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Des nouvelles de Pascal Garnier chez In8

In8 est une petite maison qui fait de très bon et beau boulot. D’un autre côté, avec un directeur de collection qui s’appelle Marc Villard, pas étonnant qu’ils dénichent d’excellentes nouvelles noires ! Un des derniers ouvrages en date est ce recueil de Pascal Garnier, dont je n’avais jamais entendu parler (bien qu’il semble qu’il ait été édité une première fois chez Syros il y a bien longtemps) : Vieux Bob.

Garnier-Vieux-BobDeux êtres solitaires, harassés par le boulot, ne savent pas se dire leur possible attirance dans le métro. Et ça finit mal.

Un vieux chien (Vieux Bob) encombre dans un bar. Faut-il s’en débarrasser ? Mais, finalement, qui dérange le plus ?

Des solitudes terribles, des vies ternes, seul ou en couple, quand il n’y a aucun but, que tout est gris. Faut-il continuer à deux ? Sans se voir. Peut-on continuer tout seul ? Et quand on est vieux, dans un sud écrasé par la chaleur, ignoré de tous …

Et puis, aussi, une belle histoire, le temps d’un week-end lumineux …

Neuf nouvelles, neuf petits bouts de vie, un week-end, un retour en métro, un après-midi écrasé de chaleur, un dimanche terne parmi d’autres … certaines finissent mal, très mal. D’autres laissent paraître un rayon de soleil, d’autres encore semblent noyées, tout du long, sous une pluie grise …

Toutes sont belles, émouvantes dans leur proximité, dans l’attention portée à ces gens dont personne ne parle, qui ne font pas les gros titres, qui ne se révoltent pas, ne sont pas non plus « suffisamment » mal pour intéresser les journalistes. Ces gens que l’on croise tous les jours sans les voir.

Pascal Garnier leur avait donné sa voix, le temps de neuf nouvelles.

Pascal Garnier / Vieux Bob, In8/Polaroïd (2014).

Les conviviales : en vacances toute l’année.

Vous avez de l’argent, vous êtes à la retraite, vous en avez assez du froid du nord, vous voulez de la sécurité, du confort de la convivialité ? En un mot, vous voulez passer le restant de votre vie en vacances dans un cadre idyllique ? Une seule adresse, Les Conviviales.

Martial et Odette ont été les premiers convaincus. Au début ce fut un peu dur. Il pleuvait, les quarante neuf autres maisons étaient inoccupées, et le gardien M Flesh avait certes l’air efficace, mais il était aussi un peu … disons inquiétant. Heureusement, deux nouvelles maisons se garnissent coup sur coup.

Martial, tout sourire (éclatant) dehors, et Marlène à la silhouette si jeune ; et un peu plus tard Léa.

Et enfin, le soleil fait son apparition … Mais l’été il fait chaud, trop chaud, et puis 3 maisons occupées sur cinquante c’est peu, et la foyer qui devait être un lieu de vie est fermé … Alors peu à peu les sourires se changent en grimaces, les frictions apparaissent, et avec elles les rancœurs, les secrets … La chaleur aidant, un rien fait monter la trouille, et ça finit par péter.

Imparable. Insensiblement, sans que l’on puisse dire à quel moment cela se passe, la farce se fait grinçante. Sans que cela soit vraiment une surprise car, comme toujours chez Pascal Garnier, sous l’apparente normalité on discerne, en sourdine, une petite musique inquiétante qui agace les oreilles et empêche de sourire en toute tranquillité.

La progression est impeccable, le cadre, géographique et surtout humain, oscille en permanence entre risible et pathétique, et les personnages sont croqués de façon à la fois impitoyable, et pleine de tendresse. On sourit, mais on sourit jaune tant ces personnages sont proches de nous tout en ayant l’air de caricatures. On se moque de leur enfermement, des phobies qu’il occasionne, des douleurs qu’il fait remonter, mais on ne peut s’empêcher de se reconnaître tous un peu, ici ou là.

On les trouve à la fois ridicules, pathétique et touchants ces vieux, et quand le drame arrive, là où, bien entendu, on ne l’attendait pas, on le prend en pleine poire.

Une fois de plus, Pascal Garnier livre un concentré d’humanité, d’émotion, de noirceur que l’on lit vite, mais que l’on n’est pas près d’oublier.

Pascal Garnier, Lune captive dans un œil mort (Zulma, 2009).

Le panda de Pascal Garnier

Il y avait, chez Zulma, au moins deux auteurs dont le talent n’était pas reconnu à sa juste valeur. Marcus Malte et Pascal Garnier. Il semblerait qu’enfin Marcus Malte arrive à sortir de l’ombre et à gagner un autre public que celui des quelques fidèles qui le soutiennent depuis le début. Il me semble que Pascal Garnier reste encore injustement méconnu. Son dernier roman, La théorie du panda, apporte une pierre supplémentaire à son œuvre cohérente et originale.

Gabriel arrive en train, seul, dans une petite ville de Bretagne. Il s’installe dans un hôtel modeste, sans âme et sans charme. Gabriel n’a rien à faire, il marche, prend un café, écoute les gens. Et entre dans leur vie, l’air de rien. Dans celle de José, patron de bar déboussolé par la maladie subite de sa femme. Dans celle de Madeleine, réceptionniste de l’hôtel, ni belle ni laide, « Disons qu’elle hésite entre les deux ». Dans celle de Rita et Marco, paumés à bout de souffle. Il les écoute, cuisine pour eux, les aide, leur apporte un peu de bonheur. Mais ne se dévoile jamais. Parce que c’est certain, Gabriel a un secret. Un secret lourd et sombre.

Les romans de Pascal Garnier sont courts, il semble qu’il ne s’y passe presque rien, et pourtant ils marquent durablement. Celui-ci ne fait pas exception. En essayant de comprendre les émotions que sa lecture a suscité, j’ai pensé à ça :

Un tableau idyllique, une mer calme par exemple, reposante, sans vague. Et une enfant, une petite fille, qui joue avec sa bouée. Et pourtant, une toute petite musique, à peine perceptible nous dit, implacable, que quelque chose de gros, de sombre, de méchant, rôde. Et avant la fin du film, ça ne ratera pas, d’un coup un monstre va surgir, avaler la petite fille, avant de disparaître aussi brusquement qu’il a surgi. Et tout sera calme de nouveau.

C’est ça pour moi La théorie du Panda. On s’attache a ses personnages quotidiens, on regarde Gabriel les aider, entrer dans leur vie, sans efforts, sans heurts, juste en étant là quand il faut, disponible et humain. Calme. On est sensible à leurs malheurs, on aime Gabriel pour les petits moments de bonheur qu’il sait leur procurer. Mais en même temps, il y a cette petite musique inquiétante. Pascal Garnier distille l’inquiétude, en même temps qu’il dévoile, peu à peu, les cauchemars de Gabriel. Et c’est au moment où l’on s’y attend le moins, bercé par la poésie de l’écriture, par la mélancolie d’une ville sous la pluie, par la beauté d’une éclaircie de chaleur humaine dans toute cette grisaille que … Ham, les mâchoires claquent.

Du très grand art. Très vite lu. Mais inoubliable.

Pascal Garnier / La théorie du Panda  Zulma (2008).