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Maître des eaux

J’ai failli ne pas parler de ce bouquin, parce qu’en général, quand je n’aime pas, je ne dis rien. Mais là c’est trop, Maître des eaux de Patrick Coudreau, publié à la Manufacture que j’aime pourtant beaucoup et à qui je suis éternellement reconnaissant d’avoir publié Franck Bouysse n’est pas seulement mauvais, il est également déplaisant, pour ne pas dire nauséabond.

CoudreauIl y a des années les grandes gueules du village avaient, en toute impunité, massacré la famille de Mathias Grewicz, tous brûlés dans leur maison, en même temps que leurs bêtes. Seul le gamin, âgé de 13 ans avait pu s’échapper. Et maintenant il revient se venger, lui l’étranger, le juif, le sorcier, la sale bête. Alors les mêmes vont le traquer dans la nature environnante. Seule une gamine, ado révoltée, Elia, va lui venir en aide.

Je passe rapidement sur ce qui fait que le roman n’est pas bon. Les rebondissements sont totalement incohérents, les scènes de bastons dignes du Club des Cinq, les pourris tellement cons et caricaturaux qu’on ne tremble pas une minute pour les « héros », et n’allez pas vous demander comment on peut brûler vive une famille entière sans qu’il y ait la moindre enquête, ni comment le gamin rescapé a pu vivre des années sans attirer l’attention d’aucune administration. Passons également sur le mystère qui fait atterrir la gamine et sa mère auprès du gros con en chef, ou sur le silence et la vie paisible de tout un village supposé complice de l’atrocité de départ. Passons pour finir sur les incohérences d’un personnage comme l’affreux capable de tuer sans le moindre remord son pote de beuverie de toujours, ou qui supporte pendant des années sans rien dire l’insolence de Elia pour décider d’un coup de l’éliminer. Et des comme ça il y en a tout le long.

S’il n’y avait que ça, j’aurais fermé le livre après quelques pages, et je n’en aurais jamais parlé. Ce qui me met en rogne c’est que sans explication, de façon caricaturale et sans la moindre nuance tous les habitants du village sont de gros cons, ivrognes, fainéants, abrutis, stupides, lâches, racistes, antisémites et méchants. Sans compter les tendances pédophiles suggérées.

Or, comme le disait Ernesto Mallo lors d’une rencontre où je m’étonnais de le voir choisir comme personnage positif un flic travaillant au milieu des pires ordures pendant la dictature militaire de Videla, penser que tous les membres d’une corporation ou d’une groupe social sont forcément des salauds, juste parce qu’ils appartiennent à ce groupe est un raisonnement fasciste. Même chez les flics argentins de l’époque il y avait des mecs bien. Pas beaucoup, mais il y en avait. Souvent premières victimes de leurs collègues. Donc penser et écrire que tous les habitants d’un village sont incultes, racistes, cons et méchants, et que tous sont complices, gendarmes compris, c’est un raisonnement au mieux simpliste. Et aussi nauséabond que le rejet hystérique de l’autre qui est dénoncé par l’auteur.

Quant à le comparer avec Franck Bouysse, comme j’ai pu le voir (désolé Pierre, je suis souvent d’accord avec toi, même si j’ai parfois la dent plus dure, mais là …). Certes ils sont publiés chez le même éditeur et leurs romans se déroulent à la campagne, mais là s’arrêtent malheureusement les points communs. Quand on pense à la finesse d’écriture, à la profondeur des personnages, au respect et à l’humanité avec lesquels ils les peint, qu’ils soient sombres ou lumineux …

Non, lecteur si tu n’as pas encore ouvert Maître des eaux, n’espère vraiment pas y trouver le nouveau Franck Bouysse. Si j’ai un conseil : évite.

Patrick Coudreau / Maître des eaux, La manufacture des livres (2020).