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Faut pas rêver

Après Les mafieuses je découvre une nouvelle comédie noire de Pascale Dietrich : Faut pas rêver.

Carlos est vraiment le mari et futur père idéal. Gentil, attentionné, écolo, il a quitté un boulot dans la finance pour être sage-femme. Depuis qu’elle est enceinte il est enthousiaste et aux petits soins pour sa compagne Louise. Seul soucis, depuis quelques temps la nuit il fait des cauchemars, se dresse dans le lit et hurle en espagnol. Le matin il ne se souvient de rien. Et comme Louise ne parle pas castillan, pas moyen de savoir ce qu’il se passe.

Jusqu’à ce qu’elle enregistre ses rêves à son insu et les fasse écouter à son amie Jeanne qui elle parle très bien espagnol. Il s’avère que dans son sommeil Carlos menace un certain Gonzalez des pires sévices, et semble même se souvenir de l’avoir assassiné. Que faire ? Carlos est-il le gentil nounours qu’il semble être ? Et que cache son passé dont il ne parle jamais ?

Il y a deux parties dans ce roman. La première est une comédie très réussie, qui égratigne gentiment nos modes de vie, avec une vraie trouvaille : l’enregistrement des rêves durant lesquels, pour relancer Carlos, Louise utilise les quelques mots d’espagnol qu’elle connaît. Ce qui donne :

« -Tu rigoles moins maintenant hein ? Bon sang de … Salopard. Je ne sais pas ce qui me retient. Te péter les dents, t’enterrer vivant. Merde en boite. Ta mère. Elle doit chialer depuis que t’es né.

-un café au lait, s’il vous plait. »

La seconde abandonne l’humour pour le polar plus violent et plus mouvementé. Et un peu moins convaincant. Ça marche, mais ça manque de force, on ne tremble jamais pour personne, les affreux manquent de conviction … On lit sans difficulté mais on retombe dans le tout-venant.

L’ensemble donne un tout sympathique, qui se lit avec plaisir, mais on se dit que Pascale Dietrich devrait insister sur le côté comédie qui lui va très bien.

Pascale Dietrich / Faut pas rêver, Liana Levi (2021).

Les femmes de la famille Acampora

Vous cherchez un polar court, bien écrit, original, qui ne vous amène absolument pas là où vous pensiez aller ? Ne cherchez plus. Les mafieuses de Pascale Dietrich.

DietrichGrenoble. Pas la première ville à laquelle on pense quand on parle de mafia. Et pourtant la pieuvre italienne y est implantée. L’un de ses parrains, Leone, le chef de la famille Acampora est en train de passer l’arme à gauche, dans le coma après quelques mois de déchéance physique et mentale.

Son épouse Michèle est devenue un peu alcoolo en attendant la fin ; Dina ne veut rien savoir des affaires de la famille et après des études brillantes s’emmerde dans une ONG dont elle perçoit tous les disfonctionnements ; et Alessia, brillante et volontaire, est en train de reprendre les rênes depuis les pharmacies dont elle est propriétaire et qui lui assurent un excellent paravent pour les ventes de drogues, entre autres.

Mais, car il y a un mais, avant de devenir complètement liquide, Leone a laissé un testament, et au moment où il est tombé dans le coma, un tueur a été contacté pour tuer Michèle. Un tueur que lui seul connait. Les femmes de la famille Acampora vont devoir faire équipe pour sortir la maman de la panade et reprendre les affaires en main.

Que voilà un roman enthousiasmant !

Tout d’abord l’histoire est parfaitement menée, et même si le lecteur un peu aguerri devine rapidement qui est le tueur, on est pris par le suspense. Et même si un lecteur tatillon pourrait rouméguer parce que les trois femmes représentent trois attitudes cliché face à la mafia (ou toute autre structure de pouvoir plus ou moins contestable), à savoir

  • Je profite, avec un peu de mauvaise conscience, mais je profite quand même (Michèle)
  • Je rejette et potentiellement je combats (Dina)
  • Je rentre complètement dans le système et j’essaie d’en prendre le commandement (Alessia)

au-delà de ces clichés, l’auteur leur donne chair, sentiments, doutes et forces, en fait de vrais personnages attachants.

Ce qui réjouis le lecteur, c’est la façon dont Pascale Dietrich féminise le roman de mafia, grand classique du polar. Loin de la mythologie. Les mafieux sont de gros cons méchants, jaloux de leurs femmes et de leur pouvoir, avec pour seul but, gagner toujours plus de pognon. Leurs femmes sont plus malines (bien obligées, elles n’ont pas le pouvoir), mais tout aussi dénuées de scrupules et de toute solidarité féminine. Et que la couverture ne vous trompe pas, ce ne sont pas des bimbos tueuses sans pitié, c’est avec l’argent et la tête qu’elles règlent leurs compte (pas de Vanilla Ride ici).

Au passage, l’auteur dit tout le bien qu’elle pense d’un certain nombre d’ONG qui sous couvert de venir en aide aux plus pauvres ne font que permettre à un système dégueulasse de se maintenir, et accessoirement rétribuent grassement des employés plus soucieux d’aller baiser pas cher des mineures là où ils ne se feront pas prendre.

Ajoutez à cela une fin assez inattendue, et vous avez un roman à côté duquel il serait bien dommage de passer.

Pascale Dietrich / Les mafieuses, Liana Levi (2019).