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Les mangeurs d’argile

C’est avec un certain retard, et même un retard certain, que je lis Les mangeurs d’argile de Peter Farris.

FarrisRichie Pelham vit en Georgie, sur un vaste domaine très boisé, avec son fils Jesse 14 ans, sa seconde épouse, Grace et leur fille Abbie Lee. Armurier reconnu, il vit simplement, profitant des marches dans les bois, de la chasse, et des couchers de soleil … tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais Richie tombe accidentellement d’un arbre et se tue.

Etrangement, Grace ne semble pas traumatisée, son frère prédicateur qui a des ambitions pour son église est de plus en plus présent dans la maison, où Jesse commence à se sentir en danger. Heureusement son père lui avait appris à survivre dans les bois, où il fait une drôle de rencontre avec Billy, recherché depuis une dizaine d’année par le FBI, qui s’est perdu depuis dans la nature. Ils ne seront pas trop de deux pour se sortir des manigances des tordus qui en veulent à la terre de Richie.

J’avais bien aimé les deux précédents romans de Peter Farris, mais là … Bof.

A son crédit, je ne me suis pas vraiment ennuyé, le roman est plutôt plaisant, et puis ça change un roman sur les blancs pauvres du sud sans labo et producteurs de meth. Mais il y a quand même pas mal de choses qui coincent.

Tout d’abord il veut traiter trop de thèmes. La religion et les prêcheurs intéressés par l’argent, les traumatismes de la guerre (ici l’Irak), l’alcoolisme, le terrorisme, le rapport à la nature et l’opposition entre ceux qui veulent protéger la terre et ceux qui veulent l’exploiter … Ca fait trop.

Ensuite au niveau de l’intrigue, tout est prévisible, et surtout, les méchants sont ratés. Ratés parce qu’ils ne sont pas vraiment creusés. On a le prêcheur, loin, très loin d’être aussi terrifiant que celui de La nuit du chasseur auquel j’ai pensé, puis il y a le shérif, puis les affreux mafieux … Les uns remplacent les autres, et finalement aucun ne fonctionne complètement. Et comme disait tonton Alfred, pour qu’un polar soit réussi il faut que le méchant soit réussi.

Bref, pas franchement ennuyeux, mais pas enthousiasmant non plus. Juste une série B qui peut distraire un lecteur qui n’a pas trop de références auxquelles la comparer.

Peter Farris / Les mangeurs d’argile (The clay eaters, 2019), Gallmeister (2019), traduit de l’anglais (USA) par Anatole Pons.

Prix 813

Il n’y a pas que le Goncourt dans la vie littéraire.

L’association 813 des amis de la littérature policière vient de décerner ses trophées, parmi lesquels :

Meilleur roman françophone : Franz Bartelt / Hôtel du grand cerf.

Meilleur roman traduit : Peter Farris / Le diable en personne.

Si vous voulez savoir qui était en lice pour ce tour final, les infos sont là.

La Belle et le Diable

Si je me souviens bien tout le monde n’avait pas aimé le premier roman de Peter Farris publié chez Néo Noire, Dernier appel pour les vivants, mais moi si. Et j’aime aussi le suivant Le diable en personne.

FarrisQuelque part en pleine cambrouse de Géorgie du Sud, deux malfrats transportent Maya, jeune prostituée qui a vu et entendu trop de choses, avec l’intention de l’abattre et de laisser les alligators se charger du reste. Mais comme ils sont aussi bêtes que méchants, elle leur échappe au dernier moment et tombe par hasard dans la propriété de Leonard Moye, vieux paysan misanthrope que tout le monde semble craindre comme le Diable dans le coin.

Comme les malfrats sont idiots, ils affrontent Leonard sur son terrain, au milieu des marécages et ça finit mal pour eux. Mais ceux qui veulent se débarrasser de Maya sont puissants. La guerre ne fait que commencer.

Il y a bien dans ce roman une histoire de corruption, de liens étroits entre la politique et la pègre, de réseaux de prostitution … Mais c’est essentiellement le truc qui permet de mettre l’histoire en place. La vraie histoire c’est celle de la rencontre entre deux personnes qui n’auraient jamais dû se croiser : un vieux misanthrope et une jeune fille perdue.

Une histoire cliché, une histoire déjà vue mainte fois, mais une histoire qui, une fois de plus, fonctionne merveilleusement, parce que l’auteur a su y mettre sa patte, la renouveler et la pimenter.

Leonard Moye est un personnage inoubliable : Diable qui a forgé sa propre légende, laissant les uns et les autres l’embellir, inventer, déformer, sans jamais démentir mais en encourageant les pires racontars, tant sa terrible réputation est sa meilleure arme pour ne voir personne. Mais les couillons qui vont venir le défier, vont s’apercevoir qu’il n’y a pas de fumée sans feu, et que l’homme a des ressources.

Maya est déroutante, avec son mélange de souffrance surmontée, de peurs, d’ingénuité, d’ignorance et de force inflexible.

Et leur histoire est fort bien racontée, avec ce qu’il faut de moments d’émotion et de morceaux de bravoure. Aidée par des méchants bien tordus car, comme le disait tonton Alfred, plus le méchant est réussi plus le film (ou le roman) est réussi.

Un excellent moment de lecture.

Peter  Farris / Le diable en personne (Ghost in the fields, 2017), Gallmeister/Néo Noire (2017), traduit de l’anglais (USA) par Anatole Pons.

Encore et toujours Néonoir

La collection Néonoir de chez Gallmeister continue son sans faute avec Dernier appel pour les vivants de Peter Farris.

FarrisA peine sorti de prison, Hicklin braque la banque de Jubilation County, petite ville de cambrouse américaine. Il abat une employée, prend Charlie, jeune étudiant introverti qui travaille là pour payer ses études, en otage et file avec le magot se planquer dans la montagne avec sa copine, camée jusqu’aux yeux.

Le problème pour lui est qu’il n’a pas seulement les flics aux trousses. Il était censé attendre deux « frères » de la Fraternité Aryenne pour faire le casse et partager l’argent. Deux tueurs bas de front sont donc aussi après lui. La montagne risque de s’animer.

A la lecture du résumé je m’attendais à un polar un peu déjanté, façon Frank Sinatra dans le mixeur ou Cassandra. Mais c’est moins allumé et plus noir que ces deux titres. Et tout aussi bon.

On se doute bien, dès le départ, que ce n’est pas parti pour être rose et qu’il va y avoir des morts. Mais sans éviter aucun passage obligé du roman de cavale, l’auteur arrive aussi à nous prendre à contre-pied.

Très fort pour immobiliser l’action quand on s’attend à un road movie, à laisser éclater des scènes très violentes au moment où on s’attend au calme, et capable de scènes d’anthologie comme celle de la fusillade dans une église des plus étrange (je vous laisse découvrir, c’est hallucinant), après avoir expédié de façon rapide et efficace, ce qu’on pouvait attendre comme l’affrontement final.

Le rythme du roman offre donc quelques belles surprises, l’évolution des personnages aussi, qui ne sont presque jamais où on les attend. Sans chercher d’excuses au tueur, Peter Farris arrive tout de même à le rendre humain, loin de toute caricature, victime involontaire d’une évolution qu’il ne comprend pas (là aussi, il faut lire pour comprendre, désolé). Les autres personnages aussi évoluent pendant ces quelques jours, et jamais vers des clichés. Sans en avoir l’air, l’auteur est un vrai spécialiste du contrepied.

Bref un beau roman, âpre et surprenant, encore une très belle découverte dans cette collection épatante.

Peter Farris / Dernier appel pour les vivants (Last call for the living, 2012), Gallmeister/Néonoir (2015), traduit de l’anglais (USA) par Anatole Pons.