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Bienvenue à Valmont

L’éternité n’est pas pour nous est le second polar que je lis de Patrick Delperdange. Décidément, il n’aime toujours pas la campagne.

DelperdangeLila est la prostituée de ce coin paumé. Et elle sait depuis longtemps quand une situation risque de dégénérer. C’est le cas quand Julien, fils du notable du coin, débarque avec deux copains aussi bourrés que lui. Pas loin, Sam, le vieux, et Danny, le jeune, sont perdus en pleine campagne après avoir quitté le dernier foyer où ils dormaient. Ils vont s’apercevoir qu’il y a autant de tarés à la campagne qu’à la ville.

Ajoutez deux flics bas de front, des vieux qui veulent faire justice eux-mêmes, un camping où logent les plus démunis, et tout ça ne peut que mal se terminer.

On retrouve ici les ingrédients du précédent roman de l’auteur paru à la série noire. Avec un petit bémol quand même, la tension narrative qui l’habitait a ici disparu, pas de mystère originel qui vienne tendre le fil du suspense. On y perd un peu en cohérence à mon humble avis.

Sinon, si vous aimez les ambiances glauques, les personnages étranges, les forêts inamicales et les bleds paumés, pas besoin de partir au fin fond des Appalaches, bienvenue à Valmont. On y trouve les mêmes brutes, les mêmes décérébrés, ce sont toujours les plus faibles qui morflent. En prime, l’humour (très noir) de Patrick Delperdange ajoute une petite touche de couleur à ce tableau bien sombre.

A consommer serré et sans sucre.

Patrick Delperdange / L’éternité n’est pas pour nous, Les Arènes/Equinox (2018).

Un peu de tendresse …

Après le choc DOA il me fallait complètement changer de registre. Or lors du dernier Toulouse Polars du Sud, en discutant avec Patrick Delperdange que j’ai découvert à l’occasion, je me suis laissé tenter par un livre qui, disait-il, mettait d’humeur joyeuse. Ce qui semblait difficile à croire de la part de l’auteur de Si tous les Dieux nous abandonnent. J’ai donc acquis Le cliquetis.

delperdangeUne grande maison, quelque part, sans doute à Paris. Une grande maison et ses habitants. Maïa la concierge qui vient d’ailleurs et vit seule ; monsieur Godefroid toujours de mauvaise humeur, plongé dans ses études ; madame Pasquale et son majordome ; Marthe, bien malade et son mari Charles ; la famille Messier, avec monsieur toujours plongé dans son boulot, madame qui s’ennuie et deux enfants, dont la très perspicace Clara ; et pour finir les étudiants du cinquième, pas souvent là.

Une grande maison qui ronronne. Jusqu’au jour où un étrange cliquetis se fait entendre, insistant, agaçant. Bien entendu, il énerve monsieur Godefroid, qui râle et va vouloir savoir d’où il vient. Et c’est comme ça que tout va commencer …

« Un livre pour nous faire du bien ! » annonce la quatrième de couverture. Et pour une fois, je suis d’accord. Si vous avez besoin d’un peu de douceur (sans mièvrerie), d’un peu d’optimisme (sans angélisme) vous pouvez faire une parenthèse avec Le cliquetis.

Le rythme est vif, le roman court, les dialogues claquent, ceux qui mettent en scène la petite Clara sont épatants, une petite pointe de fantastique vient l’épicer. Un roman qui ne vend pas de miracles, ne propose pas de recette, mais montre comment avec un petit peu de fantaisie, un minimum d’empathie et d’écoute, et une larme de gentillesse, on peut, non pas changer le monde bien entendu, mais le rendre, momentanément, plus agréable pour quelques voisins.

L’auteur ne manque ni d’humour ni de tendresse envers ses personnages. Vraiment un livre qui nous fait du bien.

Patrick Delperdange / Le cliquetis, Genèse Edition (2016).

Campagne noire

Décidément, je ne vais guère vous faire sourire en ce début d’année. Après un Néonoir glaçant et un James Lee Burke décevant, la rentrée à la série noire est impressionnante et … très noire. D’un autre côté, elle s’appelle la série noire, pas la série rose : Si tous les dieux nous abandonnent de Patrick Delperdange.

DelperdangeCéline fuit. Un sac à dos, un pull taché de sang, un couteau … Sur une route de campagne, l’hiver, la nuit, Léopold la prend en stop. Depuis que sa femme est morte Léopold vieillit seul dans sa ferme qui tombe en ruine. L’arrivée de Céline ne va pas passer inaperçue dans le petit village de Valmont.

Tous le remarquent et se demandent ce qu’elle peut bien faire chez le vieux Léopold. Josselin n’est pas bien malin, il vivote comme il peut et fantasme sur Céline.

Parce que la jeune femme s’est défendue quand les chiens de Maurice, le frère de Josselin, l’ont attaquée, les choses vont déraper.

Pour reprendre le titre d’un excellent recueil de nouvelles d’Emmanuelle Urien, voici un roman Court, noir, sans sucre.

Chapitres courts, narration à trois voix (Céline, Léoplod et Josselin), juste le minimum de contexte et de passé pour comprendre ce qu’il se passe, près d’un an de vies entremêlées en deux cent pages. Impeccable.

Céline, paumée, est le catalyseur d’une réaction en chaine qui va faire remonter à la lumière des secrets, des frustrations, des mensonges et des hontes cachés depuis des années. Un catalyseur qui subit, fuit une menace longtemps mystérieuse, et n’y échappe que pour se remettre dans le pétrin.

Ici, pas de grands criminels ou de croquemitaine, juste la misère, économique, sociale, culturelle et intellectuelle, la bêtise, la méchanceté mesquine et ordinaire, l’envie, le manque total d’avenir ou de projet, la solitude aggravée par le regard permanent porté par les quelques voisins.

Elle n’est guère tentante la « ruralité » de Valmont. Elle est grise, déprimante, flirte souvent avec la folie, et peut se révéler salement agressive, voire mortelle.

L’auteur rend magnifiquement tout cela, en tendant son récit dès le début avec le mystère qui entoure Céline. Et arrive très habilement à remettre de la tension en cours de récit en faisant remonter les secrets des différents protagonistes.

Le roman a la beauté de la noirceur, éclairée par moment de raies de lumière, d’instants miraculeux d’empathie, de joie simple, ou éclaboussée d’explosions de violence. On navigue entre la chronique d’une mort annoncée et Les chiens de paille, avec parfois des relents de Délivrance … Une découverte.

Patrick Delperdange / Si tous les dieux nous abandonnent, Série Noire (2016).