendre en lisant. Au point qu’on se demande comment Soneri va pouvoir se remettre de ce coup là.

Le roman de Valerio Varesi le plus sombre à ce jour.

Valerio Varesi / Les mains vides (Amani vuote, 2004), Agullo (2019), traduit de l’italien par Florence Rigollet.

Soneri de Parme

On a découvert le commissaire Soneri de l’italien Valerio Varesi l’année dernière grâce à la toute jeune maison d’édition Agullo. Il revient dans La pension de la via Saffi, pour notre plus grand plaisir.

VaresiEn cette veille de Noël la Questure tourne au ralenti, à Parme comme ailleurs. Quand on lui dit qu’une vieille dame le demande pour signaler que sa voisine ne donne plus signe de vie, le commissaire Soneri se défausse sur son adjoint. Mais en entendant ce dont elle parle, il change d’avis. Trop tard elle est partie. Il tente de la suivre, mais elle disparaît dans le brouillard. Il ne reste plus à Soneri qu’à aller taper à la porte de la voisine. Une porte qu’il connaît bien : dans cette pension vivait celle qui allait devenir sa femme, morte ensuite en accouchant quelques temps après leur mariage.

Quand il rentre dans l’appartement, il découvre la vieille Ghitta Tagliavini assassinée. L’enquête qui va suivre, dans une ville envahie par le froid et le brouillard, va faire remonter les souvenirs des années passées. Des années de lutte, de convictions, les années d’une Parme populaire, ouvrière et révoltée. Une ville dissoute aujourd’hui dans le brouillard, la corruption et l’affairisme. Une enquête qui ne va pas améliorer l’humeur généralement mélancolique de Soneri.

Avec ce nouveau roman (nouveau chez nous, Valerio Varesi et le commissaire Soneri étant des stars en Italie), l’auteur confirme son talent. On peut désormais les classer, lui et son personnage, parmi ces enquêteurs dont les aventures rythment notre année polar. Et ils confirment l’excellente santé du polar italien, aux côtés des Camilleri, Gangemmi, Manzini pour les créateurs de personnages récurrents, en plus de De cataldo, Carlotto ou Lucarelli, pour ne citer qu’eux.

Avec cette aventure lente et mélancolique dans une ville noyée dans le brouillard, Valerio Varesi se rapproche, pour moi, d’un auteur méditerranéen mythique : Francisco Gonzalez Ledesma. Si Soneri n’est pas Mendez – il est plus reconnu comme enquêteur et prend moins de libertés avec la loi – comme lui il est ici la mémoire d’une ville et d’une population en train de disparaître.

Soneri se rappelle de la ville des pensions d’étudiants, des luttes politiques, des quartiers populaires, des échoppes de barbiers. Et il déplore la perte de la mémoire, et la perte d’intérêt pour cette mémoire. Il déplore la place croissante de l’argent, la rentabilité à tout prix, l’abandon des idéaux, des valeurs et des convictions face à la toute-puissance du profit.

Comme Mendez, Soneri ne recherche pas la gloire et laisse d’autres tirer du feu les marrons qu’il y a mis. Comme Mendez, et pour d’autres raisons, il vit en partie dans un passé parfois idéalisé, et embelli, et déambule seul dans les rues, la nuit, dans la brume.

Un beau personnage, des belles descriptions, une mélancolie communicative pour un roman sans baston (ça change de mes précédentes lectures), sans effets spéciaux, sans chocs, mais qui laisse une impression durable de saudade.

Valerio Varesi / La pension de la via Saffi (L’affittacamere, 2004), Agullo (2017), traduit de l’italien par Florence Rigollet.