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Corruption … aux antipodes

Il reste un peu de temps avant d’attaquer les romans de la rentrée. L’occasion de revenir sur les oubliés de l’année. Direction l’Australie avec La rose de fer de Peter Temple.

la rose de fer.inddMac Faraday est forgeron, il a repris la forge de son père et, les week-ends, il joue avec ses potes au footy (un machin incompréhensible joué uniquement en Australie et où on prend des coups) et va ensuite boire quelques bières au pub du coin.

Jusqu’au jour où son voisin et ami, grand ami de son défunt père se pend dans sa grange. Mac ne croit pas au suicide, les flics locaux semblent eux aussi avoir des doutes. Le passé de Mac va revenir, violemment. Car Mac n’a pas toujours été forgeron, et sa vie n’a pas toujours été aussi paisible et rangée …

Il semblerait qu’aux antipodes l’être humain reste l’être humain : Il y a des flics corrompus, une classe fortunée qui méprise ses concitoyens, des pourris toujours prêts à exploiter et faire souffrir les plus faibles, mais aussi l’amitié, des gens qui ont des valeurs et s’y tiennent …

On pourrait dire qu’on n’apprend rien, mais ce polar australien est bien mené, on y croise des personnages attachants, et l’auteur décrit très bien une petite communauté soudée par le travail, et plus précisément par le plaisir et la fierté d’un boulot bien fait qui apporte un peu de beauté au monde. Soudée également par les rencontres au pub, les blagues, les discussions et la varie solidarité qui en émane.

Un bon polar qui, sans révolutionner le genre, nous emmène loin de chez nous, dans un coin du monde habité par des humains que l’on aimerait avoir pour voisins (du moins pour certains d’entre eux).

Peter Temple / La rose de fer (An iron rose, 1998), Rivages/Thriller (2016), traduit de l’anglais (Australie) par Pierre Bondil.

Paranos s’abstenir.

Un bon thriller bien construit, intelligent et qui vous fiche les jetons … C’est une nouveauté de chez Rivages, Un monde sous surveillance de Peter Temple (dont un roman a déjà été traduit à la série noire, Séquelles, totalement différent).

Constantine Niemand est garde du corps à Johannesburg. Jusqu’au jour où, malgré sa vigilance, le couple qu’il devait protéger est abattu par deux voleurs. Il réussit à tuer les assassins et se retrouve en possession d’une cassette. Une cassette qui vaut de l’or. C’est pourquoi il part pour Londres l’échanger contre une forte, une très forte somme. Il a juste sous-estimé la détermination de ceux qu’il veut faire chanter … et leur pouvoir de nuisance.

A Hambourg, John Anselm, ancien journaliste, jamais remis d’avoir été retenu en otage durant de longues semaines au Liban travaille maintenant dans une société qui fournit des renseignements. Sur tous, pour n’importe quel client … et très cher. Il ne sait pas, quand on lui demande de retrouver la trace d’un homme d’affaire sud-africain à Londres, que le passé va lui sauter à la figure.

Commençons par une mise en garde. Si vous avez une tendance à la paranoïa, si vous êtes persuadé qu’on peut, à tout instant, vous suivre à la trace, si vous avez la sensation tenace d’être surveillé à tout moment … Evitez de lire ce roman, il ne peut qu’aggraver votre cas. Parce que vous avez en partie raison …

Outre les saloperies commises au nom de la lutte contre le communisme en Afrique (guère plus, ni guère moins ragoutantes que toutes celles commises dans le monde entier), qui servent de prétexte à l’intrigue (c’est le fameux Mc Guffin de Tonton Alfred) c’est bien cela le sujet du roman. Effectivement, si l’on a de l’argent, beaucoup d’argent, et que l’on veut vous suivre à la trace, c’est possible, techniquement, et des sociétés sont prêtes à le faire, sans le moindre état d’âme. Voilà pour le fond.

La forme est parfaitement adaptée. Un thriller très efficace qui démarre sur les chapeaux de roues,  du suspense, de l’action, des coups de théâtre … Et de beaux personnages. Même si le mercenaire est un poil cliché (mais un cliché bien construit, donc un cliché qui marche), le journaliste est, à mon goût, parfaitement réussi, dans la veine connue mais toujours efficace des héros fragilisés par un passé traumatisant. Et dans ce style, c’est la première fois que je « rencontre » un ancien otage, la première fois que je vois un personnage rendre aussi cohérentes les failles, les terreurs et les blessures dues à un tel traumatisme.

Tout pour plaire donc … sauf si vous êtes parano.

Peter Temple / Un monde sous surveillance (In the evil day, 2002), Rivages/Thriller (2010), traduit de l’anglais (Australie) par Simon Baril.

Les séquelles de Peter Temple

Il est rare de lire des polars australiens, depuis que l’on n’a plus de nouvelles de Cliff Hardy, le privé dur à cuire de Peter Corris. Séquelles, le premier roman de l’australien Peter Temple est donc le bienvenu.

Après une arrestation qui a tourné au drame Joe Cashin a quitté la criminelle de Melbourne pour retourner s’enterrer dans le bled de province où il retape la maison d’un oncle. L’automne est bien avancé quand son quotidien est bouleversé par la mort d’un notable local, tabassé à mort dans sa luxueuse villa. L’enquête désigne très vite trois jeunes aborigènes comme les coupables bien pratiques. Quand ils sont abattus lors de leur arrestation par la police locale, l’affaire prend une ampleur nationale. De son côté, Joe Cashin n’est pas convaincu, et reste persuadé que l’enquête a été bâclée.

Soleil, surf et athlètes bronzés aux dents éclatantes. C’est ça l’Australie non ? Pas vraiment à en croire Peter Temple. Chez lui ce serait plutôt pluie, corruption et racisme.

Du côté de Cromarty, dans le sud du pays (n’oublions pas qu’en Australie, le sud, c’est là qu’il fait froid), l’automne est venté, froid et pluvieux, la bourgeoisie locale fait … la pluie et le beau temps, et il ne fait pas bon être noir, cultivé ou homosexuel (sans parler de ceux qui ont le malheur de cumuler les « tares »). La police et la population sont ouvertement racistes, et les jeunes aborigènes, déjà décimés par le chômage et la drogue meurent plus qu’ailleurs en détention, dans l’indifférence générale.

Il faut accepter de prendre son temps avec Joe Cashin, le suivre les balades de son personnage à travers des landes que l’on verrait plutôt en Irlande qu’en Australie, vivre au rythme de son blues et de ses douleurs de dos, accepter de se laisser engluer dans la somnolence de cette petite ville de province un rien arriérée. Le tableau est sombre, désespérant, le racisme, l’intolérance, la fermeture d’esprit pèsent autant sur l’atmosphère que le plafond de nuages bas. Ce qui n’empêche pas quelques accélérations brutales et sanglantes … Au final, un roman bien noir, auquel des dialogues très hard-boiled viennent heureusement ajouter de temps en temps un légère touche d’humour.

Peter Temple / Séquelles (The broken shore, 2005) Série noire (2008), traduction de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol